{"id":125385,"date":"2023-06-19T10:38:47","date_gmt":"2023-06-19T08:38:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125385"},"modified":"2023-06-20T09:48:14","modified_gmt":"2023-06-20T07:48:14","slug":"ete-2023-02-deambulations-de-lieu-en-lieu-didee-en-idee-de-phrase-en-phrase","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02-deambulations-de-lieu-en-lieu-didee-en-idee-de-phrase-en-phrase\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | D\u00e9ambulations de lieu en lieu, d&rsquo;id\u00e9e en id\u00e9e, de phrase en phrase."},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>tout se retrouve en italique par accident, \u00e7a fait partie du tout. juste de l'espace comme s\u00e9paration. Ce sont des bribes \u00e9crites sur le blog que j'ai r\u00e9unies ici pour r\u00e9pondre \u00e0 la proposition. Il a une intention de d\u00e9part. En fait un mouvement. Apr\u00e8s,  que ce soit adroit ou pas c'est autre chose. En tous cas \u00e7a me travaille c'est s\u00fbr. C'est comme en peinture je fiche le bazar et ensuite je me demande o\u00f9 donc peut bien se loger mon ordre \u00e0 l'int\u00e9rieur. Mais \u00e7a ne sert surtout encore que   de pr\u00e9texte. L'ordre a bon dos. C'est autre chose derri\u00e8re les mots.<\/code><\/pre>\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><i>Le ressort se compresse se compresse se compresse puis il<br \/>se d\u00e9tend, le diable rouge sort de la boite. C&rsquo;est un dispositif. C&rsquo;est<br \/>peut-\u00eatre le seul dont je dispose, que je dispose. A moins que ce soit<br \/>l&rsquo;inverse : un dispositif inconscient dispose de moi. B\u00e9ance.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>On part ainsi avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un roman et, en cours de route, on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;on en \u00e9crit un autre. Choisir le roman qu&rsquo;on veut, qu&rsquo;on ne veut pas, surtout pas, mais qu&rsquo;on \u00e9crit quand m\u00eame. L&rsquo;habitude terrible du malgr\u00e9 soi qui fait tant rire les filles quand elles ne s\u2019en enragent pas <\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>On s&rsquo;attend devant la barri\u00e8re \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Tout ce qu&rsquo;on imagine remplie l&rsquo;attente et au-del\u00e0, une esp\u00e9rance. La nuit ici tombe toujours un peu de la m\u00eame fa\u00e7on : le soleil dispara\u00eet lentement au loin derri\u00e8re la colline de Chazemais, le ciel rougit puis bleuit, des oiseaux en bandes traversent ce ciel pour rejoindre leurs nids, la temp\u00e9rature se fait un peu plus fra\u00eeche et, dans la mare juste derri\u00e8re la bicoque en bordure de la d\u00e9partementale, les grenouilles sortent la t\u00eate de l&rsquo;eau verd\u00e2tre et leurs croassements s&rsquo;ajoutent \u00e0 tous les bruits des environs. Je ne me souviens pas d&rsquo;\u00e9prouver de la peur, c&rsquo;est juste l&rsquo;inqui\u00e9tude qu&rsquo;elle ne vienne pas, que l&rsquo;esp\u00e9rance se change en d\u00e9ception puis en amertume. J&rsquo;aper\u00e7ois toujours sa silhouette impr\u00e9cise surgir dans le jardin, la clart\u00e9 de sa robe, son mouvement pendulaire, le son caract\u00e9ristique devenu familier de la pi\u00e8ce m\u00e9tallique qu&rsquo;elle rel\u00e8ve pour lib\u00e9rer la barri\u00e8re et enfin l&rsquo;odeur de sa peau arrive \u00e0 mes narines qui me semblent exag\u00e9r\u00e9ment \u00e9cart\u00e9es, avides de sentir cette odeur, m\u00e9lange de savon, de lait entier et de foin. Nous ne nous disons rien, nous nous prenons la main, il fait presque noir et c&rsquo;est la faible lueur qui monte du sol qui nous indique la pr\u00e9sence de ce chemin que nous avons emprunt\u00e9 d\u00e9j\u00e0 maintes fois. Nous ne voyons pas bien loin, de chaque c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;\u00e9paisses haies masquent l&rsquo;\u00e9tendu des champs, parfois un bruit \u00e9trange et soudain nous surprend, elle me murmure \u00e0 l&rsquo;oreille <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">ce n&rsquo;est pas rassurant <\/span><\/em><i>et \u00e0 ces moments l\u00e0 j&rsquo;ai envie d&rsquo;\u00eatre rassurant bien s\u00fbr, je raffermis la pression de ma main sur la sienne. Pour un peu je la serrerais dans les bras, je plongerais mes yeux dans ses yeux qui sont deux trous noirs et je l&#8217;embrasserais. A ce moment l\u00e0 je me demanderais si oui ou non il faut y mettre toute la langue ou pas, c&rsquo;est surtout \u00e7a qui m&rsquo;inqui\u00e8te, \u00e7a c&rsquo;est s\u00fbr qu&rsquo;il faut dr\u00f4lement avoir confiance. C&rsquo;est \u00e7a que je ne trouve pas<br \/>vraiment rassurant, faire confiance au point de livrer sa propre langue \u00e0 une bouche \u00e9trang\u00e8re.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif\">On pose le casque qu&rsquo;on a sur la t\u00eate sur le plan de travail, on se d\u00e9connecte de la session. On recule la chaise \u00e0 roulettes en poussant du cul d&rsquo;environ trente centim\u00e8tres. On d\u00e9colle son cul de la chaise \u00e0 roulettes pour se retrouver en station debout, ce qui permet au regard de surplomber le module, tous les modules de la grande pi\u00e8ce. De l&rsquo;open space. Puis quart de tour vers la gauche suivre l&rsquo;all\u00e9e recouverte de moquette entre deux modules. Parvenir \u00e0 un couloir, la rupture est comme une d\u00e9chirure du sol et du son. On passe de la moquette au carrelage, des voix, du brouhaha au silence soudain. Pas longtemps car au bout du couloir il y a la petite pi\u00e8ce o\u00f9 se tient la machine \u00e0 caf\u00e9. Un gars de la maintenance est en train de faire le plein. C&rsquo;est une sc\u00e8ne vue mille fois d\u00e9j\u00e0. On la voit la sc\u00e8ne, on ne la voit plus, bonneteau de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, de l&rsquo;intention, du d\u00e9sir. La pi\u00e8ce carr\u00e9e, le mur flanqu\u00e9 comme \u00e0 la va-vite d&rsquo;une fen\u00eatre, la lumi\u00e8re qui y p\u00e9n\u00e8tre, un contre-jour vers quoi on se dirige, des silhouettes immobiles debout qui attendent, un nuage de fum\u00e9e, une odeur insupportable tout \u00e0 coup, une \u00e9paisseur qui vous saisit \u00e0 la gorge, mais ce ne vient pas que de la fum\u00e9e. Ca vient du silence, de la g\u00e8ne, de l&rsquo;attente. Puis le gars de la maintenance appuie sur un bouton pour se faire couler un caf\u00e9, preuve que \u00e7a marche il referme la porte de la b\u00e9cane, donne un tour de clef qu&rsquo;il fourre ensuite dans sa poche. Il attrape son sac et il repart. Tout \u00e7a sans un seul mot. D\u00e8s qu&rsquo;il a franchi la porte les voix remplissent la pi\u00e8ce, l&rsquo;\u00e9paisseur devient encore plus \u00e9paisse, le malaise encore plus \u00e9touffant, alors on introduit une pi\u00e8ce dans la fente, on se concentre sur le jet de liquide qui coule dans le gobelet de plastique ocre p\u00e2le, on saisit sans le renverser le gobelet et on l&rsquo;avale, comme \u00e7a, tr\u00e8s vite, puis on le flanque \u00e0 la poubelle, on repart. Tu parles d&rsquo;une pause.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif\">\u00a0<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>Donc \u00e0 7h le peintre boit le caf\u00e9, parfois beurre une tartine tout en \u00e9coutant la radio, ou encore il lit quelques pages d&rsquo;un livre, toujours le m\u00eame depuis des ann\u00e9es. A 7h45 il d\u00e9barrasse, et replie sa serviette. Enfin il se l\u00e8ve de la chaise, la replace soigneusement sous la table et enfin, se retourne \u00e0 180 \u00b0, effectue quelques pas vers la porte vitr\u00e9e de la cuisine, qu&rsquo;il ouvre pour atteindre une modeste cour dont le carrelage blanch\u00e2tre par endroit \u00e9br\u00e9ch\u00e9 est cern\u00e9 de joints sombres, perspective suffisante pour que le regard la suive afin de d\u00e9couvrir, surplombant une marche, une porte grise, encadr\u00e9e par un b\u00e2timent invisible au d\u00e9but mais qui finit par prendre tout l&rsquo;espace de la vision.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>La porte s&rsquo;ouvre sur un espace vaste dit <\/i>atelier<i> mais on ne s&rsquo;y perd pas comme dans l&rsquo;espace d&rsquo;une usine. On ne sera pas happ\u00e9 par l&rsquo;espace mais plut\u00f4t au d\u00e9but par la pr\u00e9sence d&rsquo;une tr\u00e8s grande table, form\u00e9e par plusieurs tables plus modestes, le tout recouvert de toile cir\u00e9e. Tout autour sur les murs, autrefois blancs, des tableaux de formats divers, semblables \u00e0 des vitraux d&rsquo;\u00e9glise \u00e9clairent un mur aveugle. Au plafond des n\u00e9ons clignotent puis se stabilisent. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on pourrait, en \u00e9tant attentif, d\u00e9couvrir le peintre assis face \u00e0 son chevalet, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un meuble parmi d&rsquo;autres.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>Conscience et connaissance de concert. Sortie du soliste<br \/>couvert de sauce tomate, applaudissements, le spectacle est termin\u00e9, un autre<br \/>commence, show must go on !<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>La phrase est la suivante. Que peut-on retirer \u00e0 \u00e7a.<br \/>Est-ce qu<\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">&lsquo;il faut retirer <\/span><\/em><i>quelque chose \u00e0 cette phrase. La suivante est la phrase. On peut essayer d&rsquo;inverser <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">pour voir<\/span><\/em><i>.<br \/>Poker. Bizarre. Bluff. <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">On <\/span><\/em><i>peut <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">faire une phrase<\/span><\/em><i><br \/>avec un mot. Un mot entre deux poings <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">comme<\/span><\/em><i><br \/>\u00e0 la f\u00eate foraine. Un <\/i><em><span style=\"font-family: 'Calibri',sans-serif;font-style: normal\">je <\/span><\/em><i>de massacre.<\/i><\/p>\n<p><i>Peut-\u00eatre une perte d&rsquo;app\u00e9tit, l&rsquo;\u00e2ge venant, la mort d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. On se sentirait press\u00e9 par le temps, on ne dit jamais press\u00e9 par la mort. On entre dans cette rue dont on ne voit pas l&rsquo;issue, le soleil nous \u00e9blouit, tout est \u00e0 contre jour. On avise la devanture d&rsquo;une librairie sur la gauche, on traverse en h\u00e2te la rue, hors des passages clout\u00e9s. La porte produit un son de carillon \u00e9olien chinois quand on la pousse. Il fait si sombre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur on n&rsquo;y voit<br \/>goutte mais le silence. Tout est feutr\u00e9. Tout sent le papier, l&rsquo;encre. On est pass\u00e9 dans un tout autre univers. On effectue quelques pas dans le d\u00e9sordre apparent des tables recouvertes de livres, entre les tables entre les rayonnages. On se dit tiens, on pourrait en trouver un qu&rsquo;on aurait envie de lire. On voit les titres et les couvertures d\u00e9filer, <\/i><em><span style=\"font-style: normal\">prend moi, lis-moi, emporte-moi ach\u00e8te-moi <\/span><\/em><i>l&rsquo;id\u00e9e vague d\u2019une claque d&rsquo;une maison close, de prostitu\u00e9es, ou encore, puisqu&rsquo;il fait toujours noir, celle d\u2019un march\u00e9 aux esclaves. Mais si l&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chi un peu on sourit, c&rsquo;est soi l&rsquo;esclave, la prostitu\u00e9e bien s\u00fbr.<\/i><\/p>\n<p><!-- \/wp:post-content --><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><i>Celui-ci soudain semble effacer toute pr\u00e9sence autour. C&rsquo;est un gros livre, sans doute plus de 1000 pages. Un gros morceau. Est-ce qu&rsquo;on aura le temps de l&rsquo;avaler tout entier, est-ce lui qui nous avalera, on ne le sait pas. On reste h\u00e9sitant, puis on a peur de louper quelque chose, on le prend dans les mains, il p\u00e8se son poids, on est fier. On effectue le chemin inverse, \u00e0 l&rsquo;estime, pour rejoindre la caisse. On fait un peu la queue, d\u00e9sagr\u00e9able de constater que l&rsquo;on n&rsquo;est pas le seul. Le type derri\u00e8re la caisse attrape le<br \/>livre qu&rsquo;on a pos\u00e9 sur le comptoir, il a de grosses mains et peut-\u00eatre des doigts crochus tout \u00e0 coup. Il tourne le livre pour scanner le code barre sur la quatri\u00e8me de couverture. \u00ab\u00a0C&rsquo;est tant\u00a0\u00bb il dit. On paie. le type tend le ticket de caisse qu&rsquo;on fourre dans le portefeuille avec la carte bleue.<br \/>On vacille un peu du prix que le gros morceau coute. Un peu groggy. On rejoint la porte, m\u00eame tintinnabulement \u00e9olien, et puis on se retrouve \u00e0 nouveau dans la rue , le soleil est un peu plus bas qu&rsquo;avant, de longues ombres viennent jusqu&rsquo;aux pieds, elles bougent elles nous d\u00e9passent, se tiennent derri\u00e8re nous, si on se retourne on peut les voir, et m\u00eame la notre qui les rejoint, mon Dieu quel frisson de voir cette grande ombre, qui s&rsquo;en va dans le sens inverse de celui o\u00f9 l&rsquo;on va. Heureusement on a le paquet dans les mains, on a le gros morceau, plus de 1000 pages, c&rsquo;est toujours \u00e7a. <\/i><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i>Il cr\u00e9er son \u00e9quilibre par la somme de tous ses<br \/>d\u00e9s\u00e9quilibres. Il commence \u00e0 saisir l\u2019id\u00e9e qu\u2019il a beaucoup souffert, et aussi<br \/>qu\u2019il a \u00e9prouv\u00e9 des joies indicibles, comme tout le monde. Suffisamment pour n&rsquo;en n&rsquo;\u00e9prouver aucune amertume, aucune ranc\u0153ur, ni aucune gloire. Il s&rsquo;y est tellement habitu\u00e9. Instantan\u00e9ment, pas d&rsquo;autre choix.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><i> Maintenant \u00e7a va mieux comme on<br \/>dit, il est calme m\u00eame si on l&rsquo;imagine parfois terriblement agit\u00e9. Mais il est<br \/>calme, \u00ab\u00a0quasiment mort\u00a0\u00bb disent certains. Mais ils se trompent encore,<br \/>il est calme,\u00a0 il est vraiment en vie.<\/i><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00ab\u00a0Regardez comme je travaille. J&rsquo;ai toujours peur qu&rsquo;on ne voit pas combien je travaille. donc je m&rsquo;\u00e9nerve, il faut que je passe par plusieurs phases, que j&rsquo;enchaine des phrases, comme \u00e7a, avant de me rendre compte. Je ne sais pas en fait si je travaille vraiment. Peut-\u00eatre que l&rsquo;une de mes pires angoisses c&rsquo;est que je fasse semblant de travailler. Parce que je ne sais travailler, je ne sais pas me tuer \u00e0 la t\u00e2che comme d&rsquo;autres m&rsquo;ont montr\u00e9 ce que c&rsquo;\u00e9tait. Peut-\u00eatre que \u00e7a me flanque la trouille de mourir comme \u00e7a.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p>\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p> <p>Il se tient un moment sur le seuil de la maison. Il se dit que ce n&rsquo;est pas possible, et il recule jusqu&rsquo;\u00e0 la rue pour la voir mieux.  c&rsquo;est la m\u00eame maison, et ce n&rsquo;est pas la m\u00eame. Il semble qu&rsquo;autrefois il la voyait plus clairement qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Les choses \u00e9taient plus claires, c&rsquo;est \u00e0 dire plus simples. Il y avait la voiture gar\u00e9e devant le portail et \u00e7a lui serrait la gorge de loin. Il savait de fa\u00e7on claire qu&rsquo;il allait d\u00e9rouiller. Il y avait le portail rouill\u00e9, celui que la grand-m\u00e8re avait d\u00e9fonc\u00e9 avec sa caisse \u00e0 peine son permis de conduire ressorti d&rsquo;on ne sait quelles oubliettes. Il y avait une tonnelle qui servait de planque, de refuge, il pouvait rester l\u00e0 haut des heures \u00e0 ne rien faire d&rsquo;autre qu&rsquo;observer la rue, le jardin, tous  les environs, il y avait une seule possibilit\u00e9 de danger,  et il ne cherchait pas \u00e0 la diss\u00e9quer comme une grenouille. Il y avait l&rsquo;ombre des prunus qui venaient l\u00e9cher le mur de la maison, le lierre en sortait comme une sorte d&rsquo;extension vigoureuse pour s&rsquo;accrocher de mani\u00e8re t\u00eatu \u00e0 la fa\u00e7ade jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre le fait du toit. Il y avait la grande baie vitr\u00e9e derri\u00e8re laquelle,  fantomatiques \u00e9taient les mannequins habill\u00e9s avec des robes de mari\u00e9e. Les briques de la fa\u00e7ade donnant sur la rue, la couleur brique, proche de celle du sang, avec des volets verts. Celui de la chambre o\u00f9 <em>il<\/em> lisait \u00e9taient toujours ferm\u00e9s.  Surtout les weekend mais il les confond avec toujours. On suivait l&rsquo;all\u00e9e pour parvenir \u00e0 l&rsquo;escalier menant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, dr\u00f4le d&rsquo;escalier ou pas une seule marche ne se ressemble , un escalier arythmique, qui \u00e9puise le souffle en le montant . Il  arrive \u00e0 un perron surmont\u00e9 d&rsquo;une marquise constitu\u00e9e de lames de verres d\u00e9polies. La porte s&rsquo;ouvre  sur une grande cuisine, il suit la perspective du carrelage,  \u00e0 gauche une autre porte qui m\u00e8ne  \u00e0 la nouvelle salle de bain qu<em>&lsquo;ils<\/em> viennent de faire construire et \u00e0 la chambre des enfants, entre les deux une sorte de vestibule, celui-ci comportant un escalier droit menant au grenier et \u00e0 son effroi, le m\u00eame effroi note t&rsquo;il. Et puis il la red\u00e9couvre, dans le fond, cette  penderie dont les \u00e9tag\u00e8res sont masqu\u00e9es par un rideau de velours rouge \u00e9pais. Un rideau qui sans nul doute dissimule les monstres qui viennent encore le hanter dans ses cauchemars.  Mais de ce cot\u00e9 il ne voit rien,  apr\u00e8s un regard circulaire sur cette derni\u00e8re pi\u00e8ce , il retourne \u00e0 la cuisine, il verra mieux en passant  l&rsquo;autre porte,  celle qui m\u00e8ne au salon. Il dit le salon. A mins  que ce soit une salle \u00e0 manger, il ne sait plus tr\u00e8s bien.  Ou encore il est possible, c&rsquo;est m\u00eame certain, que cette pi\u00e8ce poss\u00e9d\u00e2t une double fonction.<\/p>   <p>Il est saisit clairement \u00e0 la gorge par l&rsquo;atmosph\u00e8re. Il sent l&rsquo;odeur,  la fum\u00e9e de cigare, la fum\u00e9e des cigarettes blondes, l&rsquo;\u00e9paisseur des tapis, de la moquette sur un pan de mur. Les rideaux de voile blanc bougent doucement quelqu&rsquo;un a du ouvrir une fen\u00eatre. L&rsquo;espoir et en m\u00eame temps l&rsquo;angoisse reviennent. Il n&rsquo;est pas seul dans la maison. Il y a quelqu&rsquo;un quelque part, il traverse le salon dans la p\u00e9nombre, se dirige vers une clart\u00e9  et parvient ainsi  \u00e0 une petite salle d&rsquo;eau. Tout  est rest\u00e9 en l&rsquo;\u00e9tat, il touche le rideau de douche pour \u00e9prouver encore la sensation d\u00e9sagr\u00e9able de la peau sur le plastique, mais le rideau est sec. Alors d\u00e9\u00e7u, il se rend \u00e0 la chambre comme on se rend \u00e0 l&rsquo;ennemi. Une grande chambre avec un lit double, il constate la pr\u00e9sence comme attendue, d&rsquo;un gros  \u00e9dredon moelleux recouvert de nylon. Une grande armoire \u00e0 glace fait face au lit, puis tout \u00e0 coup  il sursaute, c&rsquo;est clair qu&rsquo;il  sursaute :  il vient de voir quelqu&rsquo;un, une ombre. C&rsquo;est son image qui se refl\u00e8te dans la glace de l&rsquo;armoire. Il aurait bien jur\u00e9 un instant le voir <em>lui<\/em>, durant une micro seconde rien n&rsquo;\u00e9tait  plus clair, plus limpide et puis tout est devenu flou, il s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 pleurer \u00e0 chaudes larmes.<\/p> <\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ressort se compresse se compresse se compresse puis ilse d\u00e9tend, le diable rouge sort de la boite. C&rsquo;est un dispositif. C&rsquo;estpeut-\u00eatre le seul dont je dispose, que je dispose. A moins que ce soitl&rsquo;inverse : un dispositif inconscient dispose de moi. B\u00e9ance. On part ainsi avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un roman et, en cours de route, on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;on en \u00e9crit <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02-deambulations-de-lieu-en-lieu-didee-en-idee-de-phrase-en-phrase\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02 | D\u00e9ambulations de lieu en lieu, d&rsquo;id\u00e9e en id\u00e9e, de phrase en phrase.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":530,"featured_media":125392,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4583,4525],"tags":[],"class_list":["post-125385","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/530"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125385"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125385\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/125392"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125385"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}