{"id":125327,"date":"2023-06-18T22:30:58","date_gmt":"2023-06-18T20:30:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125327"},"modified":"2023-06-18T22:47:01","modified_gmt":"2023-06-18T20:47:01","slug":"portes-ouvertes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/portes-ouvertes\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | Portes ouvertes"},"content":{"rendered":"\n<p>Je monte les marches une \u00e0 une sur le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la vieille maison. Je connais chaque d\u00e9tail de chaque \u00e9chelon\u00a0: ici une pierre borde la terre durcie par les passages, ici une herbe folle (dite \u00ab\u00a0curiau\u00a0\u00bb), ici une mousse. \u00c0 droite un mur lanc\u00e9 vers le ciel qui limite un vide de pissenlits, \u00e0 gauche le potager de la voisine d\u2019en bas, vue sur sa cour. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>72 marches non align\u00e9es, pos\u00e9es l\u00e0 par le temps, sans autre r\u00f4le que de filer vers le sommet. J\u2019y laisse des souffles, des espoirs et des d\u00e9fis d\u2019enfant press\u00e9. En haut, je sais que je peux faire le tour de la masure en semi-ruine. Fa\u00e7ade qui s\u2019effrite, trahison de la dalle, toujours la m\u00eame, je la connais, je ne me laisse plus pi\u00e9ger, fen\u00eatres opaques, ombres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, toit indisciplin\u00e9. Une cloche et sa cha\u00eene pour signaler son arriv\u00e9e mais la porte est ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais la porte est toujours ouverte&nbsp;\u00bb traduirait une terre d\u2019accueil, les bras tendus, un caf\u00e9 chaud en train de passer, un plat de galettes de la veille, une bi\u00e8re au frais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais la porte est ouverte&nbsp;\u00bb suivi du silence de la ligne, une suspension de l\u2019\u00e9crit et la bienvenue transite vers l\u2019inqui\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9ance de l\u2019entr\u00e9e, je pose le pied dans la pi\u00e8ce de vie. Pas de couloir, le seuil est tout \u00e0 la fois l\u2019issue et l\u2019arriv\u00e9e. Une chaise est \u00e9loign\u00e9e de sa table, comme si quelqu\u2019un venait de se lever. M\u00eame toutes lumi\u00e8res dehors, il fait sombre. La t\u00e9l\u00e9 est allum\u00e9e face \u00e0 la chemin\u00e9e. C\u2019est tout petit. Trois pas s\u00e9parent les murs. Sur le po\u00eale \u00e0 bois, une eau bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre porte m\u00e8ne au jardin, elle aussi affam\u00e9e du dehors. Deux pi\u00e8ces prolongent le salon-cuisine-salle \u00e0 manger&nbsp;: une chambre et une r\u00e9serve. Rien d\u2019autre, mon grand-p\u00e8re se lave dans une bassine et les toilettes sont au fond du jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai 8 ans, les genoux sur une chaise, je feuillette le T\u00e9l\u00e9-Revue avec obstination. J\u2019ai 12 ans, je m\u2019ennuie. J\u2019ai 15 ans, \u00e7a me g\u00e8ne de recevoir de l\u2019argent le 1<sup>er<\/sup> de l\u2019an. J\u2019ai 20 ans, j\u2019ai 30 ans, j\u2019essaie de faire surgir les traces du vieil homme seul que j\u2019aimais tant. Une image fig\u00e9e dans son fauteuil, cuir rouge, une Jupiler en main. Cuir rouge, simili noir. J\u2019ai beau gratter, je n\u2019arrive pas \u00e0 choisir mon souvenir. J\u2019\u00e9vacue la couleur du fauteuil par le bleu du marcel (dit le maillot de corps) et le moine pisseur sur la chemin\u00e9e. Un portrait de ma tante au mur, petite fille boudeuse, des photos des mariages de tous les enfants et petits-enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Je creuse dans la douleur et la tendresse, mais les sillons de l\u2019oubli rident mon impuissance. Je n\u2019ai qu\u2019une certitude&nbsp;: la porte \u00e9tait toujours ouverte, cimentant la grandeur de mon amour dans la douceur d\u2019\u00eatre attendue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je monte les marches une \u00e0 une sur le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la vieille maison. 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