{"id":121148,"date":"2023-05-05T10:39:47","date_gmt":"2023-05-05T08:39:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121148"},"modified":"2023-05-06T15:04:33","modified_gmt":"2023-05-06T13:04:33","slug":"techniques04-apercus-dans-le-village","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques04-apercus-dans-le-village\/","title":{"rendered":"#techniques #04 | aper\u00e7us dans le village"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ce que c\u2019est que cette attente&#8230; <\/strong>Il attend, avachi sur la banquette recouverte de moleskine rouge. \u00c9norme, avachi comme le serait un cachalot \u00e9chou\u00e9 sur une plage de sable fin. Dans la baie de Somme. La soixantaine ob\u00e8se, si bien que son ventre \u00e9norme et son visage bouffi se touchent, si bien qu\u2019il doit tenir \u00e0 bout de bras son t\u00e9l\u00e9phone portable pour pouvoir pianoter. Enfin pianoter avec sage lenteur, pas avec la dext\u00e9rit\u00e9 d\u2019un jeune, non avec lenteur et quelques grognements en accompagnement de l\u2019exercice. Il attend. Il soupire. Ce rendez-vous chez le dentiste semble l\u2019inqui\u00e9ter. Il est vrai que personne ne va consulter ce patricien avec plaisir. Lui il grommelle, il pianote. Il se r\u00e9tablit sur le si\u00e8ge, son cul plantureux a gliss\u00e9 sur la moleskine rouge. Tiens, ses chaussettes sont rouges comme elle. C\u2019est curieux, cet homme terne, v\u00eatu de beige, beigeasse plut\u00f4t, qui porte, seule note de couleur en sa mise, des chaussettes rouges, les m\u00eames que celles du commissaire Magellan dans la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e9ponyme. Rouge vif. Il soupire. Il attend, se caresse la jouer Il souffre peut-\u00eatre, il esp\u00e8re \u00eatre soulag\u00e9 bient\u00f4t&nbsp;? Une femme, jeune encore, entre dans la salle d\u2019attente. Elle serait charmante, mais quelle mine rev\u00eache&nbsp;! L\u2019assistante qui l\u2019accompagne lui dit&nbsp;: Je vous la rends. La femme murmure&nbsp;: Avec une dent en moins. Et lui&nbsp;: Arrach\u00e9e&nbsp;?, vingt grammes de moins \u00e0 porter&nbsp;! Il rit de sa plaisanterie, elle non. Il lui faudrait perdre vingt kilos pour ne plus ressembler \u00e0 un cachalot \u00e9chou\u00e9 sur une plage de sable fin. Un cachalot qui esp\u00e8re que la mar\u00e9e remontera tr\u00e8s vite, qu\u2019il pourra rejoindre le large. Elle dit&nbsp;: On y va. Il se l\u00e8ve, c\u2019est elle qu\u2019il attendait. Sans doute en a-t-il l\u2019habitude, \u00eatre \u00e0 sa disposition, l\u2019attendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ce que c\u2019est que cette phrase&#8230; <\/strong>Elle n\u2019en peut plus. Ce gosse voulu, d\u00e9sir\u00e9, aim\u00e9 et qui grandit, s\u2019affirme. Ce gosse intenable \u00e0 la terrasse du caf\u00e9, il a renvers\u00e9 sa tasse de chocolat, il a \u00e9cras\u00e9 sa brioche, lanc\u00e9 des miettes aux pigeons. Il babille comme un oiseau, il crie comme une pie. Elle n\u2019en peut plus, elle fatigue. C\u2019est \u00e7a la maternit\u00e9 ! Ne plus avoir un seul instant rien que pour elle, pour elle toute seule, m\u00eame pas la nuit, il cauchemarde, il l\u2019appelle, il se blottit contre elle, si doux, et cette odeur de b\u00e9b\u00e9 encore, et la tendresse de sa peau. Elle ne se rendort pas, le regarde, un ch\u00e9rubin. Un diable pendant la journ\u00e9e, explorant, courant, chutant, riant, pleurant. L\u00e0, elle l\u2019a grond\u00e9, trop, c\u2019est trop, elle n\u2019en peut plus. Elle sera s\u00e9v\u00e8re, le punira. Comment ? Elle ne sait pas. Elle l\u2019a grond\u00e9. Sa petite voix s\u2019est \u00e9lev\u00e9e : <em>Mais, je n\u2019ai pas encore cinq ans.<\/em> Elle aurait du comprendre, l\u2019\u00e9couter, lui l\u2019enfan\u00e7on, si juste dans son dire, dans sa r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 lui, petit encore dans un monde d\u2019adultes, face \u00e0 une m\u00e8re qui ne l\u2019entend pas. Il lui expliquait, oui il \u00e9tait encore petit, avait besoin de r\u00e9confort pour accepter les r\u00e8gles. Vuln\u00e9rable. Elle a explos\u00e9, cri\u00e9 plus fort encore, elle a hurl\u00e9&nbsp;: <em>C\u2019est plus grave encore&#8230; <\/em>Cette phrase la perturbe, qu\u2019est-ce qu\u2019elle essayait de dire, plus grave que quoi&#8230; plus grave pourquoi&#8230; et lui, dans l\u2019\u00e9motion, et elle incapable de comprendre sa r\u00e9action, incapable de lui r\u00e9pondre avec chaleur, avec des mots d\u2019amour&#8230; non, elle a l\u00e2ch\u00e9, <em>C\u2019est plus grave encore&#8230; <\/em>Cette phrase l\u00e2ch\u00e9e par fatigue, qui n\u2019a pas de sens, impossible \u00e0 expliquer, d\u2019o\u00f9 sort-elle, allons, ce n\u2019est pas la mort du petit cheval, \u00e7a se rattrape, faut le regarder dans les yeux, doucement lui parler&nbsp;: oui, mon tr\u00e9sor, tu n\u2019as pas encore cinq ans, tu peux faire des sottises, tu es dans l\u2019\u00e2ge de faire des sottises, renverser ta tasse de chocolat, non, ce n\u2019est pas grave, viens tout pr\u00e8s de moi et ensemble rions. Elle pense&nbsp;: c\u2019est dur d\u2019\u00eatre un enfant, c\u2019est difficile d\u2019\u00eatre une m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ce que c\u2019est que cette expo dans la m\u00e9diath\u00e8que&#8230; <\/strong>En mai la biblioth\u00e8que du village accueille les arbres. Exposition scientifique et interactive. Entre l\u00e9gendes et sciences. Livres, documentaires, photos, lectures, conf\u00e9rences. Et une pr\u00e9sentation de sculptures fortes et fragiles d\u2019une artiste locale. Des \u00eatres \u00e9tonnants faits de bois, d\u2019\u00e9corces, de mousses, de lichens, de feuilles. Un visage sculpt\u00e9 dans une souche accueille les curieux. Des silhouettes efflanqu\u00e9es lancent leurs bras d\u00e9charn\u00e9s vers le ciel. D\u2019un torse d\u2019homme jaillissent des branches qui partent de son cou et de ses \u00e9paules. Un Don Quichotte, sec de corps, brandit une branche qui devient lance, une bogue de ch\u00e2taigne h\u00e9riss\u00e9e de piquants le coiffe d\u2019un heaume. Des personnages rondouillards \u00e0 la bedaine joviale rappellent Sancho Pansa, fid\u00e8le compagnon.<em> Sancho, son valet, son fils, son fr\u00e8re <\/em><em>Sancho, son seul amigo.<\/em> D\u2019\u00e9l\u00e9gantes sauvageonnes l\u2019entourent. Une f\u00e9e des for\u00eats dans sa robe de bouleau blanche, lisse, brillante, incarne la force v\u00e9g\u00e9tative qui les anime. Cette autre, sous un turban de gousses d\u2019acacia tress\u00e9es, m\u00e8ne danse joyeuse. Celle-l\u00e0 est femme dont le corps se termine en arabesque, donnant \u00e0 voir ses racines qui s\u2019enfoncent dans le sol. Et sa compagne porte une couronne en feuilles de ch\u00eane o\u00f9 se blottissent des glands brillants comme joyaux. Pr\u00e8s d\u2019elles si myst\u00e9rieuses, se dresse alti\u00e8re, une pin-up de bois, sangl\u00e9e dans une combinaison-\u00e9corce qui porte parures de lichens gris, orange, vert p\u00e2le, jaune, en forme d\u2019\u00e9toiles, d\u2019\u00e9cailles, de dentelles, on devine des lobes, des cils plaqu\u00e9s contre l\u2019\u00e9corce ou vigoureusement redress\u00e9s, tout en d\u00e9licatesse et d\u00e9grad\u00e9 de couleurs. Les arbres, aim\u00e9s et sollicit\u00e9s par l\u2019artiste, ont donn\u00e9 vie \u00e0 des cr\u00e9atures puissantes que l\u2019on r\u00eave de rencontrer lors de promenades en for\u00eat.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que c\u2019est que cette attente&#8230; Il attend, avachi sur la banquette recouverte de moleskine rouge. \u00c9norme, avachi comme le serait un cachalot \u00e9chou\u00e9 sur une plage de sable fin. Dans la baie de Somme. 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