{"id":124671,"date":"2023-06-16T19:42:37","date_gmt":"2023-06-16T17:42:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124671"},"modified":"2023-06-18T12:56:25","modified_gmt":"2023-06-18T10:56:25","slug":"ete-2023-01-bis-premiere-nouvelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01-bis-premiere-nouvelle\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #01 bis | Premi\u00e8re nouvelle."},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est un petit village de Haute-Garonne, une modeste maison du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle avec un petit jardin, donnant sur la route. Nous avons quitt\u00e9 Paris et nos chambres de bonne pour \u00e9crire au calme. Nous nous connaissons bien, nous sommes amis depuis longtemps. Guillaume veut finir son roman, son premier, d&rsquo;une grande importance \u00e0 ses yeux. Il y travaille depuis deux ans. Pour ma part, je n&rsquo;ai encore rien \u00e9crit, ou si peu, des bribes, quelques chansons mais jamais de texte en prose que je puisse regarder comme de la litt\u00e9rature. Guillaume sera mon guide dans la d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00e9criture, c&rsquo;est en partie le but de ce s\u00e9jour. Nous avons vingt cinq ans. Nous gagnons notre vie comme veilleurs de nuit entre trois et quatre nuits par semaine dans des h\u00f4tels. Nous ne sommes pas d\u00e9pensiers et nous contentons du minimum. Notre seul luxe sont les livres que nous achetons chez les bouquinistes ou que nous volons. Apr\u00e8s avoir \u00e9conomis\u00e9 quelques semaines, nous sommes en mesure de nous installer pour un mois entier dans cette petite maison, sans contrainte ext\u00e9rieure. L&rsquo;ambiance est studieuse, l&#8217;emploi du temps fix\u00e9 pour la dur\u00e9e du mois a quelque chose de monacale dans son choix routinier. Ma chambre est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, la sienne au rez de chauss\u00e9. Nous nous r\u00e9veillons vers midi, prenons un petit d\u00e9jeuner fait de caf\u00e9 dans des grands bols et de tartines puis nous attaquons les taches m\u00e9nag\u00e8res : entretient et courses. Ensuite, nous jouons au ping pong, de longs moments, une comp\u00e9tition amicale mais n\u00e9anmoins acharn\u00e9e. Il y a dans le fait de se mobiliser pour gagner un match le recours \u00e0 des ressources qui seront utiles dans les p\u00e9riodes de d\u00e9couragement de l&rsquo;\u00e9criture. Nous d\u00eenons vers dix neuf heures. Une fois par semaine, nous nous autorisons une bonne bouteille de vin que nous accompagnons d&rsquo;un steak au poivre. A vingt heures, nous faisons une partie de rami puis, vers vingt deux heures, chacun de nous s&rsquo;installe \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la grande table campagnarde de la salle \u00e0 manger ou dans l&rsquo;un des vastes fauteuils et nous \u00e9crivons et lisons  jusque vers six heures du matin. Mon ami donc met la derni\u00e8re main \u00e0 son roman. Pour ma part, j&rsquo;ai choisi d&rsquo;\u00e9crire des nouvelles. D&rsquo;abord parce que la taille d&rsquo;un roman me fait peur mais aussi parce que j&rsquo;aime vraiment la forme courte. A cette \u00e9poque de ma vie, je lis beaucoup de grands romans : Dosto\u00efevski, Tolsto\u00ef, Balzac, Proust, Thomas Mann, Cao Xuequin, Powis&#8230; mais aussi des textes courts : Baudelaire et ses po\u00e8mes en prose qui sont ma toute premi\u00e8re et puissante \u00e9piphanie litt\u00e9raire; les contes d&rsquo;Hoffmann; \u00ab Tandis que j&rsquo;agonise. \u00bb de Faulkner;  \u00ab\u00a0Dans mon souterrain\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Les nuits blanches\u00a0\u00bb de Dosto\u00efevski; les  \u00a0\u00bb Nouvelles extraordinaires \u00a0\u00bb d&rsquo;Edgar Poe. Et ce format me percute, je sens que je peux \u00e9crire comme \u00e7a, enfin, que j&rsquo;aimerai, que \u00e7a me ressemble. Mais je ne sais pas sur quoi \u00e9crire, je ne trouve pas de sujet. Mon ami me sugg\u00e8re de puiser dans mes r\u00eaves. N&rsquo;y a t&rsquo;il pas dans ma vie, des r\u00eaves ou cauchemars cycliques ou marquants? Ce serait un bon exercice d&rsquo;en faire le r\u00e9cit en s\u2019attachant \u00e0 trouver, par les mots, la mani\u00e8re de restituer au plus pr\u00e8s, les \u00e9motions qu&rsquo;ils charrient. C&rsquo;est ainsi que je commence et la mati\u00e8re ne manque pas. J&rsquo;\u00e9cris une premi\u00e8re s\u00e9rie de nouvelles que j&rsquo;intitule  \u00ab Contes du Lu Babu \u00bb, du nom d&rsquo;un monstre d&rsquo;enfance, r\u00e9curent sur plusieurs textes. Et puis, une nuit, une id\u00e9e surgit. Celle ci n&rsquo;est pas reli\u00e9e \u00e0 ma m\u00e9moire, \u00e0 mon histoire personnelle. C&rsquo;est une all\u00e9gorie \u00e0 la fois simple et puissante, philosophique. La forme m&rsquo;en appara\u00eet clairement. J&rsquo;ai l\u00e0, je le ressens ainsi, ma premi\u00e8re \u00abvraie\u00bb id\u00e9e litt\u00e9raire. Alors je me lance : \u00ab La m\u00e9t\u00e9o avait annonc\u00e9 une vague de froid&#8230;\u00bb et je d\u00e9roule l&rsquo;histoire de cet homme, coinc\u00e9 dans sa maison isol\u00e9e en montagne, en proie aux rigueurs d&rsquo;un froid polaire et prisonnier d&rsquo;une couche de neige si \u00e9paisse et si dense qu&rsquo;elle lui interdit de rejoindre ses semblables au village. Les c\u00e2bles \u00e9lectriques se sont effondr\u00e9s et le seul moyen de chauffage \u00e0 sa disposition est sa chemin\u00e9e. Il commence par br\u00fbler son stock de b\u00fbches mais la temp\u00eate continue. Il entame alors son mobilier mais la temp\u00eate continue. Il arrache les lattes de son parquet, puis vient le tour des planches formant les murs de son chalet et de la charpente. A la fin, il ne reste plus rien, il a br\u00fbl\u00e9 toute sa maison. Ne demeure que la chemin\u00e9e qui continue d&rsquo;engloutir tout ce qu&rsquo;il lui tend, jusqu&rsquo;\u00e0 ses v\u00eatements. Alors, gel\u00e9, nu et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, n&rsquo;ayant plus aucunes solutions, accul\u00e9 au fond de l&rsquo;impasse de sa condition humaine, il se pr\u00e9cipite dans les flammes. Je pose mon stylo car \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, nous sommes en 1991, l\u2019ordinateur individuel n&rsquo;existe pas et mon ami et moi avons d\u00e9cid\u00e9 de nous passer pour ce temps, de machine \u00e0 \u00e9crire afin de ne pas nous g\u00eaner mutuellement par le bruit des touches d&rsquo;un clavier de Remington. Je me sens diff\u00e9rent, comme un peu plus grand que moi m\u00eame. J&rsquo;ai le sentiment d&rsquo;avoir l\u00e0 saisi quelque chose de rare, d&rsquo;impalpable d&rsquo;ordinaire mais ici captur\u00e9. Je ressens que je ne comprends pas bien moi m\u00eame tout ce que dit cette petite histoire, plut\u00f4t, je sens qu&rsquo;elle vit au del\u00e0 de moi bien que j&rsquo;en sois l&rsquo;auteur et je me dis alors, pour la premi\u00e8re fois de ma vie, que je viens d&rsquo;\u00e9crire un texte de litt\u00e9rature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un petit village de Haute-Garonne, une modeste maison du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle avec un petit jardin, donnant sur la route. Nous avons quitt\u00e9 Paris et nos chambres de bonne pour \u00e9crire au calme. Nous nous connaissons bien, nous sommes amis depuis longtemps. Guillaume veut finir son roman, son premier, d&rsquo;une grande importance \u00e0 ses yeux. 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