{"id":124895,"date":"2023-06-15T16:04:52","date_gmt":"2023-06-15T14:04:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=124895"},"modified":"2023-06-15T16:16:10","modified_gmt":"2023-06-15T14:16:10","slug":"ete-2023-01bis-maintenant-tu-sais-que-ce-moment-existe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01bis-maintenant-tu-sais-que-ce-moment-existe\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #01bis | maintenant, tu sais que ce moment existe"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a eu ce matin. Il y a quinze ans, tout juste. Depuis plusieurs semaines, tu t\u2019essayais \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un roman, ta premi\u00e8re tentative. Tu \u00e9tais parti dans un ailleurs outre Atlantique pour une ann\u00e9e. Pas pour concr\u00e9tiser cette id\u00e9e d\u2019\u00e9criture, mais pour une exp\u00e9rience familiale. Ton \u00e9pouse poursuivait un projet professionnel, tes enfants d\u00e9couvrait une scolarit\u00e9 diff\u00e9rente et toi, \u00e0 part quelques piges dans le canard local, tu avais du temps. Alors, tu en as profit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu d\u00e9couvrais l\u2019\u00e9criture au long cours. La travers\u00e9e des oc\u00e9ans, la navigation en eaux profondes, l\u2019instabilit\u00e9 du grand large. De ton boulot de journaliste, tu ne connaissais que le cabotage pr\u00e8s des c\u00f4tes, la douceur du laisser-aller au fil de l\u2019eau dans ta rade marseillaise. Tu naviguais \u00e0 vue au milieu de nulle part sans aucune connaissance litt\u00e9raire particuli\u00e8re, tu n\u2019avais pas appris \u00e0 lire dans les \u00e9toiles, tu ne savais pas te diriger autrement qu\u2019en d\u00e9couvrant ce qu\u2019il y a avait devant tes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques jours, le vent \u00e9tait tomb\u00e9. Le pot-au-noir, la p\u00e9tole. Pour dire vrai, tu ramais. Tes personnages se regardaient dans le blanc des yeux, infoutus de poursuivre l\u2019\u00e9lan amorc\u00e9. Alors, tu es all\u00e9 \u00e0 leur rencontre. L\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, vous vous \u00eates assis \u00e0 la terrasse d\u2019un bar et vous avez discut\u00e9. Ils t\u2019ont parl\u00e9 d\u2019eux, de leur vie, de leurs aspirations, de leurs secrets. Jo, Aziyad\u00e9, Marcel, Karl, Cissou, Cathy\u2026 Derri\u00e8re l\u2019image pas toujours tr\u00e8s nette que tu avais d\u2019eux, image nourrie de vagues souvenirs, de rencontres fugaces, de d\u00e9tails grossiers pioch\u00e9s dans tes lectures et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, dans ta vie quotidienne, tu t\u2019es rendu compte que tu les connaissais si peu. Alors, les traits se sont affin\u00e9s, les visages se sont \u00e9clair\u00e9s, les blessures sont apparues. Ici, une cicatrice. L\u00e0, un regard. Tu as pris le temps. Tu l\u2019avais, de toute fa\u00e7on. Et puis, il y a eu ce matin-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir amen\u00e9 tes enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, un quart d\u2019heure \u00e0 pied, tu t\u2019es install\u00e9 devant ton vieil ordi portable qui ronronnait comme un chat asthmatique. Tu as ouvert le fichier de traitement de texte et tu t\u2019attendais \u00e0 te perdre une fois de plus dans le blanc de la page. Quelques mots h\u00e9sitants. Et puis il y a eu cet \u00e9lan soudain, sans que tu comprennes vraiment ce qu\u2019il se passait. Tu t\u2019es mis \u00e0 pianoter comme un virtuose, la musique en moins. Tu \u00e9crivais avec autant de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 que de d\u00e9tachement. Tu as m\u00eame eu l\u2019impression de ne pas tr\u00e8s bien comprendre ce que tu faisais. Une connexion directe s\u2019est cr\u00e9\u00e9e entre tes personnages et tes doigts sur le clavier, sans passer par ta conscience. Tu \u00e9crivais et tu devais attendre une pause de tes doigts endoloris pour d\u00e9couvrir le contenu de ta production. L\u2019histoire t\u2019\u00e9chappait, l\u2019\u00e9criture aussi. La sensation, tu t\u2019en souviens parfaitement, \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9trange. Tu as laiss\u00e9 all\u00e9 cet \u00e9lan qui a dur\u00e9 plusieurs jours, semaines. Tu as laiss\u00e9 courir tes doigts sur le clavier comme un chiot dans les hautes herbes.&nbsp;Sans retenue. Jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement. Jusqu\u2019\u00e0 en finir avec ton histoire, tes personnages, ton livre. De retour chez toi \u00e0 Marseille, tu as envoy\u00e9 le manuscrit \u00e0 une paire d\u2019\u00e9diteurs qui ne t\u2019ont pas r\u00e9pondu. Tu t\u2019y attendais, la finalit\u00e9 de ton projet n\u2019\u00e9tait pas la publication mais l\u2019\u00e9criture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019occasion du confinement r\u00e9cent, tu as pris le temps de relire ce texte. Au-del\u00e0 de tous les d\u00e9fauts dont il est farci, tu as retrouv\u00e9 par endroit ce mouvement perp\u00e9tuel, cette \u00e9criture auto-suffisante, ce d\u00e9collement spontan\u00e9. Tu t\u2019\u00e9tais dit que tu pourrais reprendre la forme, la syntaxe, l\u2019\u00e9criture. Et puis, tu t\u2019es rendu compte qu\u2019aussi imparfait \u00e9tait ton texte, il appartenait \u00e0 un moment pr\u00e9cieux. Dois-tu chercher aujourd\u2019hui \u00e0 le retrouver ? Tu ne crois pas, il reviendra peut-\u00eatre un jour mais ce n\u2019est pas tr\u00e8s important.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019important, maintenant, c\u2019est que tu sais que ce moment existe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a eu ce matin. Il y a quinze ans, tout juste. Depuis plusieurs semaines, tu t\u2019essayais \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un roman, ta premi\u00e8re tentative. Tu \u00e9tais parti dans un ailleurs outre Atlantique pour une ann\u00e9e. Pas pour concr\u00e9tiser cette id\u00e9e d\u2019\u00e9criture, mais pour une exp\u00e9rience familiale. Ton \u00e9pouse poursuivait un projet professionnel, tes enfants d\u00e9couvrait une scolarit\u00e9 diff\u00e9rente et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01bis-maintenant-tu-sais-que-ce-moment-existe\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #01bis | maintenant, tu sais que ce moment existe<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4565,4525],"tags":[],"class_list":["post-124895","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01bis-scene-originelle","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124895","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=124895"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124895\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=124895"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=124895"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=124895"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}