{"id":124848,"date":"2023-06-15T11:23:29","date_gmt":"2023-06-15T09:23:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124848"},"modified":"2023-06-15T11:23:30","modified_gmt":"2023-06-15T09:23:30","slug":"ete2023-01-ecrire-ailleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-01-ecrire-ailleurs\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #01 \u00c9crire ailleurs"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait sur la c\u00f4te est, dans une petite ville c\u00f4ti\u00e8re du Maine, au sud de Portland. Quelle chance cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 de pouvoir s\u2019installer pour trois mois d\u2019\u00e9criture dans une maison pr\u00eat\u00e9e par un ami. Seule face \u00e0 la mer, rien ne pourrait m\u2019emp\u00eacher de finir ce roman en stagnation depuis trop longtemps. Il ne m\u2019avait pas fallu longtemps pour m\u2019installer et me sentir chez moi dans cette maison \u00e0 la fois sobre et confortable. Le seul \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9coration notable \u00e9tait une s\u00e9rie de grandes affiches repr\u00e9sentant des phares, chaque pi\u00e8ce ayant le sien. Pas de t\u00e9l\u00e9 et une connexion internet souvent capricieuse\u00a0; apr\u00e8s quelques jours de manque, je pouvais enfin me concentrer compl\u00e8tement sur mon travail. Dans la pi\u00e8ce o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais, les murs couverts de livres me donnaient acc\u00e8s \u00e0 un vaste r\u00e9pertoire d\u2019\u00e9crivains anglophones. C\u2019est \u00e0 cette occasion que j\u2019ai enfin lu <em>Middlemarch<\/em> de George Eliott, un pure d\u00e9lice. En dehors du bureau, sur lequel j\u2019avais install\u00e9 mon ordinateur et quelques carnets, le mobilier se composait d\u2019une chaise et d\u2019un petit sofa. L\u2019affiche, plac\u00e9e au-dessus du sofa, repr\u00e9sentait un phare peint de rayures rouges et blanches, se d\u00e9tachant sur un ciel d\u2019aurore dont les z\u00e9brures d\u2019un rose tendre rayonnaient tout autour. L\u2019herbe au pied du phare apportait une touche d\u2019un vert rafra\u00eechissant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des rochers gris et d\u2019une mer presque violette sur le c\u00f4t\u00e9 gauche. J\u2019aimais cette image et ses couleurs inspirantes que je passais toujours quelques instants \u00e0 admirer quand j\u2019entrais dans la pi\u00e8ce, avant de lui tourner le dos pour m\u2019asseoir face au bureau. La fen\u00eatre, sur ma droite quand j\u2019\u00e9crivais, donnait sur un petit jardin bord\u00e9 par des rochers descendant vers la mer. Ce spectacle me ravissait, tandis que le bruit des vagues rythmait mes journ\u00e9es et aussi peut-\u00eatre ma prose, dynamis\u00e9e, sans doute, par l\u2019air marin. J\u2019\u00e9crivais le matin, apr\u00e8s un caf\u00e9 bu sur la pelouse en contemplant l\u2019oc\u00e9an. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e9tait le plus souvent consacr\u00e9 \u00e0 la relecture des \u00e9crits de la veille ainsi qu\u2019\u00e0 \u00e0 la lecture des classiques de la litt\u00e9rature glan\u00e9s sur les \u00e9tag\u00e8res du bureau, \u00e0 laquelle je m\u2019adonnais parfois sur la plage situ\u00e9e \u00e0 quelques minutes \u00e0 pied de la maison. Promenades et baignades compl\u00e9taient mes journ\u00e9es qui s\u2019achevaient par un repas l\u00e9ger pris dans le jardin que le soleil plongeant dans l\u2019oc\u00e9an \u00e9claboussait chaque soir de ses rougeurs insolentes.<br>Chaque journ\u00e9e se d\u00e9roulait selon ce rythme immuable et j\u2019\u00e9tais contente d\u2019arriver \u00e0 garder cette concentration qui rendait mes matin\u00e9es d\u2019\u00e9criture tr\u00e8s productives. Toujours accompagn\u00e9e d\u2019un petit carnet, je notais, le reste du temps, les id\u00e9es qui me venaient.<br>Ce s\u00e9jour avait vraiment d\u00e9bloqu\u00e9 ma plume. Tant et si bien que, vers la fin, j\u2019avais pu consacrer un peu de temps \u00e0 la d\u00e9couverte de la r\u00e9gion et visiter certains des phares d\u00e9corant la maison. Voil\u00e0 comment j\u2019avais achev\u00e9 ce roman \u00e0 la gestation si longue et compliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ou bien c\u2019\u00e9tait dans un chalet de montagne, dans une r\u00e9gion sauvage du Colorado. Arriv\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, je m\u2019\u00e9tais install\u00e9e avec le strict n\u00e9cessaire dans ce petit chalet lou\u00e9 dans le but d\u2019\u00e9chapper aux distractions, qui selon moi, m\u2019emp\u00eachaient de finir mon roman. Rien, ni personne alentour, je devais faire deux heures de route une fois par semaine pour aller me ravitailler dans la ville la plus proche. Le jour du ravitaillement \u00e9tait le seul o\u00f9 je m\u2019accordais une pause dans l\u2019\u00e9criture. Je consacrais mes m\u00e2tin\u00e9es \u00e0 \u00e9crire, assise \u00e0 un petit bureau en bois au premier \u00e9tage. La fen\u00eatre donnait sur de grands arbres et je pouvais entendre le chant des oiseaux, douce musique qui m\u2019accompagnait dans mon labeur. Quand l\u2019inspiration n\u2019\u00e9tait pas au rendez-vous, je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 ouvrir la porte-fen\u00eatre et me rendre quelques instants sur le balcon qui faisait face aux montagnes au loin pour me perdre dans la contemplation de cette nature gigantesque. Quelques minutes de ce spectacle suffisaient \u00e0 revivifier ma plume \u00e0 l\u2019arr\u00eat. L\u2019apr\u00e8s-midi, quand je ne lisais pas \u00e0 l\u2019ombre des arbres devant le chalet, je partais en exploration, le plus souvent en direction d\u2019un torrent aupr\u00e8s duquel quelques une de mes meilleures id\u00e9es me sont apparues. Je les notais vite sur mon carnet avant de reprendre mon observation de la vie sauvage qui m\u2019entourait. \u00c9cureuils, chipmunks, oiseaux de toutes sortes, papillons et insectes, biches et chevreuils, toutes ces rencontres nourrissaient mon imaginaire jusqu\u2019\u00e0 m\u2019 inspirer un recueil de nouvelles, publi\u00e9 peu apr\u00e8s mon roman. Les semaines passaient, les jours raccourcissaient et se refroidissaient, les arbres s\u2019enflammaient et mes sorties aussi devenaient plus courtes, tandis que mes s\u00e9ances de travail s\u2019intensifiaient \u00e0 la chaleur du po\u00eale que j\u2019avais d\u00fb allumer. J\u2019avais pu mettre le point final \u00e0 mon roman et retourner en ville, juste avant la temp\u00eate de neige qui m\u2019aurait bloqu\u00e9e l\u00e0 pour une dizaine de jours. L\u2019exp\u00e9rience aurait pu \u00eatre int\u00e9ressante, mais j\u2019avais rendez-vous avec mon \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est du moins ce dont elle r\u00eavait dans son H.L.M. de banlieue, assise \u00e0 sa table, devant l\u2019ordinateur qui venait encore de buguer, effa\u00e7ant les quelques lignes qu\u2019elle avait laborieusement pass\u00e9 sa matin\u00e9e \u00e0 \u00e9crire. Son roman n\u2019avan\u00e7ait toujours pas&nbsp;! En chassant d\u2019un mouvement agac\u00e9 une grosse mouche qui tournoyait et bourdonnait nerveusement autour de l\u2019\u00e9cran, elle pensa que de toute fa\u00e7on ce qu\u2019elle venait de taper ne valait rien et qu\u2019elle avait bien besoin de changer d\u2019air.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait sur la c\u00f4te est, dans une petite ville c\u00f4ti\u00e8re du Maine, au sud de Portland. 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