{"id":126278,"date":"2023-06-23T18:43:33","date_gmt":"2023-06-23T16:43:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126278"},"modified":"2023-06-28T11:35:58","modified_gmt":"2023-06-28T09:35:58","slug":"ete2023-02-opera-en-trois-actes-manques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-opera-en-trois-actes-manques\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | Op\u00e9ra en trois actes manqu\u00e9s|"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-126279\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/E76871BC-6043-40D4-8311-6F03929DD40E-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Soutenus par le sol en terre d&rsquo;une cave sombre aux odeurs lourdes, les \u00e9tag\u00e8res, les caisses en bois, les contenant de saumures et de fermentation alcooliques, les pommes de terre farineuses, les haricots princesse, les fines carottes, et autres destins arrach\u00e9s au jardin tout proche, arpentent le temps de germes et d&rsquo;impr\u00e9gnations.<\/p>\n\n\n\n<p>Senteurs de froid, s\u00e8ches humidit\u00e9s, craquements, indicibles d\u00e9placements des larves et des insectes, domin\u00e9s par les majestueuses araign\u00e9es de suie. Le duvet de leurs pattes se confond avec la poussi\u00e8re et l&rsquo;abondante moisissure, tout en mouvement, tout en lenteur. Exploration du volume. L&rsquo;espace respire mal, asthmatique, tangue, en soi (imperceptible mouvement pour les incr\u00e9dules). Et, sourdement, amplifie le craquement des pas sur marches.<\/p>\n\n\n\n<p>En descension et en ascension. Peu ou pas de lumi\u00e8re, la m\u00e9moire ne peut trancher, et l&rsquo;espace \u00e9voqu\u00e9 plus accessible. Accepter. Surgit le conflit, le conflit du temps et des images effac\u00e9es. Accepter : invoquer et d\u00e9truire un peu plus \u00e0 chaque \u00e9tape. Celle de l&rsquo;ascension mystique, du vide anecdotique, dirige droit vers une porte rapidement franchie, vite oubli\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9bouche en craquements et blocages \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition (variable de l&rsquo;humidit\u00e9) sur une s\u00e9rie d&rsquo;inconnues complexes, insolvables \u00e9quations : \u00e0 droite un canap\u00e9 pour une personne, vautr\u00e9e, corpulente, en pleine sieste, la troisi\u00e8me de la journ\u00e9e. Que faire d&rsquo;autre ? Empes\u00e9 de sommeil, de ses habitudes, de son corps, couch\u00e9 sur le flanc, les bras oreillers, ce ventre d\u00e9bordant, quatre-vingt-sept ann\u00e9es d&rsquo;usure\u2026 \u00c0 gauche un large fauteuil enserre une petite femme au visage rond, au tablier fier, \u00e0 la chevelure drue et boucl\u00e9e. Elle fixe le vide. Elle respire \u00e0 peine, unique preuve de son existence. Elle respire, mais ne bouge pas pour l&rsquo;instant.<\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9, de la riche odeur de pourriture du sous-sol, l&rsquo;espace s&rsquo;\u00e9largit, la vie s&rsquo;atrophie. Le salon \u00e9crin d&rsquo;infinis sommeils, de regards tristes. Espace aust\u00e8re, progressivement abandonn\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 des sentiers courts et de moins en moins emprunt\u00e9s. &nbsp;Strat\u00e9giquement dispos\u00e9e, l&rsquo;axis mundi (arte dei poveri) de ces existences fig\u00e9es, une grosse t\u00e9l\u00e9vision tr\u00f4ne sur son autel, ses pr\u00eaches lumineuses animent diff\u00e9rents flacons dispos\u00e9s sur un meuble bas, proche du pi\u00e9destal, hosties m\u00e9dicales et autres poisons y compl\u00e8tent l&rsquo;op\u00e9rativit\u00e9 r\u00e9p\u00e9titive du chemin de croix de ce couple au physique r\u00e9dig\u00e9 par le temps : rides, d\u00e9formation des mains, cicatrices, les taches de rousseur combattent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment les lentigos \u2026le corps vacarme, le corps prolixe\u2026&nbsp; jamais plus de silences.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mur s\u00e9pare l&rsquo;ombre du salon de la lumi\u00e8re de l&rsquo;atelier et de la cuisine, un mur perc\u00e9 d&rsquo;une grande fen\u00eatre, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mane l&rsquo;esp\u00e9rance et ce pass\u00e9 heureux\u2026 sur le pr\u00e9sent d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p>Un coup de sonnette retentit, onze heures dix-sept, probablement l&rsquo;agent de quartier qui signale son arriv\u00e9e, il faut maintenant que ce monde s&rsquo;anime, que la bouteille d&rsquo;alcool de grain se d\u00e9bouche, que le verre se remplisse, que son gosier br\u00fble comme \u00e0 chaque \u00e9tape de ce p\u00e9riple alcoolique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soutenus par le sol en terre d&rsquo;une cave sombre aux odeurs lourdes, les \u00e9tag\u00e8res, les caisses en bois, les contenant de saumures et de fermentation alcooliques, les pommes de terre farineuses, les haricots princesse, les fines carottes, et autres destins arrach\u00e9s au jardin tout proche, arpentent le temps de germes et d&rsquo;impr\u00e9gnations. 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