{"id":125416,"date":"2023-06-19T11:07:14","date_gmt":"2023-06-19T09:07:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125416"},"modified":"2023-06-19T17:01:28","modified_gmt":"2023-06-19T15:01:28","slug":"ete-2023-02-jane-sautiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02-jane-sautiere\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | Jane Sauti\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"796\" height=\"452\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-2023-06-19-a-10.56.25.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-125418\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-2023-06-19-a-10.56.25.png 796w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-2023-06-19-a-10.56.25-420x238.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-2023-06-19-a-10.56.25-768x436.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 796px) 100vw, 796px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo Google Earth<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Il est impossible de rejoindre l\u2019int\u00e9rieur. La petite maison \u2014 qui bien avant mes souvenirs fut un bistrot \u2014 se love au bord de la d\u00e9partementale dans le creux d\u2019un virage. D\u2019autres y ont investi les lieux. Le grand sapin qui donnait un peu d\u2019ombre au jardin a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9. Ses cendres reposent au fond de l\u2019ancien potager  recouvert d\u2019herbe jaune. Et la serre de bric et de broc qui prot\u00e9geait l\u2019immense vigne aux raisins maigrelets, mais sucr\u00e9s n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la transformation. Seul un gros 4X4 noir gar\u00e9 dans la cour indique la pr\u00e9sence des autres. L\u2019int\u00e9rieur reste herm\u00e9tiquement clos. C\u2019est mieux ainsi.<br>Il faut s\u2019\u00e9chapper juste avant la maison, au croisement \u00e0 droite. L\u00e0 o\u00f9 est le panneau indiquant le nom du village. La gomme tendre des pneus \u00e9chauff\u00e9e par les kilom\u00e8tres crisse dans le tournant  sur les gravillons. Leur pr\u00e9sence s&rsquo;explique par la carri\u00e8re de pierre qui grignote lentement la montagne un peu plus t\u00f4t. Ici, le bitume casse sa longue ligne droite ennuyeuse et bruyante, comme si l\u2019interminable d\u00e9partementale, \u00e9puis\u00e9e de sa succession de pointill\u00e9es blanc sur gris s\u2019accordait un instant de r\u00e9pit. Il faut \u00eatre attentif \u00e0 l\u2019intersection dans le mou du virage. Prendre la tangente \u00e0 droite est un choix fragile et fugace.<br>Le moteur qui jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ronronnait, r\u00e9sign\u00e9 et docile, se met \u00e0 toussoter \u00e0 protester de la pente raide. \u00c0 droite, les petites maisons de vacances. J\u2019en connais certaines. Cach\u00e9es dans une for\u00eat basse de r\u00e9sineux, leurs jardinets brunis d\u2019un \u00e9ternel tapis d\u2019aiguilles de pin s\u00e8ches. \u00c0 gauche, la for\u00eat a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e \u2014 \u00e0 vis\u00e9e \u00e9cologique \u2014 et remplac\u00e9e par l\u2019\u00e9clat m\u00e9tallique d\u2019un champ de panneaux solaires. L\u2019effort de la mont\u00e9e est bref quoiqu\u2019intense. Une fois franchi le vieux pont de pierre qui enjambe le torrent se d\u00e9battant en vain pour ne pas gagner la morne lenteur des eaux en contrebas dans la plaine, la route s\u2019aplatit. L\u2019odeur des champs de luzerne verte et des bl\u00e9s qui murissent toujours plus tardivement appelle au retour au calme. La vitre grande ouverte avale en bouff\u00e9es avides l\u2019air frais. L\u2019attention s&rsquo;infl\u00e9chit et la vitesse diminue dans l\u2019espoir d\u2019apercevoir \u00e7\u00e0 et l\u00e0 les chemins de terre poussi\u00e9reux que je connais tous. Apparition fugace, fantomatique. Presque subliminale. Ceux que je pr\u00e9f\u00e8re se trouvent \u00e0 droite. \u00c0 gauche d\u00e9butent plut\u00f4t ceux de mon enfance. Plus larges et faciles d\u2019acc\u00e8s, mais la pluie en a fait raviner les pierres vers le gris des panneaux solaires, le beige de la carri\u00e8re et le jaune fade du pr\u00e9 tout en bas au creux du virage. Les chemins de droite ne sont pas vraiment diff\u00e9rents. M\u00eame sol de terre brune. M\u00eame arche \u00e0 la fraicheur ressour\u00e7ante de l\u2019ombre verte de quelques ch\u00eane ou arbustes sauvages. Sous la lumi\u00e8re d\u00e9coup\u00e9e, ils partent tels des serpentins fous, \u00e0 l\u2019ascension de la pente. Est-ce leur aspect plus min\u00e9ral, un peu rude des efforts qu\u2019ils promettent qui m\u2019attire tant\u2009? Ils ne sont d\u00e9j\u00e0 plus des routes, pas encore des sentiers, mais renvoient en \u00e9cho sous l\u2019ombre du feuillage l\u2019ivresse des sommets et la beaut\u00e9 sauvages des fleurs des cimes.<br>Les murs de parpaings cr\u00e9pis de rose du nouveau cimeti\u00e8re annoncent presque impoliment l\u2019entr\u00e9e du village. Apr\u00e8s un nouveau pont au garde-fou de m\u00e9tal rouill\u00e9, il faut d\u00e9passer la scierie et se garer sur la petite place derri\u00e8re les terrains de tennis tout group\u00e9s autour de la mairie et de l\u2019ancienne cour d\u2019\u00e9cole.<br>Le moteur coup\u00e9, l\u2019air retombe, le soleil \u00e9touffe, et le bleu laqu\u00e9 du ciel, trop uniforme n\u2019inspire pas confiance. Deux jonquilles sur le bas-c\u00f4t\u00e9 semblent fixer une pr\u00e9sence invisible de leurs yeux jaunes.<br>La vue est saisissante. Dominant la plaine, le ch\u00e2teau solide de pierres blanches et d\u2019ardoise noire prot\u00e8ge dans son dos toute une grappe de maisons s\u2019agrippant \u00e0 la pente agglutin\u00e9es autour d\u2019une poign\u00e9e de rues tortueuses. De hautes grilles en volutes ferr\u00e9es en ferment l\u2019acc\u00e8s. Un panneau d\u2019information a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 sur l\u2019une des colonnes. Les mots glissent, se m\u00e9langent, embrouillent. Il est question de maures et de guerre, de r\u00e9sistance et de nazis. Derri\u00e8re la grille, l\u2019all\u00e9e de pav\u00e9s blancs ouvre la perspective sur la cour fleurie du ch\u00e2teau. Au centre, le grand ch\u00e2taignier. Sa circonf\u00e9rence est spectaculaire. Le ciel sans nuages me fait mal aux yeux, j\u2019abandonne \u00e0 mes corn\u00e9es trop s\u00e8ches la faiblesse d\u2019un peu d\u2019ombre au pied de la carapace d\u2019\u00e9caille noire de l\u2019arbre. Les racines me rassurent. Elles \u00e9clatent en \u00e9toile depuis le tronc \u00e9pais et rampent vuln\u00e9rables, mais solidement arrim\u00e9es dans la mince couche de terre qui les nourrit au-dessus de la roche calcaire, jusqu\u2019\u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la cour. L\u00e0 o\u00f9 les rosiers sont d\u00e9j\u00e0 fan\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est impossible de rejoindre l\u2019int\u00e9rieur. La petite maison \u2014 qui bien avant mes souvenirs fut un bistrot \u2014 se love au bord de la d\u00e9partementale dans le creux d\u2019un virage. D\u2019autres y ont investi les lieux. Le grand sapin qui donnait un peu d\u2019ombre au jardin a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9. 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