{"id":126531,"date":"2023-06-25T08:23:13","date_gmt":"2023-06-25T06:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126531"},"modified":"2023-06-25T18:05:49","modified_gmt":"2023-06-25T16:05:49","slug":"ete-2023-02bis-chez-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02bis-chez-soi\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02bis | Chez soi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle \u00e9crirait sur la notion de chez soi depuis un lieu qu\u2019on lui avait pr\u00eat\u00e9, qu\u2019elle pouvait occuper pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e sans bail ou autre accord sign\u00e9, depuis lui devant elle claudiquant, c\u2019est ce qu\u2019elle aurait pens\u00e9 en marchant derri\u00e8re lui, qu\u2019il \u00e9tait estropi\u00e9. La fabrication du <em>chez soi<\/em>\u2026 Pour se sentir chez soi, ce qu\u2019il faut, ce qu\u2019il faudrait, installer quelque chose de personnel, disperser et ranger ses objets ou d\u00e9placer les meubles, tirer la table plus pr\u00e8s de la fen\u00eatre\u2026 Mais ici elle n\u2019avait pas pu, la table et les banquettes fix\u00e9es au sol. Et de toute fa\u00e7on pr\u00e8s de la fen\u00eatre, presque coll\u00e9es. Ajouter une lampe, \u00e9tendre un plaid comme imposer une dominante de couleur, faire dispara\u00eetre ce qui heurte le regard, emp\u00eache que s\u2019installe le sentiment d\u2019\u00eatre chez soi, et ici dans cette caravane o\u00f9 rien ne pouvait \u00eatre d\u00e9plac\u00e9, o\u00f9 l\u2019odeur d\u2019humidit\u00e9 avait fait suer le bois de la table et des banquettes depuis le dedans de la fibre couvrant leur surface d\u2019une fine pellicule blanche avec parfois de petits ronds verd\u00e2tres dispos\u00e9s al\u00e9atoirement comme \u00e9closent au soleil les fleurs de vieillesse, elle avait \u0153uvr\u00e9 et ramen\u00e9 propret\u00e9&nbsp; \u00e0 l\u2019habitacle et pour elle ce serait cela constituer son chez soi. Et tandis qu\u2019elle l\u2019avait suivi la premi\u00e8re fois, se demandant s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un accident de p\u00eache et comment il aurait pu \u00eatre embauch\u00e9 avec le handicap sourd-muet, mais peut-\u00eatre seulement pour faire plaisir \u00e0 la Micheline, sa m\u00e8re, qui tenait la petite boutique de journaux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plage et qui connaissait tout le monde, donnait des sourires \u00e0 tous ces&nbsp; clients, aux vacanciers autant qu\u2019aux gens d\u2019ici, avec des Monsieur ou Madame \u00e0 chaque fin de phrase, et m\u00eame du Mademoiselle aux fillettes, \u00e0 tous ceux qui passaient le tourniquet avec les cartes postales pour venir jusqu&rsquo;\u00e0 son comptoir ou alors d\u2019\u00eatre juste la s\u0153ur des quatre fr\u00e8res Morin que tout le monde ici respectait ou alors on en aurait eu piti\u00e9, de la Micheline, qui avait tenu un m\u00e9chant bout de ferme avec trois moutons nouveaux chaque ann\u00e9e \u00e0 qui elle donnait le biberon et qu\u2019on entendrait pleurer tous les soirs vers cinq heures comme des nourrissons r\u00e9clamant, deux chevaux et une vache attach\u00e9e toute une vie par une corde qu\u2019on distinguait \u00e0 peine, s\u2019\u00e9tait mise avec le gar\u00e7on de ferme qui avait repris le bail et qui connaissait un tas de choses \u00e0 ce qu\u2019on disait du Fernand, mais qui \u00e9tait mort, la laissant seule avec le fils sourd-muet qu\u2019elle avait eu tard et on ne sait pas de qui, la pauvre vie qu\u2019elle avait eue, de chatelaine qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9e et jamais all\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 la place oblig\u00e9e de servir, elle et son fr\u00e8re, d\u2019\u00e9pouvantails dans les champs du p\u00e8re, les horreurs qu\u2019on peut raconter par ici, \u00e0 moins que ce ne soit la vie qu\u2019elle avait v\u00e9cue, la Micheline, la v\u00e9ritable horreur, vivant jusqu\u2019au bout dans le baraquement nomm\u00e9 l\u2019Abri c\u00f4tier avec son fils sourd-muet qui gesticulait, mais ne bo\u00eetait pas, elle s&rsquo;en rendait compte \u00e0 pr\u00e9sent, elle avait \u00e9t\u00e9 induite en erreur, qui gesticulait au devant d\u2019elle pour lui faire signe tordant tout son corps tout en avan\u00e7ant dans le mou du sable s\u2019assurant par de grands mouvements des bras qu\u2019elle le suivait, v\u00e9rifier qu\u2019elle ne rebroussait pas chemin, malgr\u00e9 ne pas savoir o\u00f9 il l\u2019emmenait, ce qu\u2019il lui voulait, poussant des cris d\u2019excitation d\u2019une voix caverneuse qui mouillait au passage les l\u00e8vres violac\u00e9es et \u00e9paisses, qu\u2019elle ne se m\u00e9prenne pas, parce qu\u2019il voulait lui offrir un chez soi. Il fouillait \u00e0 pr\u00e9sent dans les poches de son pantalon informe issu d\u2019un surplus militaire, lui lan\u00e7ant des regards inquiets, doutant qu\u2019elle patiente le temps qu\u2019il trouve dans le trousseau celle qui voudrait bien ouvrir la porte arrondie de la caravane qui rouillait sur ses deux roues. Et elle n\u2019aurait pas eu peur de lui, elle l\u2019aurait suivi, longeant le c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Abri c\u00f4tier qui semblait pos\u00e9 sur le sable sur le haut de la dune jusqu\u2019\u00e0 la caravane dissimul\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019un pin noir tourment\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi qu\u2019il lui construisait existence \u00e0 d\u00e9faut de la retrouver, depuis les r\u00e9cits qu\u2019il allait r\u00e9colter, ce qu\u2019on lui raconterait, qu\u2019on accepterait de lui d\u00e9voiler, des bribes invent\u00e9es ou entendues qui se m\u00ealeraient dans sa t\u00eate et au final ce qu\u2019il reconstituerait prendrait existence et lui tiendrait lieu de r\u00e9el. \u00c0 moins qu\u2019il ne la retrouve.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle \u00e9crirait sur la notion de chez soi depuis un lieu qu\u2019on lui avait pr\u00eat\u00e9, qu\u2019elle pouvait occuper pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e sans bail ou autre accord sign\u00e9, depuis lui devant elle claudiquant, c\u2019est ce qu\u2019elle aurait pens\u00e9 en marchant derri\u00e8re lui, qu\u2019il \u00e9tait estropi\u00e9. 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