{"id":121657,"date":"2023-05-15T09:23:00","date_gmt":"2023-05-15T07:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121657"},"modified":"2023-05-15T09:23:02","modified_gmt":"2023-05-15T07:23:02","slug":"techniques-05-passage-des-saisons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-passage-des-saisons\/","title":{"rendered":"##techniques #05 | Passage des saisons"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je coupe le contact, tourne la manette du commodo, plus de phare, il ne fait pas encore tout \u00e0 fait nuit. J\u2019ouvre la porti\u00e8re, pose un pied \u00e0 terre, prend appui pour extirper le corps entier du v\u00e9hicule, n\u2019oublie pas le pain, le sac, la plaquette de Nicopass. Tout cela dans l\u2019habitude, des gestes qui s\u2019encha\u00eenent les uns apr\u00e8s les autres, rod\u00e9s de longue date. Fermeture automatique des portes, la veilleuse du haillon arri\u00e8re reste allum\u00e9e encore un peu, le corps entier se redresse, la lani\u00e8re du sac \u00e0 l\u2019\u00e9paule, le d\u00e9placement depuis le  parking pour rejoindre le trottoir, la t\u00eate est vide, elle peut accueillir tout ce qui se passe ici. Il suffit de marcher lentement, de ne pas se presser, d\u2019\u00eatre aux aguets. Assez vite le m\u00eame faisceau d\u2019indices. on s\u2019aper\u00e7oit surpris, l\u2019hiver est pass\u00e9, nous voici au printemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9t\u00e9, met fin \u00e0 la routine, la fin des MJC des ateliers, vers la fin de juin. \u00c9branl\u00e9 par la vacuit\u00e9 toujours impr\u00e9vue, le petit jeu de l\u2019inattendu. Un allongement soudain du vide entre deux gestes \u00e0 faire, une impression factice d\u2019avoir le temps. La chaleur monte doucement du sol, rebondit sur les murs, les fleurs embaument, la couleur excite. La nuit est attendue, le petit jeu des insomnies d\u00e9licieuses, la nuit l\u2019\u00e9t\u00e9 vaste et tranquille, une b\u00e9ance paisible, je dors encore moins l\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019en profite de ces nuits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premi\u00e8res fl\u00e9trissures, et puis cette odeur  aigre-douce dans l\u2019air, ce subtil refroidissement des lumi\u00e8res, des couleurs, qui tentent d\u2019aller au contraire vers les ocres, les roux. Le ciel est peupl\u00e9, les fils \u00e9lectriques sont des port\u00e9es, l\u2019installation des vogues, l\u2019iridescente des bogues, puis le jour recule. D\u00e9faite g\u00e9n\u00e9rale des feuilles, premi\u00e8res exodes, changement de temp\u00e9rature, la rentr\u00e9e des classes, l\u2019odeur des fournitures, l\u2019\u00e9corce des platanes, les foules sous les pr\u00e9aux, des vapeurs montent des terres, l\u2019humide et la boue cr\u00e9ent des golems que les grands vents balaient, l\u2019ombre peu \u00e0 peu progresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hiver c\u2019est la neige, avant le froid c\u2019est la neige, l\u2019hiver n\u2019est rien sans neige. L\u2019immense paix que procure  la neige aux alentours comme au centre, le bassin dans le jardin. Verdict: la neige acquitte tout ce qui d\u00e9passe. Le poids de la neige sur la branche docile qui l\u2019accueille en s\u2019affaissant doucement, la branche et la neige une longue un progressive r\u00e9v\u00e9rence. La chaussure prot\u00e8ge le pied, la grosse chaussette autour du pied, marcher sur la neige dans la nuit du matin,  l\u2019entendre craquer sous les  pas, seul bruit dans la rue, dans la t\u00eate. Sur les fils \u00e9lectriques les notes ont disparues, le ciel passe du bleu sombre au gris puis au blanc laiteux, le temps d\u2019un aller jusqu\u2019au portail de l\u2019\u00e9cole, en rang deux par deux on entre dans la salle de classe, craie blanche,  encre violette, au fond il y a le vieux po\u00eale qui ronronne, la chaleur nous assomme, l\u2019\u0153il tente de s\u2019\u00e9vader du tableau noir,  de rejoindre dans la cour et plus loin le ciel, somnolence de la nature aspiration \u00e0 cette engourdissement tr\u00e8s fort, on ne r\u00e9siste gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">une saison s&rsquo;ach\u00e8ve  \u00e0 peine, avec peine, \u00e0 grand peine, et quelques renoncements, qu&rsquo;une autre d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;am\u00e8ne. On se rend \u00e0 peine compte qu&rsquo;une saison se retire qu&rsquo;une vague la recouvre comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. Comme si la saison quitt\u00e9e, sans tambour ni trompette, nous laissait amer ou mi-figure, mi-raisin. Indiff\u00e9rent aussi parfois vers la fin. Indifferent \u00e0 ce qui va, s&rsquo;en va et vient. On en finit ainsi avec chacune, elle s&rsquo;ach\u00e8ve, on regarde faire. une saison s&rsquo;ach\u00e8ve de plus en plus en queue de poisson ou en queue de cerise, parfois on a le visage \u00e9clabouss\u00e9e d&rsquo;eau, c&rsquo;est une saison qui s&rsquo;ach\u00e8ve  en queue de com\u00e8te. Puis une autre s&rsquo;am\u00e8ne, une autre saison et c&rsquo;est parfois une f\u00eate dans la glycine, le ch\u00e8vrefeuille. dans l&rsquo;olivier en pot.  une f\u00eate donn\u00e9e par les oiseaux qui poussent des petits cris d&rsquo;oiseau puis qui s&rsquo;\u00e9gaient. Une grosse pie en smoking s&rsquo;est pos\u00e9e sur une branche haute de l&rsquo; olivier pour attraper une olive de l&rsquo;hiver dernier, on ne r\u00e9colte plus les olives ici, on les laisse aux oiseaux. aux merles, aux pies. On fait aussi des boules de graisse qui fondent comme neige au soleil quand l&rsquo;eau se glace dans les soucoupes des pens\u00e9es pass\u00e9es. On attend sans attendre qu&rsquo;une saison s&rsquo;ach\u00e8ve, qu&rsquo;une autre saison s&rsquo;am\u00e8ne, \u00e7a passe le temps si on n&rsquo;a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire, si on n&rsquo;a plus rien \u00e0 faire que passer le temps en attendant que le ballet des saisons s&rsquo;ach\u00e8ve , l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, tr\u00e8s consciencieusement. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut mettre Vivaldi \u00e7a ne dure pas bien longtemps, quatre saisons et puis voil\u00e0, l&rsquo;heure tourne ainsi. Il faut comprendre laquelle est laquelle au d\u00e9but rien d&rsquo;\u00e9vident. Enfant on \u00e9coute sans savoir et c&rsquo;est tr\u00e8s bien ainsi, vieux on n&rsquo;\u00e9coute plus que le bruit des canalisations, le goutte \u00e0 goutte, la pluie qui tambourine sur les tuiles. On peut encore mettre Vivaldi  et mettre un nom sur chaque saison, c&rsquo;est possible maintenant, on est moins ignorant. Mais toujours de ces silences entre deux saisons entre deux notes, entre la pluie et le soleil, entre r\u00e9colter ou laisser, toujours un peu ignorant, et il faut qu&rsquo;on en soit content, bien s\u00fbr c&rsquo;est important le contentement. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une saison peut parfois \u00eatre si courte qu&rsquo;on croit l&rsquo;avoir r\u00eav\u00e9e, comme l&rsquo;odeur du foin dans la grange, le go\u00fbt acide ou \u00e2cre  des prunelles dans la bouche, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 folle d&rsquo;une robe de nylon dans les mains, la souplesse d&rsquo;un corps, la nervosit\u00e9 d&rsquo;une cuisse, le parfum chaud des bl\u00e9s m\u00fbrs, le go\u00fbt franc de l&rsquo;eau du puit, l&rsquo;ombre fugace d&rsquo;une buse, le zigzag  vif du l\u00e9zard entre deux pierres d&rsquo;un mur vieux, le p\u00eacher en fleur, la ligne d&rsquo;horizon qui tremble sous la chaleur, le bouchon qui s&rsquo;enfonce d&rsquo;un coup net dans la rivi\u00e8re, le poisson qui brille, le ver de terre qui se tortille entre deux doigts, l&rsquo;hame\u00e7on qui perce, la friture qui frit, la mandibule qui rumine, la gu\u00eape qui suce le jus, ivre, de l&rsquo;assiette, la petite cuill\u00e8re dans le mazagran, le mouvement des aiguilles d&rsquo;une vieille horloge \u00e0 plomb, le bruit que fait la clef pour remonter les plombs, le pince-nez qui devient h\u00e9licopt\u00e8re,  la fleur du pissenlit qu&rsquo;on \u00e9parpille d&rsquo;un souffle, la bougie d&rsquo;anniversaire qui fume encore une fois \u00e9teinte, le goudron qui fond, les semelles qui collent, le c\u0153ur qui bat dans la poitrine, le souffle qu&rsquo;on retient devant une robe remplie de tendresse et de vie, la sensation folle d&rsquo;une robe de nylon qui choit sur le sol, l&rsquo;\u00e9blouissement du ciel, la larme qui lave l&rsquo;\u0153il, la bouche qui d\u00e9couvre la l\u00e8vre, ,une saison peut parfois \u00eatre si courte qu&rsquo;on pense l&rsquo;avoir r\u00eav\u00e9e, puis on met Vivaldi, on s&rsquo;en souvient tout de suite, on est ignorant de l&rsquo;espace entre le r\u00eave et la vraie vie, et c&rsquo;est tr\u00e8s bien ainsi, miraculeusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que d\u00e9clenche en tout premier lieu, l\u2019id\u00e9e de la variation d\u2019une phrase, c&rsquo;est  <em>mon<\/em> inaptitude \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture. Ce blocage face \u00e0 la musique. Cet excessif respect face \u00e0 toute musique d\u00e9sormais apr\u00e8s en avoir t\u00e2t\u00e9 et reconnu cette inaptitude. Apr\u00e8s <em>m<\/em>&lsquo;\u00eatre fourr\u00e9 cette sensation d&rsquo;inaptitude dans le cr\u00e2ne surtout. La sensation qu\u2019on ne peut pas refaire ce qui vient d\u2019\u00eatre fait. Qu&rsquo;il faille passer par une forme de destruction irr\u00e9versible du pass\u00e9 pour recr\u00e9er \u00e0 vif. Et aussi, en opposition, cette  sensation que ce qui est fait ne l\u2019est pas enti\u00e8rement par<em> moi<\/em> ou <em>je<\/em>. La sensation que r\u00e9\u00e9crire c\u2019est mettre un peu trop <em>je<\/em> en avant comme chef des op\u00e9rations. La sensation que je ne suis pas que<em> je<\/em> quand <em>j<\/em>\u2019\u00e9cris. La sensation qu\u2019\u00e9prouve le petit <em>je<\/em> ballott\u00e9 par la langue , qu&rsquo; <em>il <\/em>le sait pertinemment, que \u00e7a, la langue, n\u2019appartient pas qu\u2019\u00e0 <em>lui<\/em>. La sensation de vouloir entrer dans une langue qui en grande partie se refuse en raison d\u2019une croyance qu\u2019on y est avant tout pour moiti\u00e9 \u00e9tranger. La sensation que si<em> je <\/em>me voue enti\u00e8rement \u00e0 la langue fran\u00e7aise <em>je<\/em> trahis la langue maternelle. <em>Je<\/em> les trahis car <em>j<\/em>\u2019emprunte une autre langue, <em>je<\/em> les trahis tous ceux qui s\u2019exprim\u00e8rent autrement qu\u2019en fran\u00e7ais, en estonien, mais aussi dans le fran\u00e7ais de tous les jours, le fran\u00e7ais ordinaire, le fran\u00e7ais d&rsquo;une \u00e9poque, le fran\u00e7ais d&rsquo;une p\u00e9riode \u00e9conomique, politique, le fran\u00e7ais comme creuset de tous les drames,  de toutes les trag\u00e9dies, le laisser aller du fran\u00e7ais dans la violence verbale, la m\u00e9diocrit\u00e9, et parfois aussi sa tendresse tr\u00e8s priv\u00e9e. L\u2019exercice qui consiste \u00e0  partir d\u2019une sensation, de la tentative d\u2019\u00e9criture de cette sensation, du manque que l\u2019\u00e9criture en premier lieu ne peut dire. Comment est-ce que <em>je<\/em> m\u2019en sors, ou plut\u00f4t ne parviens jamais \u00e0 <em>m<\/em>&lsquo;en sortir, de cette  traduction personnelle de la sensation. Comment <em>je<\/em> l\u2019esquive, comment <em>je<\/em> ne m\u2019y appesantis pas alors que<em> je<\/em> m\u2019appesantis sur tellement d\u2019autres choses. comme pour me divertir, pour m&rsquo;aveugler par et dans le divertissement.  Comment<em> je <\/em>peux aussi <em> me<\/em> mettre \u00e0 d\u00e9lirer au travers de  cet exercice de traduction, devenir fou \u00e0 lier parfois, en essayant de rejoindre quelque chose qui <em>m<\/em>\u2019\u00e9chappe en lui \u00e9chappant <em>moi-m\u00eame<\/em> le plus souvent. C&rsquo;est \u00e0 dire <em>en bottant en touche<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pi\u00e8ge est-il dans ce d\u00e9lire comme \u00e9chappatoire au v\u00e9ritable travail ? C\u2019est \u00e0 dire de parvenir \u00e0 dire la sensation, le simple passage d\u2019une saison \u00e0 une autre. Sans doute parce que la sensation vient de loin, que lorsqu\u2019elle ressurgit elle m\u2019\u00e9branle dans mes certitudes, la certitude d\u2019arriver r\u00e9guli\u00e8rement au bout de ma vie notamment. Non, quand cette sensation ressurgit, elle gomme cette certitude. Je me retrouve souvent l\u2019enfant que j\u2019\u00e9tais. Je me retrouve en tant qu\u2019enfant. La sensation me transforme, fait voler le temps en \u00e9clats, la sensation de passer de l\u2019hiver au printemps comme une m\u00e9taphore d\u2019une autre sensation plus onirique encore de la vieillesse qui passe \u00e0  la jeunesse. \u00c9videmment qu\u2019Il doit bien y avoir un lien mais comment \u00e7a se fait que cette sensation surgit la toute premi\u00e8re fois, lorsqu\u2019on sort de l\u2019hiver, vers mettons 6 ou 7 ans ? Se sentir  d\u00e9j\u00e0 vieux que d&rsquo;aspirer  \u00e0 la jeunesse ainsi tiendrait-il.  Que me raconte cette sensation lorsque je la vois surgir en moi soudain sur le chemin de l\u2019\u00e9cole un matin. Comment je la per\u00e7ois comme retrouvailles d\u00e9j\u00e0 dans le chant des oiseaux, dans une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 nouvelle de l\u2019air qui caresse la joue. A quoi je pense en \u00e9prouvant enfant cette sensation \u00e0 la sortie de ces hivers si longs d\u00e9j\u00e0, interminables, est-ce que je pense d\u2019ailleurs \u00e0 quoi que ce soit, ou bien n\u2019est-ce que la sensation du corps qui a moins \u00e0 lutter tout simplement, qui se sent d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019un poids, celui des lourds v\u00eatements d\u2019hiver, les ayant troqu\u00e9 pour des tenues plus l\u00e9g\u00e8res. Le retour du short, de l&rsquo;air frais sur les mollets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelles images viennent simultan\u00e9ment avec la sensation, la sensation qui charrie, la sensation comme le Cher qui coule en bas sous le grand pont et qui charrie les flaques de sang des abattoirs voisins, mais pas seulement, parfois aussi un tronc qui flotte, une transparence au travers de quoi on aper\u00e7oit,  dans son lit au lever du soleil,  des cheveux d\u2019algues d\u2019un vert tendre. Charroi et sensation. Et cette expression qui revient comme un cheveu d\u2019ange dans l\u2019air l\u00e9ger, que disait-elle d\u00e9j\u00e0 ? \u2014arr\u00eate de charrier, tu me charries, tu charries \u2014 Quelque chose est transport\u00e9 d\u2019un lieu l\u2019autre, d\u2019un temps l\u2019autre par la sensation qui ressurgit. La sensation <em>me<\/em> transporte, comme la musique peut <em>me<\/em> transporter, comme les variations musicales qu\u2019on reconna\u00eet sans vraiment en prendre conscience au moment o\u00f9 on les entend. Parce qu\u2019on ne fait qu\u2019entendre on n\u2019\u00e9coute pas. Parce que<em> je<\/em> n&rsquo;est pas seul \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, il ne peut l&rsquo;\u00eatre, ce serait un illogisme. Parce qu\u2019il faut d\u00e9passer beaucoup de difficult\u00e9s pour \u00e9couter vraiment, notamment celle du c\u0153ur qui cogne dans la poitrine, la douleur que \u00e7a fait dans la poitrine et qu\u2019on ne peut pas dire, la douleur qu\u2019on garde pour soi dans la poitrine. Pour soi ce n&rsquo;est pas que <em>moi <\/em>ou <em>je<\/em>, c&rsquo;est bien autre chose, c&rsquo;est un ensemble.   Cette douleur que l\u2019on aiguise comme un b\u00e2ton de r\u00e9glisse pour pouvoir la sucer, s\u2019en nourrir, et \u00e0 la fin des fins pouvoir m\u00eame en \u00e9prouver un certain plaisir. Un plaisir solitaire \u00e0 marcher sur le chemin de l\u2019\u00e9cole en \u00e9prouvant cette sensation d\u2019un c\u0153ur qui se serre envahit soudain par le chant des oiseaux,  qui se brise se fend,  \u00e9clate comme une bogue de marron \u00e0 la moindre sensation retrouv\u00e9e d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l\u2019air, d&rsquo; une transparence entr&rsquo;aper\u00e7ue entre les flaques du sang qui flottent \u00e0 la surface du Cher. Est-ce qu\u2019il manque encore quelque chose \u00e0 cet instant de l\u2019\u00e9criture de la sensation, est-ce que quelque chose de terrible se dissimule encore apr\u00e8s cet \u00e9coulement de mots qui charrie des flaques de sang, des zones de douleurs, le vert des algues qui dansent sous la surface des eaux. La sensation tr\u00e8s pr\u00e9sente de la mort se dissimule encore. Et aussi le contentement de voir ressurgir comme une issue \u00e0 cette peur dans l\u2019arriv\u00e9e soudaine du printemps, dans le chant des oiseaux, quelque chose de violent et de doux en m\u00eame temps.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je coupe le contact, tourne la manette du commodo, plus de phare, il ne fait pas encore tout \u00e0 fait nuit. J\u2019ouvre la porti\u00e8re, pose un pied \u00e0 terre, prend appui pour extirper le corps entier du v\u00e9hicule, n\u2019oublie pas le pain, le sac, la plaquette de Nicopass. 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