{"id":121623,"date":"2023-05-14T10:51:02","date_gmt":"2023-05-14T08:51:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121623"},"modified":"2023-05-14T10:51:03","modified_gmt":"2023-05-14T08:51:03","slug":"techniques-05-variations-dans-la-nuit-dete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-variations-dans-la-nuit-dete\/","title":{"rendered":"#techniques #05 | Variations dans la nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Toutes les fen\u00eatres et les volets ferm\u00e9s. Plong\u00e9 dans le noir et la chaleur&nbsp;. Le soir attendu est arriv\u00e9, enfin. Une tentative&nbsp;: on ouvre la porte-fen\u00eatre, une vague puissante s\u2019abat.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les phrases courtes, traduire l\u2019\u00e9conomie de mouvement. C\u2019est bien \u00e7a qu\u2019il s\u2019agit de saisir, \u00e0 travers les mots, au-del\u00e0 d\u2019eux, le corps en veille, en \u00ab&nbsp;mode \u00e9co.&nbsp;\u00bb, les actions que l\u2019on rationne, celles qu\u2019on fait par habitude, sans y penser, et dont on prend conscience parce que, ce soir, il en co\u00fbte. Plus rien n\u2019est innocent, une pesanteur, jusqu\u2019alors inconnue, nous tombe dessus. C\u2019est comme un poids, mais plus qu\u2019un mouvement physique, cela tient presque d\u2019une faute morale, d\u2019un oubli f\u00e2cheux pour le moins. Il faut faire avec, mais le corps ne semble pas con\u00e7u pour \u00e7a, l\u2019esprit pas davantage d\u2019ailleurs&nbsp;: les phrases courtes miment son court-circuit, le voil\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la gestion de t\u00e2ches qui ne lui demandent aucun effort perceptible, en temps normal, en climat temp\u00e9r\u00e9. Le corps redevient une machinerie dont on sent la pression monter. On la connaissait, on la pressentait mais on l\u2019avait rel\u00e9gu\u00e9e dans un coin. Cette machinerie se fait, en cet instant, imp\u00e9rative. Mais cela les phrases ne le disent pas, la \u00ab<em>&nbsp;vague&nbsp;<\/em>\u00bb veut montrer cette masse qui surprend l\u2019\u00eatre dans son entier, mais manque quelque chose. C\u2019est ce quelque chose, informe qu\u2019il faudrait r\u00e9ussir \u00e0 formuler mais formuler suppose une ma\u00eetrise, une compr\u00e9hension dont on est, l\u00e0, d\u00e9pourvus. La vague, on imagine celle d\u2019Hokusai, son in\u00e9luctabilit\u00e9, elle est figur\u00e9, on peut la penser, dans toute horreur. Peut-\u00eatre faut-il remuer la phrase, la d\u00e9phraser, la rendre impens\u00e9e, choisir un vocabulaire plus gris et ind\u00e9fini, quitte \u00e0 y perdre un sens qui ne s\u2019appr\u00e9hende plus. Et comment montrer cette attente, cet espoir d\u00e9\u00e7u, celui d\u2019un brin de fra\u00eecheur, si t\u00e9nu soit-il, qui se mue en cette \u00e9paisseur moite et implacable&nbsp;? Est-ce possible&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Fen\u00eatre et volets ferm\u00e9s. Dans le noir, la chaleur. On attendait le soir, il est arriv\u00e9 enfin. On tente, on met le nez au balcon&nbsp;: cela vous \u00e9crase et vous enserre, de partout.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a accentu\u00e9, le flou, l\u2019ind\u00e9fini, le \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb, c\u2019est soi, c\u2019est tout le monde, c\u2019est tout car on n\u2019imagine pas quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 cette colle, qui r\u00e9duit tout \u00e0 son image et s\u2019assimile tout. On l\u2019imagine grossir de fa\u00e7on g\u00e9om\u00e9trique ce truc innommable et immobile. On abuse sans doute de cet ind\u00e9finition, on pourrait laisser croire qu\u2019il y a l\u00e0 comme une forme de pl\u00e9nitude, d\u2019assimilation \u00e0 la totalit\u00e9 du monde. Cela n\u2019est pas exact, \u00ab&nbsp;il y a&nbsp;\u00bb mais c\u2019est de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, quelque chose qui vous avale, vous r\u00e9duit \u00e0 n\u2019\u00eatre pas vous, il y a une p\u00e2te molle, une consistance fuyante qui gagne \u00e0 chaque remuement, \u00e0 chaque inspiration. Il y a cette angoisse qu\u2019il faut ma\u00eetriser, et \u00e7a la phrase ne le nomme pas. Elle le ferait qu\u2019elle manquerait dans le m\u00eame mouvement ce qu\u2019elle vise. Car cela n\u2019a pas de cible, cela se perd dans le touffeur. Garder ce mot, sa forme, sa sonorit\u00e9, plus m\u00eame que son sens, tire quelque part, vers o\u00f9 l\u2019on veut dire. Le dictionnaire le d\u00e9finit ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Atmosph\u00e8re \u00e9touffante et chaude&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Une touffeur d\u2019orage pesait sur ce Paris des fins de juillet&nbsp;\u00bb Martin du Gard. Oui, Essayer, touffeur, pas celle trop appr\u00eat\u00e9 de la citation, avec sa petite gueule d\u2019atmosph\u00e8re, plut\u00f4t cette masse ind\u00e9finie, sans contours bien net, ce gris d\u2019apparence, cette saturation du \u00ab&nbsp;f&nbsp;\u00bb. Car tout est en exc\u00e8s, et en manque, l\u2019exc\u00e8s de cette brutalit\u00e9, le manque d\u2019oxyg\u00e8ne et puis le mouvement arr\u00eat\u00e9, car l\u2019air, ne bouge plus. Ce n\u2019est m\u00eame pas un sirocco, un souffle venu de contr\u00e9es exotiques, cela n\u2019arrive pas, ne vient pas d\u2019ailleurs, comment rendre cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le jour, fen\u00eatre et volets ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s. La nuit grise est arriv\u00e9e, enfin, et avec elle une attente. Un bras se d\u00e9plie, une main tourne une poign\u00e9e, une b\u00e9ance est ouverte&nbsp;: la touffeur est tomb\u00e9e, d\u2019un bloc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voix passive&nbsp;: cela est arriv\u00e9 mais hors la volont\u00e9, cela s\u2019est impos\u00e9. Il y a qu\u2019il n\u2019y a pas ici de volont\u00e9. La chose, la touffeur est l\u00e0, elle est sans cause. Oui, l\u2019on pourrait invoquer des raisons m\u00e9t\u00e9orologique, des raisons anthropiques, mais il en manque encore beaucoup, car rien n\u2019est dit de la nuit \u00e9touff\u00e9e, de la ville \u00e9cras\u00e9e et silencieuse, de la d\u00e9sertion soudaine des signes de la vie, &#8212; dehors tout est silencieux&nbsp;; rien n\u2019est dit de cette r\u00e9alit\u00e9 hallucin\u00e9e. Il faudrait prendre cette r\u00e9alit\u00e9 la rouler en une boule, en faire un trou noir en miniature, un gouffre. Utiliser un logiciel de retouche d\u2019image pour les mots, gommer le connu, accentuer le flou, sursaturer cette sensation, chaleur, quitter la palette des sensations communes, composer de nouvelles couleurs, des textures enti\u00e8rement nouvelles. \u00ab&nbsp;Le bloc&nbsp;\u00bb d\u00e9note l\u2019\u00e9crasement ressenti mais poss\u00e8de une compacit\u00e9 qui ne rend pas la totalit\u00e9 de l\u2019impression. Car celle-ci ne vient pas seulement du haut, elle sourd de toute part, cela la deuxi\u00e8me proposition le signifie mieux. Peut-\u00eatre manque-t-il cette composition de la nuit, de l\u2019air, cette m\u00e9lasse qui vous incorpore et l\u2019esprit avec, qui ne voudrait pas sombrer et s\u2019accroche aux ratiocinations comme \u00e0 une bou\u00e9e d\u00e9risoire \u2013 cela ne durera pas, c\u2019est \u00e9vident, cette singularit\u00e9 climatique est une aberration qui s\u2019effondrera sur elle-m\u00eame, un vortex qui s\u2019annihilera, un chronos mangeant sa propre chair et se d\u00e9vorant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os et les rongeant quand il n\u2019y a plus rien d\u2019autre \u00e0 bouffer. Mais, plus la pens\u00e9e remue, plus elle se perd, elle se noie dans son propre jus, celui du dehors qui l\u2019a elle-aussi corrompue. Et le temps, pas celui de la m\u00e9t\u00e9o, qui le dira&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes les fen\u00eatres et les volets ferm\u00e9s. Plong\u00e9 dans le noir et la chaleur&nbsp;. Le soir attendu est arriv\u00e9, enfin. 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C\u2019est bien \u00e7a qu\u2019il s\u2019agit de saisir, \u00e0 travers les mots, au-del\u00e0 d\u2019eux, le corps en veille, en \u00ab&nbsp;mode \u00e9co.&nbsp;\u00bb, les actions que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-variations-dans-la-nuit-dete\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#techniques #05 | Variations dans la nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":536,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1,4468],"tags":[],"class_list":["post-121623","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier","category-techniques-05-variations-wajsbrot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/536"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}