{"id":123477,"date":"2023-06-05T08:22:51","date_gmt":"2023-06-05T06:22:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=123477"},"modified":"2023-06-06T07:39:27","modified_gmt":"2023-06-06T05:39:27","slug":"ete-du-roman-00-prologue-a-comme-les-mains-sur-le-tablier-bleu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-du-roman-00-prologue-a-comme-les-mains-sur-le-tablier-bleu\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 du roman #00 prologue  A comme les mains sur le tablier bleu"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:18px\">C\u2019est \u00e0 ce livre que je veux penser il n\u2019en exclut aucun, il ne les contient pas tous loin de l\u00e0.\u00a0Il s&rsquo;adresse \u00e0 une part de moi: la part recluse.(comment se rassembler quand lire renvoie \u00e0 cet \u00e9clatement du dedans, comme aimer \u00e0 la folie celui-ci qui crie et se vouer au silence de celui-l\u00e0). Il me touche comme un po\u00e8me de peu de mots; aussi parce qu\u2019il s\u2019ouvre dans un paysage. La nature a sa place je crois. C\u2019est elle qui marche dans un paysage comme Lenz dans la montagne mais elle n\u2019a pas de mots ou quelques-uns comme des cailloux.\u00a0Elle arrive comme la femme de Lumi\u00e8re d\u2019ao\u00fbt mais elle n&rsquo;a pas de qu\u00eate; c&rsquo;est un jour comme un autre comme aller au champ et il fait grand soleil. Elle est comme la  presque jeune fille au chapeau du tableau peint par Paula Modershon Becker\u00a0: quelques taches de rousseur sur un tableau. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui arrive et voit un autre visage : avec tout son corps. Elle le rencontre. Elle est s\u00e9duite puis abandonn\u00e9e. Juste le temps de mettre au monde l\u2019enfant, de le tuer puis de se tuer. C&rsquo;est une histoire s\u00e8che. C\u2019est une \u00e9pure. Un po\u00e8me sans lyrisme : <em><em>ce n\u2019\u00e9tait rien qu\u2019un peu de chair. Sa figure \u00e9tait comme une boule rouge o\u00f9 il y avait des plis qui \u00e9taient les yeux et la bouche, deux trous qui \u00e9taient les narines<\/em>.<\/em> C\u2019est la trajectoire d\u2019une passion triste. ( la question de l\u2019infanticide et du suicide c\u2019est revenu souvent, \u00e7a revient en lisant Duras aussi\u2026 et l\u2019autre jour encore en voyant St Omer). C\u2019est celle qui partage avec Antigone de se pendre avec sa ceinture, c&rsquo;est tout. C\u2019est le taupier qui la trouve, pas un garde de Cr\u00e9on ( <em>Fa\u00e7ons tragiques de tuer une femme<\/em>. Elle aurait d\u00fb en toute logique s&rsquo;ouvrir le ventre; ce n&rsquo;est pas une vierge qui creuse la terre et dresse le poing : juste une pauvre fille s\u00e9duite et abandonn\u00e9e qui se mure dans son silence). Mais tu arrives. Tu remues quelque chose. Tu viens me d\u00e9ranger. Tu fais bouger les pierres. \u00c0 peine un personnage ou personne : cinq lettres.\u00a0Un pr\u00e9nom dans un petit cercueil de campagne qui passe. Un peu de poussi\u00e8re rose souffl\u00e9e sur une page. Presque rien. Comme sa robe presque rien. Comme l\u2019hymen qui se d\u00e9chire presque-rien l\u2019instant d\u2019une jouissance puis une d\u00e9vastation silencieuse. Comme passer du corps opaque de l\u2019enfance au corps \u00e9bloui d\u2019une premi\u00e8re \u00e9treinte. Comme un peu de chair fait une t\u00eate d\u2019enfant. Comme une branche quand on s\u2019y pend ouvre le chemin de la mort. ( les images de pendus  qui me hantent &#8230; <em>s\u2019\u00e9tait pendue avec sa ceinture aux branches basses d\u2019un pommier. Comme ses pieds touchaient terre, elle avait d\u00fb plier les genoux\u00a0; et elle \u00e9tait rest\u00e9e \u00e0 demi suspendue, adoss\u00e9e au tronc de l\u2019arbre\u2026<\/em>: ces quelques lignes adoucies). Elle aurait pu devenir servante, elle n\u2019a pas \u00e9lev\u00e9 de perroquet. Elle aurait pu \u00eatre une m\u00e8re en Lambeaux ou bien cette grand m\u00e8re qui raconte un conte sur la lune \u00e0 quelqu&rsquo;un qui court comme un rasoir ouvert. Tu choisis de te tuer\u00a0: ta seule consolation dans cette histoire \u00e9crite d\u2019avance. C\u2019est un livre comme quelques versets de Bible\u00a0: un tableau primitif ou la pomme et le caillou se d\u00e9tachent sur un fond simplifi\u00e9. J\u2019y ai vu aussit\u00f4t de la peinture : lui qui \u00e9crivait il passait par les yeux. Il venait me chercher avec ses mots\u00a0: par les yeux. Ses images et son rythme. C\u2019est une \u00e9criture laconique qui chante (un peu comme une comptine). Il venait me chercher avec sa rythmique simple. D\u2019elle je me suis sentie proche ni plus ni moins qu\u2019en regardant les mains de la m\u00e8re sur le tablier bleu du tableau de C\u00e9zanne : terriblement proche ; ni plus ni moins que devant les souliers du peintre ou la pomme sur la table quand le peintre la peint avec la montagne tout enti\u00e8re\u2026 J\u2019aime penser que c\u2019\u00e9tait juin, qu\u2019il faisait chaud, que je l\u2019ai lu dans la pi\u00e8ce atelier de cette maison de Paris qui plongeait sur un arbre; cette maison qu\u2019il a fallu quitter. J&rsquo;aime penser que je peux sentir cette maison dans le papier un peu \u00e9pais du livre. C\u2019\u00e9tait en amont d\u2019un projet de th\u00e9\u00e2tre, en pr\u00e9lude \u00e0 une sc\u00e9nographie cette ouverture \u00e0 une \u0153uvre dont je ne savais rien ou presque : \u00ab\u00a0 que l\u2019id\u00e9e naisse de la vision comme l\u2019\u00e9tincelle du caillou\u00a0\u00bb a-t-il \u00e9crit quelque part.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est \u00e0 ce livre que je veux penser il n\u2019en exclut aucun, il ne les contient pas tous loin de l\u00e0.\u00a0Il s&rsquo;adresse \u00e0 une part de moi: la part recluse.(comment se rassembler quand lire renvoie \u00e0 cet \u00e9clatement du dedans, comme aimer \u00e0 la folie celui-ci qui crie et se vouer au silence de celui-l\u00e0). 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