{"id":12191,"date":"2019-09-27T07:45:35","date_gmt":"2019-09-27T05:45:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=12191"},"modified":"2019-10-18T19:51:21","modified_gmt":"2019-10-18T17:51:21","slug":"27-septembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-septembre\/","title":{"rendered":"03. 27 Septembre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vendredi. S&rsquo;il y a toujours un 27 septembre, la roue du temps fait qu&rsquo;il n&rsquo;est jamais le m\u00eame jour, m\u00eame dans le calendrier julien ann\u00e9e bissextile comprise, seulement un chiffre et un mois dans la spirale du temps et de l&rsquo;espace, dans cette chute sans fin de l&rsquo;\u00eatre et du vivant. Ce jour reviendrait-il, la m\u00e9moire de ce jour serait-elle infaillible, rien ne dit pour autant qu&rsquo;en septembre, le 27, son geste serait celui-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il a fait il y a un, dix, cent ans, ne pouvant l&rsquo;\u00eatre puisque le 27 septembre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est m\u00eame pas le m\u00eame jour d&rsquo;il y a un, dix, cent ans. D\u00e9j\u00e0 la date est dans un porte-\u00e0-faux, la spirale disais-je, et ce flou de m\u00e9moire de moi-m\u00eame, du lieu, du temps, de l&rsquo;heure, du soupir. L&rsquo;inconstance. L&rsquo;inexistence. Pourtant, il se r\u00e9veille peu avant l&rsquo;aube comme bien d&rsquo;autres 27 septembre et lave son visage \u00e0 l&rsquo;eau claire. Et comme d&rsquo;autres 27 septembre encore, il attend, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, ce que la nuit dit encore au jour et s&rsquo;unit \u00e0 ce flux qu&rsquo;il aime \u00e0 croire \u00e9ternel et qui l&#8217;emporte, lui avec le vent, lui avec les \u00e9toiles, lui avec le bruissement des feuilles dans les arbres, quelques miaulements, un cri de mouette, une lumi\u00e8re qu&rsquo;on allume dans une salle de bains, le tintement des tasses. Il a chaque fois du mal \u00e0 agripper cet instant minimal o\u00f9 il se sent si pauvre et si fort dans son n\u00e9ant qui, cependant, l&rsquo;\u00e9loigne de toute solitude. Il n&rsquo;y a pas eu que des cris de mouettes dans ses aubes de 27 septembre et s&rsquo;il ne regardait, ah! regarder, que dix ans en arri\u00e8re, il y aurait eu des pinsons \u00e0 sa fen\u00eatre, l&rsquo;air vif sur ses joues, la travers\u00e9e silencieuse de la ville, les premiers bonjours, timides et encore lourds de sommeil. Mais toujours ce lien imperceptible entre lui et ce reste qui vit avec soi, \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, conscient que tu ne peux en faire \u00e0 ta guise, que justement ta conscience, ou ce qui est tel, retient quelques instants tes pas sur l&rsquo;\u00e9tendue du monde. Pr\u00e9voir d\u00e9j\u00e0 la suite et garder sous l&rsquo;\u0153il le pr\u00e9sent: \u00eatre frais de douche, le caf\u00e9, une tranche de pain, la chemise ou le pull, les plantes en vase, les cartouches d&rsquo;encre pour l&rsquo;imprimante, le sch\u00e9ma du cours que tu suivras jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point comme d&rsquo;habitude, les mots imparfaits, l&rsquo;absence de son corps, le livre \u00e0 finir pour la rencontre litt\u00e9raire de demain soir, acheter une bouteille de vin et ne pas oublier la facture d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Les 27 septembre d&rsquo;avant n&rsquo;\u00e9taient peut-\u00eatre pas si diff\u00e9rents, les livres, les mots, le corps absent et la facture d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, sans m\u00e9dicaments ni plantes \u00e0 arroser. L&rsquo;extraordinaire de ta vie est ce jour-m\u00eame, cette aube, les nuages d&rsquo;\u00e9quinoxe incertain, le cri des mouettes et toute cette stratification d&rsquo;autres 27 septembre oubli\u00e9s, enfuis. Qu&rsquo;importe. As-tu vraiment voulu retenir un jour? Tu as toujours eu l&rsquo;instinct de l&rsquo;instant. Si maladroit pourtant. Tu as toujours su le vivre dans tout son espace, sa fragrance, le soyeux de son toucher tandis qu&rsquo;il allait. Alors, il te reste son premier regard, la pluie dans la cour d&rsquo;\u00e9cole, toi assis sur un banc droit devant le tableau, la page qu&rsquo;on tourne d&rsquo;un dictionnaire ou l&rsquo;attente dans le couloir, puis un trottoir, une voix, le doigt qui appuie pour appeler un ascenseur, un ticket poin\u00e7onn\u00e9, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve r\u00e9ticent, la cuill\u00e8re dans la tasse de caf\u00e9, sa main dans la tienne, un feu rouge, le vent dans les feuilles, une flaque, un baiser, le sens du devoir, la h\u00e2te de la fin de l&rsquo;heure, le silence, la lente mont\u00e9e vers les collines \u00e0 travers le ca\u00f1on travers\u00e9 d&rsquo;un pont romain, ces gris et ces verts intenses, le rai de lumi\u00e8re entre les nuages, sa voix et toi qui \u00e9coutes Lay your head down, Nightmind ou, maintenant, la \u00ab\u00a0traccia 9\u00a0\u00bb du dernier Leonard Cohen, plongeant dans les voyages de ces musiques qui accompagnent ton c\u0153ur. Vers elle. Et tes pleurs et les regrets impossibles \u00e0 avoir. 27 septembre. Un lieu. Il se souvient que c&rsquo;\u00e9tait le nom d&rsquo;une rue, alors qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 la recherche en cette terre inconnue d&rsquo;un parfum, d&rsquo;un go\u00fbt, d&rsquo;un moelleux qui lui rappel\u00e2t le pays d&rsquo;o\u00f9 il venait. Il le trouva rue du 27 septembre, \u00e9tait-ce bien ce chiffre impair ? Tu connaissais encore si mal l&rsquo;histoire de ce pays qui \u00e9tait pour toi la ville enti\u00e8re. Il le trouva, ce r\u00e9confort, cette paix domestique, dans un croissant brioch\u00e9 \u00ab\u00a0crema e amarena\u00a0\u00bb, ti\u00e8de, g\u00e9n\u00e9reux, dont la maternit\u00e9 effa\u00e7a d&rsquo;un trait l&rsquo;ali\u00e9nantion du lieu encore \u00e9trange. Il fut un avec la lumi\u00e8re et le dallage de lave noire, d\u00e9sormais chez lui, un avec les rues, les murs. Peu avant, le 19, il s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 au milieu de la foule dans le grand \u00e9difice de la cath\u00e9drale, envelopp\u00e9 des murmures et des pri\u00e8res, lui-m\u00eame flux avec le flux des voix insistantes, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, obs\u00e9dantes, dirig\u00e9es vers l&rsquo;ampoule agit\u00e9e avec un rythme lent, cette obs\u00e9dante hypnose du geste et des mots, sang des hommes, sang de la terre, sang du ciel, unit\u00e9 vibrante, profonde, chtonienne du cr\u00e9\u00e9, que l&rsquo;annonce du miracle ne fit cesser, pas encore. Il fallait encore accompagner la r\u00e9conciliation de la terre et des mondes c\u00e9lestes, porter \u00e0 son terme les instants terribles du jugement et de l&rsquo;oubli, l&rsquo;oubli n\u00e9cessaire, vital, existentiel. Pris lui aussi dans le mouvement \u00e9ternel du cr\u00e9\u00e9 des hommes et du ciel, ce jour de septembre \u00e0 Naples. Combien d&rsquo;autres encore? Dix? Vingt? Plus? Les gestes sont-ils vraiment ceux de ce jour-l\u00e0, pr\u00e9cis, autres. Les m\u00eames et tout autant diff\u00e9rents. D\u00e9sormais \u00e9trangers \u00e0 l&rsquo;\u00eatre que tu n&rsquo;es plus, mort d\u00e9j\u00e0, dix, vingt fois ou plus. Glisser encore sur les notes du temps et jouir du jour. Les lumi\u00e8res du soir tombent sur ce 27 septembre. Les mauvais mots s&rsquo;\u00e9parpillent atour du 27 septembre, tout comme ces labyrinthes d&rsquo;intentions \u00e0 bas coups. D&rsquo;aucuns font tomber des t\u00eates, certains s&rsquo;imaginent \u00eatre victimes, d&rsquo;autres encore se croient des rois sur un tr\u00f4ne d\u00e9sormais remis\u00e9 en soupente. Que penser ? Que dire de ces jours de chiffons agit\u00e9s dans le vent ? Cris muets ? Pri\u00e8res volages pour des larmes tomb\u00e9es du ciel ? Je m&rsquo;assois dans le silence, baisse la t\u00eate, \u00e9coute tes mots. Ton 27 septembre qui devient le mien sans vraiment savoir ce qu&rsquo;il est advenu, si nous sommes encore l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"539\" height=\"719\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/WP_000244.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14053\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/WP_000244.jpg 539w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/WP_000244-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 539px) 100vw, 539px\" \/><figcaption>les \u00e2mes invisibles &#8211; Matera (c) sylviepollastri<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vendredi. 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