{"id":124572,"date":"2023-06-14T04:00:32","date_gmt":"2023-06-14T02:00:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124572"},"modified":"2023-06-14T07:03:04","modified_gmt":"2023-06-14T05:03:04","slug":"ete-2023-01-premieres-vagues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01-premieres-vagues\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #01 | Premi\u00e8res vagues"},"content":{"rendered":"\n<p>Sorte de n\u00e9ant. Il en \u00e9tait sorti. De ce d\u00e9but de rien. Ce commencement. Une tentative. Tra\u00e7ant des morceaux d&rsquo;images. Mots qui h\u00e9sitent. Noir d&rsquo;encre. Mots \u00e0 t\u00e2tons. Et le papier qui gratte. Horizon lac\u00e9r\u00e9. D\u00e9but de rien emm\u00eal\u00e9. Et d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est quelque chose. Quelque chose qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. Quelque chose qui retombe. Amas de mati\u00e8re en \u00e9bullition. Sans direction. Avant la naissance du monde. Il \u00e9crit, et p\u00e9niblement, il sent le poids des mots, ce brouhaha qui peine \u00e0 sortir, qui souvent s&rsquo;affaisse. Il a mal au dos. Sa t\u00eate est lourde. Ses cheveux prennent trop de place. Il va falloir aller chez le coiffeur. Ses yeux le piquent. Se d\u00e9barrasser de tout \u00e7a. Cent fois, il repose le stylo, retourne \u00e0 des occupations st\u00e9riles, incapable d&rsquo;aller au bout. Au bout de ce rien. Ce rien qui peine \u00e0 sortir. Qui peine \u00e0 devenir quelque chose. Quelque chose de convaincant. Qui peine \u00e0 former quelque chose. Incapable de pousser tr\u00e8s loin, il pose le stylo encore. Il revient encore. Ecrit un mot, deux mots, s&rsquo;\u00e9puise. Repart. Revient. Repart encore. Et ses mots, sans qu&rsquo;il s&rsquo;en soit aper\u00e7u, sont devenus des vagues qui envahissent l&rsquo;horizon, qui frappent, vrombissent, s&rsquo;\u00e9crasent, se brisent et \u00e0 nouveau s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 lui, la mer. Enfant de l&rsquo;\u00e9cume, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est n\u00e9, de cette mer rageuse et folle. Qui il \u00e9tait vraiment, nous l&rsquo;ignorions. Il dansait avec les vagues, avec le vent, mais quelque chose clochait. Comme s&rsquo;il jouait un r\u00f4le. Comme s&rsquo;il ne montrait qu&rsquo;une image plaisante et fausse. J&rsquo;aimais sa compagnie, ses calembours stupides, les histoires qu&rsquo;il racontait, les discours qu&rsquo;il faisait, \u00e0 dormir debout, ses coups de gueule. Quand il parlait, on riait, on vibrait. Pourtant, il lui arrivait, fatigu\u00e9 de tant d&rsquo;exub\u00e9rance, de laisser grandir en lui comme une ombre, qui finissait par tout emporter.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un monstre insaisissable, un peu effrayant. Un ogre, fascinant de laideur, gonfl\u00e9 des fracas de la mer. Il se r\u00eavait \u00e9crivain. Il avait beaucoup lu. Sans toujours tout comprendre. Il fallait arriver au bout du livre. L&rsquo;ajouter \u00e0 la liste de ses lectures. Il se voyait dans le panth\u00e9on des grands auteurs, hantant les mortels, les tourmentant \u00e9ternellement, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et \u00e9tudi\u00e9, emmerdant des classes enti\u00e8res de m\u00f4mes sans motivation. Partout, il gesticulait, courait ici et l\u00e0, \u00e9crivait ce qui lui passait par la t\u00eate, des observations \u2014 sur les go\u00e9lands, le sable, le ciel, les phares, les surfeurs, les coquillages, les parasols, les requins\u2026 Un rien l&rsquo;inspirait, et il courait, courait encore, pour alimenter ses livres. Il s&rsquo;\u00e9tait essay\u00e9 \u00e0 tous les genres, \u00e0 toutes les formes. Ses textes, il aurait pu en remplir des biblioth\u00e8ques. Textes qu&rsquo;il finissait, le temps passant, par regretter, par ne plus assumer, honteux de leur inconsistance, de leur gaucherie. Pourquoi \u00e9crire ? Par snobisme, peut-\u00eatre. Pour plaire, \u00eatre aim\u00e9. Enfin compter pour quelqu&rsquo;un. Partout, il courait, se contorsionnait. Il \u00e9crivait, malade d&rsquo;\u00e9crire, de noircir du papier, mots de plus en plus creux, et \u00e7a s&rsquo;accumulait, \u00e7a d\u00e9bordait, inondait tout. Mots dont il ne savait plus quoi faire. Alors il foutait tout au feu. Avant de s&rsquo;enfoncer dans le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a du se rendre compte, \u00e0 un moment, que ce r\u00f4le, ce n&rsquo;\u00e9tait pas lui, que c&rsquo;\u00e9tait trop gros pour lui. Progressivement, il perdit l&rsquo;envie d&rsquo;\u00e9crire. Il y eut des mots de trop. Un brouhaha indomptable. Lourd \u00e0 porter. Nouveau chaos. A nouveau, il fit sombre. Aller au bout \u2014 quel effort ! Et \u00e7a se ratatinait. La phrase, inachev\u00e9e, devenait incertaine, sans avenir. Tentatives. Ratures. Echecs. Puis un d\u00e9luge noya tout. Se laissant flotter, il prit conscience que ses r\u00eaves l&rsquo;avaient quitt\u00e9. L&rsquo;obscurit\u00e9 recouvrit ses textes, et priv\u00e9 d&rsquo;amour, il s&rsquo;endormit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sorte de n\u00e9ant. Il en \u00e9tait sorti. De ce d\u00e9but de rien. Ce commencement. Une tentative. Tra\u00e7ant des morceaux d&rsquo;images. Mots qui h\u00e9sitent. Noir d&rsquo;encre. Mots \u00e0 t\u00e2tons. Et le papier qui gratte. Horizon lac\u00e9r\u00e9. D\u00e9but de rien emm\u00eal\u00e9. Et d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est quelque chose. Quelque chose qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. Quelque chose qui retombe. Amas de mati\u00e8re en \u00e9bullition. Sans direction. Avant <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01-premieres-vagues\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #01 | Premi\u00e8res vagues<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":612,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4544,4525],"tags":[],"class_list":["post-124572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01-annie-dillard-commencer-par-inventer-lauteur","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/612"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=124572"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=124572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=124572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=124572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}