{"id":126204,"date":"2023-06-23T11:05:55","date_gmt":"2023-06-23T09:05:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126204"},"modified":"2023-06-23T11:05:56","modified_gmt":"2023-06-23T09:05:56","slug":"ete2023-02-teppaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-teppaz\/","title":{"rendered":"\u00e9t\u00e92023 #02 | teppaz"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce que le voisin qui se gave de musique celtique, voudrait se rappeler c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re la maison d&rsquo;o\u00f9 vient cette musique. Il y est all\u00e9 souvent il y a si longtemps, une autre vie il se dit et pourtant non, la sienne, la m\u00eame, tu n&rsquo;\u00e9tais pas le m\u00eame, avais tu quelque chose \u00e0 voir avec toi ? Bien s\u00fbr que tu ne te souviens pas, bien s\u00fbr, ce n&rsquo;\u00e9tait pas toi, comment pourrais-tu te penser alors que tu \u00e9tais si diff\u00e9rent, il faudrait sauter au dessus des solutions de continuit\u00e9 et \u00e7a tu ne sais pas faire, programm\u00e9 pour te rappeler en s\u00e9rie, pas en parall\u00e8le. Pas grand, il grimpait sur un tabouret et regardait par le vasistas, haut perch\u00e9, un terrain plus ou moins vague, au loin des champs de bl\u00e9 de riz la mer \u00e7a se m\u00e9lange et \u00e7a lui plait d&rsquo;imaginer diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa vie en simultan\u00e9 comme si la pellicule n&rsquo;avait pas tourn\u00e9 dans l&rsquo;appareil \u00e0 soufflet du p\u00e8re, perspective immobile comme si ces paysages-souvenirs \u00e9taient fix\u00e9s sur des plaques de verre superpos\u00e9es l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9es dans l&rsquo;espace et le temps. Et il se demande s&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 dans chacune de ces plaques et si, en ce moment pr\u00e9cis du souvenir, il est dans toutes \u00e0 la fois, il aime tant se sentir en relief, pluriel, sans pr\u00e9cise identit\u00e9. Derri\u00e8re lui, il laissait parfois la porte ouverte et alors, il voyait plus loin la porte vitr\u00e9e qui donnait sur la grande pi\u00e8ce aux beaux carreaux qui brillaient sous les rayons de soleil qui r\u00e9ussissaient \u00e0 se faufiler \u00e0 travers les persiennes vertes et les vitraux repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes champ\u00eatres si diff\u00e9rentes de ce qu&rsquo;il rencontrait quand il sortait dans ce qu&rsquo;ils appelaient la rue. Elle s&rsquo;y cachait parfois \u00e0 l&rsquo;abri du rien, du vide de l&rsquo;ext\u00e9rieur, elle trouvait pr\u00e8s de sa travailleuse et du teppaz le peu de consistance qui restait \u00e0 sa vie, \u00e0 l&rsquo;abri de la foule compacte des autobus, du march\u00e9 sous les arcades, des taxis brousse, fant\u00f4mes \u00e9trangers. Plus loin, le couloir devenait escalier, le palier \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage servait de chambre o\u00f9 se croisaient m\u00e9diocres aventures et racontars et qui n&rsquo;\u00e9tait lieu de repos qu&rsquo;\u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Ils se couchaient de bonne heure, il y avait peu \u00e0 faire et les autocars qui, le matin, les transportaient au travail ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole passaient t\u00f4t. Les deux chambres dont les portes ouvraient sur ce palier \u00e9taient plus reposantes, regardant vers l&rsquo;est elles \u00e9chappaient \u00e0 la chaleur torride et aveuglante des fins d&rsquo;apr\u00e8s midi. Il aimait \u00e0 regarder par ces fen\u00eatres plus accessibles \u00e0 sa petite taille, de ce c\u00f4t\u00e9 monter sur le lit suffisait, il voyait de haut un terrain d\u00e9nud\u00e9, lat\u00e9rite rouge qui guidait ses yeux jusqu&rsquo;\u00e0 la route sur laquelle marchaient le soir des femmes en pagne blanc, parfois une c\u00e9r\u00e9monie de retournement ou un troupeau de b\u0153ufs \u00e0 bosse, un monde autre se mouvait l\u00e0, juste l\u00e0, si loin. Les fins d&rsquo;apr\u00e8s midi, l&rsquo;odeur de la terre rouge surchauff\u00e9e mouill\u00e9e par la pluie entrait par ces fen\u00eatres entrouvertes. Ce premier \u00e9tage sans charme et sombre se bornait l\u00e0, redescendre \u00e9tait n\u00e9cessit\u00e9, on voyait alors que l&rsquo;escalier \u00e9tait de b\u00e9ton, carrelages au charme ann\u00e9es 50, ils avaient d\u00fb plaire \u00e0 un b\u00e2tisseur d&rsquo;apr\u00e8s guerre, certain de rester ici jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps, ils rejoignaient, en bas, les beaux carreaux du salon au vitrail, peu de meubles, ceux des locataires pr\u00e9c\u00e9dents, un vaisselier, deux fauteuils, la travailleuse et sur la table du teppaz rolling stones, sega r\u00e9unionnais, claude fran\u00e7ois. Ils n&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 que pour peu, entre la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie et une autre plus sournoise qu&rsquo;ils ne pouvaient imaginer, celle pour la survie, ils allaient repartir, ils vivaient dans l&rsquo;attente de la fin, ils vivaient le corps ici, la t\u00eate ailleurs, vivre si loin, tenter le bonheur dans un lieu si \u00e9troit. <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que le voisin qui se gave de musique celtique, voudrait se rappeler c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re la maison d&rsquo;o\u00f9 vient cette musique. 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