{"id":125053,"date":"2023-06-21T15:29:23","date_gmt":"2023-06-21T13:29:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125053"},"modified":"2023-06-22T17:53:43","modified_gmt":"2023-06-22T15:53:43","slug":"ete-2023-02-la-maison-aux-cypres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02-la-maison-aux-cypres\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 2023 #02 | La maison aux cypr\u00e8s."},"content":{"rendered":"\n<p>On p\u00e9n\u00e8tre dans la maison par trois petites marches de pierre blanche, us\u00e9es, polies comme un vieux savon sec. Le soleil qui \u00e9crase la cour et la fa\u00e7ade s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 la derni\u00e8re de ces marches qu&rsquo;une minuscule marquise, au dessus de la porte, couvre d&rsquo;ombre. La porte, en \u00e9t\u00e9, reste ouverte du matin au soir, cr\u00e9ant un tr\u00e8s l\u00e9ger appel d&rsquo;air, un sac et ressac t\u00e9nu entre la fra\u00eecheur de l\u2019int\u00e9rieur et la fournaise ext\u00e9rieure. De fines bandes de plastique multicolores s&rsquo;agitent doucement dans l\u2019encadrure de l&rsquo;entr\u00e9e, au gr\u00e9 de ces mouvement de l&rsquo;air. La porte, perc\u00e9e de petits carreaux de verre en rang\u00e9es de quatre sur deux niveaux, \u00e0 hauteur de visage, est si ancienne qu&rsquo;on la dirait en bois flott\u00e9. Cal\u00e9e contre un buffet \u00e0 vaisselle imm\u00e9diatement \u00e0 droite de l&rsquo;entr\u00e9e, elle grince sur ses gonds r\u00e9guli\u00e8rement, comme un animal assoupi qui grogne dans son sommeil. Pass\u00e9 le seuil, on entre dans la cuisine. Elle baigne dans une fra\u00eecheur mouill\u00e9e qui semble monter des larges plaques de tommettes ocre couvrant le sol. Combien de sabots, de chausses, de souliers, de bottes, de chaussures, de baskets, de pieds nus, de pattes de chats, de chiens, de poules, de souris ont foul\u00e9e, bossel\u00e9 et patin\u00e9 ce sol pour qu&rsquo;il ressemble \u00e0 ce point \u00e0 la carapace d&rsquo;une antique tortue de mer ? Tout est envelopp\u00e9 de p\u00e9nombre, les  tables, les chaises paill\u00e9es, les meubles et l&rsquo;\u00e9vier apparaissent au regard comme des ombres chinoises. Il faut un petit temps pour que l\u2019\u0153il fasse la mise au point entre le dehors et le dedans. Des parfums de basilic et de menthe flottent dans l&rsquo;air, m\u00eal\u00e9s \u00e0 l&rsquo;odeur du sang, celui des lapins gisant sur la grande table de travail couverte d&rsquo;une feuille de zinc sur toute sa longueur. Une fois pel\u00e9s, ils iront au cong\u00e9lateur, dans l&rsquo;arri\u00e8re cuisine. Au dessus de l&rsquo;\u00e9vier, une grande fen\u00eatre dessine un carr\u00e9 de lumi\u00e8re blanche comme peinte sur la vitre et ne per\u00e7ant que par un tr\u00e8s l\u00e9ger adoucissement de l&rsquo;ombre l&rsquo;opacit\u00e9 de la pi\u00e8ce. C&rsquo;est suffisant pour y voir sans perdre la fra\u00eecheur. A cette pi\u00e8ce, tr\u00e8s min\u00e9rale, comme creus\u00e9e dans la paroi d&rsquo;une montagne, succ\u00e8de une rotonde toute v\u00e9g\u00e9tale. Les murs tapiss\u00e9s de motifs floraux jaunes et verts entrelac\u00e9s s&rsquo;harmonisent avec les reflets bruns d&rsquo;un parquet de ch\u00eane cir\u00e9. Au centre, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve un escalier d&rsquo;acajou aux courbes ouvrag\u00e9s. Au sommet de cet escalier, un palier du m\u00eame ch\u00eane que celui de la rotonde, distribue une s\u00e9rie de couloirs perc\u00e9s de portes closes. Une seule n&rsquo;est pas ferm\u00e9e, d&rsquo;o\u00f9 filtre la lumi\u00e8re du jour. Elle donne sur une vaste pi\u00e8ce inond\u00e9e de soleil par une grande porte fen\u00eatre ouvrant sur une terrasse d&rsquo;o\u00f9 la vue se perd sur les montagnes de l&rsquo;arri\u00e8re pays jusqu\u2019\u00e0  la mer qu&rsquo;on aper\u00e7oit, tout au fond, \u00e0 l&rsquo;horizon.  Des volets de bois ajour\u00e9s permettent de conserver un peu de fraicheur aux heures les plus chaudes. Une biblioth\u00e8que antique couvrant la moiti\u00e9 des murs et montant jusqu&rsquo;au plafond, un bureau us\u00e9, une chaise, un large fauteuil et un lit forment le mobilier de cette pi\u00e8ce. Sur la dalle de gr\u00e8s blanc, quelques nattes de jonc tress\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s. On entend les mouettes, au loin, dans le ciel d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Une odeur de livre emplit l&rsquo;espace, semblable \u00e0 un tr\u00e8s l\u00e9ger r\u00e9sidu de bois br\u00fbl\u00e9, quelque chose de t\u00e9nu, poussi\u00e9reux sans \u00eatre suffocant. Sur le lit, recouvert d&rsquo;un tissu de coton ocre, dort un chat roux. Il ronronne tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement dans son sommeil, ses oreilles fr\u00e9missants aux petits bruits de la maisonn\u00e9e : une latte de parquet qui grince, un coup de vent qui fait tinter les perles d&rsquo;un abat jour, le p\u00e9piement d&rsquo;un moineaux en transit sur la balustrade de la terrasse, des pas dans l&rsquo;escalier, une porte qui claque dans le couloir ou au rez de chauss\u00e9e, une voiture qui passe sur la route, en contrebas du jardin et dont le vrombissement s\u2019att\u00e9nue peu \u00e0 peu, se perdant dans les m\u00e9andres qui serpentent  des collines vers la mer. Depuis la terrasse, le regard plonge, en contrebas sur le jardin et le chemin de gravier qui louvoie jusqu&rsquo;\u00e0 la porte de la cuisine. Quelques palmiers et de hauts cypr\u00e8s ponctuent d&rsquo;un peu d&rsquo;ombre cet espace satur\u00e9 de soleil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On p\u00e9n\u00e8tre dans la maison par trois petites marches de pierre blanche, us\u00e9es, polies comme un vieux savon sec. Le soleil qui \u00e9crase la cour et la fa\u00e7ade s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 la derni\u00e8re de ces marches qu&rsquo;une minuscule marquise, au dessus de la porte, couvre d&rsquo;ombre. 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