{"id":121950,"date":"2023-05-19T13:36:00","date_gmt":"2023-05-19T11:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121950"},"modified":"2023-05-24T13:09:52","modified_gmt":"2023-05-24T11:09:52","slug":"techniques-06-portraits-de-betes-noires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-06-portraits-de-betes-noires\/","title":{"rendered":"#techniques #04 | Portraits de B\u00eates noires"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Miro\u2026 sur l\u2019\u00e9chelle azimut\u00e9e des vies de chacun, on est n\u00e9s en m\u00eame temps, on a grandi ensemble, et c\u2019est pas impossible qu\u2019on soit rest\u00e9s toujours un peu trop jeunes chaque fois qu\u2019on se retrouvait\u2026 les autres diraient attard\u00e9s, mais les autres sont pas sur la m\u00eame \u00e9chelle\u2026 c\u2019est vrai que de ce point de vue, il avait l\u2019air un peu foufou\u2026 il l\u2019a toujours eu, m\u00eame les jours o\u00f9 \u00e7a allait pas, la queue entre les jambes, \u00e0 te regarder par en dessous \u00e0 croire qu\u2019il avait encore fait une connerie, les yeux humides et grands comme des calots asym\u00e9triques de poup\u00e9e malmen\u00e9e\u2026 elle \u00e9tait l\u00e0 sa jeunesse, dans son masque\u2026 toujours souriant en g\u00e9n\u00e9ral, comme on peut sourire quand une a une gueule comme \u00e7a\u2026 faut dire qu\u2019avec sa tache aussi noire que sa truffe, et d\u00e9centr\u00e9e, sur l\u2019\u0153il gauche, quand tout le reste \u00e9tait blanc, sauf ses deux billes fauves en guise de sourcils\u2026 \u00e7a lui faisait un air assez bouffon\u2026 et il aimait \u00e7a bouffonner\u2026 quand il jouait \u00e0 se courser pour essayer d\u2019attraper la penille que tu tenais en main, et il te boulait, tu tombais et il tirait, il tirait sur cette penille\u2026 et toi aussi, et m\u00eame tu l\u2019enroulais une fois ou deux autour de l\u2019avant-bras pour plus de prise, mais il l\u00e2chait pas, il l\u00e2chait rien\u2026 lui aussi d\u2019un coup de m\u00e2choire il renfor\u00e7ait sa prise et il tirait, il tirait sur ses pattes tendues vers l\u2019arri\u00e8re\u2026 et puis le coup de m\u00e2choire, \u00e0 force, c\u2019\u00e9tait sur tes mains\u2026 et s\u2019il l\u00e2chait il se jetait sur ton bras qui finissait couvert de bleus\u2026 quand on y pense, c\u2019est aussi comme \u00e7a qu\u2019il a appris \u00e0 chasser\u2026 et il \u00e9tait bon\u2026 pour le reste, ce qu\u2019on peut pas expliquer, c\u2019est les conneries qu\u2019il faisait\u2026 qu\u2019il lui arrivait\u2026 comment il se prenait syst\u00e9matiquement le jus des cl\u00f4tures \u00e9lectriques, quand les autres passaient dessous sans toucher le fil\u2026 il d\u00e9talait comme un lapin\u2026 comment on l\u2019a cherch\u00e9 partout dans la maison qui \u00e9tait rest\u00e9e ferm\u00e9e avant de le retrouver, en ouvrant la porte-fen\u00eatre pour voir dehors au cas o\u00f9, sur le toit\u2026 il \u00e9tait pass\u00e9 par le vasistas\u2026 mais oui, qu\u2019est-ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans sa t\u00eate\u2026&nbsp;? et puis aussi, comment on l\u2019a vu revenir en pimant, une tapette dont il aura voulu manger l\u2019app\u00e2t au bout de la langue, pendante\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Noisette \u2014 en milieu de matin\u00e9e et d\u2019apr\u00e8s-midi, il se tient sous une chaise, sous la table basse, derri\u00e8re une enceinte, comme un besoin de se terre, de se mettre en boule, t\u00eate rentr\u00e9e, oreilles repli\u00e9es, l\u2019\u0153il \u00e0 demi ferm\u00e9, l\u2019air de couver ou de m\u00e9diter \u2014 il a un truc avec les pieds&nbsp;: un jour il tourne autour, il saute, il grimpe dessus, il gratouille et mordille, avec de petits aboiements ou ronronnements s\u2019il pouvait&nbsp;; un autre jour, il court apr\u00e8s en d\u00e9rapant, en fon\u00e7ant dans le mur qui le relance, il saute sur le divan en grognements sourds, plaqu\u00e9 sur la t\u00eati\u00e8re, oreilles \u00e0 plat, l\u2019\u0153il et les moustaches profil\u00e9s, et pour un peu on l\u2019entendrait feuler \u2014 parfois, il se dresse, les courtes pattes avant dans le vide, en petits bras ballants tout tremblants \u2014 il se laisse aussi choir devant la t\u00e9l\u00e9 comme on viendrait d\u2019abattre un gros gibier, tout raide \u2014 mais il se rel\u00e8ve aussit\u00f4t et s\u2019allonge sur le c\u00f4t\u00e9, les pattes abandonn\u00e9es, \u00e9cart\u00e9es, mais la t\u00eate droite, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, une certaine hauteur dans l\u2019\u0153il fixe, le souffle haletant, mi-sphinx, mi-odalisque \u2014 et couch\u00e9 de tout son long sur le sol malgr\u00e9 ses grandes pattes arri\u00e8re en forme de plis pour le grand saut, il fait aussi carpette.<\/p>\n\n\n\n<p>Saturnin \u2014 un poussin plut\u00f4t pataud, court sur pattes, palm\u00e9, le bec \u00e9pat\u00e9 et gris, mais un beau duvet jaune orang\u00e9 bien moins p\u00e2le que celui des autres&nbsp;; il les suit, les autres, tant bien que mal en se dandinant, \u00e0 la tra\u00eene, mais le premier \u00e0 barboter dans le pneu coup\u00e9 en deux, rempli d\u2019eau&nbsp;; un dr\u00f4le de coq aussi, mais un beau coq quand m\u00eame avec sa t\u00eate d\u2019un vert brillant aux reflets presque bleu&nbsp;; il passe sa vie au milieu des poules, dans un enclos de terre battue et rebattue, boueuse, craquel\u00e9e, \u00e0 patauger dans un bassin d\u2019eau fangeuse&nbsp;; il suivait la vieille femme au foulard et au tablier gris qui entrait au coucher du soleil, qui venait lui faire la causette, et qui repartait en laissant ouvert&nbsp;; un jour, il est sorti pour suivre les glapissements du ciel, voir d\u2019o\u00f9 ils provenaient, et il s\u2019est endormi l\u00e0, dehors, dans le Grand Plan d\u2019herbe et de ros\u00e9e sous l\u2019Axe des \u00e9toiles, \u00e0 r\u00eaver d&rsquo;un vol de cendres.<\/p>\n\n\n\n<p>Margot \u2014 la peau du lait fra\u00eechement tir\u00e9, qu\u2019on faisait bouillir le matin dans une grande casserole, avec ce disque creux transparent au fond qui finissait par clapoter, la peau \u00e9paisse qui se formait, presque aussi jaune que le beurre, lisse et alv\u00e9ol\u00e9e, en fr\u00e9missant, en tremblant, la peau de lait qu\u2019on \u00e9talait comme de la cr\u00e8me sur un beau morceau de miche grill\u00e9, br\u00fbl\u00e9 ici ou l\u00e0, \u00e0 gratter le charbon avec une pointe de couteau, et cette couche de sucre roux qui craquait sous la dent, la peau de lait qu\u2019on per\u00e7ait d\u2019un doigt comme un dieu le soyeux sol lunaire, par gourmandise, apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 le lait cru, qui coulait d\u2019un jet comme l\u2019eau du Manneken-Pis du trayon sur la langue, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9, sous la peau rose de la mamelle charnue, ferme et moelleuse, de petites taches noires et de fins poils blancs, comme tout le reste du pelage, en noir sur blanc, avec cette l\u00e9g\u00e8re couche de graisse qui restait sur les mains, quand on attrapait la peau du cou, le fanon en plis et replis, quand on caressait le chanfrein, le chignon, on aga\u00e7ait le duvet des oreilles, on empoignait les cornes aussi et on partait au grand galop de rod\u00e9o, on volait, pris d\u2019une soudaine envie d\u2019\u00e9craser sa joue contre le mufle, sa peau noire et luisante, un vent de sud dans les yeux, de grands yeux noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Grand Louis\u2026 je l\u2019ai pas connu, de lui je sais que ce qu\u2019on en a rapport\u00e9\u2026 que c\u2019\u00e9tait un cas parce qu\u2019il \u00e9tait peureux, et quand on l\u2019effrayait il faisait des bonds \u00e9normes\u2026 un peu comme dans un Tex Avery\u2026 et comme \u00e7a faisait rire tout le monde, on se privait pas pour lui faire peur\u2026 il a fini sous une voiture, et c\u2019est peut-\u00eatre la seule fois o\u00f9 la peur l\u2019aura pas gagn\u00e9\u2026 pas le temps\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Figure-2-\u2013-De-la-Grosse-Bete-Noire-en-route-\u2013-photo-Marc-Hamacher-sur-UNTAPPD-141-AM-15-May-23-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-121961\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Figure-2-\u2013-De-la-Grosse-Bete-Noire-en-route-\u2013-photo-Marc-Hamacher-sur-UNTAPPD-141-AM-15-May-23-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Figure-2-\u2013-De-la-Grosse-Bete-Noire-en-route-\u2013-photo-Marc-Hamacher-sur-UNTAPPD-141-AM-15-May-23-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Figure-2-\u2013-De-la-Grosse-Bete-Noire-en-route-\u2013-photo-Marc-Hamacher-sur-UNTAPPD-141-AM-15-May-23-1152x1536.jpg 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wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Encore un jeu de mots facile\u2026 Je retombe souvent dans ce genre de b\u00eatise. Et en m\u00eame temps (ne laissons pas le Pr\u00e9sident s\u2019emparer de cette expression), c\u2019est presque le premier plaisir des mots, le mot pour rire premier degr\u00e9. Bien s\u00fbr, le proc\u00e9d\u00e9 est galvaud\u00e9, c\u2019est une vieille ficelle us\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la corde. Mais la chose est souvent renvers\u00e9e par le fait, de deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me degr\u00e9, qu\u2019elle se signale en tant que telle, une imposture gratuite, insignifiante. Avouons quand m\u00eame que le d\u00e9tournement tous azimuts par le monde m\u00e9diatique, \u00e0 des fins mercantiles, a de quoi agacer. (Derni\u00e8rement&nbsp;: <em>Sp\u00e9ciale bi\u00e8re | on n\u2019a pas fait les choses \u00e0 demi<\/em>. C\u2019est pour la grande distribution, bien s\u00fbr, pas les pompes fun\u00e8bres.)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Le Paradoxe du chimpanz\u00e9<\/em>, le docteur Steve Peters montre comment notre humanit\u00e9 n\u2019est jamais qu\u2019une houppelande trop grande pour le chimpanz\u00e9 emp\u00eatr\u00e9, qu\u2019on ne per\u00e7oit que par ses mouvements brusques dessous, que nous sommes rest\u00e9s, d\u2019abord. Ce que nous percevons, c\u2019est lui, en premier, l\u2019\u00eatre d\u2019affects, qui fait avec. C\u2019est peut-\u00eatre son visage que j\u2019essaie de retrouver sous ses mouvements, sous le voile du v\u00eatement d\u00e9form\u00e9. Son visage et ses grimaces, comme autant de mani\u00e8res de nous singer.<\/p>\n\n\n\n<p>Avouons que la facilit\u00e9 avec laquelle j\u2019use du (le) proc\u00e9d\u00e9 est irritable. N\u2019est pas Raymond Devos qui veut. Le plus \u00e9trange, c\u2019est que bien que pr\u00e9venu par Barthes sur ce que veut dire faire \u0153uvre d\u2019art aujourd\u2019hui (un <em>aujourd\u2019hui<\/em> qui a une bonne quarantaine d\u2019ann\u00e9es, certes, mais certains esprits comme le sien ont tant creus\u00e9 l\u2019\u0153il de leur \u00e9poque qu\u2019ils ont fini par prendre une belle avance \u2014 et on n\u2019est pas pr\u00e8s de les rattraper), j\u2019ai l\u2019air de faire exactement le contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>(Dans un hommage \u00e0 Antonioni, Barthes concluait sur ce fait&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00eatre artiste aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u00e0 une situation qui n\u2019est plus soutenue par la belle conscience d\u2019une grande fonction sociale ou sacr\u00e9e&nbsp;; ce n\u2019est plus prendre place sereinement dans le Panth\u00e9on bourgeois des Phares de l\u2019Humanit\u00e9&nbsp;; c\u2019est, au moment de chaque \u0153uvre, devoir affronter en soi ces spectres de la subjectivit\u00e9 moderne, d\u00e8s lors qu\u2019on n\u2019est plus pr\u00eatre, que sont la lassitude id\u00e9ologique, la mauvaise conscience sociale, l\u2019attrait et le d\u00e9go\u00fbt de l\u2019art facile, le tremblement de la responsabilit\u00e9, l\u2019incessant scrupule qui \u00e9cart\u00e8le l\u2019artiste entre la solitude et la gr\u00e9garit\u00e9.&nbsp;\u00bb \u2014 En effet, les phares sont ceux de l\u2019Animal. (Je n\u2019avais pas relu ce passage depuis des ann\u00e9es. C\u2019est un jeune lyc\u00e9en, Paco, qui me l\u2019a soumis l\u2019autre jour, en vue de son expos\u00e9 en classe&nbsp;: il m\u2019a envoy\u00e9 un petit questionnaire surprise sur le pourquoi et le comment j\u2019en suis venu \u00e0 \u00e9tudier Barthes. Je me suis dit que le mieux serait d\u2019orner mes r\u00e9ponses d\u2019une poign\u00e9e d\u2019extraits qui, \u00e0 l\u2019affleurement de ma m\u00e9moire, peuvent appara\u00eetre comme des plus-values, dans cette \u0153uvre foisonnante, m\u2019animant plus que je ne saurais le dire. (Que je sois \u00e0 la hauteur, ou pas, c\u2019est une autre histoire.)))<\/p>\n\n\n\n<p>Au risque de me r\u00e9p\u00e9ter, Antonio Lobo Antunes a aussi r\u00e9gl\u00e9 quelques comptes avec l\u2019usage facile et d\u00e9tourn\u00e9 de la langue dans <em>Le Cul de Judas<\/em>, chapitre U.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le chimpanz\u00e9, son animalit\u00e9, elle constitue la doublure de quel \u00eatre, de quelles cr\u00e9ature ou entit\u00e9&nbsp;? (Question sans fin. De l\u00e0 \u00e0 remonter aux \u00e9ponges, sur la frise historique du vivant, et plus loin encore dans la soupe primitive.)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la question des portraits avec Chat<em>f <\/em>n\u00b04, l\u2019important pour moi se trouve dans ces deux fragments&nbsp;: <em>(21:33) qu&rsquo;est-ce que \u00e7a induit si on \u00e9crive 20 minutes donc cette semaine la proposition \u00e7a serait de prendre trois fois 20 minutes sur trois jours sur deux jours sur un jour sur cinq jours c&rsquo;est pas \u00e7a l&rsquo;important par contre je crois que ce qui est important c&rsquo;est de le faire dans des moments s\u00e9par\u00e9s de faire chaque exp\u00e9rience comme si elle \u00e9tait seule au monde et de travailler uniquement sur dire et de travailler principalement sur le point de d\u00e9part au d\u00e9part \u00e7a c&rsquo;est un croisement un croisement | (23:38) d&rsquo;intensit\u00e9 l\u00e0 les gens qui le croisent ils le mettent en partage si nous on pense l\u00e0 dans le quotidien dans la r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 \u00e7a \u00e7a et \u00e7a on en saura pas plus mais pourquoi \u00e7a vous l&rsquo;avez remarqu\u00e9 pour quelle intensit\u00e9 suppos\u00e9e et \u00e0 ce moment-l\u00e0 on fabrique la petite boule d&rsquo;\u00e9criture et on va fabriquer trois de ces portraits chacun et cette question c&rsquo;est pas seulement principalement sur le portrait mais d&rsquo;avoir \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le dispositif m\u00eame sur ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 \u00e7a sur le lacunaire le lacunaire qui s&rsquo;exprime<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Baptiste Morizot&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019ignorance circonscrite est le savoir le plus honn\u00eate, l\u2019art de ne pas conclure <em>encore<\/em>, une vertu. Il s\u2019agit de se dessiner progressivement une carte du connu et de l\u2019inconnu, et ce dernier \u00e0 la part belle&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais pour fermer les volets sur la terrasse, le concert de grillons est assourdissant. C\u2019est eux tous les trous que j\u2019aper\u00e7ois dans le jardin, mais je ne les aper\u00e7ois jamais. On pourrait alors croire qu\u2019ils n\u2019existent pas vraiment, et que c\u2019est le jardin qui chante \u00e0 sa guise, la nuit tomb\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris ces notes en m\u00eame temps que les textes, dans leur suspens. C\u2019est difficile. Il y a le souvenir, il y a ses lacunes, \u00e9normes, le souvenir au milieu de l\u2019Oubli. Et il y a l\u2019imagination et le fantasme m\u00eal\u00e9s qui se faufilent entre les deux, dans l\u2019appel d\u2019air de la friction pour combler le vide. L\u2019artifice qu\u2019ils parviennent \u00e0 produire pour un impossible, plus ou moins r\u00e9ussi. Mais ce n\u2019est pas grave. Ce qui compte, c\u2019est le prolongement du souvenir dans la langue, c\u2019est la pelote des mots, des phrases, enroul\u00e9e pour une trame un peu plus solide.<\/p>\n\n\n\n<p>Portraits de quelques animaux domestiques qui ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s. \u00c0 chacun son nom, et en retour, celui de l\u2019esp\u00e8ce ne peut plus vraiment \u00eatre prononc\u00e9. Bien s\u00fbr, personne ne sera dupe, on reconna\u00eetra facilement les attributs sp\u00e9cifiques de chacun, mais l\u2019enjeu est ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>En racontant \u00e0 mon p\u00e8re, l\u2019autre jour, comment une pie a atterri sur la table de la terrasse et s\u2019est approch\u00e9e de moi, quand deux autres dans le jardin restaient \u00e0 l\u2019\u00e9cart, \u00e0 voler d\u2019un arbre \u00e0 l\u2019autre, il s\u2019est souvenu du corbeau qu\u2019il avait apprivois\u00e9, tout jeune, sans le baptiser. L\u2019oiseau volait autour de la maison et entrait dans sa chambre. Il se signalait en frappant du bec \u00e0 la fen\u00eatre. Il pouvait d\u00e9rober de petits objets. Et c\u2019est bien plus tard, en r\u00e9parant la toiture de la maison, que mon p\u00e8re a retrouv\u00e9 sa chevali\u00e8re entre deux tuiles.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Cochin, un ancien voisin, avait apprivois\u00e9 un geai qui volait dans le quartier. Il venait parfois se poser dans la haie et sur le bord de la fen\u00eatre. Souvent on l\u2019entendait siffler ou chanter, en imitant d\u2019autres oiseaux. M. Cochin assurait qu\u2019il pouvait r\u00e9p\u00e9ter quelques mots, mais je n\u2019en ai entendu aucun.<\/p>\n\n\n\n<p>(<em>Dans<\/em> <em>\u201cdomestique\u201d, il y a \u201chomme\u201d<\/em>, disait en substance Lacan \u2014 ou c\u2019\u00e9tait le prof de lettres&nbsp;?)<\/p>\n\n\n\n<p>(Et c\u2019est quand l\u2019animal d\u00e9pend de l\u2019homme qu\u2019il n\u2019en est plus vraiment un&nbsp;? qu\u2019il devient b\u00eate&nbsp;?)<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le monde frappe \u00e0 la porte de la Structure. \u2014 Il y avait Julienne, de Guin\u00e9e, arriv\u00e9e en Europe avec un Zodiac de fortune. En formation depuis quelques mois pour lire, \u00e9crire, compter, elle a effectu\u00e9 un stage comme cuisini\u00e8re dans une maison de retraite. Elle y travaille jusqu\u2019\u00e0 la rentr\u00e9e. Elle suivra alors une formation qualifiante. Elle voudrait poursuivre la formation ici, en parall\u00e8le. \u2014 Il y a Sofiia, jeune Ukrainienne de 18 ans qui comprend et parle assez bien le fran\u00e7ais, qui l\u2019\u00e9crit un peu. Elle vit chez sa tante install\u00e9e depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Elle a appris l\u2019alphabet latin avec l\u2019anglais, qu\u2019elle trouve difficile. Elle s\u2019exprime peu, de fa\u00e7on laconique. Elle regarde ailleurs quand il est question des amis, son \u0153il gauche divergent toujours sur vous. \u2014 Il n\u2019y aura pas Mahmoud, Syrien qui a choisi la France comme pays d\u2019accueil (il voulait voir Paris, la tour Eiffel) quand son tour est venu de sortir du camp o\u00f9 il vivait en Jordanie. Il vit en France depuis quelques ann\u00e9es, il a commenc\u00e9 \u00e0 travailler. Pour sa femme professeur d\u2019anglais, c\u2019est plus difficile, \u00e0 cause du foulard. Il comprend tr\u00e8s bien le fran\u00e7ais, il le parle vite avec un accent \u00e0 couper chaque mot, il ne sait pas l\u2019\u00e9crire. On l\u2019oriente vers une autre structure. Il garde le sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi cette coll\u00e9gienne, en quatri\u00e8me, \u00e0 qui je donnais des cours particuliers de fran\u00e7ais (via Acadomia). Elle aimait les araign\u00e9es et elle en poss\u00e9dait quelques-unes dans un vivarium transparent qui ne devait pas quitter sa chambre. Je ne les ai jamais vues. Mais je me souviens de la fois o\u00f9 la jeune fille portait des mitaines noires en r\u00e9sille.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u2019abord pens\u00e9 \u00e0 un ensemble de portraits-animots, dans la ligne des portraits-robots, mais sans r\u00e9elle conviction. Et puis, la recherche de <em>La Noiraude<\/em> de Jean-Louis Fournier (que j\u2019ai regard\u00e9 tout petit, avec <em>La Linea<\/em>), en pensant \u00e0 une image pour illustration, m\u2019a fait d\u2019abord tomber sur des marques bi\u00e8res du m\u00eame nom (une blanche \u00ab&nbsp;robe claire et mousse dense, et une stout, \u00ab&nbsp;noire de haute fermentation&nbsp;\u00bb), puis, s\u00e9rendipit\u00e9 oblige, La B\u00eate Noire d\u2019\u00c0 la F\u00fbt. De l\u00e0, la r\u00e9vision du titre pour ces portraits o\u00f9 l\u2019animal ne prime pas tant, pas seulement, que la relation \u00e0 eux, via la m\u00e9moire et l\u2019imagination, les mots au milieu \u00e0 commencer par leurs noms. (Il existe aussi sans article une B\u00eate Noire, une Grosse B\u00eate Noire Luxuriante au caf\u00e9 Yirgacheffe de la Br\u00fblerie M\u00e9kinoise, La B\u00eate tout court, une stout Encre Noire du Lub\u00e9ron, et une s\u00e9rie de S\u00e9rie \u00e0 l\u2019Encre Noire de la vall\u00e9e de la Lienne, jusqu\u2019\u00e0 13,5\u00b0&nbsp;!)<\/p>\n\n\n\n<p>(Les textes \u00e0 trous que j\u2019ai pu \u00e9crire \u2014 cette voix qui parle, qui parle, en glissement de sens et coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne \u2014 ne sont peut-\u00eatre pas si \u00e9loign\u00e9s des notes. \u2014 Normal, c\u2019est toujours le m\u00eame qui les \u00e9crit \u2014 enfin, je crois.)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Miro\u2026 sur l\u2019\u00e9chelle azimut\u00e9e des vies de chacun, on est n\u00e9s en m\u00eame temps, on a grandi ensemble, et c\u2019est pas impossible qu\u2019on soit rest\u00e9s toujours un peu trop jeunes chaque fois qu\u2019on se retrouvait\u2026 les autres diraient attard\u00e9s, mais les autres sont pas sur la m\u00eame \u00e9chelle\u2026 c\u2019est vrai que de ce point de vue, il avait l\u2019air un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-06-portraits-de-betes-noires\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#techniques #04 | Portraits de B\u00eates noires<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":121961,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4397,1,4452],"tags":[1208,1115,175,3857,4491],"class_list":["post-121950","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-techniques-elargissements","category-atelier","category-techniques-04-portraits","tag-canard","tag-chat","tag-chien","tag-lapin","tag-vache"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121950","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121950"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121950\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/121961"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}