{"id":12286,"date":"2019-09-01T17:59:01","date_gmt":"2019-09-01T15:59:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=12286"},"modified":"2019-11-29T16:37:34","modified_gmt":"2019-11-29T15:37:34","slug":"06-il-au-surgissement-de-ses-dernieres-fenetres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/06-il-au-surgissement-de-ses-dernieres-fenetres\/","title":{"rendered":"# 06 il au surgissement de ses derni\u00e8res fen\u00eatres"},"content":{"rendered":"<p>il au surgissement de ses derni\u00e8res fen\u00eatres demande l\u2019heure quelle heure est-il six heures moins vingt le soleil commence \u00e0 d\u00e9cliner les derniers rayons de soleil s\u2019accrochent \u00e0 la colline il est assis devant la fen\u00eatre il serre sa t\u00eate entre ses mains son \u00e9tat l\u2019accable une perfusion le g\u00eane il serre le poing gauche l\u2019alliance flotte il desserre le poing il a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 l\u2019op\u00e9ration s\u2019est bien pass\u00e9e il n\u2019a pas faim il veut rentrer chez lui en attendant il escaladerait bien cette fen\u00eatre de nuit personne ne verrait son ombre \u00e9pingl\u00e9e par les rayons de lune comment sait-il qu\u2019il a gliss\u00e9 dans un \u00e9tirement \u00e9lastique du temps dont il a perdu les rep\u00e8res c\u2019est le jour c\u2019est la nuit c\u2019est l\u2019heure de manger il est dans une parenth\u00e8se suspendue de l\u2019espace et moi je vais o\u00f9 c\u2019est o\u00f9 la maison et ma chambre elle est o\u00f9 deviennent les questions r\u00e9currentes qu\u2019il se pose hors de tout quand arrive le soir \u00e0 sa fen\u00eatre ce flottement entre deux mondes tangibles cette ligne de partage entre le jour et la nuit les vivants et les morts entre chien et loup il est ce corps qu\u2019il ne reconnait plus suspendu au-dessus du vide dans un temps suspensif entre le moment o\u00f9 le levier encore band\u00e9 au-dessus de la proie encore libre la fuite encore possible s\u2019abaisse tchac le couperet tombe immobilise un \u00eatre au mouvement d\u00e9j\u00e0 ralenti quand les bruits de la rue n\u2019entrent plus qu\u2019effac\u00e9s le soir depuis un ext\u00e9rieur lointain ce silence assourdissant marque un temps d\u2019arr\u00eat d\u00e9mesur\u00e9 pour l\u2019esprit en suspension qui s\u2019agite le soir la nuit c\u2019est long demain c\u2019est quand les jours n\u2019ont plus d\u2019importance \u00e0 regarder dehors les pieds chauss\u00e9s de pantoufles une fissure court sur la vitre ses yeux s\u2019animent et s\u2019\u00e9claircissent il voit un bateau sur le carreau c\u2019est une jonque des rizi\u00e8res \u00e0 perte de vue de l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la taille et les sangsues dans le cou il faut cependant avancer d\u00e9jouer les pi\u00e8ges de l\u2019ennemi la progression est lente et difficile dans ce milieu hostile qu\u2019il ne connait pas il suit du doigt la cassure du verre sur la vitre l\u00e0 o\u00f9 une femme pr\u00e9pare le riz quotidien elle est belle elle est jeune des coups de feu au loin devant lui un canard prend son envol il sursaute tire donne le volatile \u00e0 la femme qui s\u2019incline sans lever les yeux devant l\u2019homme blanc qui marque un temps d\u2019arr\u00eat imperceptible et passe son chemin ignorant \u00e0 ce moment pr\u00e9cis que le geste de cette femme s\u2019imposerait \u00e0 lui aujourd\u2019hui et \u00e0 pr\u00e9sent il cherche sans le trouver le regard interdit qui n\u2019a pas eu lieu les images glissent furtivement sur la vitre il ne les retient pas elles fuient quand la vue donne \u00e0 l\u2019est peut-\u00eatre aper\u00e7oit-on les jours de grande lessive c\u00e9leste le Mont-Blanc surtout en fin de journ\u00e9e quand le sommet alors rehauss\u00e9 de rose se mat\u00e9rialise en cr\u00eates de dentelle il plonge son regard dans ce tableau qui lui rappelle la longue ascension pendant laquelle des barres rocheuses ouvrent la voie des hommes gravissent sans un mot le pas ralenti par la neige sourcils soulign\u00e9s de blanc joues givr\u00e9es d\u2019\u00e9toiles ils portent altier le masque immuable du froid imprim\u00e9 sur leurs visages \u00e0 moins vingt degr\u00e9s les armes sont enray\u00e9es des arbres sont arrach\u00e9s ils tirent hors du chemin les troncs et les hommes affaiss\u00e9s dans la touffeur glaciale de l\u2019hiver il frissonne dans sa robe de chambre ferme la fen\u00eatre revient en bordure de mer il avait pris le bateau plut\u00f4t que l\u2019avion son barda pos\u00e9 en tas sur le quai d\u2019embarquement au milieu des autres paquetages maintenant il est debout devant la fen\u00eatre ferm\u00e9e son regard se noie dans l\u2019immensit\u00e9 bleue il ne sait plus ce qu\u2019il cherche sur ce petit balcon qu\u2019il ne voit m\u00eame pas seuls les rails d\u2019un tramway longent la rue et une station de m\u00e9tro au grand nom de bataille permet d\u2019acc\u00e9der facilement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement mais lui est venu en taxi m\u00e9dicalis\u00e9 la fa\u00e7ade de l\u2019immeuble n\u2019attirait pas le regard sauf peut-\u00eatre les lettres jaunes d\u2019un autre temps Caf\u00e9 du si\u00e8cle l\u2019appartement avait un balcon au cinqui\u00e8me \u00e9tage et deux portes fen\u00eatres sym\u00e9triques qui \u00e9clairaient bien le s\u00e9jour les volets \u00e0 claire voie filtraient les lumi\u00e8res de la nuit entre les deux l\u00e9g\u00e8rement \u00e9touff\u00e9e par une paire de double rideau une console en peau de galuchat en-dessous d\u2019une pendule \u00e0 carillon dont le chiffre deux s\u2019\u00e9tait d\u00e9tach\u00e9 du cadran les aiguilles marquent cinq heures moins le quart la nuit va bient\u00f4t tomber le bo\u00eetier vert \u00e0 son poignet n\u2019est pas une montre c\u2019est une alarme mais il a pourtant ce m\u00eame geste de regarder l\u2019heure soulevant avec d\u00e9licatesse la manche qui recouvre son poignet gauche et ce geste le satisfait ignorant que d\u2019heure il n\u2019a plus le soleil voil\u00e9 derri\u00e8re la vitre c\u2019est la lune qui se couche disque blafard derri\u00e8re un rideau blanc il n\u2019a qu\u2019\u00e0 tendre la main pour retenir la crini\u00e8re effiloch\u00e9e d\u2019un ciel d\u00e9lav\u00e9 dans son regard vide qui s\u2019abreuve d\u2019images qui peuplent ses nuits illumin\u00e9es de fant\u00f4mes et de petits personnages ail\u00e9s P\u00e9gase qui l\u2019entraine au loin revient incessamment le tarabuste l\u2019oblige \u00e0 se lever \u00e0 s\u2019approcher de \u00e7a qui l\u2019engloutit lui tout entier et ses derni\u00e8res pens\u00e9es au surgissement du jour barr\u00e9 d\u2019un grillage<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>il au surgissement de ses derni\u00e8res fen\u00eatres demande l\u2019heure quelle heure est-il six heures moins vingt le soleil commence \u00e0 d\u00e9cliner les derniers rayons de soleil s\u2019accrochent \u00e0 la colline il est assis devant la fen\u00eatre il serre sa 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