{"id":124381,"date":"2023-06-12T17:26:30","date_gmt":"2023-06-12T15:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124381"},"modified":"2023-06-12T17:26:31","modified_gmt":"2023-06-12T15:26:31","slug":"ete2023-01-instants-et-murmures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-01-instants-et-murmures\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #01 | instants et murmures"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019\u00e9crivain comme un patient, son bureau est une chambre d\u2019h\u00f4pital. La pi\u00e8ce est encadr\u00e9e de murs blancs, la lumi\u00e8re est blanche, les rideaux sont blancs, tout est blanc. Il r\u00e8gne l\u00e0 un silence si particulier qu\u2019on entend les fragments de vie dans un murmure constant. Ce pourrait \u00eatre les pulsations d\u2019un \u00e9lectrocardiogramme, le rythme d\u2019une respiration, la trotteuse d\u2019une pendule qui \u00e9gr\u00e8ne les secondes, le souffle de l\u2019imaginaire. Un train passe au loin et les roues des wagons cognent sur la jointure des rails.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9crivain comme un vagabond, son bureau est une bulle d\u2019air. Son esprit est travers\u00e9 par les vents qui tournoient en temp\u00eates, en bourrasques, en coups de tabac auxquels succ\u00e8dent les accalmies qui trahissent l\u2019\u00e9puisement jusqu\u2019\u00e0 la brise l\u00e9g\u00e8re faisant fr\u00e9mir les feuilles du tilleul qui s\u2019\u00e9panche sous sa fen\u00eatre. Dans l\u2019immobilit\u00e9 revenue, les fragments de vie vol\u00e8tent comme des grains de poussi\u00e8res au soleil. Il essaie d\u2019en attraper quelques uns, les autres disparaissent dans l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9crivain comme un r\u00eaveur, son bureau est un lit. Un rossignol chante en basque et vient d\u00e9poser derri\u00e8re ses yeux ferm\u00e9s les graines d\u2019une histoire fantastique. S\u2019ouvrent alors les chemins taill\u00e9s dans la mati\u00e8re de l\u2019imaginaire qui serpentent sur les flans de la montagne. Il saisit l\u2019incongruit\u00e9 d\u2019une situation absurde, la violence d\u2019un regard maquill\u00e9 de douceur, l\u2019extraordinaire de l\u2019usuel, la familiarit\u00e9 de l\u2019impossible. Il y trempe le regard qui brille derri\u00e8re ses yeux ferm\u00e9s pour en saisir la beaut\u00e9 qui, au r\u00e9veil, n\u2019en sera qu\u2019une masse informe et incomprise.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9crivain comme un homme nu, son bureau est rempli de souvenirs. L\u2019enfant qu\u2019il \u00e9tait, l\u2019adulte qu\u2019il \u00e9tait, l\u2019\u00eatre aim\u00e9, l\u2019homme aimant, la pens\u00e9e d\u2019un autre, le d\u00e9sir d\u2019une autre, un regard, un chant d\u2019oiseau, une odeur, une sensation, un cauchemar, une vexation, un go\u00fbt de miel, une douleur, un sourire, un mot. Et le polissage du temps, la carapace de la m\u00e9moire, la mati\u00e8re transform\u00e9e par l\u2019oubli, le souvenir r\u00e9invent\u00e9. Pour qu\u2019il garde un sens \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Un homme qui se croit nu mais qui est couvert de morceaux de tissus pour que le pass\u00e9 ressemble au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bureau fait face \u00e0 la fen\u00eatre, le regard se perd souvent derri\u00e8re l\u2019horizon. L\u2019\u00e9criture aussi. Sur le plateau en bois brut qui lui sert de bureau, des feuilles \u00e9parses de papier blanc sont recouvertes de lignes de mots trac\u00e9s d\u2019une \u00e9criture fine et serr\u00e9e, de dessins crayonn\u00e9s, d\u2019aur\u00e9oles de tasses de caf\u00e9. Sur un coin de la table, une pile de feuilles vierges attendent l\u2019usage. Quelques stylos et crayons, un dictionnaire, une paire de ciseaux et un ordinateur portable sans \u00e2ge.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait vide, ce jour-l\u00e0. L\u2019inspiration est en souffrance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9crivain comme un patient, son bureau est une chambre d\u2019h\u00f4pital. La pi\u00e8ce est encadr\u00e9e de murs blancs, la lumi\u00e8re est blanche, les rideaux sont blancs, tout est blanc. Il r\u00e8gne l\u00e0 un silence si particulier qu\u2019on entend les fragments de vie dans un murmure constant. 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