{"id":126470,"date":"2023-06-24T15:18:45","date_gmt":"2023-06-24T13:18:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126470"},"modified":"2023-06-25T11:35:31","modified_gmt":"2023-06-25T09:35:31","slug":"ete2023-02-courant-dair","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-courant-dair\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | Courant d&rsquo;air"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois la grande porte bleu ciel \u00e9caill\u00e9 referm\u00e9e derri\u00e8re soi, on p\u00e9n\u00e9trait dans un couloir qu\u2019on ne distinguait pas dans un premier temps, plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 par un brusque contraste de luminosit\u00e9. Un \u0153il de b\u0153uf plac\u00e9 au dessus d\u2019un \u00e9vier, dans un renfoncement, \u00e9tait la seule source de clart\u00e9 de ce que je savais \u00eatre un corridor, un simple lieu de transit dans lequel je ne restais jamais en station. Tout en courant d\u2019air, il menait vers un ailleurs prometteur, la salle \u00e0 manger \u00e0 gauche avec son t\u00e9l\u00e9viseur qui, m\u00eame en noir &amp; blanc \u00e9tait d\u2019un acc\u00e8s facile, loin du contr\u00f4le parental. Une grande cuisini\u00e8re \u00e0 bois en occupait le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9, non loin de la chemin\u00e9e, au milieu de la pi\u00e8ce, une grande table en bois massif formait le centre d\u2019une piste autour de laquelle tous s\u2019animaient&nbsp;: par jeu ou par devoir, on y passait le balai et les b\u00eates domestiques, chats ou chiens, s\u2019y donnaient la poursuite, butant dans les jambes des uns ou des autres, pouss\u00e9s sans m\u00e9nagement vers d\u2019autres trajectoires. La porte d\u2019acc\u00e8s, ouverte et alternativement ferm\u00e9e, cr\u00e9ait des tourbillons de poils et des aliz\u00e9s qu\u2019il \u00e9tait tentant de suivre. Je me retrouvais projet\u00e9 comme dans un man\u00e8ge d\u00e9sax\u00e9, changeant d\u2019aire \u00e0 chaque tour accompli. Le fond, \u00e0 gauche, sous l\u2019escalier ressemblait \u00e0 un cul-de-sac mena\u00e7ant pr\u00e8s duquel je ne m\u2019aventurais jamais seul. Une porte se d\u00e9coupait dans la noirceur&nbsp;: il fallait appuyer sur le loquet \u00e0 poucier et derri\u00e8re, une fois le lourd battant pouss\u00e9, c\u2019\u00e9tait le froid humide, gris et poussi\u00e9reux d\u2019un cellier au sol de terre battu qui vous sautait dessus. S\u2019y nichaient dans les coins incertains les cr\u00e9atures les plus sinistres, d\u2019autant plus mena\u00e7antes qu\u2019elles savaient se rendre invisible. On les supposait et l\u2019imagination tendant son fil faisait le reste. Il en demeurait un sensation vague et d\u00e9rangeante qui finissait par se diluer dans les occupations du jour et qui parfois, sans crier gare, resurgissaient la nuit, dans la bouche d\u2019ombre d\u2019un Christ en croix. Toisant la porte avec d\u00e9fiance, je ne m\u2019y risquais pas cherchant du regard l\u2019accroche d\u2019un d\u00e9tail qui me tirerait de ce mauvais pas&nbsp;: l\u2019\u00e9tag\u00e8re qui tombait du plafond et sur laquelle \u00e9taient pos\u00e9s les pots de confitures et des conserves de cornichon, plus s\u00fbrement le tuyau du grand poil coinc\u00e9 en bas de l\u2019escalier qui partait dans les profondeurs des \u00e9tages, l\u00e0-bas, quelque part au-dessus. Surgissant des vapeurs de ce songe malsain, un souffle passait et entra\u00eenait tout dans son passage. Je suivais le petit b\u00e2tard de la maison vers l\u2019angle noir de la cage d\u2019escalier et me retrouvais sur le pallier au parquet poussi\u00e9reux&nbsp;: en face, la chambre o\u00f9 je dormais sous l\u2019\u0153il r\u00e9probateur d\u2019un christ, la poire de l\u2019interrupteur pendant, \u00e0 port\u00e9e de main, au-dessus du lit bord\u00e9 d\u2019une console. A gauche et \u00e0 droite, les autres chambres donnaient toutes sud-est sur le petit jardinet devant le b\u00e2timent. Les volets ferm\u00e9s, baillaient faiblement et laissaient \u00e0 peine passer un filet de lumi\u00e8re. Dans la p\u00e9nombre, les lits aux lourds \u00e9dredons et les tables de toilettes avec leur brocs respiraient en silence, la neige tombait en suspension de boules agit\u00e9es et vite repos\u00e9es. La vie \u00e9tait ailleurs dans l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 des membres pris dans un mouvement perp\u00e9tuel. Un instant, bref, juste l\u2019accommodement des yeux, et le pizzicato de la course et les griffures des pattes sur le bois des marches, m\u2019engageaient dans la mont\u00e9e suivante, un escalier plus \u00e9troit que le pr\u00e9c\u00e9dent et une chaleur stagnante qui tombait d\u2019un coup sur la t\u00eate tandis que je m\u2019accrochais au fanal blanc de la queue du chien qui s\u2019agitant b\u00e2bord &#8211; tribord dans l\u2019ascension. On \u00e9mergeait alors dans la poussi\u00e8re et les toiles d\u2019araign\u00e9es qui s\u2019accrochaient au cheveux. Le regard cherchait de nouveaux rep\u00e8res, une nouvelle assise, passait d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, des bocaux vides accumul\u00e9s, des caisses de journaux, La nouvelle R\u00e9publique, Miroir du sport et encore d\u2019autres objets aux formes, aux fonctions et \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 incertaines. Un kal\u00e9idoscope de lumi\u00e8res et d\u2019ombres entrecrois\u00e9es. Des \u00e9clats blancs tombaient des lucarnes d\u00e9coup\u00e9es dans le toit et aussit\u00f4t apr\u00e8s un voile gris. Il fallait rassembler ses sens et ses pens\u00e9es, sortir de cette sorte de torpeur, et se forcer \u00e0 suivre encore le remuement qui nous avait men\u00e9 jusque l\u00e0. Un guide, la trajectoire du chien, ses hal\u00e8tements et des bruits, d\u2019autres bruits, un juron. Elle se redressait, en \u00e9quilibre pr\u00e9caire, dans une blouse \u00e0 motif fleuri et vous accueillait le visage rubicond d\u2019un sourire tout plein.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une fois la grande porte bleu ciel \u00e9caill\u00e9 referm\u00e9e derri\u00e8re soi, on p\u00e9n\u00e9trait dans un couloir qu\u2019on ne distinguait pas dans un premier temps, plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 par un brusque contraste de luminosit\u00e9. Un \u0153il de b\u0153uf plac\u00e9 au dessus d\u2019un \u00e9vier, dans un renfoncement, \u00e9tait la seule source de clart\u00e9 de ce que je savais \u00eatre un corridor, un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-courant-dair\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02 | Courant d&rsquo;air<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":536,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4583,4525],"tags":[],"class_list":["post-126470","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126470","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/536"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126470"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126470\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126470"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126470"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}