{"id":125849,"date":"2023-06-21T14:35:33","date_gmt":"2023-06-21T12:35:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125849"},"modified":"2023-09-23T17:27:39","modified_gmt":"2023-09-23T15:27:39","slug":"125849-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/125849-2\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 bis | Retour \u00e0 qui envoie"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-style:normal;font-weight:200\">\n<p><em>\u00ab&nbsp;On oublie quatre-vingt-dix pour cent des choses de la vie, on deviendrait fou, on mourrait si on avait pr\u00e9sent en m\u00e9moire tout le temps v\u00e9cu. On deviendrait fou : la question du fou totalement ramen\u00e9e \u00e0 nous-m\u00eames, et pas \u00e0 celle qu\u2019on pr\u00e9sente telle.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Marguerite DURAS&nbsp; Le Camion (r\u00e9ponses \u00e0 Michelle PORTE)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"578\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-578x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-125853\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-578x1024.jpg 578w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-237x420.jpg 237w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-768x1362.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-866x1536.jpg 866w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-1155x2048.jpg 1155w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20221113123441-scaled.jpg 1444w\" sizes=\"auto, (max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Elle ne dit souvent que les faits et plus difficilement les affects. A moins que ce ne soit le contraire. Mais les affects restent les m\u00eames quels que soient les faits. On a tendance aujourd\u2019hui \u00e0 les r\u00e9duire \u00e0 des \u00e9motic\u00f4nes, m\u00eame si \u00e7a fige un peu la r\u00e9alit\u00e9. Mais c\u2019est pratique pour les statistiques. Le Roman se tient l\u00e0, dans cette contre-offensive \u00e0 la dictature des chiffres. Il renverse avec ostentation le boulier des assignations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La litanie des faits s\u2019av\u00e8re ennuyeuse &nbsp;dans les films, \u00e7a oblige \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer les images, \u00e0 les rendre fluides, parfois \u00e9vanescentes pour ne pas trop insister, pour ne pas trop en faire et \u00ab&nbsp;s\u2019en faire&nbsp;\u00bb, s\u2019enferrer dans le pathos. Les gens n\u2019aiment pas le pathos m\u00eame s\u2019ils y pataugent \u00e0 longueur de temps. Certains plus que d\u2019autres. Ont-ils vraiment le choix&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les lieux sont remplis de la m\u00e9moire de tout ce pathos , fig\u00e9 \u00e0 jamais, ou &nbsp;effac\u00e9 au fur et \u00e0 mesure, \u00e0 moins qu\u2019on ne pulv\u00e9rise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ou inconsciemment (refoulement) les signes, les traces, les t\u00e9moignages, les photos, les vid\u00e9os. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui explique ce go\u00fbt de la destruction et du pillage qu\u2019on constate tous les jours dans le monde, jusqu\u2019aux \u00e9vacuations de Z.A.D ou de campements illicites. Dans les guerres, on s\u2019attaque d\u2019embl\u00e9e aux abris et aux possessions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Aujourd\u2019hui les disparu.e.s ont tendance \u00e0 rester dans l\u2019air plus longtemps, aussi &nbsp;\u00e0 cause des films vid\u00e9os qu\u2019on fait, de plus en plus, et qu\u2019on commercialise. Ce qu\u2019on filme est \u00e9trange car on le fait toujours \u00e0 des fins nostalgiques, ou sp\u00e9culatives&#8230; On vend du pathos, on vend du drame collectif, de la catastrophe et du r\u00eave, on vend des histoires qui font fr\u00e9mir ou s\u2019apitoyer. On joue sur la corde sensible de l\u2019empathie. On s\u2019en d\u00e9tourne de plus en plus quand \u00e7a se rapproche de soi et que \u00e7a d\u00e9prive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Mais si on venait \u00e0 manquer d\u2019une pr\u00e9sence, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement auquel on aurait particip\u00e9, le regretterait-on autant que cela&nbsp;?&nbsp; \u00ab&nbsp;Que le monde aille \u00e0 sa perte&nbsp;\u00bb d\u00e9clare la ch\u00e8re et si p\u00e9remptoire Marguerite Duras, elle ne fait pourtant que constater les faits. Elle, ne le dit pas n\u2019importe quand.&nbsp; C\u2019est au sortir des malheurs de la guerre, Hiroshima est pass\u00e9 par l\u00e0. Elle n\u2019a rien pu voir \u00e0 Hiroshima, sauf l\u2019amour comme une hallucination salvatrice, une folie aboutie&#8230; Ce qu\u2019elle filme, c\u2019est ce qu\u2019elle voudrait filmer, et qu\u2019elle n\u2019arrive pas \u00e0 filmer, elle le sait avant m\u00eame d\u2019avoir commenc\u00e9, mais elle tente le coup.&nbsp; Car c\u2019est vraiment une histoire de coup, de coup plus que de clin d\u2019\u0153il, il n\u2019y a pas d\u2019humour dans cette exp\u00e9rience-l\u00e0, \u00e7a ne s\u2019y pr\u00eate pas. Le t\u00eate- \u00e0 -t\u00eate des personnages dans l\u2019histoire du camion est frontal, sans filtre, mais il reste dans le flou onirique de l\u2019\u00e9criture en travail. La bande-son dissoci\u00e9e de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em><strong>Mathilde voudrait en faire autant, mais elle sait qu\u2019elles deux n\u2019ont pas les m\u00eames images, ni les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires en t\u00eate. Enfin, pas tout \u00e0 fait, c\u2019est d\u00e9cal\u00e9 dans le temps, \u00e0 cause du passage des g\u00e9n\u00e9rations, mais elles regardent les m\u00eames ravages, les m\u00eames mirages, les m\u00eames aberrations du monde vivant. Elles n\u2019ont pas peur de d\u00e9lirer, qui est proche de d\u00e9lier, le contraire de ce qu\u2019on croit pour ceux et celles qu\u2019on dit ali\u00e9n\u00e9.e.s , entrav\u00e9.e.s par des liens invisibles et mortif\u00e8res.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La folie c\u2019est aussi la fuite \u00e9perdue dans l\u2019image. La plupart des films sont des folies ma\u00eetris\u00e9es \u00e0 la seconde pr\u00e8s. La folie de l\u2019amour dans l\u2019Amant, est universelle, elle proc\u00e8de d\u2019une fascination provisoire et d\u2019une captation de l\u2019autre plus ou moins violente act\u00e9e et contenue. Les histoires d\u2019amour finissent mal en g\u00e9n\u00e9ral, chantait le couple Rita Mitsouko qui s\u2019aimaient tant.&nbsp; En particulier, il y a des exceptions, comme des cas uniques glorifi\u00e9s et id\u00e9alis\u00e9s, cela tient peut-\u00eatre aux &nbsp;engourdissements de l\u2019angoisse ou la \u00ab&nbsp;pantouflardise&nbsp;\u00bb, et plus tristement, de la d\u00e9pendance financi\u00e8re, lesquelles permettent d\u2019endurer &nbsp;la promiscuit\u00e9 et la diminution in\u00e9luctable du d\u00e9sir. Aujourd\u2019hui, on ne s\u2019embarrasse pas de contrat \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en amour. On exulte dans la multiplication des ex, le sexe n\u2019est plus tabou m\u00eame s\u2019il n\u2019annule pas la dissym\u00e9trie des pr\u00e9rogatives genr\u00e9es. Mais \u00ab&nbsp;la multitude des seul.e.s&nbsp;\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Paul Val\u00e9ry ne cesse de grossir les rangs des grandes l\u00e9gions des ins\u00e9curis\u00e9.e.s du si\u00e8cle. Le Roman est un mythe \u00e0 construire. Une construction \u00e0 mains nues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Pour y entrer en inventant une maison o\u00f9 le personnage principal (provisoire) il faudrait la r\u00e9inventer, en lui donnant un caract\u00e8re un peu myst\u00e9rieux, exotique ou \u00e9sot\u00e9rique, harnacher sur elle une cargaison de vocabulaire qui puisse attirer le chaland.\u00a0 Que voulez-vous voir ou revoir\u00a0?\u00a0 De quelle curiosit\u00e9 animez-vous votre lecture du jour\u00a0? Etes -vous avide de d\u00e9tails qui vous permettent d\u2019entrer avec votre r\u00eave dans le r\u00eave de quelqu\u2019un.e \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Antonio Tabucci\u00a0? Il a m\u00eame fait r\u00eaver Villon et Rabelais celui-ci&#8230;\u00a0 C\u2019est dire si on peut fabuler \u00e0 perte de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Arriver jusque dans \u00ab&nbsp;cette&nbsp;\u00bb maison, y \u00ab\u00a0retourner\u00a0\u00bb et y entrer ne sera pas facile. Tous les r\u00eaves de nuit en attestent. Rien n\u2019est fix\u00e9 dans l\u2019image, rien n\u2019est reproductible, ce sera forc\u00e9ment une fable, comme tous les articles de faits divers, quelques faits, sans doute v\u00e9rifiables ( en creusant bien) et du caramel dur ou mou autour. Alerte aux fioritures et \u00e0 la caricature&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em><strong>Mathilde n\u2019est pas le personnage du Roman, mais &nbsp;elle condense tous les autres par facilit\u00e9 d\u2019\u00e9criture et d\u2019ouverture. Elle ne donnera pas le fin mot des histoires qu\u2019elle raconte, mais elle en affinera les contours pour indiquer l&#8217;emplacement, sans garantie de r\u00e9sultat. La lecture ne peut-\u00eatre que ponctuelle et partielle, pas \u00e0 pas, dans un espace \u00e0 la fois serr\u00e9 et extensible. <\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Ce n\u2019est pas la couleur des rideaux ou des parpaings qui guideront ses \u00e9nonc\u00e9s. Dire qu&rsquo;elle s&rsquo;en moque. C&rsquo;est la stricte v\u00e9rit\u00e9. Ce n\u2019est pas la fiction vraisemblable qu\u2019elle recherche en priorit\u00e9. L\u2019effet infra r\u00e9el viendra de surcro\u00eet, comme la suppos\u00e9e gu\u00e9rison en fin d\u2019analyse. Rien n&rsquo;est jou\u00e9 d&rsquo;avance. C\u2019est une question de croyance et non de combine oratoire de circonstance. Juste une possibilit\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion sans fard \u00e0 la pens\u00e9e passante, endurcie mais transper\u00e7able,comme du pis\u00e9e. Elle n\u2019a pas de ligne de vie r\u00e9glementaire pour ce voyage flottant dans le temps que l\u2019espace visit\u00e9 rendra de toute fa\u00e7on,  ind\u00e9chiffrable. S\u00e9same ne te referme pas&nbsp;! Mathilde est l\u00e0, imperturbable, mais elle ne joue pas au jokari, elle aurait plut\u00f4t envie de couper l&rsquo;\u00e9lastique pour ne pas avoir \u00e0 renvoyer la balle en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"578\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-578x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-125854\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-578x1024.jpg 578w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-237x420.jpg 237w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-768x1362.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-866x1536.jpg 866w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-1155x2048.jpg 1155w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/IMG20220503191738-scaled.jpg 1444w\" sizes=\"auto, (max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><\/figure>\n<cite> <\/cite><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":498,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4604,4525],"tags":[],"class_list":["post-125849","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02bis-jokari","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/498"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125849"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125849\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125849"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}