{"id":125349,"date":"2023-06-20T08:23:00","date_gmt":"2023-06-20T06:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125349"},"modified":"2023-06-23T16:42:56","modified_gmt":"2023-06-23T14:42:56","slug":"ete-du-roman-2-blanc-epars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-du-roman-2-blanc-epars\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | en deux temps : \u00e0 blanc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">Blanc. Impression de vide. Vide ou seulement rien de visible&nbsp;encore (h\u00f4pital, banquise ) manque l\u2019odeur de soupe d\u00e9saffect\u00e9e. Blanc comme rage de dent. N\u2019y voir que blancheur &nbsp;: surexposition  \u00e0 peine supportable. \u00catre aveugl\u00e9. Blanc.&nbsp; Croire qu\u2019il n\u2019y a rien qu\u2019un vide blanc. Avec une lumi\u00e8re rasante on verrait que ce n\u2019est pas vide. Lumi\u00e8re scialytique? D&rsquo;o\u00f9 provient la source. Ne rien distinguer alors prendre la mesure de l\u2019espace : une enjamb\u00e9e pour un m\u00e8tre  \u2014on peut aussi mesurer avec la main, en la posant bien \u00e0 plat&nbsp;: vingt centim\u00e8tres de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du pouce \u00e0 celle de l\u2019auriculaire. Dans mon m\u00e9tier on oublie facilement ses outils&nbsp;( le m\u00e8tre c\u2019est un classique ) : mesure avec ton corps et ferme l\u00e0. <br>Ici quatre&nbsp;enjamb\u00e9es de mur \u00e0 mur. Quatre m\u00e8tres dans la largeur : la longueur se perd dans la blancheur : loin. Comme dans la brume. (Venise). Un couloir ou plut\u00f4t une galerie sans fin. Et ce bruit d\u2019eau. Quelque part de l&rsquo;eau  coule.  A l&rsquo;oreille l&rsquo;eau. L&rsquo;oreille creuse. Et le blanc se nuance. L&rsquo;\u0153il s\u2019habitue. <br>Il y a des formes longues, des choses pos\u00e9es. On dirait des socles. Ce sont des socles comme dans la galerie d\u2019un mus\u00e9e : pos\u00e9s \u00e0 une demi-main des murs. De chaque c\u00f4t\u00e9. Un tous les cinquante centim\u00e8tres environ&nbsp;: une all\u00e9e de socles vides, &nbsp;ils m\u2019arrivent au-dessus du nombril. J\u2019avance la main ( elle a vieilli les taches les veines les os cette couleur de cire qui tranche avec le blanc ) :  les ar\u00eates effil\u00e9es coupantes. Lisse froid de surface. Comme marbre.&nbsp;Des socles de marbre et sur chacune des face \u00e0 une \u00e9paisseur de doigt en dessous du bord haut, bien centr\u00e9, il y a un cartel&nbsp;avec des points en relief blanc sur blanc. <br>Une dizaine de socles plus loin sur la gauche dans un renfoncement  sous une housse de cellophane blanchie de r\u00e9sidus, des statues. Poussi\u00e8re blanche ( pl\u00e2tre mort, h\u00e9ro\u00efne, farine). Un groupe. Les yeux  \u00e9normes. De taille humaine (1m75 environ, un gabarit de silhouette de maquette). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 contre le mur un pong\u00e9 de soie pend retenu par des pinces&nbsp;: blanc. Un pong\u00e9 pendu flotte blanc sur blanc. A peine&nbsp;un mouvement  : d\u2019o\u00f9 provient l\u2019air&nbsp;? S\u2019il y avait une &nbsp;fen\u00eatre derri\u00e8re il y aurait de la lumi\u00e8re en ombre. Un pong\u00e9 comme un rideau qui ne cache qu\u2019une fissure dans un mur. Une entaille profonde. Et l&rsquo;eau sur le sol, une flaque. Ce sol b\u00e2ch\u00e9 blanc et le reflet des st\u00e8les dans la flaque. <br>Cinq m\u00e8tre encore Et la brume se dissipe: des cabines de verre, vides elles aussi comme les socles. Et loin encore, une tache sombre. Dix m\u00e8tre en comptant ses pas : la casquette lui retombe sur les yeux.  Assoupi. Ou bien il est mort. Assis. Face \u00e0 lui sur la droite ( ici la pi\u00e8ce s&rsquo;est consid\u00e9rablement \u00e9largie). Ce sont les statues de ce tombeau , ce sarcophage \u00e9trusque qui se trouve au Louvre. Une copie.&nbsp;Un pl\u00e2tre. L\u2019homme a pos\u00e9 sa main en suspend au-dessus de l\u2019\u00e9paule de la femme, il a le torse nu et  des cheveux en torsade. Elle porte un turban, un drap enserre ses seins. Leurs grands yeux en forme d\u2019amande et leurs sourires : une douce ironie. Qui s\u2019aiment en tombeau. Et le gardien.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted has-normal-font-size\">deuxi\u00e8me version d'un exercice  qui ne veut pas venir <\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\"><strong>(face A) <\/strong>Blanc. Impression de vide. Blanc. Ou rien de visible&nbsp;encore : H\u00f4pital, banquise (l&rsquo;int\u00e9rieur du publicitaire&nbsp;?). Suaire. Blanc comme rage de dent. N\u2019y voir que blanc&nbsp;: une blancheur \u00e0 peine supportable. Comme passer de l\u2019obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re.&nbsp; Aveugle. <br><br>Midi dans le midi. Il m\u2019avait emmen\u00e9e dans une maison avec une terrasse qui donnait sur la mer. De ma chambre je voyais le jardin. Et les statues regardaient. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Blanc. Il faut s\u2019habituer. Blanc comme \u00eatre aveugl\u00e9e. Pas noir. Dans le noir tu ne peux pas voir ton pied qui avance ni ta main qui se pose&nbsp;: ma main c\u2019est terrible comme elle a vieilli.&nbsp;Blanc&#8230; manque l\u2019odeur de soupe d\u00e9saffect\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Je me souviens de l\u2019odeur ent\u00eatante du lys ce jour-l\u00e0 ; je suis assise dans le salon les jambes nues et l&rsquo;assise tress\u00e9e du fauteuil marque ma peau ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 sur une table d\u2019appoint en demi-lune il y a le lys. C\u2019est dans la pi\u00e8ce la plus fraiche de cette maison lou\u00e9e, trois canap\u00e9s, un piano blanc. Les persiennes et les fen\u00eatres m\u00eame les voilages, tout est ferm\u00e9 : on m\u2019apprend qu\u2019il ne faut pas laisser entrer l\u2019air ni la lumi\u00e8re. Calfeutrer. Ce lys sent la mort douce.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Blanc.&nbsp;Je me dis que je viens seulement d\u2019entrer, c\u2019est une question de patience. La porte de droite je l\u2019ai pouss\u00e9e. La plus \u00e0 droite, la deuxi\u00e8me. J\u2019avais le choix; sur la gauche il y avait trois portes. J&rsquo;ai pris sur la droite : j\u2019ai le temps pour remonter le temps. Blanc. <br><br>Blanc. Croire d\u2019abord qu\u2019il n\u2019y a rien. Rien qu&rsquo;un vide blanc. Je me dis que puisque je ne distingue rien je vais prendre la mesure de l&rsquo;espace : une enjamb\u00e9e pour un m\u00e8tre. On peut aussi mesurer avec la main, en la posant bien \u00e0 plat&nbsp;: vingt centim\u00e8tres de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du pouce \u00e0 l\u2019auriculaire. C\u2019est une chose que j\u2019ai apprise dans mon m\u00e9tier, (on oublie facilement ses outils : le m\u00e8tre c\u2019est un classique )&nbsp;: ne pas \u00eatre prise au d\u00e9pourvu. Alors mesure avec ton corps et ferme l\u00e0. <br><br>Ici quatre&nbsp;enjamb\u00e9es de mur \u00e0 mur. Quatre m\u00e8tres dans la largeur: c\u2019est beaucoup pour un couloir. La longueur se perd dans la blancheur. Loin. Comme dans la brume. Et ce bruit d&rsquo;eau. Un \u00e9coulement. De dessous la plinthe, un filet. La flaque dans la blancheur un glacis et le reflet des socles. Le tremblement blanc des murs.  <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Je me souviens qu\u2019il m\u2019avait emmen\u00e9e d\u00e9jeuner dans un jardin avec une all\u00e9e de graviers blancs, ( quand je marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi &nbsp;je m\u2019ouvre comme une feuille d\u2019acanthe disait le un r\u00eave) une all\u00e9e bord\u00e9e de cypr\u00e8s. &nbsp;Il y avait des lauriers couverts de fleurs dans des pots de terre cuite et des figuiers de barbarie. Il m&rsquo;avait demand\u00e9 ce que je voulais boire. Rouge ou. Il avait command\u00e9 du champagne. Une enfant ne boit pas. Une coupe. <br><br>Blanc. Avec une lumi\u00e8re rasante on verrait que ce n\u2019est pas vide. Mon \u0153il s\u2019habitue. \u00c7a se nuance : des formes blanches. Ce sont des socles, un tous les cinquante centim\u00e8tres environ;  des socles nus \u00e0 une demi main des murs. De chaque c\u00f4t\u00e9.  Une all\u00e9e de socles vides. Supports sans \u00e2me qui vive.  Et il y a des cartels avec des lettres en creux blanc sur blanc. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Je me souviens des derniers jours de mai dans cette maison du midi qu&rsquo;il avait lou\u00e9e. Je passais les journ\u00e9e seules. Des heures interminables. Le propri\u00e9taire avait fait installer des cam\u00e9ras de surveillance. Dans la pi\u00e8ce calfeutr\u00e9e je voyais la terrasse et la mer devenues grises, ce plan fixe avec du bruit dans l&rsquo;image et parfois un oiseau se posait. <br><br>Blanc. Et dix m\u00e8tres en avant les statues m&rsquo;apparaissent sous leur housses de cellophane. Un groupe. Leurs yeux \u00e9normes. En premier les yeux. Blancs. Pl\u00e2tre. Poussi\u00e8re blanche. R\u00e9sidus de pon\u00e7age.  <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Je me souviens qu&rsquo;il m&rsquo;appelait sa petite. Ma merveille il disait. Il faudrait qu&rsquo;il tombe. Il faudrait le pousser du haut de la terrasse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Blanc. Cette fois avec une brillance, un pong\u00e9 pend retenue par des pinces. Si c&rsquo;est une fen\u00eatre derri\u00e8re il y aura de la lumi\u00e8re. Un pong\u00e9 flotte blanc. Ne cache qu&rsquo;une fissure dans le mur. Et. En avan\u00e7ant la brume se dissipe. Tout au bout. La tache sombre. La casquette lui retombe sur les yeux. Il s&rsquo;est assoupi mais il veille. L\u00e0 juste devant lui. Ce sont les statues de ce tombeau \u00e9trusque qui se trouve au Louvre une copie. Un moulage. L&rsquo;homme a pos\u00e9 sa main en suspend au dessus de l&rsquo;\u00e9paule de la femme, il a le torse nu et des cheveux en torsade. Leurs sourires une douce ironie . Elle porte un turban, un drap enserre ses seins. Leurs grands yeux en forme d&rsquo;amande. <br>Ils s&rsquo;aiment en tombeau. Le gardien veille.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Je me ne me souviens pas de l&rsquo;heure. Je crois que le vent s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9. Il faisait jour. Encore. J&rsquo;ai pouss\u00e9 la porte et je suis partie. La lumi\u00e8re br\u00fblait. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Blanc. Impression de vide. Vide ou seulement rien de visible&nbsp;encore (h\u00f4pital, banquise ) manque l\u2019odeur de soupe d\u00e9saffect\u00e9e. Blanc comme rage de dent. N\u2019y voir que blancheur &nbsp;: surexposition \u00e0 peine supportable. \u00catre aveugl\u00e9. Blanc.&nbsp; Croire qu\u2019il n\u2019y a rien qu\u2019un vide blanc. Avec une lumi\u00e8re rasante on verrait que ce n\u2019est pas vide. Lumi\u00e8re scialytique? D&rsquo;o\u00f9 provient la source. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-du-roman-2-blanc-epars\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02 | en deux temps : \u00e0 blanc<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4583,4525],"tags":[1886,1018,1599,3128,506],"class_list":["post-125349","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-ete-2023-du-roman","tag-blanc","tag-galerie","tag-obscurite","tag-statue","tag-vide"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125349\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}