{"id":123899,"date":"2023-06-11T12:07:09","date_gmt":"2023-06-11T10:07:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=123899"},"modified":"2023-07-04T09:28:00","modified_gmt":"2023-07-04T07:28:00","slug":"testard_du_roman_0_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_du_roman_0_1_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #00 | \u00c0 partir de l\u00e0"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai peur de vous perdre. Commen\u00e7ons sobrement&nbsp;: c&rsquo;est un livre lu au camping. Au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Camping municipal de B\u2026 \u2014 presque au milieu de l&rsquo;\u00eele&nbsp;\u2014, les cypr\u00e8s hauts filtrent le vent, le jour poursuit son assaut des emplacements, radieux&nbsp;; libres&nbsp;; pour une tente igloo et deux v\u00e9los, c&rsquo;est un pr\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tend, s\u2019offre, sans ombre, une marque, sans un brin d&rsquo;herbe ni jauni ni aplati&nbsp;: entier. S&rsquo;offre \u00e0 la vue, mieux encore qu&rsquo;\u00e0 l\u2019installation \u2014 ou comme si c&rsquo;\u00e9tait dans la vue qu\u2019on campe. Au milieu du camping ce champ de foire \u2014 esp\u00e8ce r\u00e9duite de \u2014 n&rsquo;est pas autrement fr\u00e9quent\u00e9 qu&rsquo;une plage de l&rsquo;Atlantique&nbsp;: avec, non \u00e9norm\u00e9ment ou une immensit\u00e9, mais au moins l\u2019\u00e9tendue \u2014 une d\u00e9tente ici&nbsp;\u2014, un luxe ou suppl\u00e9ment d&rsquo;espace entre tout&nbsp;: de transparence&nbsp;; d&rsquo;air&nbsp;: une respiration. La respiration dessine tout&nbsp;\u2014 ce qui nous entoure&nbsp;\u2014 le terrain de camping en ses enclos \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 ouest du bourg \u2014 apr\u00e8s le cimeti\u00e8re. Elle d\u00e9tache, elle articule bien. Une bonne respiration prise entre chaque chose, entre les gens&nbsp;; un bol d\u2019air chacun \u2014 bien distribu\u00e9. Ce n&rsquo;est pas tellement les gens, d&rsquo;ailleurs, autour, que des absents qui se retrouveraient l\u00e0, qui comme nous s&rsquo;absentent l\u00e0 de leurs vies \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e. Venus s&rsquo;abstraire, se soustraire. Nous sommes de ces absent\u00e9s l\u00e0. Vacances. Absences. Nous sommes une communaut\u00e9. Justement parce que nous ne nous connaissons pas. Personne. Parce que nous sommes rares \u2014 rares encore en cet avant-d\u00e9but de saison.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, ce n\u2019est pas d\u2019h\u00f4tellerie de plein air que je viens vous entretenir. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement \u00e7a. Mais d\u2019un livre. Je suis confus \u2014 comme vous verrez. Mettons que ce qui vient d\u2019\u00eatre dit d\u2019un camping, cela vaut pour le livre. Supposons la lecture comme bivouac.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tait-ce pour le relire, si j&rsquo;ai pris ce livre avec moi&nbsp;? Ou parce qu&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9loigne pas dans l&rsquo;espace et dans le temps de chez soi sans emporter ses papiers. Un livre est un portefeuille. Je l&rsquo;ai pris pour mon guide de voyage&nbsp;? Le continent ne f\u00fbt-il qu&rsquo;\u00e0 quinze kilom\u00e8tres, qui sait o\u00f9 vous emporte une \u00eele&nbsp;? L\u2019identit\u00e9 \u00e7a ne se temporise, \u00e7a ne s&rsquo;espace pas tout seul. Il y faut un entremetteur. Ce n&rsquo;est pas relire, c&rsquo;est lire une autre fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Les emplacements, nous ne les occupons pas \u2014 nous nous occupons \u00e0 peine. Nous ne sommes que des jalons dans ce qui s\u2019offre, qui s\u2019ouvre, se pr\u00eate. Nous sommes peu attach\u00e9s \u00e0 nos campements. Nous naviguons. Nous gravitons. Nous les laissons l\u00e0. Partons pour la journ\u00e9e. Un jour nous n&rsquo;y sommes plus. Les jours sont comme \u00e7a \u2014 \u00e0 passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi des caract\u00e8res du livre, rares et ordinaires, ou simples, ou hospitaliers, personnages en creux, en nids \u2014 et le livre&nbsp;lui-m\u00eame, ouvert ici en plein milieu&nbsp;: toute une vie quotidienne de saints dans l\u2019aur\u00e9ole desquels nous pourrions nicher \u2014 je m\u2019en expliquerai.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils laissent \u00e0 la lecture toute la place qu\u2019on veut&nbsp;: cela s\u2019appelle <em>aise<\/em>. C\u2019est comme ces ruisseaux qu\u2019ils ont partout. Il y a toujours de la place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux. Une place. Ces personnages-l\u00e0 \u2014 le narrateur y compris, celui qui en m\u00eame temps que nous le lisons \u00e9crit le livre&nbsp;\u2014 sont \u00e0 colorier. Lui est presque une case vide&nbsp;: il n\u2019a pas de nom. Il n\u2019a pas de nom \u00e0 lui. Il r\u00e9pond \u00e0 tous. On conna\u00eet mieux sa cabane que lui \u2014 il aime les inventaires. Ce qui lui arrive \u2014 mais c\u2019est encore pr\u00e9f\u00e9rable si cela nous arrive \u00e0 nous, ses lecteurs \u2014 lui donne son nom. Un rien&nbsp;; le moindre mouvement&nbsp;; le plus petit changement&nbsp;; une \u00e9motion. Un d\u00e9placement insignifiant&nbsp;; imperceptible&nbsp;; un soubresaut&nbsp;; un trouble. Lui est un nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Le narrateur \u2014 Le scripteur. Le scribe. Le secr\u00e9taire. Celui dont le m\u00e9tier est d\u2019\u00e9crire pour autrui. \u2014 Fonction.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Personnages<\/em>, c\u2019est presque un mot trop grand. Ils ont l\u2019\u00e9l\u00e9gance des figurants. De ceux qui se taisent. De ceux qui dans ce qu\u2019ils disent se prononcent \u00e0 peine. Ils ne veulent rien trop dire \u2014 ni trop rien dire. Sans secret cependant. Le livre, ils ne font qu\u2019y passer&nbsp;\u2014 et cependant le font vivre. Ils ont la d\u00e9licatesse des jours \u2014 sont des pr\u00e9noms surtout. Ils s\u2019interpellent par leurs pr\u00e9noms. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute latitude est laiss\u00e9e d\u2019ouvrir ou fermer le livre \u2014 la concision voire la condensation quasi \u00e9pigrammatique des chapitres y consent. Chapitres&nbsp;? Souvent ils ne sont gu\u00e8re plus que des notules&nbsp;; ils ne d\u00e9passent pas la page. Faire mieux&nbsp;: l\u2019y laisser ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme le jour monte, ainsi la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lis en marchant. Je suis les all\u00e9es du camping. Comme je suis sage. Je marche dans le livre. \u00c0 fond.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le meilleur moment du livre. Entendons-nous&nbsp;: pas le chapitre \u2014 je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis alors. Du livre. J\u2019aurais pu dire&nbsp;: le meilleur endroit. C&rsquo;est le meilleur moment de lecture. Lui que je retiens. C\u2019est celui que j\u2019emporte&nbsp;: dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Flottant d\u2019un pied sur l\u2019autre. Revenant sur mes pas. Suspendu \u00e0 la page qui se tourne.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019\u00e9tendue, vous ai-je dit&nbsp;; d\u00e9tente tout autour&nbsp;; recul environnant tout et chacun \u2014 mais n\u2019est-ce pas une tension au contraire, lumineuse comme il en est une art\u00e9rielle \u2014 n&rsquo;est-ce pas une dynamique, ce que je ressens&nbsp;? Le matin est une promesse. Ce dynamisme, c\u2019est la convergence de la matin\u00e9e de soleil et de la lecture&nbsp;: deux promesses d&rsquo;un coup \u2014 je n\u2019ai encore rien dit de celle, perp\u00e9tuellement tenue, du dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain le livre est l\u00e2ch\u00e9 \u2014 d\u00e9pos\u00e9 \u2014 alors l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tire en ouvrant les bras au ciel&nbsp;: dans le bleu. Le rayonnement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Plus d\u2019une fois il arrive qu\u2019il pende au bout du bras. Il b\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas o\u00f9 j&rsquo;en suis dans ma lecture. Ce qu\u2019alors je sens, c\u2019est qu\u2019un plateau est en voie d\u2019\u00eatre atteint. C\u2019est dans l\u2019air&nbsp;: la lumi\u00e8re. L\u2019endroit, je ne sais plus. C&rsquo;est un ensemble. Vue d&rsquo;ensemble. L&rsquo;endroit, le moment font \u00e9merger un sommet dans le livre&nbsp;; le mettent en relief. Pop-up. Plateau haut. Une culmination. Un point culminant et rayonnant. Tout ce que je sais, que je retiens, c&rsquo;est qu&rsquo;une pl\u00e9nitude de lecture est rejointe. Dor\u00e9navant la lecture du livre coulera de cette source. C&rsquo;est la lumi\u00e8re matinale, de grande matin\u00e9e qui baignera toutes les pages \u00e0 suivre \u2014 et les pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9trospectivement ou par r\u00e9fraction. Les pages sont des rayons. Rayons et pages sont de m\u00eame nature. C&rsquo;est \u00e0 la page tourn\u00e9e qu&rsquo;un livre produit ses lumi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce moment le livre a trouv\u00e9 sa mati\u00e8re en moi. Une osmose s&rsquo;est produite. Le dehors \u00e9galement, \u00e9minemment, en est l&rsquo;agent. La mati\u00e8re, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment. Ce livre me devient \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pages s&rsquo;en tournent comme le spectre visible se divise. C&rsquo;est une autre singularit\u00e9 de ce livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est mon \u00e9l\u00e9ment. Il est de la mati\u00e8re du livre ouvert. \u2014 Mais qu&rsquo;est-ce&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, je suis \u00e0 peine \u00e0 ma lecture. Je ne suis presque plus dans la lecture. Suis au bord. Je ne m\u2019y accroche presque plus. M\u2019en suis d\u00e9tach\u00e9 \u2014 tout se d\u00e9tache si nettement, je l&rsquo;ai dit : dans cet air. J\u2019ai suspendu le livre aux cypr\u00e8s, aux haies.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l&rsquo;invention d&rsquo;une mati\u00e8re commune : d&rsquo;une transparence du livre \u00e0 moi, et de moi au livre. Compr\u00e9hension mutuelle. <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai ouvert le livre et c\u2019est lui qui me lit. Ce livre me regarde. Il lit dans mes pens\u00e9es. Il regarde ce qui se passe en moi&nbsp;; absorbe ce qui se passe autour. Je dis <em>ce qui se passe<\/em>, j\u2019exag\u00e8re. Contentons-nous de <em>ce qu\u2019il y a<\/em>. Ici ce qu\u2019il y a est tout ce qui se passe. Les emplacements. Le rayonnement. L&rsquo;\u00e9clat des pages. Ce qu\u2019il y a arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bloc des sanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;exag\u00e8re\u2026 Vous \u00eates conscient sinon consciente de ce que le moment est enti\u00e8rement recr\u00e9\u00e9 \u2014 pour vous. \u2014 Quant au livre, sans doute l&rsquo;ai-je <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_4_1\/\" target=\"_blank\"><span style=\"text-decoration: underline\">r\u00eav\u00e9 plus encore que lu<\/span><\/a> \u2014 depuis le temps\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme si aux pages du livre \u2014 ou aux chapitres, c&rsquo;est quasi la m\u00eame chose \u2014 r\u00e9pondaient \u00e9clatants les emplacements disponibles du camping entre leurs haies \u00e0 hauteur d&rsquo;homme&nbsp;; r\u00e9pondaient les campements qui se trouvent, rassembl\u00e9s ou co\u00efncidant l\u00e0&nbsp;; stations&nbsp;; correspondait y compris le bloc des sanitaires dans sa polyvalence ; dans sa trivialit\u00e9 ; ses usages ; ses rencontres&nbsp;; les \u00e9changes qu\u2019il abrite&nbsp;; les cycles de sa fr\u00e9quentation&nbsp;; ses petites b\u00eates&nbsp;; ses politesses&nbsp;; ses eaux&nbsp;; dans son insularit\u00e9&nbsp;; le prosa\u00efsme de ses c\u00e9r\u00e9moniaux. Car c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un lieu-dit. C&rsquo;est un lieu dit. Le narrateur en est le chroniqueur. Il vit dans le livre qu&rsquo;il \u00e9crit. Qui semble s&rsquo;\u00e9crire en m\u00eame temps qu&rsquo;il vit&nbsp;: tout seul. Qui s\u2019\u00e9crit sans dire, lui. F\u00e9erie&nbsp;: c&rsquo;est un pays o\u00f9 vivre suffit \u00e0 faire un livre. C&rsquo;est la m\u00eame mati\u00e8re. C&rsquo;est \u00e9l\u00e9mentaire. Cet endroit, est-ce un village&nbsp;? Un hameau, un \u00e9cart, une ferme&nbsp;? En m\u00eame temps qu\u2019une pension, une clinique&nbsp;? Un \u00e9tablissement de convalescence, de cure, de d\u00e9sintoxication, de jour, de vacances&nbsp;? Une r\u00e9sidence d\u2019artistes, et une maison de retraite&nbsp;? Une communaut\u00e9 ou un phalanst\u00e8re&nbsp;? Des soup\u00e7ons de tout cela, qui se trouve dans un pays de fantaisie, de m\u00e9tamorphoses \u2014 c\u2019est aussi un pays au sens <em>production locale<\/em> du terme. Un pays d\u2019enfance et un pays d\u2019apr\u00e8s&nbsp;: apr\u00e8s l\u2019histoire, apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements et les catastrophes du monde, les h\u00e9catombes&nbsp;: en retrait ou \u00e0 l\u2019abri du monde. Le vaste monde ne s\u2019y trouve qu\u2019\u00e0 une bonne marche de distance, au-del\u00e0 d\u2019aqueducs et de lignes \u00e9lectriques n\u2019alimentant plus rien n\u2019\u00e9tant plus que vestiges, dont le pourquoi et le comment sont oubli\u00e9s, comme un oc\u00e9an de choses et activit\u00e9s sans nom, m\u00e9connaissables \u2014 oc\u00e9an ravag\u00e9 et fig\u00e9. Le brouhaha du monde vient s\u2019\u00e9chouer \u2014 se taire \u2014 l\u00e0. La m\u00e9moire de son non-sens, de sa violence, dans leur incompr\u00e9hensibilit\u00e9 m\u00eame, un rien la ravive. Les plaies sont l\u00e0. Il se pourrait que les m\u00e9tamorphoses des jours en activent la cicatrisation. C\u2019est le retour du quotidien, du jour-le-jour. Le grand temps historique s\u2019est tout autour effondr\u00e9. Il y a beaucoup de morts et quelques vivants&nbsp;; des statues. Et des poissons.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est en ruine&nbsp;; \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Finie. Demeurent les jours. Tout semble y retenir son souffle. C&rsquo;est l&rsquo;affaire de quelques jours. De deux jours. De deux journ\u00e9es et quelques nuits. En deux jours, le livre est pli\u00e9. Maquette, miniature, enluminure de monde : microcosme. Il n\u2019y a plus que les heures de ces jours, versatiles, fantasques, mouvantes, pour y changer quelque chose&nbsp;; le faire bouger&nbsp;; fr\u00e9mir ; scintiller&nbsp;; l\u2019animer&nbsp;; les petites choses du quotidien. C\u2019est cela certainement \u2014 si quelque chose est certaine \u2014, les habitants \u2014 ou sont-ce des pensionnaires&nbsp;?&nbsp;\u2014, cela et leur bonne volont\u00e9 \u2014 ces b\u00e9n\u00e9voles, ces esp\u00e8ces de saints \u2014 cristallis\u00e9s qu\u2019ils sont dans leur domaine, leur localit\u00e9 irrigu\u00e9e de rus par dizaines et de bienveillance \u2014 p\u00e9trie de bons sentiments&nbsp;?&nbsp;\u2014, qui les sauvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Un conte au quotidien&nbsp;; il nous est \u00e9crit de l\u00e0-bas, loin dans le temps et peut-\u00eatre en-de\u00e7\u00e0, par notre correspondant permanent. Il est \u00e9crit avec la transparence de la succession des jours, de leur ronde&nbsp;: \u00e7a \u00e9crit bien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crit d&rsquo;un monde d\u2019apr\u00e8s repli\u00e9 sur ses jours&nbsp;; suspendu \u00e0 quelques jours \u2014 moins qu\u2019il y a de doigts \u00e0 une main, une main tr\u00e8s gentille dans une autre main tr\u00e8s douce&nbsp;\u2014, peut-\u00eatre les derniers. Perp\u00e9tuellement les derniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours sont les derniers environs, sont les rares alentours, une br\u00e8ve suite ou l\u00e9gende des derniers jours. Chacun y a sa couleur, sa place, donc, dans le spectre color\u00e9 \u2014 dans l\u2019ordre, dans l\u2019arc des jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Succession des jours. Succession des lumi\u00e8res des jours. Encha\u00eenement \u2014 enchantement \u2014 des gestes dans les jours. Du prosa\u00efsme en pays de fantaisie \u2014 si ce n\u2019est de f\u00e9erie. Prose en pays de po\u00e9sie. Conversation de tous les jours\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019arr\u00eate avec mes quatri\u00e8mes de couverture\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dit <em>\u00e9l\u00e9mentaire<\/em>. Cette lecture l\u00e0 m&rsquo;est devenue l\u00e9gendaire. Ce que je finis par y comprendre, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y aura plus, \u00e0 partir de l\u00e0, il n\u2019y aura jamais et n\u2019y a jamais eu de confort de lecture. Paradoxalement. Aucun mobilier ne rivalise avec la vo\u00fbte ensoleill\u00e9e. Il n\u2019y a pas d\u2019autre endroit o\u00f9 lire, ce livre et tous les suivants, pas d\u2019autre si\u00e8ge, que le rayonnement solaire. \u00c0 partir de ce moment, il n\u2019y aura plus de meilleur spot.&nbsp;Aucun abri.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un livre lu dehors. C&rsquo;est lu en plein soleil. C&rsquo;est au beau milieu de la lecture. C&rsquo;est une lecture de plein air.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y aura dor\u00e9navant plus que le plein soleil de la lecture. Je ne lirai que sous l\u2019ardeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un doute me prend\u2026 Cette lecture ensoleill\u00e9e, solaire, a\u00e9rienne, matinale \u2014 \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas plut\u00f4t \u00e0 mi-pente du pr\u00e9 qui descend jusqu&rsquo;au petit lac glaciaire aux rives jonch\u00e9es de planches sans leurs voiles&nbsp;; aux eaux de surface turquoise et au fond menthe glaciale&nbsp;; les rives en degr\u00e9s y plongeant dans l\u2019\u00e9blouissement de la dalle calcaire&nbsp;; planches qui, n&rsquo;\u00e9tant \u00e0 personne, se voient depuis le matin jusqu\u2019au soir emprunt\u00e9es par qui veut, pos\u00e9es sur l&rsquo;eau, partir, loin et aux yeux de tous, s&rsquo;\u00e9tendre au beau milieu d&rsquo;elle&nbsp;: dans la vue&nbsp;; parmi les cr\u00eates h\u00e9riss\u00e9es et bleut\u00e9es ceignant le camping municipal de N&#8230;&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute confonds-je roman et lecture de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. L&rsquo;aventure d&rsquo;un \u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils laissent \u00e0 la lecture toute la place qu\u2019on veut. C\u2019est comme ces ruisseaux qu\u2019ils ont partout. Il y a toujours de la place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux. 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