{"id":122966,"date":"2023-05-29T22:38:00","date_gmt":"2023-05-29T20:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=122966"},"modified":"2026-05-02T09:36:34","modified_gmt":"2026-05-02T07:36:34","slug":"techniques-05-martelement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-martelement\/","title":{"rendered":"#techniques #05 | Mart\u00e8lement"},"content":{"rendered":"\n<p><em>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;agitation du printemps encore, le p\u00e9piement des oiseaux, le mart\u00e8lement des outils dans le chantier sur le trottoir d&rsquo;en face, les cris des enfants dans la cour de l&rsquo;\u00e9cole bruissaient et s&rsquo;\u00e9gaillaient dans l&rsquo;air tels une nu\u00e9e d&rsquo;insectes, les jours s&rsquo;allongeaient, puis sans que l&rsquo;on y prenne garde l&rsquo;air \u00e9tait chaud et le corps lent, s&rsquo;amor\u00e7ait alors la descente estivale, le bitume br\u00fblant, la pesanteur silencieuse des places et, parfois en fin de journ\u00e9e, parmi les lueurs orang\u00e9es qui coloraient sept heures du soir, des m\u00e9lancolies douteuses comme un frisson que suspendaient un temps le bruit du tonnerre et l&rsquo;approche de l&rsquo;orage.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;illusion d&rsquo;un fondu encha\u00een\u00e9, lent, imperceptible, c&rsquo;est brutal autant que sournois, un mouvement in\u00e9luctable, mortif\u00e8re, un voile pos\u00e9 sur la ville, pesant, silencieux.<em>La pesanteur silencieuse des places<\/em>. J&rsquo;aime les ind\u00e9finis et les pluriels. Jean-Pierre Richard relevait chez Verlaine les \u00ab\u00a0parmi\u00a0\u00bb, la localisation floue, l&rsquo;\u00e9vanescence, la dilution mais aussi le grin\u00e7ant, la dissonance, ce quelque chose qui gratte et agace tel corps aspirant \u00e0 la mollesse ou au l\u00e2cher prise, ce qu&rsquo;il nommait la fadeur verlainienne. Je garde cette id\u00e9e de la fadeur comme principe actif et corrosif : la fadeur ou le terne attaquent tout aussi vivement que la banalit\u00e9. Quant \u00e0 ce petit texte : trop de mots. On ne peut gu\u00e8re s&rsquo;\u00e9gailler que dans l&rsquo;air. Et l&rsquo;imparfait, s&rsquo;il est r\u00e9put\u00e9 de nature \u00e0 \u00e9galiser toutes choses, para\u00eet encore bien trop d\u00e9fini, seul le pr\u00e9sent est v\u00e9ritablement suspendu, ind\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<p><em>C&rsquo;est l&rsquo;agitation du printemps, le p\u00e9piement des oiseaux, le mart\u00e8lement des outils dans le chantier sur le trottoir d&rsquo;en face, les cris des enfants dans la cour bruissent et s&rsquo;\u00e9gaillent tels une nu\u00e9e d&rsquo;insectes, les jours s&rsquo;allongent, puis sans que l&rsquo;on y prenne garde l&rsquo;air est chaud et le corps lent, s&rsquo;amorce alors la descente estivale, le bitume br\u00fblant, la pesanteur silencieuse des places et, parfois en fin de journ\u00e9e des m\u00e9lancolies douteuses comme un frisson que suspend le bruit du tonnerre \u00e0 l&rsquo;approche de l&rsquo;orage.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des cris qui s&rsquo;\u00e9gaillent, voil\u00e0 qui n&rsquo;est pas tr\u00e8s heureux, et ne dirait-on pas que l&rsquo;on s&rsquo;y perd avec ces formes nominales qui semblent avoir \u00e9gar\u00e9 sujets et verbes. Il y manque aussi un mouvement d&rsquo;ensemble, coh\u00e9rent qui traduise dans le rythme cette descente estivale. Descente&#8230; Il y a bien l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9clin mais aussi d&rsquo;une d\u00e9compensation, d&rsquo;un delirium tremens peut-\u00eatre, du moins d&rsquo;un sevrage. On verrait bien plut\u00f4t l&rsquo;hiver \u00e0 une telle place et pourtant non, ici le sevrage est estival.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;agitation du printemps, le p\u00e9piement des oiseaux, le mart\u00e8lement des outils sur le trottoir d&rsquo;en face, les enfants crient et s&rsquo;\u00e9gaillent <em>\u00e0 travers la cour<\/em><\/em> <em>et dans les rues<\/em> <em>tels des nu\u00e9es d&rsquo;insectes, les jours s&rsquo;allongent, sans que l&rsquo;on y prenne garde l&rsquo;air est chaud et le corps lent, s&rsquo;amorce la descente estivale, le bitume est br\u00fblant dans la pesanteur silencieuse des places, parfois en fin de journ\u00e9e, <em>parmi les lueurs orang\u00e9es qui colorent sept heures du soir,<\/em> <em>le tonnerre<\/em><\/em> <em>suspend de douteuses m\u00e9lancolies<\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et bien \u00e0 la fin on ne sait plus bien et l&rsquo;on pourrait tout aussi bien revenir \u00e0 la case d\u00e9part.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;agitation du printemps encore, le p\u00e9piement des oiseaux, le mart\u00e8lement des outils dans le chantier sur le trottoir d&rsquo;en face, les cris des enfants dans la cour de l&rsquo;\u00e9cole bruissaient et s&rsquo;\u00e9gaillaient dans l&rsquo;air tels une nu\u00e9e d&rsquo;insectes, les jours s&rsquo;allongeaient, puis sans que l&rsquo;on y prenne garde l&rsquo;air \u00e9tait chaud et le corps lent, s&rsquo;amor\u00e7ait alors la descente <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-martelement\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#techniques #05 | Mart\u00e8lement<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4397,4468],"tags":[],"class_list":["post-122966","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-techniques-elargissements","category-techniques-05-variations-wajsbrot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122966","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=122966"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122966\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":208688,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122966\/revisions\/208688"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=122966"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=122966"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=122966"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}