{"id":124001,"date":"2023-06-10T07:41:35","date_gmt":"2023-06-10T05:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124001"},"modified":"2023-06-10T10:33:03","modified_gmt":"2023-06-10T08:33:03","slug":"prologue-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-6\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #00 |\u00a0Prologue"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir et entendre une voix. La reconna\u00eetre imm\u00e9diatement. Pas la sienne, que j\u2019ignorais. Mais une voix au dedans, celle qui soliloque aux heures les plus intenses de l\u2019insomnie. J\u2019avais vingt ans, le p\u00e8re me l\u2019avait un jour tendu. Jamais il ne me parlait d\u2019un livre en discourant sur lui, il ne me donnait aucune information sur l\u2019auteur, sur le livre, non\u2026 il me r\u00e9citait quelques passages qu\u2019il connaissait par coeur\u2026 il allait directement dans la langue et sans explication, il disait <em>c\u2019est magnifique<\/em>\u2026 et \u00e7a me donnait envie de le d\u00e9couvrir\u2026Impossible de me souvenir quand je l\u2019ai ouvert pour la premi\u00e8re fois. Je me souviens que c\u2019\u00e9tait dans mon lit, je n\u2019arrivais pas \u00e0 dormir. Il y a des livres qui r\u00e9sistent, dans lesquels il faut attendre quelques pages pour pouvoir y entrer, pour apprivoiser la langue et le lieu qu\u2019elle ouvre en soi. Pas ce livre l\u00e0. D\u2019autres m\u2019avaient dit que c\u2019\u00e9tait difficile, illisible m\u00eame. Et pourtant, d\u00e8s la premi\u00e8re page, les premi\u00e8res lignes, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 emport\u00e9. Ce qui \u00e9tait \u00e9trange, c\u2019\u00e9tait d\u2019avoir le sentiment de ne pas commencer ce livre mais de le prendre en cours. Comme si je prenais le combin\u00e9 d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone et que j\u2019\u00e9coutais une voix d\u00e9j\u00e0 en train de parler toute seule. Il a suffi de poser les yeux et de tendre l\u2019oreille, la digression infinie m\u2019a tout de suite happ\u00e9, le pouvoir hypnotique de la voix qui semblait tourner en rond, va-et-vient d\u2019une conscience encag\u00e9e entre ici et nulle part. Un livre avec des mots seulement, des mots qui \u00e9crivent plus qu\u2019ils ne sont \u00e9crits. Sentiment que le livre se faisait sous mes yeux, en moi, dans un lieu intime dont je connaissais l\u2019existence anonyme mais que personne n\u2019avait jusque-l\u00e0 nomm\u00e9. Savoir que ce lieu travers\u00e9 par son \u00e9criture, cette galerie creus\u00e9e \u00e0 mesure d\u2019avancer, mot apr\u00e8s mot, j\u2019y \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 all\u00e9, je ne sais plus quand, ni comment, mais ce lieu ouvert par son livre ne m\u2019\u00e9tait pas inconnu. C\u2019\u00e9tait pourtant la premi\u00e8re fois que je pouvais y entrer sans \u00eatre retenu ou parasit\u00e9 par le bruit du monde et de la vie mat\u00e9rielle.\u00a0Comprendre aussi qu\u2019il y aura un avant et un apr\u00e8s, que je ne lirai plus certains auteurs et que j\u2019en chercherai d\u2019autres qui questionneront directement mon acte d\u2019\u00e9crire. Et moi qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque avais tant de difficult\u00e9s \u00e0 dire Je, jusqu\u2019\u00e0 m\u2019amputer de la parole, me r\u00e9fugier dans un mutisme total, le Je de ce livre, son identit\u00e9 si confuse, si mouvante, me parlait directement.\u00a0La version poche que j\u2019avais ne me plaisait pas. Je trouvais que le texte y \u00e9tait trop \u00e0 l\u2019\u00e9troit, que la densit\u00e9 du mouvement n\u00e9cessitait d\u2019immenses marges \u00e0 c\u00f4t\u00e9, afin que l\u2019irrespirable puisse paradoxalement un peu y respirer. Mais l\u2019espace du livre de poche \u00e9tait si limit\u00e9 que j\u2019avais l\u2019impression que des mots pouvaient tomber, j\u2019avais toujours un doigt sur un bout de phrase. Mes mains et \u00e0 vrai dire, tout mon corps m\u2019encombraient pendant ma lecture.\u00a0Je n\u2019ai jamais pu en parler, jamais je n\u2019ai jamais pu en faire sujet de conversation. Et m\u00eame \u00e9crire ceci maintenant me plonge dans une profonde g\u00eane. Il y a bien s\u00fbr nombreux textes critiques \u00e0 son sujet, un en particulier, que j\u2019ai trouv\u00e9 si juste\u2026 mais je les ai souvent \u00e9vit\u00e9s afin de pr\u00e9server le caract\u00e8re d\u2019apparition de ma premi\u00e8re lecture, et la fraternit\u00e9 qui me lie \u00e0 cette voix. Ce n\u2019est pas un livre que je recommanderai non plus. Ni un livre que j\u2019ai relu. J\u2019ai bien s\u00fbr r\u00e9ouvert, retrouv\u00e9 les passages annot\u00e9s au crayon \u00e0 papier mais jamais pu m\u2019y replonger du d\u00e9but \u00e0 la fin\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prologue Ouvrir et entendre une voix. La reconna\u00eetre imm\u00e9diatement. Pas la sienne, que j\u2019ignorais. Mais une voix au dedans, celle qui soliloque aux heures les plus intenses de l\u2019insomnie. J\u2019avais vingt ans, le p\u00e8re me l\u2019avait un jour tendu. 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