{"id":125871,"date":"2023-06-25T17:48:42","date_gmt":"2023-06-25T15:48:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=125871"},"modified":"2023-06-25T20:46:45","modified_gmt":"2023-06-25T18:46:45","slug":"ete-202302-bis-larrivee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-202302-bis-larrivee\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 bis | L\u2019arriv\u00e9e."},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;air est doux et l\u00e9ger sur le pont du ferry. Quelques mouettes planent \u00e0 hauteur des rambardes de s\u00e9curit\u00e9 dans un ballet silencieux et \u00e9l\u00e9gant. Des touristes leur tendent \u00e0 bout de bras des morceaux de pain ou de g\u00e2teau qu&rsquo;elles saisissent au vol avant de s&rsquo;\u00e9lancer vers les hauteurs. A l&rsquo;avant de l&rsquo;\u00e9trave, il regarde les c\u00f4tes approcher. C&rsquo;est ici la fin du voyage. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il va poser ses valises. Invisible, \u00e0 ses pieds, il y a un gros et lourd sac et c&rsquo;est comme s&rsquo;il l&rsquo;avait l\u00e2ch\u00e9 l\u00e0, que son poids, enfin, s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9 de ses \u00e9paules. D&rsquo;abord vo\u00fbt\u00e9, il redresse le dos et expose sont torse au vent marin, son visage, ses cheveux. Il laisse cet air entrer, il l&rsquo;invite a emplir ses narines et ses poumons. Lorsque le ferry touche le quai, la foule se presse vers les escaliers de sortie. Dehors, les familles, les amis, attendent les voyageurs avec des visages tout en sourires et de grands mouvements de bras. D&rsquo;abord sortent les camions et les voitures, puis les motos et les v\u00e9los, ensuite, les pi\u00e9tons. La cale est pleine d&rsquo;ombre et d\u00e8s qu&rsquo;il met un pieds sur l&rsquo;asphalte du quai, il est aveugl\u00e9 par le soleil. Il a laiss\u00e9 le lourd sac symbolique l\u00e0 haut sur le pont sans aucun regret et il tra\u00eene une valise \u00e0 roulette. Un petit sac \u00e0 ordinateur pends de son \u00e9paule gauche. Les voitures quittent le parking qu&rsquo;il traverse d&rsquo;un pas lent puis la rocade qui longe le port, ponctu\u00e9e de passages pi\u00e9tons. Il observe toute cette agitation comme il ferait d&rsquo;un aquarium. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 commence la ville. Il n&rsquo;est jamais venu dans cette r\u00e9gion du monde, trop au sud de ses habitudes, c&rsquo;est pourquoi il veut prendre un peu de temps au milieu de cette population. Au fond de lui, il aspire au silence, \u00e0 la solitude, au repos mais cette foule l\u00e0 est diff\u00e9rente de celles qu&rsquo;il quitte. Il n&rsquo;en fait pas partie, elle existe sans lui, hors de lui, il n&rsquo;a pas la moindre responsabilit\u00e9 vis \u00e0 vis d&rsquo;elle. Il se sent un peu comme ces mouettes qu&rsquo;il voyait s&rsquo;envoler vers les hauteurs, lestement, l\u00e9g\u00e8rement, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre saisi d&rsquo;un petit bout de pain, l\u00e0 haut, sur le pont du ferry.  Attabl\u00e9 \u00e0 la terrasse du premier \u00ab caf\u00e9 du port \u00bb rencontr\u00e9 au hasard des ruelles, il \u00e9coute d&rsquo;une oreille distraite les conversations en regardant le flux des gens. C&rsquo;est jour de march\u00e9, la ville, aux abords du port, est particuli\u00e8rement anim\u00e9e. Il y a l\u00e0 quelque chose de routinier en m\u00eame temps que de f\u00e9brile, un rituel dont on esp\u00e8re cependant de la surprise : Un poisson particuli\u00e8rement beau \u00e0 l&rsquo;\u00e9tal de la cri\u00e9e, des fraises plus grosses et parfum\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 l\u2019ordinaire, des olives ou des \u00e9pices qu&rsquo;on avait pas achet\u00e9 depuis longtemps et qui aujourd&rsquo;hui semblent vous appeler par votre pr\u00e9nom pour que vous les emportiez. Une fois termin\u00e9 le grand verre de menthe glac\u00e9e qu&rsquo;il a command\u00e9, il demande au serveur s&rsquo;il peut lui appeler un taxi. Il y en avait beaucoup au moment de l&rsquo;arriv\u00e9e du ferry, s&rsquo;entend il r\u00e9pondre mais \u00e0 pr\u00e9sent ils sont partis et lui, le serveur ne peut pas t\u00e9l\u00e9phoner pour lui en chercher un, vous pensez, s&rsquo;il devait faire \u00e7a pour chaque client, il n&rsquo;y aurait plus de service \u00e0 table. Le mieux est de se rendre sur la place de la mairie. Il s&rsquo;y trouve une station o\u00f9 les taxis font des rotations, ce n&rsquo;est pas loin, il faut monter tout droit puis, \u00e0 gauche et \u00e0 droite. Un quart d&rsquo;heure tout au plus. Les ruelles sont \u00e9troites, elles ont \u00e9t\u00e9 pens\u00e9es pour prot\u00e9ger les habitants d&rsquo;une ombre douce sous le soleil de plomb qui r\u00e8gne sur la r\u00e9gion. Des chapeaux de paille, des par\u00e9os, des bijoux, des savons, des \u00e9ponges marines, des huiles parfum\u00e9es, des c\u00e9ramiques, des cartes postales s&rsquo;\u00e9talent dans les vitrines des \u00e9choppes omnipr\u00e9sentes. Leur parcours est savamment distribu\u00e9 au c\u0153ur de la vieille ville pour que nul n&rsquo;y \u00e9chappe. Une quantit\u00e9 tout aussi dense de restaurants tirent le chaland par le bout du nez, le rendant fou de leurs effluves, de grillades en persillades, en bouquets de basilic frais. Apr\u00e8s le court \u00e9t\u00e9, la plupart des propri\u00e9taires fermeront boutique jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e suivante, c&rsquo;est le moment de faire le plein, quand les touristes affluent par milliers chaque jour. Apr\u00e8s l&rsquo;esplanade du port, la ville est b\u00e2tie en pente douce, \u00e0 flanc de colline. La place de la mairie se situe vers les hauteurs. Il tire sa valise sans trop d\u2019effort, lentement, il a le temps. A mesure qu&rsquo;il s &lsquo;\u00e9loigne du port, l&rsquo;agitation touristique se fait moins pressante, les rues sont plus silencieuses. Au d\u00e9tour de l&rsquo;une d&rsquo;elles, apparait une vieille librairie. Livres neufs et d&rsquo;occasion, beaucoup d&rsquo;occasion \u00e0 ce qu&rsquo;il voit, jetant un \u0153il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Cela sent bon le vieux papier, il faudra qu&rsquo;il entre mais pas aujourd&rsquo;hui, il est attendu ailleurs. Un taxi est justement \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat, place de la mairie. Il s&rsquo;installe \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re et donne l&rsquo;adresse. C&rsquo;est tr\u00e8s l\u00e9ger, il n&rsquo;est m\u00eame pas sur d&rsquo;avoir bien interpr\u00e9t\u00e9 ce qu&rsquo;il a senti, mais il lui a sembl\u00e9, \u00e0 un petit mouvement imperceptible du regard du chauffeur dans le r\u00e9troviseur que ce dernier \u00e9tait surpris d&rsquo;une telle destination. Lui m\u00eame ne sait pas tr\u00e8s bien o\u00f9 il va. La rencontre remonte \u00e0 presque soixante jours, \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde. Un caf\u00e9 partag\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, dans la verri\u00e8re de l\u2019h\u00f4tel de l&rsquo;Europe. Le sentiment, tr\u00e8s rapidement, d&rsquo;une singularit\u00e9 partag\u00e9e, d&rsquo;une affinit\u00e9 \u00e9lective sans qu&rsquo;encore cela repose sur rien. Et pour finir, l&rsquo;invitation de cet inconnu familier \u00e0 le rejoindre, apr\u00e8s qu&rsquo;il aura termin\u00e9 sa route, dans ce lieu de retraite qu&rsquo;il lui d\u00e9crit de fa\u00e7on si s\u00e9duisante. Le taxi quitte la ville et s&rsquo;enroule dans la montagne. A l&rsquo;arri\u00e8re, il regarde le paysage d\u00e9filer dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit m\u00eal\u00e9 de tranquillit\u00e9, de rel\u00e2chement et de curiosit\u00e9 quand \u00e0 ce qu&rsquo;il va trouver au bout de la route. Un virage sur deux la mer appara\u00eet puis dispara\u00eet, chaque fois dans un d\u00e9cor englobant plus vastement l&rsquo;horizon. La voiture circule entre des haies de myrte et de lauriers en fleurs. Il \u00e9prouve soudain comme une \u00e9piphanie, un court instant d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Il sait que ces instants sont rares et impr\u00e9visibles. Il sait aussi que se sont des jalons qui restent grav\u00e9s dans son corps comme une m\u00e9moire vivante \u00e0 travers le temps. La voiture freine et les pneus crissent \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une all\u00e9e de gravier. Le chauffeur prend la courbe presque \u00e0 angle droit et avance doucement entre les cypr\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 la cour de la maison puis il \u00e9teint le contact et enclenche le frein \u00e0 main. Les deux occupants descendent du v\u00e9hicule, le chauffeur ouvre le coffre, lui donne sa valise puis remonte dans son taxi, fait une l\u00e9g\u00e8re marche arri\u00e8re, un demi tour et glisse dans l&rsquo;all\u00e9e vers la route. Il ouvre la poign\u00e9e t\u00e9lescopique de sa valise et la tra\u00eene jusqu&rsquo;\u00e0 une porte ouverte dans la fa\u00e7ade de la grande maison. Le chant des cigales a remplac\u00e9 le bruit du moteur. Il fait extr\u00eamement chaud et l&rsquo;ombre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, semble merveilleusement accueillante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;air est doux et l\u00e9ger sur le pont du ferry. 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