{"id":126667,"date":"2023-10-20T13:55:00","date_gmt":"2023-10-20T11:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126667"},"modified":"2023-10-20T13:49:42","modified_gmt":"2023-10-20T11:49:42","slug":"126667-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/126667-2\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #lire&amp;dire | L\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 la marge &#8211; ##"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background wp-block-paragraph\"><em>En marge de chaque texte, comme \u00e0 mon habitude, des notes, relatives ou pas (\u00e7a arrive) \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9crit. Et \u00e7a participe d&rsquo;une d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9criture ? Je ne le sais toujours pas. En tout cas, \u00e7a en constitue d&rsquo;une certaine mani\u00e8re une marche, \u00e7a donne un rythme, une mesure, peut-\u00eatre une cadence, tant\u00f4t au ralenti, tant\u00f4t en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, et s\u00fbrement quelques points morts, mais \u00e7a redonne de l&rsquo;\u00e9lan, et il en faut, de l&rsquo;\u00e9lan, des sauts, des rebonds. Des fois qu&rsquo;on s&rsquo;envole et que \u00e7a produise un texte comme \u00ab\u00a0\u00e0 part soi\u00a0\u00bb. (Plus dure sera la chute.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en ###<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"346\">\n<li>Voil\u00e0, le cycle d\u2019atelier d\u2019\u00e9criture avec <em>f<\/em>, sur le Roman, est termin\u00e9. Mais le roman, lui, est loin de l\u2019\u00eatre. Peut-\u00eatre m\u00eame ne fait-il que commencer&nbsp;? La mati\u00e8re est l\u00e0, le myst\u00e8re aussi&nbsp;: le travail \u2014 la romance&nbsp;? \u2014 peut commencer.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Pas de r\u00e8gles, semble-t-il, la richesse et la puret\u00e9 de la langue appartiennent aussi bien aux monolingues qu\u2019aux polyglottes, ou, plut\u00f4t, ne d\u00e9pendent pas du mono ou polylinguisme. Et il y a encore tous ceux qui ont oubli\u00e9 leur langue maternelle sans en avoir appris une autre \u2014 c\u2019est le cas des \u00e9migr\u00e9s \u2014 et qui dans une confusion compl\u00e8te parlent un jargon \u00e9trange. J\u2019en viens \u00e0 imaginer que nous portons en nous un r\u00e9servoir \u00e0 verbe, qui est chez les uns \u00e9lastique et extensible, chez d\u2019autres rigides, et chez d\u2019autres encore, trou\u00e9.&nbsp;\u00bb (Elsa Triolet, <em>La Mise en mots<\/em>) \u2014 Et voil\u00e0 donc une piste pouvant cautionner des essais, des simulations d\u2019\u00e9tranges textes \u00e0 trous \u2014 les trous pouvant consister en mots insignifiants, en mots biff\u00e9s, en mots oubli\u00e9s, ou en mots transparents formant de v\u00e9ritables blancs&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>R\u00eave de l\u2019autre jour \u2014 le couloir de la chambre transform\u00e9 en entr\u00e9e de grotte aux parois humides, luisantes, peut-\u00eatre de chair \u2014 on entre \u2014 assis dans un fauteuil, dans une esp\u00e8ce de bar, le comptoir au centre \u2014 je tourne autour en flottant \u2014 des parois m\u00e9talliques, une petite \u00e9chelle vers une plate-forme, une porte, de gros clous tout autour \u2014 un peu de monde, inconnu, sauf Claudine la secr\u00e9taire \u2014 je flotte \u2014 chacun un petit verre, un shot de boisson noire \u2014 Claudine m\u2019en sert une pinte, \u00e0 ras bord \u2014 je flotte avec ce grand verre sans renverser cette esp\u00e8ce d\u2019huile noire \u2014 de la bile&nbsp;? de l\u2019encre&nbsp;? \u2014 le r\u00eave se termine l\u00e0, en la buvant ou en plongeant la t\u00eate dedans&nbsp;? \u2014 le r\u00eave englouti dans son trou.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Murs antiques et m\u00e9di\u00e9vaux | Depuis mon petit essai du <em>Domaine des fosses<\/em>, qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 regarder d\u2019un autre \u0153il (photographique en particulier) les toilettes, et notamment d\u2019un mur \u00e0 l\u2019autre sur Facebook (fait initial du hasard), je re\u00e7ois parfois des liens sur le m\u00eame th\u00e8me. Nouveau fait du hasard, les variations prennent une tournure historique&nbsp;: les latrines publiques dans l\u2019antiquit\u00e9 romaine (provenant du compte d\u2019un historien de\u2026 Bangui en Centrafrique)&nbsp;; les latrines dans un ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val (issues d\u2019un compte d\u2019une agence immobili\u00e8re\u2026 Harmonies). \u00c9trangement, le dispositif des images est le m\u00eame&nbsp;: une photo des lieux d\u2019aisance d\u2019un c\u00f4t\u00e9&nbsp;; de l\u2019autre un sch\u00e9ma (fa\u00e7on coupe transversale) d\u00e9taillant le g\u00e9nie hygi\u00e9nique. De l\u00e0, on pourrait d\u00e9duire que le lien entre les images (de m\u00eame nature) et les comptes (de types et de lieux diff\u00e9rents) est totalement al\u00e9atoire, incoh\u00e9rent. Mais ce que je remarque surtout, sur les photos, ce sont les murs ou ce qu\u2019il en reste&nbsp;: la grande fa\u00e7ade, c\u00f4t\u00e9 montagne, du ch\u00e2teau de Menthon Saint-Bernard en Haute-Savoie, pr\u00e8s du lac d\u2019Annecy, et sur le Net la mod\u00e9lisation du site en 3D permettant de le visiter en long, en large, en d\u00e9tail, et m\u00eame par-dessous, entre les quatre murs de la cour int\u00e9rieure fa\u00e7on gant retourn\u00e9&nbsp;; et les ruines des latrines \u00e0 ciel ouvert, la vue sur le site d\u2019\u00c9ph\u00e8se en Turquie, non loin de Sel\u00e7uk, une recherche sur carte en ligne menant vers ce mur de v\u0153ux pr\u00e8s de la Maison de la Vierge Marie, rempli de petits papiers blancs, quelques-uns color\u00e9s, des petits mots attach\u00e9s, nou\u00e9s, ficel\u00e9s, chiffonn\u00e9s, pli\u00e9s, enroul\u00e9s. ||<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Il y a de plus en plus \u00e0 dire et c\u2019est en soi-m\u00eame qu\u2019il faut chercher la richesse du dire.&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;Les mots sont ces quelques feuilles qui cr\u00e9ent l\u2019illusion d\u2019un arbre avec <em>toutes<\/em> ces feuilles, de tout dire, non seulement l\u2019arbre, mais encore sa fra\u00eecheur, l\u2019ombre, l\u2019abri, l\u2019\u00e2me.&nbsp;\u00bb \u2014 (Elsa Triolet, <em>La Mise en mots<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>(Comme c\u2019est dr\u00f4le&nbsp;: Elsa, au zoo, a eu la m\u00eame id\u00e9e que moi, mais en image invers\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Anneaux de serpents, gros pneus pour camions.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019\u00e9t\u00e9 s\u2019en est all\u00e9, le cycle Roman (les \u00e9tudes, des Sciences aux Lettres) se referme, un nouveau s\u2019ouvre, sur les Enfances \u2014 un beau sujet de Roman, tiens (quand on apprend \u00e0 lire, \u00e9crire, compter, dessiner aussi et colorier, peindre, souvent un endroit du ParK fa\u00e7on <em>squiggle<\/em> \u2014 \u00e7a semble m\u00e9chant, mais laissons faire l\u2019intuition \u2014, et plein les mains jusque sur le visage, avec de l\u2019encre sur la langue). Je n\u2019ai m\u00eame pas eu le temps de remercier <em>f<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>M\u00eame pas eu le temps de lire l\u2019extrait du Grand Meaulnes, je vois d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien le moment <em>o\u00f9 a surgi et domin\u00e9 la sensation d\u2019\u00eatre perdu<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>(Je dois dire que l\u2019\u00e9lectro jungle speed\u00e9e des <em>Drukqs<\/em> d\u2019Aphex Twin, et quelques plages bien trop calmes, co\u00efncide assez bien avec ce qui fourmille, gr\u00e9sille, picote dans ma poitrine et puis plus rien ou presque, en surface, une tension latente.)<\/li>\n\n\n\n<li>Emma \u2014 il y a une bonne dizaine de jours d\u00e9j\u00e0 \u2014 aime bien, au sujet des cycles d\u2019atelier, \u00ab&nbsp;l\u2019id\u00e9e de r\u00e9sister \u00e0 faire le suivant pour pouvoir, comme toi ? \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi ? avec toi ? relire et ordonner&nbsp;\u00bb. C\u2019est vrai, j\u2019ai laiss\u00e9 entendre cette id\u00e9e. Mais ce n\u2019est qu\u2019une id\u00e9e. Emma a oubli\u00e9 combien je peux \u00eatre contradictoire. Et moi combien je peux m\u2019oublier dans ce que j\u2019avance. C\u2019\u00e9tait moins une id\u00e9e qu\u2019un moyen de projeter, de partager, le d\u00e9sir de reprendre le travail sur Sauveterre, l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier en 40 jours et mille et une nuits. Oui, pour \u00ab&nbsp;relire et ordonner&nbsp;\u00bb. \u00c0 part soi tr\u00e8s certainement, d\u2019abord. Mais pourquoi pas ensemble. Reste \u00e0 savoir s\u2019il faut vraiment r\u00e9sister, ou s\u2019il ne vaut pas mieux laisser le charme agir \u2014 d\u2019autant que <em>Enfance<\/em>, de Nathalie Sarraute, fit partie du corpus d\u2019\u0153uvres de mon premier m\u00e9moire (de ma\u00eetrise, si mal nomm\u00e9e) \u2014, griffonner dans son coin deux ou trois petites choses qu\u2019on ne sait pas d\u2019elles \u2014 fa\u00e7on Carnet, en textes courts, en microfictions, \u00ab&nbsp;pour d\u00e9cliner et explorer le maximum des strates, registres, param\u00e8tres que suppose un carnet d\u2019\u00e9crivain, la mise \u00e0 plat d\u2019un&nbsp;<em>amont<\/em>&nbsp;de l\u2019\u00e9criture&nbsp;\u00bb, dit <em>f&nbsp;<\/em>? \u2014, afin de mieux, <em>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em> de ce qui se trame dans le fil de nouveaut\u00e9 du cycle, <em>avec<\/em> ce qui irradie dans l\u2019\u00e9criture des Enfances (\u00ab&nbsp;sa fra\u00eecheur, l\u2019ombre, l\u2019abri, l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb&nbsp;?), <em>faire<\/em> ce qu\u2019il y a encore \u00e0 <em>dire<\/em> pour Sauveterre (et le S\u00e9rail).<\/li>\n\n\n\n<li>(Avant de faire quoi que ce soit&nbsp;: ranger le bureau, devenu en trois mois d\u2019\u00e9t\u00e9, trente textes d\u2019atelier, un repaire de livres, de revues, de journaux, de blocs-notes, de lettres, de feuilles volantes, de languettes coll\u00e9es et de poussi\u00e8re.)<\/li>\n\n\n\n<li>La premi\u00e8re question serait de savoir par o\u00f9, comment, d\u2019abord, on arrive \u00e0 Sauveterre. En train pour Emma, <em>a priori<\/em>. Mais pour moi, qui y suis d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Trois voies se d\u00e9gagent&nbsp;: les souterrains et les carri\u00e8res, le r\u00e9seau de galeries&nbsp;; le portail dans une impasse, \u00e9lev\u00e9 au rang de porte de ville ou fronti\u00e8re&nbsp;; mais surtout, en chemin, \u00e0 coups de sangliers\u2026 pour un texte qui n\u2019appartient pas (pas encore&nbsp;?) au corpus. Et apr\u00e8s, on se retrouve o\u00f9&nbsp;? La gare&nbsp;? Un bar&nbsp;? \u2014 Demande \u00e0 Emma. O\u00f9 a-t-elle envie de se retrouver en premier lieu&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et pour un coup d\u2019essai sur le cycle des Enfances \u2014 pour en finir avec le cycle Roman, mais ouvrir en grand la romance (ou le <em>romanesque<\/em> pour les structuralistes) \u2014, je pourrais reprendre la sc\u00e8ne de l\u2019enfant qui se r\u00e9veille et ses parents ne sont pas l\u00e0, alors que la chambre est allum\u00e9e, la maison, et l\u2019escalier dehors&nbsp;: une sc\u00e8ne dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans un texte que je ne retrouve pas, et c\u2019est cette perte initiale, qui ouvrira le nouveau texte, \u00e0 double perte donc&nbsp;: une actuelle, l\u2019autre ancienne&nbsp;; ici un texte, l\u00e0 les parents&nbsp;; l\u2019\u00e9criture, les \u00eatres aim\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>((Stop&nbsp;! la poussi\u00e8re&nbsp;!))<\/li>\n\n\n\n<li><em>Deep Me<\/em>, <em>Aveugles<\/em>, <em>Une minute pour une image<\/em> \u2014 On part de rien, du noir. Mais du noir en bandes organis\u00e9es. Du noir dessin\u00e9. Du noir en t\u00eate, du noir anim\u00e9 comme une b\u00eate imaginaire. Du noir reproduit, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la main, l\u2019\u0153il pour guide. Voil\u00e0 en somme, on part de \u00e7a&nbsp;: du noir au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il. \u2014 Ensuite, les images d\u2019aveugles. Les photos de leurs visages, les images de leurs paroles. Entre les deux ces paroles, des r\u00e9cits, des descriptions. En double&nbsp;: en langage visible, courant, en lignes&nbsp;; et en langage tactile, par points invisibles. Des visages, des images, pour des images en mots, perdues ou absentes. \u2014 De l\u00e0, j\u2019entrevois Varda et ses pi\u00e8ces d\u2019<em>Une minute pour une image<\/em>. On choisit une image, on en parle une minute. On dit ce qu\u2019on en pense, ce qu\u2019on sait, ce qu\u2019on ressent, ce qu\u2019elle rappelle, ce qu\u2019elle \u00e9voque, etc. Une image fig\u00e9e pour une minute bavarde. Un mini r\u00e9cit. Mais pourquoi pas une phrase, ou un mot&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| \u00ab&nbsp;Peu \u00e0 peu,&nbsp;je me suis mis \u00e0 me persuader que l\u2019\u00e9criture n\u2019avait pas du tout \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e pour ce que les grandes personnes pr\u00e9tendaient, \u00e0 quoi parler suffit, mais pour fixer, bien plut\u00f4t que des id\u00e9es pour les autres, des choses pour soi. Des secrets. Le jour o\u00f9 cela me vint \u00e0 l\u2019esprit, j\u2019en fus si frapp\u00e9 que je me mis \u00e0 tenter d\u2019\u00e9crire, en cachette, sur n\u2019importe quoi, le papier, les murs, avec une passion violente. On m\u2019en tira les oreilles, on m\u2019en flanqua des gifles, rien n\u2019y fit.&nbsp;\u00bb (Louis Aragon, <em>Je n\u2019ai jamais appris \u00e0 \u00e9crire ou les incipit<\/em>) ||<\/li>\n\n\n\n<li>Et si ce premier texte, pr\u00e9liminaire aux Enfances, je ne l\u2019\u00e9crivais pas&nbsp;? S\u2019il restait vide&nbsp;? S\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame perdu&nbsp;? Il m\u2019a travers\u00e9 l\u2019esprit, et je l\u2019ai laiss\u00e9 passer, partir. Juste le temps de le laisser faire ce qu\u2019il y avait \u00e0 imaginer. Juste le temps du passage. Le temps de quelques aller-retour. Le temps d\u2019entrevoir quoi, de voir passer quoi. Quelque chose comme \u00e7a&nbsp;:<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138178\">Texte ##<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"363\">\n<li>Et alors&nbsp;: tout le reste, tous les autres textes \u00e0 venir, tout le cycle Enfances, \u00e7a tournerait autour de \u00e7a, \u00e7a viserait ce texte fant\u00f4me, \u00e7a en serait hant\u00e9, travers\u00e9, il appara\u00eetrait ici, reviendrait l\u00e0, fugitif, quelques \u00e9l\u00e9ments, des fragments, et tout serait l\u00e0, en n\u00e9gatif, dispers\u00e9, d\u00e9sordonn\u00e9, dans le filigrane de chaque texte, en fil rouge de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, un motif pris les pieds dans le tapis retourn\u00e9 du r\u00e9cit, un patchwork de vieux tissus us\u00e9s, trou\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s, et toutes ces coutures grossi\u00e8res, et tous ces fils qui d\u00e9passent, \u00e0 couper, toute cette poussi\u00e8re.<\/li>\n\n\n\n<li>Un texte perdu dans la machine, mais qui pourrait simplement ne pas s\u2019y trouver. Et il figurerait dans un des blocs-journaux tenus, jadis, durant les ann\u00e9es d\u2019\u00e9tude en Lettres. \u2014 Ou sur la feuille volatilis\u00e9e d\u2019un exercice d\u2019atelier d\u2019\u00e9criture en Sciences&nbsp;? \u2014 \u00c0 moins qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 r\u00eav\u00e9, ce texte&nbsp;? Comme si, \u00e0 force d\u2019avoir travers\u00e9 l\u2019esprit de nombreuses fois, en tous sens, cette sc\u00e8ne de l\u2019enfance, le souvenir avait d\u00e9construit et reconstruit, formul\u00e9 et reformul\u00e9 de telle sorte qu\u2019il ne puisse plus avoir d\u2019existence sans une certaine m\u00e9diation de l\u2019imagination, sans une grammaire graduelle de l\u2019invention pour un fantasme textuel. \u2014 Soit. On peut toujours r\u00eaver.<\/li>\n\n\n\n<li>(Rien \u00e0 voir. Un message de l\u2019\u00e9quipe Plurielles, r\u00e9cemment, en vue de la conf\u00e9rence de cl\u00f4ture (de quoi, je ne sais pas) avec Katalin Kovacs (ma\u00eetresse de conf\u00e9rences HdR au D\u00e9partement d\u2019\u00c9tudes Fran\u00e7aises de l\u2019Universit\u00e9 de Szeged, Hongrie), prochainement (vendredi 20 octobre | 10h-12h | Maison de la Recherche | Salle des Th\u00e8ses | Entr\u00e9e libre), sur le th\u00e8me \u00ab&nbsp;Pratique artistique et th\u00e9orie picturale, \u00e0 l\u2019exemple des animaux imitateurs&nbsp;\u00bb. C\u2019est si intrigant que je ne doute pas de la qualit\u00e9 du grain moulu \u00e0 picorer pour apprendre deux ou trois choses sur l\u2019Animalangue. Pour une fois que \u00e7a ne tombe pas un jour de structure (encore que), j\u2019ai un rendez-vous psy.)<\/li>\n\n\n\n<li>(Et quand, lisant les <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-le-bruit\/\">Carnets<\/a> de Piero, je tombe, au \u00ab&nbsp;40 (cinq z\u00e9ro 2)&nbsp;\u00bb, sur le nom <em>obituaire<\/em>, entr\u00e9e d\u2019un bloc-paragraphe o\u00f9 il est question d\u2019un mur couvert de toile blanche (entre autres caissier\u00b7\u00e8res, magasins aveugles, rang\u00e9e de rouge, morts en s\u00e9rie, cin\u00e9ma de quartier, fils prodigues et amie prodigieuse), et \u00e0 la fin je me retrouve avec \u00e7a en t\u00eate, d\u00e9nu\u00e9&nbsp;: <em>Will le obit\u2026<\/em> Non, rien \u00e0 voir. \u00c7a sent vraiment la fin de s\u00e9ance.)<\/li>\n\n\n\n<li>Et ce texte retrouv\u00e9, \u00e0 la place, relu et corrig\u00e9, gliss\u00e9 dans les hachures du souvenir r\u00e9invent\u00e9 comme s\u2019il en faisait partie. \u00c7a fonctionne du point de vue de la perte&nbsp;? du sens de la perte (non de la perte de sens)&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(((Voil\u00e0. Faire la poussi\u00e8re, ranger les livres&nbsp;: c\u2019est fait. Et dans <em>En vivant en \u00e9crivant<\/em> d\u2019Annie Dillard, je retrouve le marque-page de la D\u00e9ferlante (la revue des r\u00e9volutions f\u00e9ministes) pour ce passage signal\u00e9 d\u2019un crochet\u00e9 dans la marge qui n\u2019attendait que d\u2019\u00eatre cit\u00e9 \u2014 et une languette \u00e0 coller (<em>\u00c9cris&nbsp;!<\/em> pour mot-clef)&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019une des petites choses que je sais sur l\u2019\u00e9criture est la suivante&nbsp;: d\u00e9pense-la tout enti\u00e8re, lance-la, mise-la, perds-la, tout enti\u00e8re, tout de suite, \u00e0 chaque fois. Ne regarde pas par-devers toi ce qui te semble bon, pour un autre endroit du livre, ou pour un autre livre&nbsp;; donne-le, donne-le tout entier, donne-le maintenant. La tentation de mettre de c\u00f4t\u00e9 quelque chose de bon pour un endroit meilleur, pour plus tard, est le signal de le d\u00e9penser maintenant. Autre chose \u00e9mergera plus tard, quelque chose de mieux. Toutes ces choses viennent par-derri\u00e8re, par en dessous, comme l\u2019eau d\u2019un puits. De m\u00eame la tentation de garder pour toi seul ce que tu as appris est non seulement honteuse, elle est destructrice. Tout ce que tu ne donnes pas librement et en abondance devient perdu pour toi. Tu ouvres ton coffre-fort et d\u00e9couvres des cendres.&nbsp;\u00bb)))<\/li>\n\n\n\n<li>|| Essai Mural, en forme de pirouette | Un c\u00e9l\u00e8bre club de foot, comptant plus de supporters mordus que d\u2019habitants de la ville, a pris pour devise <em>Droit au but&nbsp;<\/em>; alors, pour tous ceux qui se projettent (\u00e0 mort&nbsp;?) dans leur Mur, s\u2019y affichent pleinement, s\u2019y incrustent totalement, s\u2019y identifient, donc, pourquoi pas&nbsp;: <em>Droit dans le mur<\/em>&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li>Comme l\u2019\u00e9crit Laurent (sur son <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/571548759701452\/user\/100068908536384\">Mur<\/a>, le 17 octobre \u00e0 12:27) il y a peut-\u00eatre, en effet, chez ce personnage qui cherche \u00e0 r\u00e9\u00e9crire un texte introuvable qui disait la perte de l\u2019enfant, un \u00ab&nbsp;habitant du trou de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>Je ne sais pourquoi je recherchais ce mot de Bachelard dans <em>La Po\u00e9tique de l\u2019espace<\/em> (pour qui, oui, je sais, mais pourquoi lui adresser, \u00e7a, je me le demande encore) disant qu\u2019 \u00ab&nbsp;en r\u00e9solvant les petits probl\u00e8mes, on s\u2019apprend \u00e0 en r\u00e9soudre de grands&nbsp;\u00bb \u2014 et ce qui pr\u00e9c\u00e8de et soutient ce mot ne semble pas moins important&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une simple image, si elle est nouvelle, ouvre un monde. Vue des mille fen\u00eatres de l\u2019imaginaire, le monde est changeant. Il renouvelle donc le probl\u00e8me de la ph\u00e9nom\u00e9nologie.&nbsp;\u00bb (Vite, une languette, un mot-clef.) Mais, en feuilletant le livre, je suis d\u2019abord tomb\u00e9 sur cet extrait marqu\u00e9 d\u2019une languette vide (et pour qui celui-ci&nbsp;?)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut y r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 deux fois avant de parler, en fran\u00e7ais, de l\u2019<em>\u00eatre-l\u00e0<\/em>. Enferm\u00e9 dans l\u2019\u00eatre, il faudra toujours en sortir. \u00c0 peine sorti de l\u2019\u00eatre il faudra toujours y entrer. Ainsi, dans l\u2019\u00eatre, tout est circuit, tout est d\u00e9tour, retour, discours, tout est chapelet de s\u00e9jours, tout est refrain de couplets sans fin.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Fontaine-et-mur-a-voeux-a-la-Maison-de-la-Vierge-a-Ephese-\u2013-photo-\u00a9-Nathalie-sur-le-blog-Turquie-Vision-le-11112013-\u2013-consulte-le-15102023-.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-138181\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Fontaine-et-mur-a-voeux-a-la-Maison-de-la-Vierge-a-Ephese-\u2013-photo-\u00a9-Nathalie-sur-le-blog-Turquie-Vision-le-11112013-\u2013-consulte-le-15102023-.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Fontaine-et-mur-a-voeux-a-la-Maison-de-la-Vierge-a-Ephese-\u2013-photo-\u00a9-Nathalie-sur-le-blog-Turquie-Vision-le-11112013-\u2013-consulte-le-15102023--420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Fontaine-et-mur-a-voeux-a-la-Maison-de-la-Vierge-a-Ephese-\u2013-photo-\u00a9-Nathalie-sur-le-blog-Turquie-Vision-le-11112013-\u2013-consulte-le-15102023--768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fontaine et mur \u00e0 v\u0153ux \u00e0 la Maison de la Vierge \u00e0 \u00c9ph\u00e8se \u2013 photo \u00a9 Nathalie sur le blog <a href=\"http:\/\/blog.turquievision.com\/2013\/11\/11\/la-maison-de-la-vierge-marie-a-ephese\/fontaine-et-mur-a-voeux-a-la-maison-de-la-vierge-a-ephese\/\">Turquie Vision<\/a> (le 11\/11\/2013) \u2013 consult\u00e9 le 15.10\/2023 <\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #16<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"329\">\n<li>La question du vocabulaire concernant les prostitu\u00e9es m\u2019a rappel\u00e9 cette r\u00e9flexion de Kafka, dans une conversation avec le jeune Gustav Janouch, o\u00f9 il est justement question du mot qui les d\u00e9signe (je ne sais comment la chance m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 retrouver le passage que je n\u2019ai pas r\u00e9pertori\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019une languette et d\u2019un mot-clef sur le livre qui en est coiff\u00e9 de nombreuses)&nbsp;: \u00ab&nbsp;La langue tch\u00e8que est si profonde et si sinc\u00e8re. Le nom <em>blud\u010dika<\/em> (feu follet), pour d\u00e9signer ce genre de femmes, est d\u2019une justesse surprenante. Comme ils doivent \u00eatre pauvres, abandonn\u00e9s et glac\u00e9s, les \u00eatres qui veulent se r\u00e9chauffer aupr\u00e8s des flammes vacillantes des gaz des mar\u00e9cages. Ils doivent \u00eatre si mis\u00e9rables et si perdus que le moindre regard curieux pourrait suffire \u00e0 les blesser. On ne devrait donc pas les regarder. Mais en d\u00e9tournant la t\u00eate, on pourrait avoir l\u2019air de les m\u00e9priser. C\u2019est difficile\u2026 Le chemin de l\u2019amour passe toujours par la salet\u00e9 et la d\u00e9tresse. Cependant, m\u00e9priser le chemin pourrait facilement entra\u00eener \u00e0 perdre le but. Il faut donc accepter humblement tout ce qui se montre le long du chemin. C\u2019est \u00e0 ce prix qu\u2019on approchera du but\u2026 peut-\u00eatre.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Alors&nbsp;? qui a fait le coup&nbsp;? on m\u2019explique&nbsp;? comment \u00e7a s\u2019fait qu\u2019on s\u2019retrouve en t\u00eate de liste&nbsp;?&nbsp; \u2014 J\u2019te jure, c\u2019est pas nous&nbsp;! \u2014 Tu t\u2019fous de moi&nbsp;? tu peux m\u2019dire que c\u2019\u00e9tait une bourde, mais qui veux-tu qu\u2019ce soit&nbsp;? y a qu\u2019vous aux manettes&nbsp;! moi j\u2019me tue \u00e0 prendre des notes tranquillement, patiemment, pour mieux comprendre ce qu\u2019il faut faire et laisser venir le texte sans se presser, m\u00eame si c\u2019est pour m\u2019emmener en sens inverse de ce que j\u2019avais compris\u2026 \u2014 Ah \u00e7a\u2026 c\u2019est toujours comme \u00e7a\u2026 \u2014 Ouais ben la ram\u00e8ne pas trop&nbsp;! Tout ce que j\u2019demande c\u2019est du temps&nbsp;! et l\u00e0, j\u2019ai \u00e0 peine \u00e9crit une note que vous m\u2019avez tout balanc\u00e9 en t\u00eate de liste du texte \u00e0 venir que j\u2019ai m\u00eame pas commenc\u00e9&nbsp;! et quand j\u2019dis tout c\u2019est tout&nbsp;! what\u2019s the <em>f<\/em>&nbsp;?! j\u2019ai l\u2019air de quoi maintenant&nbsp;? \u2014 Mais\u2026 non, justement\u2026 c\u2019est qu\u2019y a pas qu\u2019nous aux manettes\u2026 \u2014 Il a raison, j\u2019te jure&nbsp;! au moment o\u00f9 on y retournait pour ajouter ta note en retard, on a eu un message qui disait&nbsp;: <em>Le patron est d\u00e9j\u00e0 en ligne<\/em>\u2026 \u2014 Le <em>patreon<\/em> tu veux dire. \u2014 Ouais\u2026 et <em>il proc\u00e8de \u00e0 de n\u00e9cessaires r\u00e9parations, veuillez ne pas reprendre la main, sinon<\/em>\u2026 euh\u2026 un truc comme \u00e7a\u2026 \u2014 Ouais, et si on prenait la main, ben\u2026 il allait l\u2019savoir l&rsquo;patreon et\u2026 \u2014 Ouais\u2026 on savait pas trop quoi faire alors\u2026 \u2014 On a rien fait quoi\u2026 \u2014 Voil\u00e0\u2026 rien\u2026 \u2014 What\u2019s the <em>f<\/em>&nbsp;de what\u2019s the <em>f<\/em>&nbsp;! ils s\u2019foutent de moi ma parole&nbsp;! et comment j\u2019rattrape le coup maintenant&nbsp;? hein&nbsp;?! \u2014 Ben\u2026 t\u2019as qu\u2019\u00e0 faire comme s\u2019il s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9\u2026 \u2014 Ben ouais c\u2019est \u00e7a\u2026 comme d\u2019habitude quoi\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>(Avec cette \u00ab&nbsp;\u00e9criture plane, soucieuse du d\u00e9tail n\u00e9glig\u00e9 (parce que n\u00e9gligeable ou per\u00e7u tel)&nbsp;\u00bb que cherche Nathalie Quintane&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Avant de fermer les volets, tard le soir, avant d\u2019aller me coucher, je reste un instant sur la terrasse et j\u2019observe, j\u2019\u00e9coute. Souvent la nuit est claire, plus fra\u00eeche d\u00e9sormais, et calme. Et c\u2019est fou comme elle sait \u00eatre silencieuse. Mais ce soir, c\u2019est tout l\u2019inverse. Et ce que j\u2019entends est d\u00e9chirant. Des vaches, tout un cheptel \u00e0 meugler, \u00e0 <em>braumer<\/em>. Une en particulier, plus fort que les autres, qu\u2019elle entra\u00eene peut-\u00eatre, ou qui la soutiennent. Et ce sont moins des meuglements que barrissements et rugissements, la rage au ventre. Pourquoi&nbsp;? Je ne pense pas qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une attaque du genre loup dans la bergerie. Mais plut\u00f4t qu\u2019en passant avec sa b\u00e9taill\u00e8re, il a emport\u00e9 le petit.<\/li>\n\n\n\n<li>Sur les traces de Perec (dans <em>Je suis n\u00e9<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce que j\u2019ai voulu interroger, mettre en question, mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, c\u2019est mon propre enracinement dans ce non-lieu, cette absence, cette brisure sur laquelle se fonde toute qu\u00eate de la trace, de la parole, de l\u2019Autre&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;des textes, stricts et troubles, \u00e0 jamais \u00e9nigmatiques, m\u00eame pour moi qui ne sais plus toujours tr\u00e8s bien quel visage rattacher \u00e0 telles initiales, ni quel souvenir diurne inspira seulement telle image \u00e9vanouie dont les mots imprim\u00e9s, fig\u00e9s une fois pour toutes, ne donneront plus d\u00e9sormais qu\u2019une trace \u00e0 la fois opaque et limpide&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;le travail d\u2019\u00e9criture se fait toujours par rapport \u00e0 une chose qui n\u2019est plus, qui peut se figer un instant dans l\u2019\u00e9criture, comme une trace, mais qui a disparu&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>Quand je rentre tard de la structure, je me sens tout chose assis au bureau, devant les livres accumul\u00e9s que je n\u2019ai pas rang\u00e9s, et le texte que je reprends l\u00e0 o\u00f9 j\u2019en \u00e9tais \u2014 les phrases de la veille arrach\u00e9es au vide r\u00e9actualis\u00e9 \u2014, assez d\u00e9muni, un peu vain.<\/li>\n\n\n\n<li>Difficile, <s>le nouveau fil de l\u2019actualit\u00e9, le nouveau feu , le nouveau front, les nouveaux Murs fissur\u00e9s, fragment\u00e9s, encore, encore, encore des images fortes de guerre, encore les mots alertes des sp\u00e9cialistes, encore \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, \u00e0 la radio, encore les gros titres en vrac des journaux, toujours le flot engorg\u00e9 des annonces sur le Net, les notifications en mode <em>punchline<\/em> sur le mobile, \u00ab&nbsp;Le jour o\u00f9 le Hamas a fait vaciller Isra\u00ebl,<\/s> r\u00e9cit d\u2019une attaque in\u00e9dite&nbsp;\u00bb | <s>\u00ab&nbsp;Bombardements \u00e0 Gaza, roquettes sur Isra\u00ebl&nbsp;: les<\/s> images de la guerre&nbsp;\u00bb <s>(Le Monde), et tout ce qu\u2019on ne veut pas voir, et tout ce qu\u2019on ne veut pas entendre, et tout ce qui se dit et tout ce qu\u2019on tait et tout ce qui fait qu\u2019on n\u2019en pense pas moins, et pas plus non plus,<\/s> et Coco&nbsp;:<em> Oh mais t\u2019as vu \u00e7a dis&nbsp;? o\u00f9 qu\u2019c\u2019est qu\u2019on est partis encore&nbsp;?!<\/em> <s>et tout ce qu\u2019on peut \u00e9crire dans l\u2019instant, et tout \u00e7a, tout \u00e7a, ces phrases qu\u2019on \u00e9carte, qu\u2019on balaye du revers de la main, et tout ce qu\u2019on doit lire entre les lignes, tout ce qu\u2019on a lu ici et l\u00e0 et maintenant, et nagu\u00e8re et jadis, \u00e0 l\u2019endroit comme \u00e0 l\u2019envers, \u00ab&nbsp;Je voudrais<\/s> l\u2019ennemi total, qui me ha\u00efrait sans mesure et dans toute sa spontan\u00e9it\u00e9, mais l\u2019ennemi soumis, vaincu par moi avant de me conna\u00eetre&nbsp;\u00bb <s>lan\u00e7ait Genet dans <em>L\u2019Ennemi d\u00e9clar\u00e9<\/em>, et tout ce dont on se souvient, tout ce qu\u2019on a oubli\u00e9, et tout ce qu\u2019on refoule, et tout ce qui revient, et tout ce qui remonte va savoir d\u2019o\u00f9, et tout ce qu\u2019on fait qui ne change rien, tout ce qu\u2019on ne fait pas, et tout ce qu\u2019on fait<\/s> comme si de rien n\u2019\u00e9tait, <s>l\u2019application de Lib\u00e9ration&nbsp;: \u00ab&nbsp;Guerre Hamas-Isra\u00ebl&nbsp;:<\/s> la spirale infernale&nbsp;\u00bb, <s>et out ce qu\u2019on ne sait pas, tout ce qu\u2019on ne peut pas faire, tout ce qu\u2019on ne veut pas faire, tout ce dont on ne veut rien savoir, toutes ces images et on n\u2019y voit rien, tous ces mots qu\u2019on n\u2019entend plus, alors, alors, Genet&nbsp;? quand&nbsp;:<\/s> \u00ab&nbsp;Je suis oblig\u00e9 de me soumettre \u00e0 un monde r\u00e9el. Mais toujours avec des mots anciens.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(( #||M8[\u00b1]\u2265<strong>\u2020<\/strong>@\u2211$7\u20ac\u2030<strong>\u221e<\/strong>&nbsp;! )) \u2014 Un message insultant fa\u00e7on bulle BD et tweet X, avec les moyens du bord de Word.<\/li>\n\n\n\n<li>(Et Elsa Triolet qui se dresse l\u00e0, comme \u00e7a en 69, sur Les Sentiers de la Cr\u00e9ation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh, cette surdit\u00e9 tout autour&nbsp;! \u00c7a gueule et \u00e7a n\u2019entend rien. J\u2019ai la bouche pleine de sable, il m\u2019\u00e9touffe, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance, le monde est une \u00e9norme radio sourde, inutile de crier. Je re\u00e7ois et je n\u2019\u00e9mets pas. Si tout se tait, c\u2019est ma faute.&nbsp;\u00bb) (Et l\u2019on ne me fera pas croire que les Murs de nos r\u00e9seaux ont beaucoup chang\u00e9 la donne.)<\/li>\n\n\n\n<li>Hier soir, dehors, \u00e7a sentait la fum\u00e9e, un peu comme lors des grands incendies de for\u00eat l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Et je ne sais pas pourquoi, en me couchant, l\u2019id\u00e9e me vient que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre \u00e0 cause de \u00e7a, les cris des vaches, l\u2019\u00e9table en train de br\u00fbler, les b\u00eates prisonni\u00e8res. Je suis all\u00e9 voir la ferme ce matin, \u00e0 deux pas chez Bill\u00e9. Rien. Les vaches \u00e9taient l\u00e0, sous la taule ondul\u00e9e et caboss\u00e9e d\u2019une esp\u00e8ce de grand hangar sans parois. Et c\u2019est la seule chose vraiment remarquable, que la ferme n\u2019existe pas, ou plus, le corps principal ressemblant \u00e0 un pavillon moderne d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 par le temps (les tra\u00een\u00e9es rouges et noires sur le cr\u00e9pi), le reste tout autour (\u00e9table, grange, hangar, garage, atelier, fosses) relevant de la structure de b\u00e9ton et de m\u00e9tal. Et \u00e7a sentait aussi le purin dehors, l\u2019amendement des terres.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137655\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137655\">Texte 16.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"339\">\n<li>Pour les questions narratives, on attendra d\u2019ici une dizaine d\u2019ann\u00e9es le <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-16-un-recit-ocean-dans-le-temps-des-etales\/\">livre d\u2019entretiens<\/a> de Ugo, en particulier le chapitre relatif au probl\u00e8me des \u00ab&nbsp;marnages quand le d\u00e9doublement de la structure narrative introduit une interruption, un changement temporaire et\/ou une mise en ab\u00eeme&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 il participe d\u2019une g\u00e9opo\u00e9tique ou d\u2019une \u00e9cocritique rare et trop souvent oubli\u00e9e depuis les travaux de Nathalie Quintane (dans sa recherche obstin\u00e9e de la confrontation des \u00ab&nbsp;termes devenus textes \u00e0 leur modes d\u2019apparition dans le lieu m\u00eame&nbsp;\u00bb).<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;La vie pour le romancier, c\u2019est sa vie plus celle des autres, plus les r\u00eaves, plus tout ce qui, au bout du compte, devient roman. Le monde entier dans ses limites et au-del\u00e0.&nbsp;\u00bb (Elsa Triolet, <em>La Mise en mots<\/em>) \u2014 Je comprends mieux pourquoi Aragon s\u2019est voulu fou.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai retrouv\u00e9, dans la Wayback Machine&nbsp;: \u00ab&nbsp;1996 &#8211; 1998 &#8211; deux ans de suite, \u00e9crivain en r\u00e9sidence \u00e0 l&rsquo;<strong>Universit\u00e9 Bordeaux 1 (fac de sciences)<\/strong>, quatre heures hebdomadaires avec des \u00e9tudiants de premi\u00e8re et deuxi\u00e8me ann\u00e9e &#8211; organisation de lectures \u00e0 haute voix dans le hall de la fac de sciences, en particulier avec Florence Delay, Jacques Roubaud, Jacques S\u00e9r\u00e9na.&nbsp;\u00bb Aucune trace des textes. Aucun souvenir des voix. Tout juste le hall des Sciences.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 16.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"342\">\n<li>Solastalgie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u00e9ologisme se compose du terme anglais \u201csolace\u201d qui signifie \u201cr\u00e9confort\u201d. Le mot \u201calgie\u201d se traduit par \u201cdouleur\u201d&nbsp;en fran\u00e7ais. La&nbsp;solastalgie&nbsp;renvoie donc \u00e0 la&nbsp;douleur&nbsp;de perdre son habitat, son&nbsp;refuge, son lieu de r\u00e9confort&nbsp;\u00bb, lit-on sur le site Solastalgie.<\/li>\n\n\n\n<li>Le Bon Roi Ren\u00e9, n\u00e9 le 16\/01\/1409 \u00e0 Angers, mort le 10\/07\/1480 \u00e0 Aix-en-Provence, fut enterr\u00e9 \u00e0 Angers apr\u00e8s la fuite du d\u00e9funt sur le Rh\u00f4ne, la nuit, dissimul\u00e9 dans un tonneau&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li>|| Nouvelle exploration du lit de la Seugne \u00e0 sec, en amont cette fois. Quelques plumes, la d\u00e9pouille d\u2019une palombe, des carapaces d\u2019\u00e9crevisses. Une grosse bouteille d\u00e9capit\u00e9e, des morceaux de plastique d\u00e9chiquet\u00e9s, un bout de pneu de v\u00e9lo annel\u00e9 comme une peau de serpent. Des barres m\u00e9talliques tordues, restes d\u2019une barri\u00e8re qui aura \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e un jour de crue par la masse de branches et de d\u00e9bris v\u00e9g\u00e9taux accumul\u00e9s. Un large couloir comportant de nombreux terriers, des trous dans la rive, sous les racines, des feuilles et des restes d\u2019\u00e9pi de ma\u00efs. Un ragondin traverse et file se cacher tant bien que mal, son arri\u00e8re-train et sa queue d\u00e9passent. Une vieille passerelle en bois plus ou moins pourri, et Mimi Neveu au pont d\u2019\u00c9tourneau \u2014 un air de Raimu chez Pagnol, dans le visage, ses cheveux en bataille et son langage pas moins hirsute, un accent patoisant \u00e0 s\u2019arracher la langue. Un canard en plastique noir au bout d\u2019une corde attach\u00e9e \u00e0 un arbre. Je continue jusqu\u2019\u00e0 un pertuis dont la lame maintenue par des filins est d\u00e9fonc\u00e9e, elle aussi couverte de branches, de d\u00e9bris et de feuilles mortes. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 bas niveau, stagnante, la rivi\u00e8re reprend son cours. Jusqu\u2019o\u00f9 remonte-t-elle&nbsp;? Et pourquoi s\u2019arr\u00eate-t-elle ici&nbsp;? Une perte par infiltration&nbsp;? | Il n\u2019y eut de mur qu\u2019une poign\u00e9e de pierres de taille d\u00e9lav\u00e9es, isol\u00e9es, pr\u00e8s de la rive, comme jet\u00e9es l\u00e0. Un reste de ruines dont on ne savait plus quoi faire&nbsp;?&nbsp;| Le vent aussi s\u2019est lev\u00e9 et il brassait assez vivement les feuillages. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Imaginant mettre un peu d\u2019ordre dans une vieille s\u00e9rie de travaux laiss\u00e9e en friche, j\u2019ai confi\u00e9 un jour \u00e0 Emma l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;m&rsquo;en tenir aux seuls num\u00e9ros, en attendant la bonne combinaison de d\u00e9sordre&nbsp;\u00bb. Elle n\u2019a pas eu l\u2019air de comprendre, sinon qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019 \u00ab&nbsp;un genre de loto du chapitrage&nbsp;\u00bb. Et bingo&nbsp;! Perdu dans une formule qui ne demandait pas mieux qu\u2019\u00e0 sortir vite de l\u2019inexprimable, et tant pis pour ce qui reste d\u2019incompr\u00e9hensible, j\u2019ai moi-m\u00eame mieux compris de quoi je voulais parler. Pas seulement de la r\u00e9organisation des chapitres, mais du d\u00e9sordre cons\u00e9cutif des notes qui les accompagnent. Et alors, un probl\u00e8me ou pas&nbsp;? Ne sont-elles pas d\u00e9j\u00e0 suffisamment d\u00e9sordonn\u00e9es dans le fil chronologique de la notation pour que le hasard de leur recombinaison, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par un nouvel ordre logique (avec une bonne dose d\u2019intuition et d\u2019abandon) des textes permut\u00e9s, ne r\u00e9alise simultan\u00e9ment une structure textuelle monstre. \u2014 Y aurait-il l\u00e0 quelque chose de cette vie double dont parle Michaux, n\u00e9e des mat\u00e9riaux de l\u2019esprit, des voyages, des \u00e9tudes, de la vie, inutilisables et d\u00e9laiss\u00e9s, jet\u00e9s l\u00e0, entass\u00e9s&nbsp;? Car&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au d\u00e9but ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre qu\u2019un \u00eatre quelconque comme la nature en met tellement au monde. Mais ensuite, s\u2019\u00e9levant sur l\u2019accumulation grandissante de mat\u00e9riaux hostiles \u00e0 mon architecture, il en arriva \u00e0 \u00eatre presque en tout mon ennemi&nbsp;; et arm\u00e9 par moi de plus en plus. Je nourrissais en moi un ennemi toujours plus fort, et plus j\u2019\u00e9liminais de moi ce qui m\u2019\u00e9tait contraire, plus je lui donnais force et appui et nourriture pour le lendemain.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #15<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"308\">\n<li><em>Deep Me<\/em> \u2014 une bande pas dessin\u00e9e, une bande \u00e9crite, des images noires, des bulles, on lit, on ne voit rien \u2014 mais si, on voit, les images sont l\u00e0, dans le noir, elles sont noires mais elles sont l\u00e0, dans les vignettes, dans les cadres \u2014 et ce sont les bulles qui les portent, ce sont les phrases qui les tirent du noir, ce sont les mots qui les \u00e9clairent, au moins les coins.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Parfois elle pense que si un jour elle a des enfants, elle les appellera par les pr\u00e9noms des \u00e9crivains qu\u2019elle aime, parce qu\u2019ils lui ont si souvent donn\u00e9 la force de tenir quand la m\u00e9chancet\u00e9 autour d\u2019elle se faisait trop violente, quand elle sentait qu\u2019elle allait s\u2019effondrer, qu\u2019elle leur doit bien \u00e7a.&nbsp;\u00bb (Laurent Mauvignier, <em>Continuer<\/em>) \u2014 Qu\u2019on ne me demande plus <em>\u00c0 quoi \u00e7a sert la litt\u00e9rature, en vrai&nbsp;? \u00e0 quoi \u00e7a sert l\u2019\u00e9criture&nbsp;?<\/em> parce que \u00e7a sert \u00e0 \u00e7a, tout simplement, \u00e0 baptiser les enfants, ces petits monstres et ces petits mondes en puissance, et peut-\u00eatre aussi, au pr\u00e9alable, \u00e0 les faire, oui, \u00e0 procr\u00e9er, ou, accessoirement mais tant qu\u2019\u00e0 faire, quand m\u00eame, \u00e0 faire l\u2019amour, c\u2019est plus s\u00fbr, oui, \u00e0 faire \u00e7a comme \u00e7a, \u00e0 aimer. (\u00c7a d\u00e9range ce c\u00f4t\u00e9 fleur bleue un peu cucul&nbsp;? \u00e7a chagrine quelqu\u2019un quand on parle d\u2019amour&nbsp;?) Mais d\u2019abord, baptiser, nommer, avec les auteurs, et pourquoi pas les personnages&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et m\u00eame, la lune et son halo de brume, cet \u0153il tout blanc, comme un iris-aveugle. (C\u2019est idiot, peut-\u00eatre, ces images. Mais Sophie Calle a bien parl\u00e9 de la \u00ab&nbsp;couleur aveugle&nbsp;\u00bb avec des mots d\u2019aveugles. \u2014 Et \u00e7a serait quoi, un <em>mot aveugle<\/em>&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>|| \u00ab&nbsp;Parfois il faut se cogner pour comprendre le mur. Un d\u00e9part de nos envies, un ajustement de nos r\u00e9alit\u00e9s.&nbsp;\u00bb (Karl, dans <em>Les Carnets Web de La Grange<\/em>, \u00ab&nbsp;D\u00e9part | 2023-03-26&nbsp;\u00bb) \u2014 De l\u00e0, de deux choses l\u2019une&nbsp;: le mur, entre d\u00e9sir et r\u00e9el comme recto et verso d\u2019une m\u00eame page&nbsp;; le mur, \u00e9rig\u00e9 en principe de r\u00e9alit\u00e9 dans le cadre de la compr\u00e9hension, mais il n\u2019est pas interdit d\u2019y voir aussi un principe de plaisir dans la perspective des coups&nbsp;; et le mur (et \u00e7a fait trois choses), tout le reste n\u2019\u00e9tant au pr\u00e9alable que fa\u00e7ade&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li><em>Aveugles<\/em> \u2014 D\u00e9crire un paysage, quand on n\u2019a jamais rien vu, ou ce qu\u2019on a vu pour la derni\u00e8re fois avant de perdre la vue. De quel c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9fi est-il le plus grand, quand le langage, les phrases, les mots se substituent \u00e0 l\u2019image qui n\u2019existe plus, ou n\u2019a jamais exist\u00e9&nbsp;? Et, vraiment, \u00e7a n\u2019existe pas&nbsp;? Mais puisqu\u2019on en parle\u2026<\/li>\n\n\n\n<li><em>Aveugles<\/em> \u2014 Avec les visages de ceux qui ne voient pas, plus. Avec des images face \u00e0 celles dont ils parlent. Avec le langage tactile, pour les doigts, d\u2019alphabet braille, au-devant du langage courant, pour les yeux, en toutes lettres \u2014 de l\u2019\u00e9criture en tous points sensible (animale&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li><em>Aveugles <\/em>\u2014 Et c\u00f4t\u00e9 peinture, images pleines, riches, de toile, de touches, de traits, de trop de d\u00e9tails, <em>On n\u2019y voit rien<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Ce titre d\u2019une notification du journal Le Monde, re\u00e7ue sur le mobile (avec ce bruit de capsule qui saute et tombe par terre)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Emmanuel Carr\u00e8re&nbsp;: \u201cSi vous supprimez la part de doute, de t\u00e2tonnements dans le noir, c\u2019est cuit.\u201d&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Et <em>Continuer<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il sait que dans sa vie il y aura cette zone d\u2019une noirceur sans fond dont il ne pourra pas parler, mais qui agira en lui profond\u00e9ment, qui animera ses actions, ses gestes, qui lui donnera le ressort et l\u2019\u00e9nergie pour nourrir, panser, aimer les b\u00eates et essayer de les comprendre, d\u2019\u00eatre avec les animaux, essayer de comprendre leur langage et leurs attentes.&nbsp;\u00bb \u2014 Serait-ce que les plan\u00e8tes et les com\u00e8tes s\u2019alignent, l\u2019<em>animalangue<\/em> pour conjonction&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Et \u00e7a sent la fin de cycle.)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Ici se fait jour la laideur particuli\u00e8re aux zones d\u2019urbanisation r\u00e9cente qui commencent \u00e0 ceinturer un peu partout les villes : le c\u0153ur gris et bleu (ou gris et rose) des anciennes cit\u00e9s, serr\u00e9es comme un poing autour de leurs ruelles, est noy\u00e9 progressivement, ainsi que le c\u0153ur d\u2019un astre \u00e9clat\u00e9, dans une poussi\u00e8re confuse de bicoques neuves, qui vont crever jusque loin aux alentours la verdure, dans le semis anarchique et hasardeux qui est celui des trous d\u2019obus.&nbsp;\u00bb \u2014 Et ici se fait jour la beaut\u00e9 des phrases de Gracq en une danse d\u2019images qui me fait l\u2019effet d\u2019un petit courant d\u2019air tourbillonnant \u2014 une <em>sorci\u00e8re<\/em> on dit par chez moi \u2014 emportant quelques papiers de bonbons color\u00e9s plus idiots de se retrouver dans un ballet a\u00e9rien, en spirale, que jet\u00e9s sans vergogne, on ne sait quand, par la fen\u00eatre du poids lourd \u00e0 l\u2019arr\u00eat, dans la poussi\u00e8re du caniveau, quelques tessons de verre et trois m\u00e9gots, au premier feu d\u2019une ZAC. Et c\u2019est quelque chose d\u2019aussi n\u00e9cessaire, quand \u00e7a arrive, qu\u2019impossible \u00e0 reproduire tant ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nement est unique, li\u00e9 \u00e0 des conjonctions extraordinaires, et tout \u00e0 fait insignifiant en soi, hormis pour celui qui se projette dans ces papiers port\u00e9s par le vent. (\u2014 Tu peux pas dire simplement que tu te trouves un peu idiot devant le feu de la langue de Gracq&nbsp;? Mais \u00e7a r\u00e9chauffe quand m\u00eame, non&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Est-ce que les notes appartiennent aux textes, ou ne serait-ce pas les textes qui d\u00e9pendent des notes&nbsp;? Je veux dire&nbsp;: l\u2019ensemble des textes, dans le cadre d\u2019un atelier d\u2019\u00e9criture d\u00e9di\u00e9 au roman, s\u2019efforce d\u2019extraire et raffiner de la mati\u00e8re romanesque&nbsp;; mais les notes, elles, rel\u00e8vent-elles de cette mati\u00e8re, et si oui, dans quels romans s\u2019inscrivent-elles, collectivement ou individuellement&nbsp;?&nbsp;; et si non&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(\u2014 <em>f<\/em>, au secours&nbsp;! dis-nous que c\u2019est la fin&nbsp;!)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137428\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13742\">texte 15<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"321\">\n<li>|| Il y a des murs dans la rivi\u00e8re. | Je suis all\u00e9 me promener l\u2019autre jour, je pensais longer la rivi\u00e8re. Deux coups de feu m\u2019ont d\u2019abord surpris. \u00c7a provenait du champ de ma\u00efs derri\u00e8re la haie. Je l\u2019ai travers\u00e9e en empruntant la trou\u00e9e des ragondins dans le foss\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que je me suis aper\u00e7u que le lit de la rivi\u00e8re \u00e9tait \u00e0 sec. Je suis descendu dedans, par le foss\u00e9. Le lit \u00e9tait vraiment sec. Je me suis promen\u00e9 dans la rivi\u00e8re. Je me suis retrouv\u00e9 devant un mur. Un vrai mur de grosses pierres taill\u00e9es, plus ou moins bien imbriqu\u00e9es, couvertes de mousses s\u00e8ches. | Dans la rivi\u00e8re, on trouve parfois, comme \u00e7a au milieu, de gros blocs de pierre de taille. Ils ont d\u00fb glisser. On les aura install\u00e9s pour consolider la rive, le temps aura jou\u00e9 contre eux. Ils auront gliss\u00e9 et roul\u00e9 dans le lit de la rivi\u00e8re. | J\u2019ai trouv\u00e9 aussi des morceaux de plastique, en noir d\u00e9lav\u00e9, d\u2019un gris bleu, en orange, blanc, des restes de sacs, de b\u00e2ches, un filet rose, mauve, des bouteilles en verre, en plastique, marron, blanches ou vertes, piqu\u00e9es de terre, d\u2019argile, de mousses, recouvertes de feuilles. Une corde. | Je me suis aussi retrouv\u00e9 devant un autre mur. Un muret en fait, une petite pi\u00e8ce de ma\u00e7onnerie, cr\u00e9pie, en arc, servant d\u2019enceinte de protection \u00e0 un trou, \u00e0 une canalisation fich\u00e9e dedans au pied d\u2019un arbre, s\u2019enfon\u00e7ant dans la nappe phr\u00e9atique \u2014 car, si la rivi\u00e8re est \u00e0 sec durant des mois, de la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 No\u00ebl parfois, c\u2019est aussi parce que l\u2019eau passe dessous, dans une rivi\u00e8re souterraine. | Parfois, quelques grandes flaques d\u2019eau r\u00e9siduelle. Mais le lit reste sec, dans un m\u00e9lange de terre et de gravier souvent, quelques bandes argileuses plus ou moins molles, plus compactes, des \u00e9tendues herbeuses, et de grandes zones de feuilles mortes, o\u00f9 je ne sais quel oiseau fourrageait. | J\u2019ai retrouv\u00e9 le repaire des enfants avec ses deux piquets de chantier en rouge et blanc. C\u2019est l\u00e0 que la moiss-batt, que j\u2019entendais tourner de loin et de plus en plus fort, est arriv\u00e9e dans un grand fracas en crachant un nuage de poussi\u00e8re qui a envahi la zone. |<\/li>\n\n\n\n<li>Le plus p\u00e9nible, c\u2019est de croire que le roman qu\u2019on s\u2019imagine en train d\u2019\u00e9crire commence <em>vraiment<\/em> l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019a encore rien \u00e9crit, peut-\u00eatre \u00e0 travers un sujet ou une histoire courant entre les textes, entre les lignes, nourris comme autant d\u2019exosquelettes prot\u00e9geant et masquant ce sujet ou cette histoire qui ne veut pas dire son nom. Mais alors&nbsp;: cela rel\u00e8ve-t-il de mon ressort, plume \u00e0 la main (ou clavier en bandouli\u00e8re)&nbsp;? ou cela concerne-t-il, en fait et en r\u00eaverie, le lecteur (qui que tu sois)&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li><em>Deep me<\/em>, <em>Aveugles<\/em> \u2014 Bien s\u00fbr, avec l\u2019in\u00e9narrable all\u00e9gorie de la caverne, et les peintures de Lascaux et compagnie, au moins quand le flambeau \u00e9claire la grotte et agite la paroi de silhouettes animales.<\/li>\n\n\n\n<li>(Ensuite, une fois le fantasme de l\u2019atelier d\u2019\u00e9criture extrait de sa nuit et cadr\u00e9 grosso modo, une fois mise en perspective une origine moiti\u00e9 mythique, moiti\u00e9 historique&nbsp;: quoi&nbsp;? \u2014 <em>Je m\u2019appelle&nbsp;?<\/em> \u2014 <em>Je me souviens&nbsp;?<\/em> \u2014 Quelque chose pour le fragment, la liste, le catalogue, l\u2019inventaire, l\u2019\u00e9num\u00e9ration, la r\u00e9p\u00e9tition, le glissement, la d\u00e9rive, l\u2019errance la diff\u00e9rence, la nuance&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Tiens, Derrida n\u2019a pas pens\u00e9 \u00e0 <em>differrance<\/em>&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>| Il y avait aussi cette fa\u00e7on dont la structure de la rive, d\u00e9gag\u00e9e en bordure, semble former un mur \u00e0 part enti\u00e8re, un mur de terre sombre soutenu par un muret de racines d\u2019arbres ramifi\u00e9es, enchev\u00eatr\u00e9es, blanchies et comme p\u00e9trifi\u00e9es. | J\u2019ai aussi trouv\u00e9 quelques plumes. D\u2019abord, un ensemble de plumes d\u2019un gris terreux au bout, puis blanc, de la palombe que les deux coups de feu auront abattue. Et puis des plumes isol\u00e9es d\u2019oiseaux inconnus, une toute blanche, duveteuse, une autre \u00e0 barbes noires au bout, d\u2019un gris plus ou moins clair en son centre, plus sombre au niveau du calamus, et une longue et fine et belle plume d\u2019un gris anthracite, z\u00e9br\u00e9e de noir. Une plume de faisan qui avait l\u2019air d\u2019une peau abandonn\u00e9e. | Il y avait ce fragment plus rigide en forme de trap\u00e8ze, d\u2019un blanc ros\u00e9 et stri\u00e9, des lignes granuleuses, o\u00f9 de l\u2019argile semblait s\u2019y \u00eatre fix\u00e9e et lui donnait l\u2019air d\u2019une antique tablette \u00e0 l\u2019\u00e9criture illisible, inconnue. | Il y avait aussi un terrier sous des racines, le trou de je ne sais quel animal. ||<\/li>\n\n\n\n<li><em>Filles de joie<\/em>&nbsp;: j\u2019ai d\u2019abord \u00e9crit <em>putes<\/em>, mais non. C\u2019est vrai que ce petit mot, monosyllabe percutant, connu de tous et peut-\u00eatre largement utilis\u00e9 sans vergogne, se pr\u00eate facilement et comme naturellement \u00e0 l\u2019oral. Mais c\u2019est bien ce qui me g\u00eane aussi, ce naturel, cette facilit\u00e9, dans lesquels s\u2019engouffrent le familier et le vulgaire que le mot recouvre. Et un autre registre qui rel\u00e8ve de l\u2019air du temps, du monde comme il va, de la petite r\u00b7\u00e9volution de l\u2019\u00e9criture inclusive notamment dans laquelle s\u2019articule principalement le combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les genres (masculin et f\u00e9minin dans la langue, homme et femme dans la vie, ces paires non strictement \u00e9quivalentes pouvant aussi se combiner), et s\u2019accentuent par un beau paradoxe les diff\u00e9rences, et les nuances avec un retour du neutre que peut repr\u00e9senter <em>iel<\/em>&nbsp;? Bien s\u00fbr, \u00e0 hauteur du narrateur, d\u2019un personnage qui parle, ces consid\u00e9rations sociolinguistiques qui me concernent, me traversent, ne devraient pas influer si j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que ce personnage ne porte pas ma voix. D\u2019autant que je ne suis pas s\u00fbr que l\u2019euph\u00e9misme de l\u2019expression <em>filles de joie <\/em>vaille mieux. Quand on sait de quoi il retourne vraiment, pas s\u00fbr que la joie soit toujours au rendez-vous, pas s\u00fbr que passer de l\u2019adulte \u00e0 l\u2019enfant soit une bonne id\u00e9e. Mais alors quoi&nbsp;? La plupart des synonymes semblent participer soit de l\u2019avilissement injuste (en latin <em>put, pute<\/em> signifie \u00ab&nbsp;puant, sale, mauvais, vil, odieux, m\u00e9chant&nbsp;\u00bb, n\u2019en jetez plus \u2014 merci au Robert historique), soit en minorit\u00e9 de l\u2019embellissement trompeur (oh les <em>belles-de-nuit&nbsp;<\/em>! les <em>fleurs de macadam<\/em>&nbsp;! \u2014 merci au site Synonymo). <em>Travailleuses du sexe<\/em> est inutilisable et sent trop le tableau crois\u00e9 dynamique norm\u00e9, chiffr\u00e9, crypt\u00e9, pour anticiper les revendications des Gilets Roses (un jour, peut-\u00eatre). Un mot rare \u00e0 r\u00e9veiller, \u00e0 r\u00e9inventer&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Au sujet de ce que <em>dire<\/em>, en mati\u00e8re d\u2019\u00e9criture, c\u2019est <em>faire<\/em>, ce mot de Perec, dans <em>Je suis n\u00e9<\/em> (o\u00f9 il est question de miroir)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avais-je donc quelque chose de tellement particulier \u00e0 <em>dire<\/em>&nbsp;? Mais qu\u2019ai-je dit&nbsp;? Que s\u2019agit-il de dire&nbsp;? Dire que l\u2019on est&nbsp;? Dire que l\u2019on \u00e9crit&nbsp;? Dire que l\u2019on est \u00e9crivain&nbsp;? Besoin de communiquer quoi&nbsp;? Besoin de communiquer que l\u2019on a besoin de communiquer&nbsp;? Que l\u2019on est en train de communiquer&nbsp;? L\u2019\u00e9criture dit qu\u2019elle est l\u00e0, et rien d\u2019autre, et nous revoil\u00e0 dans ce palais de glaces o\u00f9 les mots se renvoient les uns les autres, se r\u00e9percutent \u00e0 l\u2019infini sans jamais rencontrer autre chose que leur ombre.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #14<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"290\">\n<li><em>Rien avoir<\/em> ou <em>rien \u00e0 voir<\/em> \u2014 Il faut <em>a priori<\/em> utiliser la seconde forme. J\u2019ai pourtant le sentiment que la vue ou la vision n\u2019ont rien \u00e0 faire dans cette affaire. Sauf s\u2019il en est bien question. Et m\u00eame si je retrouve sur le Net l\u2019argument inverse, pas moins gratuit que le mien, que \u00ab&nbsp;cette expression n&rsquo;a&nbsp;<em>rien \u00e0 voir<\/em> avec&nbsp;avoir\u2026 \ud83d\ude09&nbsp;\u00bb C\u2019est vrai, mais un peu court. Je suis peut-\u00eatre le seul \u00e0 me poser ce genre de question byzantine \u2014 j\u2019en doute, ce ne sont pas les esprits tordus ou\/et perdus qui manquent. D\u2019autant que les \u00e9crivains utilisent la forme visuelle. Philippe Delerm ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle, mais retrouver dans un texte les deux formes \u00e0 la suite a eu de quoi me d\u00e9stabiliser&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est une zone interm\u00e9diaire, dont la r\u00e9v\u00e9lation ne devrait rien avoir en soi de bouleversant&nbsp;: un bout de dos, quand elles se penchent et que le tee-shirt se rel\u00e8ve en haut du jean. Rien \u00e0 voir avec l\u2019accroupissement des hommes que la moindre t\u00e2che mat\u00e9rielle \u2014 changement de roue, desserrage d\u2019un siphon \u2014 d\u00e9nude na\u00efvement, faisant appara\u00eetre la commissure des fesses avec une fossette pouponnesque.&nbsp;\u00bb Bien s\u00fbr, ici, <em>rien avoir en soi<\/em> n\u2019a pas de rapport avec <em>rien \u00e0 voir avec<\/em>. Mais il m\u2019a fallu un peu de temps pour me remettre de mon trouble et bien le saisir. Et me faire cette r\u00e9flexion que, non, d\u00e9cid\u00e9ment, je ne vois pas non plus le rapport au visible \u2014 bien que Delerm parle de ce qui n\u2019est que trop visible, au-del\u00e0 puisque, en suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chez elles c\u2019est toujours plus bas, plus loin.&nbsp;\u00bb Quelle est alors l\u2019histoire de la locution&nbsp;? Comment s\u2019est-elle fig\u00e9e, peut-\u00eatre par erreur&nbsp;? Mais pourquoi chercher, aussi \u2014 surtout quand on sait combien le langage n\u2019a pas besoin de logique pour dire la v\u00e9rit\u00e9, et combien il peut \u00eatre tent\u00e9 par le mensonge \u2014, un semblant de logique dans ce genre de forme fixe relative, et tant pis si j\u2019exag\u00e8re et si \u00e7a n\u2019a <em>rien avoir<\/em>, \u00e0 de la langue morte&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Alors,<em> soit vous utilisez ce dispositif optique, imaginaire ou r\u00e9el, qui vous permet de <\/em>voir<em> la sc\u00e8ne \u00e0 distance, mais alors presque en tant que film muet<\/em>, indique <em>f<\/em>, <em>soit vous \u00eates immerg\u00e9 dans la sc\u00e8ne elle-m\u00eame, mais de nouveau c\u2019est uniquement ce contexte visuel que vous vous appropriez, sans voix ni paroles, ni action.<\/em> Et si je me faisais aveugle l\u2019espace d\u2019un instant, est-ce que j\u2019aurais encore le choix&nbsp;? Est-ce que la question de la distance ou de l\u2019immersion tient encore&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Dans le texte d\u2019appui de Joy Sorman, j\u2019apprends que \u00ab&nbsp;la vache voit \u00e0 360 degr\u00e9s, elle a des yeux derri\u00e8re la t\u00eate, rien ne lui \u00e9chappe, elle voit venir de loin le rabatteur et sa grande lame de boucher&nbsp;\u00bb. Margot, pourquoi tu m\u2019as cach\u00e9 \u00e7a&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Sujet casse-gueule (ray\u00e9 avant m\u00eame d\u2019avoir pu s\u2019exprimer) \u2014 <s>o\u00f9 il est question de Noir D\u00e9sir, de savoir si l\u2019on peut encore \u00e9couter ce groupe, \u00e0 cause de ce que son chanteur a fait il y a vingt ans \u2014 et c\u2019est de \u00e7a aussi qu\u2019il s\u2019agit de cet \u00ab\u00a0anniversaire\u00a0\u00bb, qu\u2019on f\u00eate m\u00eame de fa\u00e7on d\u00e9tourn\u00e9e dans Magic, \u00e0 travers le groupe, la musique, m\u00eame par la n\u00e9gative, en disant qu\u2019on n\u2019\u00e9coute plus, qu\u2019on ne peut plus \u2014<\/s>, un f\u00e9minicide, mais on disait encore <em>crime passionnel<\/em>, et c\u2019est vrai que le sens n\u2019est pas le m\u00eame ici, que la responsabilit\u00e9 est peut-\u00eatre partag\u00e9e, et que la passion, aussi, semble \u00f4ter \u00e0 l\u2019acte, justement, son activit\u00e9, sa responsabilit\u00e9 \u2014 <em>C\u2019est pas moi, j\u2019ai pas agi comme \u00e7a, pas activement, j\u2019\u00e9tais surtout passionn\u00e9, j\u2019ai agi au passif&nbsp;! <\/em>quelque chose dans le style <s>\u2014, et tant pis pour le reste du groupe, pour les autres musiciens, tant pis pour Serge Teyssot-Gay qui devait faire le meilleur de la guitare et des arrangements \u2014 et qui a fait peut-\u00eatre mieux apr\u00e8s, en ouvrant sa guitare \u00e0 d\u2019autres vents musicaux, Zone Libre,<\/s> Interzone <s>et <em>Les Contes du chaos<\/em> \u2014, et tant mieux, \u00e7a les aura lib\u00e9r\u00e9s<\/s>, et \u00e0 r\u00e9\u00e9couter Un jour en France, la fin, <em>C\u2019est l\u2019heure de changer la monnaie \/ On devra encore imprimer le r\u00eave de l\u2019\u00e9galit\u00e9 \/ On n\u2019devra jamais supprimer celui de la fraternit\u00e9 \/ Restent des pointill\u00e9s\u2026 <s>yeah, yeah, yeah\u2026<\/s><\/em> tu te dis qu\u2019il aurait mieux fait de rester en France, \u00e7a lui aurait \u00e9vit\u00e9 le cauchemar, celui o\u00f9 il s\u2019oublie sur la fraternit\u00e9, celui des faux-semblants dans les pointill\u00e9s \u2014 celui des poings, t\u2019y es\u2026&nbsp;? <s>a\u00efe, a\u00efe, a\u00efe\u2026<\/s> <s><\/s><\/li>\n\n\n\n<li>Je regarde, ce soir, le film <em>La Derni\u00e8re marche<\/em>, et je me dis que dans telle sc\u00e8ne issue d\u2019un souvenir, au lieu de se retourner la t\u00eate pour faire de telle personne dont d\u00e9cid\u00e9ment le souvenir ne veut pas se d\u00e9ployer, ni remonter, et d\u2019ailleurs existait-elle&nbsp;? \u2014 j\u2019imagine qu\u2019on peut m\u00eame penser au quidam crois\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, sans se poser la question de savoir pourquoi on se souvient de lui, de <em>\u00e7a<\/em> \u00e0 la limite, de fa\u00e7on aussi d\u00e9taill\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ouvre MusicBee. Appara\u00eet un panneau de tuiles, une quinzaine de pochettes d\u2019albums. Bashung camp\u00e9 l\u00e0, au milieu, ligne du bas. <em>L\u2019Imprudence<\/em>. Et je me laisse encore surprendre par ses premiers mots, plus que d\u00e9sirables. \u00ab&nbsp;Tu te noircis \/ Dans quoi tu te mires \/ Dans quel \u00e9tang \/ \u00c0 l\u2019avenir \/ Laisse venir \/ Laisse le vent du soir d\u00e9cider.&nbsp;\u00bb Au pied de la lettre. \u2014 Mais Jim O\u2019Rourke (pour Magic), se rappelle \u00e0 moi, et ne veut pas que je m\u2019en laisse conter. \u00ab&nbsp;Parce que j\u2019ai vraiment une allergie \u00e0 <em>l\u2019amour<\/em> de la musique. \u00c7a me semble toujours bizarre d\u2019adh\u00e9rer. Quand je ne sens pas cette position critique dans une chanson pop, je suis tr\u00e8s alert\u00e9, ou allergique. [\u2026] Ce qui est int\u00e9ressant \u00e0 mon avis, c\u2019est de trouver le moyen de faire en sorte que \u00e7a marche tout en \u00e9tant autre chose en m\u00eame temps. Et c\u2019est ce genre d\u2019\u0153uvre que je peux \u00e9couter encore et encore parce qu\u2019il y a une profondeur dans la critique.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Voil\u00e0. Et j\u2019adh\u00e8re \u00e0 \u00e7a aussi, et \u00e7a semble ne plus pouvoir s\u2019arr\u00eater. Avec Delerm (<em>Enregistrements pirates<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est bien si l\u2019id\u00e9e vient du froid. Mais si elle vient de nous, d\u2019une approximation que nous menons \u00e0 notre guise, c\u2019est encore mieux. Les mots juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 refont le monde.&nbsp;\u00bb Avec Barthes (<em>Proust et la photographie<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le peu de mots que je dirai indexe quelque chose qui n\u2019est pas ce que je dis&nbsp;; je ne parle pas l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a c\u2019est, <em>je parle \u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em>&nbsp;; c\u2019est le propre de la Fascination, du B\u00e9gaiement.&nbsp;\u00bb Qui d\u2019autre&nbsp;? Bacon (les <em>Entretiens<\/em>)&nbsp;? \u00ab&nbsp;Et, quant \u00e0 moi, je sens que tout ce qu\u2019il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019aimer un tant soit peu \u00e9tait le r\u00e9sultat d\u2019un accident sur lequel j\u2019avais \u00e9t\u00e9 capable de travailler. Parce que cet accident m\u2019avait donn\u00e9 une vision d\u00e9sorient\u00e9e d\u2019un fait que je tentais de capter.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>En m\u00eame temps, s\u2019il n\u2019y a pas de rapport, s\u2019il n\u2019y a aucun lien, s\u2019il n\u2019y a aucune relation entre deux termes, pas de circulation entre eux, dans un sens ou dans un autre, alors, il n\u2019y a rien \u00e0 comprendre l\u00e0, rien \u00e0 saisir, rien dont on puisse s\u2019emparer, rien avec quoi faire, rien \u00e0 sentir, rien \u00e0 voir. Sinon le vide entre eux.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Beaucoup des essais floraux de Piero, diss\u00e9min\u00e9s dans son <em>Carnet individuel<\/em>, ont fait \u00e9clore des essais muraux (et d\u2019une certaine mani\u00e8re <em>animaux<\/em>, relativement \u00e0 la B\u00eate), dans d\u2019\u00e9tonnantes chambres de simulation parfois, d\u00e8s le <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-iii-pch\/\">premier essai<\/a> en s\u00e9rie dans le <em>Carnet individuel III<\/em> \u2014 ma pr\u00e9f\u00e9rence au 40 (IV) (douze z\u00e9ro 5), <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-iv-pch\/\">Essai floral (8)<\/a>. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Pour Jean-Luc aussi, il peut \u00eatre aussi question d\u2019Animalangue&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00catre un oiseau. Jouer du vent et de la pesanteur, s\u2019amuser de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, rire de l\u2019air. Appr\u00e9hender le monde par le haut, regarder la vie ramper sous ses ailes. Se poser sur la branche d\u2019un arbre au milieu de la ville. Sentir couler le sang des hommes.&nbsp;\u00bb Mais en changeant de point de vue, lequel des deux \u00eatres est vraiment le plus animal&nbsp;? (Et je pourrais imaginer \u00eatre l\u00e0, assis sur les marches d\u2019un escalier en attendant quoi&nbsp;? me demandant \u00e0 la place du pigeon l\u00e0 devant, piquant une frite au sol, \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9cras\u00e9e, courant tant bien que mal avec son butin dans le bec pour \u00e9chapper \u00e0 ses poursuivants, tournant d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre, la t\u00eate comme un automate, et finissant par s\u2019envoler en quelques battements d\u2019ailes et planer au-dessus de la place, du trafic \u00e0 l\u2019arr\u00eat, du monde qui va en tous sens, ce que je pourrais voir&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>(<em>Absens<\/em> [aps\u00e3s] n. m. | \u00e9tym. o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment <em>ab-<\/em> ne marquerait pas tant, comme en latin, l\u2019\u00e9loignement, l\u2019\u00e9cart, la s\u00e9paration (en tendant vers le <em>a-<\/em> privatif grec), mais plut\u00f4t, par une esp\u00e8ce de confusion avec le <em>a-<\/em> latin, la direction, le but \u00e0 atteindre, ou le passage d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre&nbsp;; mais il pourrait d\u00e9river, par contradiction ou d\u00e9placement du point de voix c\u00f4t\u00e9 but, de la pr\u00e9position <em>ob-<\/em>, \u00ab&nbsp;en face, \u00e0 l\u2019encontre&nbsp;\u00bb, qu\u2019on retrouve par exemple dans <em>obvie<\/em>, <em>obtus<\/em> | et la suite de l\u2019histoire du mot reste \u00e0 inventer&nbsp;; mais peut-\u00eatre que tout est l\u00e0 pour lui, dans son impossibilit\u00e9, dans le fait qu\u2019elle brille par son absence.)<\/li>\n\n\n\n<li>|| \u00ab&nbsp;On d\u00e9cide de descendre et de rejoindre les paysans qui travaillent plus bas, d\u2019aller vers les fermes, on se le dit en fran\u00e7ais \u2014 un instant le fran\u00e7ais devient comme un mur \u00e9pais et puissant pour se prot\u00e9ger des autres, ceux-l\u00e0 qui maintenant parlent entre eux et se mettent \u00e0 rire d\u2019un rire mauvais et rageur.&nbsp;\u00bb (Laurent Mauvignier, <em>Continuer<\/em>) ||<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-14-campus\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-14-campus\/\">Texte 14.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"302\">\n<li>La structure me demande si je peux animer des ateliers d\u2019\u00e9criture de fa\u00e7on ponctuelle. \u2014 V\u2019l\u00e0 autr\u2019 chose&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li><em>V\u2019l\u00e0 autr\u2019 chose&nbsp;! <\/em>Surtout quand les jeunes, hier, ne sont pas revenus l\u2019apr\u00e8s-midi. Le pourquoi du comment \u00e7a se fait m\u2019\u00e9chappe d\u2019autant plus que mes appels et messages laiss\u00e9s par t\u00e9l\u00e9phone n\u2019ont pas eu de r\u00e9ponse. Mais j\u2019ai tendance \u00e0 croire que cela vient aussi de moi, de ce que je fais dans la structure. \u00c7a aussi, parfois \u2014 m\u00eame si on sait qu\u2019on est d\u2019utilit\u00e9 sociale a minima, parce qu\u2019on est dans cette cat\u00e9gorie des travailleurs sociaux, m\u00eame si on travaille bien d\u2019autres choses en tant que formateur de remise \u00e0 niveau, ou mont\u00e9e en comp\u00e9tence (\u00e7a d\u00e9pend si on est verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein), de lecture, d\u2019\u00e9criture, de calcul (le cyber en toile de fond, et bien des choses relatives \u00e0 la sph\u00e8re psy en bruit de fond, plut\u00f4t parasite) \u2014 le pourquoi du comment du travail et de la structure m\u00eame, \u00e7a m\u2019\u00e9chappe.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Des choses relatives \u00e0 la sph\u00e8re psy en bruit de fond<\/em>, quand M\u00e9lodie, qui a pourtant t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour pr\u00e9venir de son absence, \u00e0 cause du d\u00e9c\u00e8s brutal de son p\u00e8re, vient \u00e0 la structure pour en parler, avec sa m\u00e8re. Il a droit \u00e0 tous les d\u00e9tails, les conditions terribles de la mort, les cons\u00e9quences en tous genres de la mort, de la location aux \u00e9motions, l\u2019incons\u00e9quence de la mort. Mais l\u2019important c\u2019est \u00e7a&nbsp;: qu\u2019elle venait lui pr\u00e9senter sa m\u00e8re.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 14.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"305\">\n<li>Il y a longtemps que je n\u2019avais pas vu, la nuit, par temps clair un peu voil\u00e9, la lune pleine au centre d\u2019un grand halo lumineux au contour presque iris\u00e9, une tentation d\u2019arc-en-ciel. Et c\u2019est quoi un arc-en-ciel, la nuit&nbsp;? \u00e7a fait quoi&nbsp;? \u00e7a donnerait quoi ce halo d\u00e9ploy\u00e9, diffract\u00e9&nbsp;? il faudrait changer le nom&nbsp;? on pourrait dire quoi&nbsp;? on parlerait de quoi&nbsp;? un cercle&nbsp;? une couronne&nbsp;? un anneau-de-lune&nbsp;? une aur\u00e9ole noctule&nbsp;? ou par analogie ce serait une image&nbsp;? le vaisseau s\u00e9l\u00e8ne&nbsp;? l\u2019arche-des-s\u00e9l\u00e9nites&nbsp;? l\u2019\u0153il-des-nuits&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Une dizaine de fragments. Je vais ici et l\u00e0 sur le campus. Tel lieu m\u2019attire d\u2019abord sans que je sache bien pourquoi. Ou plut\u00f4t si&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019abord de faire un petit tour du campus, en des endroits dont je n\u2019ai pas encore parl\u00e9. Je m\u2019installe donc ici, avec une premi\u00e8re image. Ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement celle qui ouvrira le fragment, mais celle \u00e0 partir de laquelle d\u2019autres vont appara\u00eetre et se disposer. En attendant, je m\u2019installe l\u00e0. \u2014 Quelle est la part de l\u2019\u00e9cho entre les fragments&nbsp;? y a-t-il des correspondances \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019apparition et la disposition des images centrales et des \u00e9l\u00e9ments p\u00e9riph\u00e9riques&nbsp;? un jeu de correspondances par quoi les images et les \u00e9l\u00e9ments s\u2019imbriquent et se confondent&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Pour un atelier d\u2019\u00e9criture en structure, je lirais bien Perec en pr\u00e9ambule, sur l\u2019infra-ordinaire contre l\u2019extraordinaire, et puis Mauvignier, pour ce qu\u2019il y a d\u2019abord \u00e0 faire plus qu\u2019\u00e0 dire. \u2014 Et puis ensuite, cette bande dessin\u00e9e o\u00f9 la grande majorit\u00e9 des vignettes sont noires et on ne voit que les bulles, on ne voit que ce qu\u2019il y a \u00e0 lire. <em>Deep Me<\/em>.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #13 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"272\">\n<li>Commencer, pour une fois, avec le texte d\u2019appui, une question majeure que pose Cendrars, l\u2019air de rien, parce que, \u00ab&nbsp;r\u00e9ellement, si personne ne se rendait plus au travail, na, pour de bon, les gens ayant fini par comprendre que c\u2019est idiot, que dans ces conditions cela ne rime \u00e0 rien, que ce n\u2019est pas une vie, la vie, qu\u2019est-ce qui arriverait ?&nbsp;\u00bb \u2014 Il arriverait peut-\u00eatre ce que je fais l\u00e0, ici, quand je ne suis pas au travail dans la structure (j\u2019y suis \u00e0 mi-temps), d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Possible que cela ne rime aussi \u00e0 rien. Probable. Mais enfin, on a quand m\u00eame, au moins, en g\u00e9n\u00e9ral, le sentiment de vivre, de d\u00e9couvrir sa vie, avec cette chose \u00e9tonnante que dans le temps m\u00eame de la d\u00e9couverte, en s\u2019appuyant sur la m\u00e9moire, on peut l\u2019imaginer, la r\u00e9inventer.<\/li>\n\n\n\n<li>Poursuivre avec <em>f<\/em>, pour \u00ab&nbsp;une longue d\u00e9rive&nbsp;\u00bb d\u00e9boussol\u00e9e par \u00ab&nbsp;les quatre points cardinaux&nbsp;\u00bb. \u2014 D\u2019accord, mais on part d\u2019o\u00f9&nbsp;? \u2014 La Victoire&nbsp;! chacun prend un cours, Aristide-Briand, la Somme, la Marne, Argonne, Pasteur, la rue Sainte-Catherine, et la petite rue Candale tiens. \u2014 Ou Gambetta&nbsp;?&nbsp; Entre les cin\u00e9s, le Virgin, la bouquinerie et Mollat pas loin. \u2014 Non, la cath\u00e9drale. \u2014 Mais on y va jamais, on fait que passer devant. \u2014 Et alors&nbsp;? Et puis d\u2019abord j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 rentr\u00e9 dedans. \u2014 Sinon le Bordeaux rive droite, c\u2019est le d\u00e9fi vu qu\u2019on faisait que traverser pour rentrer. \u2014 C\u2019est surtout les bouchons monstres. \u2014 Et si on se d\u00e9cidait pour le moment de la journ\u00e9e, qui nous mettra d\u2019accord pour le lieu. \u2014 Ouais, j\u2019te vois venir\u2026 <em>Tiens si c\u2019\u00e9tait un jeudi noirs&nbsp;? comme \u00e7a tout le monde est l\u00e0 et pour une fois j\u2019vous invite, on part de chez moi.<\/em> Sauf que c\u2019est encore un trajet de nuit, on verra que des lumi\u00e8res. \u2014 Tu pr\u00e9f\u00e8res la fac&nbsp;? \u2014 Oh ben non, entre les Sciences et les Lettres, et les sp\u00e9cialit\u00e9s, on sera dispers\u00e9s\u2026 \u2014 Et tu crois qu\u2019elle est comment la rose des vents&nbsp;? y a pas plus girouette&nbsp;! Et puis on dit pas <em>j\u2019ai rentr\u00e9 dedans<\/em> mais <em>je suis<\/em>, ou alors <em>je lui ai rentr\u00e9 dedans<\/em>. \u2014 D\u00e9gueulasse&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li>Continuer avec Mauvignier, \u00e0 m\u00e2cher et rem\u00e2cher, siroter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le b\u00e9gaiement, oui, et le ressassement. Le ressassement, c\u2019est le corps de l\u2019\u00e9criture qui se frotte \u00e0 l\u2019aporie de la diction, de ne pas pouvoir r\u00e9soudre son angoisse de tout porter de ce qu\u2019il voudrait dire. Le b\u00e9gaiement troue la continuit\u00e9 du texte, c\u2019est un profond indicateur de comment le temps s\u2019enraye quand la vie, elle aussi, tr\u00e9buche.&nbsp;\u00bb \u2014 Le texte \u00e0 trous, litt\u00e9ralement, produit-il le m\u00eame effet&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Passer voir Emma, au trente du mois de juin&nbsp;; ce sera mon anniversaire, je lui paierai un verre de lait et j\u2019apporterai \u00ab&nbsp;pavot et potentille magnifiquement vert amande et mauves translucides pour les petites baies qu\u2019on mange des yeux&nbsp;\u00bb&nbsp;; sa surprise n\u2019aura d\u2019\u00e9gal qu\u2019une belle poign\u00e9e de main ou un po\u00e8me, et l\u2019un dans l\u2019autre je vous assure qu\u2019elle a de la poigne \u2014 Dada aurait dit <em>ine boune pougne<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Prendre la voie du Mur || le mur couvert de lierre | le renfoncement de la fen\u00eatre, le nid de frelons asiatiques | la camionnette Frelons H-S | la combinaison d\u2019apiculteur \u00e9crue, les gants bleu turquoise, le voile de protection noir | Air Max aux pieds, d\u00e9grad\u00e9 du gris clair au noir sur les bords inf\u00e9rieurs, embl\u00e8me jaune, semelle \u00e9paisse en noir et bleu, bulles | une longue perche en carbone rouge | <em>j\u2019vais injecter le produit au c\u0153ur du nid, \u00e7a va grouiller autour, faut d\u00e9gager, et restez pas dans les parages jusqu\u2019\u00e0 demain, \u00e7a agit vite mais faut attendre que les autres frelons reviennent<\/em> | le pistolet, c\u2019est pour les nids sur des structures inaccessibles | le nuage insecticide, la nu\u00e9e de frelons | les attaques sur la combinaison, le voile noir || || le lendemain, pas d\u2019activit\u00e9 dans le nid | mais autour lierre, touffu sur le coin du toit, des frelons europ\u00e9ens gravitent ||<\/li>\n\n\n\n<li>(D\u00e9camper de l\u00e0 fissa&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>Resurgir en girouette, \u00e0 M\u00e9riadeck, aux Quinconces, \u00e0 la gare Sant Jean, la rue Sainte-Catherine (un monde \u00e0 elle seule), l\u2019axe Capus Saint-Michel, la rive droite (j\u2019y tiens), le CHU, quelle zone commerciale&nbsp;? la fac (mais c\u2019est loin), et \u00e0 chaque fois une anecdote ou deux&nbsp;; mais on part d\u2019o\u00f9&nbsp;? de chez moi&nbsp;? lequel&nbsp;? en quel temps&nbsp;? de chez ME&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-13-plages-cardinales\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-13-plages-cardinales\/\">Texte 13.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"279\">\n<li>Il y a tant de passages dans le livre d\u2019entretien avec Mauvignier que je retiens \u00e0 l\u2019aide de languettes de papier, de mots-clefs, coll\u00e9s sur l\u2019en-t\u00eate des pages. Je reviendrai peut-\u00eatre sur certains. Mais tout de suite, celui-ci, d\u00e9chirant, qu\u2019il me faut copier comme par mesure de contre-transfert \u00e0 je-ne-sais-qui \u2014 ou plut\u00f4t si, il le sait, sous l\u2019inflexion du passage, \u00e0 regarder les livres et les disques qui se sont entass\u00e9s sur le bureau, quelques revues, et des journaux au vol, sans ordre, sans but (sans oser lorgner vers la biblioth\u00e8que, les \u00e9tag\u00e8res de disques, les photos des enfants qui ne se ressemblent plus), et qui lui font dire, en cette matin\u00e9e de pluie et de fra\u00eecheur automnale (oui, il pleut aujourd\u2019hui, \u00e0 grosses gouttes) o\u00f9 il n\u2019y a personne d\u2019autre \u00e0 la maison (sauf le lapin immobile dans sa cage, qui a l\u2019air de couver), qu\u2019il ferait mieux de retourner \u00e0 la structure, ou de partir en for\u00eat, et tchao la compagnie et les pantins \u2014, par mesure de sant\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le temps d\u2019impr\u00e9gnation, de compagnonnage, on pourrait dire le temps d\u2019infusion, est tr\u00e8s long pour l\u2019auteur\u2026 Les personnages \u2014 c\u2019est une sensation tr\u00e8s intime, tr\u00e8s puissante aussi, que je ressens \u2014, je crois que j\u2019ai besoin d\u2019eux parce que la vie, sans eux, serait d\u2019une solitude trop difficile \u00e0 supporter. Ce n\u2019est pas possible, cette solitude dans laquelle on est, tous, enferm\u00e9s. Pour moi, ne pas vivre ma vie en la peuplant de personnages, je ne sais pas si ce serait possible, comment m\u00eame \u00e7a l\u2019a \u00e9t\u00e9 autrefois.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Mais moi, mes personnages\u2026 je vis au milieu d\u2019une foule de \u00ab\u00a0Monsieurs-Madames\u00a0\u00bb Patate. J\u2019attends encore ce roi qui vient quand il veut, qui ne viendra peut-\u00eatre jamais. En attendant, je traverse la foule. <em>Bonjour Madame. Au revoir Monsieur. Merci Patate&nbsp;!<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Cette dr\u00f4le de sensation, c\u00f4t\u00e9 droit, d\u2019entendre comment le c\u0153ur pompe le sang, de sentir presque, dans un l\u00e9ger engourdissement de l\u2019oreille interne (elle n\u2019a jamais si bien port\u00e9 son nom), comment \u00e7a frotte l\u00e0-dedans, comment \u00e7a pulse. (Et il me semble entendre la machine \u00e0 traire les vaches, le flux saccad\u00e9 du lait dans le tuyau transparent, les soubresauts des gobelets, des manchons, sur les pis, les coups de sabot dans le vide.)<\/li>\n\n\n\n<li>Eh oui, quelque part, \u00ab&nbsp;tu r\u00e9\u00e9coutes ce vieux disque \/ des ann\u00e9es 90 \/ ou bien avec d\u00e9lice \/ cette belle rengaine d&rsquo;Elvis \/ c\u2019est le son du temps qui nous d\u00e9passe \/ c&rsquo;est le son du temps qui nous embrasse \/ et les le\u00e7ons du temps qui passe et tout efface&nbsp;\u00bb (J\u00e9r\u00f4me Mini\u00e8re, \u00ab&nbsp;Le son du temps qui nous d\u00e9passe&nbsp;\u00bb dans <em>La M\u00e9lodie, le fleuve et la nuit<\/em>).<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 13.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"283\">\n<li>L\u2019\u00e9nonciation, c\u2019est le bazar.<\/li>\n\n\n\n<li>(Les tirets qui font bifurquer, les barres en blocs de temps, ce n\u2019est gu\u00e8re mieux.)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Les mains au fond des poches<\/em>. C\u2019est un point de d\u00e9tail, mais j\u2019aime assez ce genre de point, perdu au milieu d\u2019autres dans une liste relative \u00e0 du descriptif port\u00e9 sur l\u2019environnement, qui recentre l\u2019effet de r\u00e9el sur qui parle, qui se d\u00e9place et comment. Les mains au fond des poches&nbsp;: c\u2019est bien ainsi que j\u2019ai pu traverser, dans un sens ou dans un autre, de jour comme de nuit et par tous les temps, l\u2019esplanade, cette esp\u00e8ce de jardin suspendu dans la ville&nbsp;; merci \u00e0 Philippe Delerm de m\u2019avoir tendu la perche pour faire extraire l\u2019image de ses <em>Enregistrements pirates&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;C\u2019est important, les mains au fond des poches. Pas de sac \u00e0 main, de sac \u00e0 dos, pas de bras d\u2019homme o\u00f9 se suspendre, de m\u00e8re \u00e0 soutenir, d\u2019enfant \u00e0 tenir par la main. Les mains au fond des poches&nbsp;: quelque part entre solitude et libert\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Je n\u2019ai pas d\u00e9sign\u00e9 clairement les points cardinaux en jeu dans les fragments (sauf le dernier, c\u2019est les vacances, on se rel\u00e2che), comme la consigne de <em>f<\/em> y invitait, j\u2019ai essay\u00e9 de jouer de fa\u00e7on plus indirecte. Mais je pense qu\u2019on devine assez facilement, chaque fois, dans quel sens je me tourne.<\/li>\n\n\n\n<li>Ce matin il fait tr\u00e8s. La nuit a \u00e9t\u00e9 fra\u00eeche, il y a beaucoup de ros\u00e9e. Gorg\u00e9e de soleil, vibrante, \u00e0 aiguiser les brins d\u2019herbe en faisceaux de cordes vocales. (\u2014 \u00c0 croire que t\u2019as envie de chanter aujourd\u2019hui&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Tiens, <em>ros\u00e9e<\/em>. Voil\u00e0 un mot dont j\u2019aimerais lire quelques fragments de son journal. Emma, si tu m\u2019entends\u2026 (Ou <em>ros\u00e9<\/em>, si tu pr\u00e9f\u00e8res les ambiances moins bucoliques, ou plus alcooliques, tout d\u00e9pend comment se passe le pique-nique. D\u2019ailleurs, \u00e0 propos de la sortie du premier juillet, et en particulier \u00ab&nbsp;de la joie tenace des pique-niques\u2026 point commun des carottes crues et des infinitifs substantiv\u00e9s&nbsp;\u00bb, j\u2019ai l\u2019esprit mal tourn\u00e9 o\u00f9 tu joues bel et bien de la grammaire non censur\u00e9e comme certains, \u00e0 Sauveterre, mettraient moins subtilement en sc\u00e8ne sur un plan de travail, un mur \u00e0 petits carreaux en fond, deux oranges sanguines de part et d\u2019autre d\u2019une bouteille de Pschitt citron&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| Dans les <em>Enregistrements pirates<\/em>, Delerm \u00e9crit aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les mots ont-ils exorcis\u00e9 ce trop-plein maladroit&nbsp;? Ils restent sur le mur en attendant qu\u2019on le repeigne. Certains les lisent et sont touch\u00e9s pour la premi\u00e8re fois.&nbsp;\u00bb ||<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #12 et #12bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"250\">\n<li>|| Avant que les ronces ne prennent trop d\u2019ampleur, je suis all\u00e9 retirer les tiges qui rampaient sur la pelouse, et certaines s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 enracin\u00e9es. Muni de gants, j\u2019ai \u00e9cart\u00e9 les herbes hautes qui cachaient la base souterraine des ronces et, une \u00e0 une ou presque, j\u2019ai arrach\u00e9 les tiges entrem\u00eal\u00e9es au pied du mur couvert de lierre, tapiss\u00e9 de feuilles. Mine de rien, d\u00e9pli\u00e9es, elles formaient parfois de longues lignes de trois ou quatre m\u00e8tres dans un espace pourtant resserr\u00e9. De longues lignes r\u00e9sistantes m\u2019obligeant \u00e0 me rapprocher du sol pour les agripper des deux mains. Je devais avoir l\u2019air d\u2019une b\u00eate fouisseuse dans cette masse feuillue. Une grosse b\u00eate fouineuse, trop curieuse peut-\u00eatre, qui se rapprochait dangereusement de la petite fen\u00eatre. De ce renfoncement dans le mur, plus ou moins masqu\u00e9 par un rideau de feuilles, o\u00f9 des frelons avaient b\u00e2ti un nid. Un beau nid ovale, plus gros qu\u2019un ballon de rugby, o\u00f9 grouillaient les insectes volants qui allaient et venaient. Le nez dans les racines, je ne les voyais pas. Le bruit des mains occup\u00e9es \u00e0 d\u00e9gager les tiges, \u00e0 les d\u00e9m\u00ealer, je ne les entendais pas. C\u2019est une piq\u00fbre au mollet qui m\u2019a pr\u00e9venu, me faisant faire un bond en arri\u00e8re, sur le tas de ronces arrach\u00e9es. Et pourtant, rien. Je ne voyais et n\u2019entendais encore rien. Sauf le mur, qui n\u2019en \u00e9tait plus un tant le lierre, j\u2019en prenais conscience, s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9. Il rampait sur le toit, le tapis de feuilles s\u2019\u00e9tait \u00e9toff\u00e9, densifi\u00e9. Sur toute la longueur du mur, du hangar, toute la surface. Et si c\u2019est un frelon qui m\u2019a piqu\u00e9, c\u2019est certainement ce mur feuillu qui l\u2019a voulu, commandit\u00e9. De m\u00eame qu\u2019il a laiss\u00e9 les ronces s\u2019enraciner en son pied, \u00e9tendre le long de ses fondations, pour mieux les prot\u00e9ger \u00e0 l\u2019aide de ses rejets \u00e9pineux a\u00e9riens, sa souche ligneuse. ||<\/li>\n\n\n\n<li>On oublie trop vite. On a le droit, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9. Sans quoi, je ne pourrais pas le rappeler (avec ce livre \u00e0 l\u2019envers sur et avec Mauvignier \u2014 et ce serait donc \u00e7a le sens de l\u2019inversion&nbsp;: l\u2019envers du livre&nbsp;?)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le probl\u00e8me, tr\u00e8s souvent, c\u2019est que les gens sont \u00e9cras\u00e9s par l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir quelque chose \u00e0 dire. Il ne faut pas avoir quelque chose \u00e0 dire, il faut avoir quelque chose \u00e0 <em>faire<\/em>. Il faut faire, il ne faut pas dire. Vraiment, \u00e7a, c\u2019est capital pour moi. Tant qu\u2019on veut dire, on ne fait rien. Et quand on fait, on commence \u00e0 dire. Apr\u00e8s, le sens, de toute fa\u00e7on, si on a quelque chose \u00e0 dire, \u00e7a se dira. \u00c7a se dit toujours. La question n\u2019est pas d\u2019\u00eatre obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de trouver ce qu\u2019on a \u00e0 dire, ou une \u201cbonne id\u00e9e\u201d, ou un sujet, c\u2019est de se demander&nbsp;: \u201cComment faire&nbsp;? Par o\u00f9 entrer dans le texte&nbsp;?\u201d&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(De l\u00e0, penser \u00e0 tanguer.)<\/li>\n\n\n\n<li>Re\u00e7u aujourd\u2019hui (13\/09\/2023) <em>La Mise en mots<\/em> d\u2019Elsa Triolet, dans la belle collection Les Sentiers de la cr\u00e9ation, chez Skira. D\u2019occasion, \u00e9videmment, mais le livre \u00ab&nbsp;retir\u00e9 des collections&nbsp;\u00bb de la biblioth\u00e8que de D\u00e9ols (il y a le tampon), couvert d\u2019un film plastique, est en parfait \u00e9tat. Pas une page \u00e9corn\u00e9e ni de traces de doigts. Il va falloir en prendre soin. D\u2019ailleurs, dans le colis, Patrick, l\u2019exp\u00e9diteur, a gliss\u00e9 un petit mot dans lequel il ajoute, apr\u00e8s un <em>merci<\/em>, un <em>bonne lecture<\/em> et <em>cordialement<\/em> classiques&nbsp;: <em>Prenez soin de vous&nbsp;!<\/em> J\u2019ai d\u2019abord cru que le message m\u2019\u00e9tait communiqu\u00e9. Mais s\u2019il s\u2019adressait au livre&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Ou alors, Patrick comprend que celui qui commande un tel livre, alors que personne ne l\u2019a emprunt\u00e9, si bien que la biblioth\u00e8que m\u00eame s\u2019en d\u00e9barrasse, Patrick pense soit que je ne vais pas bien, soit que je prends des risques inconsid\u00e9r\u00e9s. Et il a raison Patrick&nbsp;: mettre en mots, c\u2019est une question de soin, et entre \u00eatre <em>soigneux<\/em> dans cette affaire, ou \u00eatre <em>soign\u00e9<\/em> &nbsp;\u2014 parce qu\u2019on n\u2019y parvient pas comme on voudrait (jamais d\u2019ailleurs, et tant mieux) et cela peut tourner \u00e0 l\u2019obsession (toujours en fait, question d\u2019intensit\u00e9) \u2014, la fronti\u00e8re peut \u00eatre bien floue.)<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019\u00e9tait juste quelques images aux infos du soir, juste un petit reportage sur le nouveau spectacle de danse de je-ne-sais-qui, et on voyait un groupe de danseurs en noir, un groupe plut\u00f4t resserr\u00e9, des danseurs qui effectuaient les m\u00eames mouvements, simultan\u00e9ment, des gestes fluctuants, les corps vacillant, titubant presque, \u00e7a tangue mais tous ensemble, tous en m\u00eame temps, et c\u2019\u00e9tait comme un banc de sardines en alerte ou des milliers d\u2019\u00e9tourneaux en vol.<\/li>\n\n\n\n<li>Pour son anniversaire, ME a eu droit \u00e0 un <em>balancier<\/em> de la part d\u2019Emma. Comment a-t-elle su qu\u2019elle \u00e9tait enseignante et sensible au d\u00e9part de ses \u00e9l\u00e8ves&nbsp;? Comment a-t-elle su que je reste terre \u00e0 terre avec la pluie \u2014 surtout l\u2019\u00e9t\u00e9, ces gouttes chaudes et pleines qui retournent la poussi\u00e8re&nbsp;? Elle l\u2019a invit\u00e9e aussi \u00e0 passer quelque temps dans une de ces \u00ab&nbsp;grandes salles g\u00e9n\u00e9reusement vitr\u00e9es donnant sur la canop\u00e9e&nbsp;\u00bb. <em>Avec grand plaisir, Emma&nbsp;! Mais \u00e0 une condition&nbsp;: que le lait du mercredi soir fonde plut\u00f4t comme un nuage dans un caf\u00e9.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>L\u2019Autofictif<\/em>, n\u00b0&nbsp;5486, d\u2019\u00c9ric Chevillard \u2014 \u00ab&nbsp;L\u2019aphoriste ou noteur progresse par bonds. Dans l\u2019espace entre deux remarques, s\u2019active un besogneux romancier par-dessus lequel il saute sans lui accorder un regard.&nbsp;\u00bb \u2014 <em>bis<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Et sinon, <em>f<\/em>&nbsp;: <em>personnage immobile dans une situation ouverte | bruit des voix qui se m\u00ealent | visages qui surgissent dans le champ de vision<\/em> \u2014 et surtout&nbsp;: <em>c\u2019est la quasi g\u00e9ographie des lieux convoqu\u00e9s par le personnage qui permet au monologue d\u2019avancer<\/em>. Et quoi de mieux qu\u2019un texte de Vincent, avec force points m\u00e9dians&nbsp;? Mais Vincent n\u2019est pas l\u00e0. Il ne participe pas au cycle roman. Il est occup\u00e9 \u00e0 d\u2019autres choses. Il \u00e9gr\u00e8ne des courges dans un autobus. Il diss\u00e9mine des po\u00e8mes. C\u2019est prenant \u00e7a. Alors Vincent n\u2019est pas l\u00e0, dans le roman en cycle. Et le truc, c\u2019est que tout affair\u00e9 qu\u2019il est, \u00e0 \u00e9grener, comme s\u2019il \u00e9tait l\u00e0 dans la roue, <a href=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/09\/09\/creation-vincent-tholome-et-matthieu-safatly-je-ne-suis-pas-friand-des-graines-de-courge-poemes-extraits-de-lexistence\/\">tout est l\u00e0<\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;lourdes fum\u00e9es \u2022 visages aux fen\u00eatres \u2022 paroles qui fusent \u2022 paroles qui tanguent dans l\u2019autobus \u2022 \u2022 \u2022&nbsp;po\u00e8me pour toi vassili vassilievitch&nbsp;\u2022 \u2022 \u2022 dehors les lourdes fum\u00e9es coulent \u00e0 nouveau le long des toits \u2022 dans les carreaux des fen\u00eatres des visages apparaissent \u2022 dans l\u2019autobus qui tangue des paroles fusent \u2022&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Dans la tournure emphatique que la corde vocale de mon narrateur use parfois, <em>c\u2019est\u2026 qui<\/em>\u2026 Eh oui, c\u2019est qui&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>((Je n\u2019en sais rien. O\u00f9 se situe la narration&nbsp;? Dans un cours ou en amphi&nbsp;? Dans une biblioth\u00e8que&nbsp;? La cafette de l\u2019universit\u00e9, le \u2211irtaki&nbsp;? En bus pour descendre chez qui&nbsp;? Un arr\u00eat pour prendre quelle ligne&nbsp;? Pour se rendre dans une bouquinerie, un disquaire&nbsp;? Un autre bar perdu en ville&nbsp;? En bo\u00eete sur les quais&nbsp;? Par terre sans pouvoir se relever&nbsp;? Dans le lit bateau o\u00f9 &nbsp;?) (Tu fatigues&nbsp;? Tu aimes les graines de courges&nbsp;?))<\/li>\n\n\n\n<li>Dans le cadre de l\u2019<em>animalangue<\/em>, Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;: \u00ab&nbsp;S&rsquo;\u00e9loigner des \u00e9difices humains (cabanes, maisons, cath\u00e9drales), en ces temps de s\u00e9ismes et de menaces climatiques multipli\u00e9es, nous oblige de plus en plus \u00e0 rencontrer la b\u00eate traqu\u00e9e que nous sommes aussi. L&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e n&rsquo;est pas belle \u00e0 tout coup. Le sachant, continuer \u00e0 \u00e9crire fait figure d&rsquo;acrobatie sinc\u00e8re.&nbsp;\u00bb Et cette image de la <em>b\u00eate traqu\u00e9e<\/em> me donne \u00e0 imaginer que celui qui veut \u00e9crire est poursuivi par un langage ou une langue dont il ne voudrait pas, et que ce qu\u2019il \u00e9crit, et il pr\u00e9f\u00e9rerait \u00e9crire autre chose, c\u2019est cette poursuite, sa fuite, sa traque. \u2014 Qui a d\u00e9j\u00e0 eu cette id\u00e9e&nbsp;? Qui l\u2019a mieux formul\u00e9e&nbsp;? C\u2019est qui&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Sinon, on s\u2019y met&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>|| Je ne savais trop que faire de ce beau mur de vacances. Ce vieux mur \u00e9cru, \u00e0 pierres apparentes, d\u2019une grande b\u00e2tisse r\u00e9nov\u00e9e devenue monument historique et h\u00f4tel cossu, Gil Blas, un Parador donnant sur la place de garde. Au pied du mur \u00e9tait install\u00e9e une jeune musicienne et un instrument rare pour de la musique de rue, une harpe. Une harpe brune, \u00e0 caisse de r\u00e9sonance et console dor\u00e9es, lumineuses. Elle \u00e9tait connect\u00e9e \u00e0 une enceinte qui renvoyait sur la place des morceaux populaires, comme l\u2019air de <em>Titanic<\/em>. Sa grande housse pli\u00e9e au sol, noire, contenait quelques billets, des pi\u00e8ces brillantes. Je ne savais trop que faire de ce genre de ce mur dans une ville qui fut une place forte, de la photo que j\u2019ai prise en touriste. Je ne savais pas jusqu\u2019\u00e0 ce que je tombe, non loin de l\u00e0, non loin de chez moi, \u00e0 deux pas, dans la ville d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 qu\u2019on appelle parfois Sauveterre (c\u2019est la rentr\u00e9e), jusqu\u2019\u00e0 ce que je longe le mur du cin\u00e9ma, le Familia, un mur tout ce qu\u2019il y a de commun, un mur de parpaings sans doute, couvert de peinture cr\u00e8me, \u00e9crue, plus ou moins gris\u00e9e ici et l\u00e0 avec le temps, un mur tout simple auquel on ne pr\u00eate jamais attention, au pied duquel se trouvait, allong\u00e9 sur le trottoir, face contre le sol, le visage dans le coude comme pour dormir, un homme, un sac. Je n\u2019ai pas fait de photo. Je n\u2019ai pas fait attention. Ou j\u2019ai fait comme si, j\u2019ai fait semblant. Un homme, un sac. J\u2019ai pass\u00e9 mon chemin. Juste un \u0153il dans le r\u00e9tro. J\u2019ai trac\u00e9. ||<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12-le-couloir-batiment-k\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12-le-couloir-batiment-k\/\">texte 12.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"264\">\n<li>Je sais, on aurait s\u00fbrement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00ab&nbsp;une peinture ultra-r\u00e9aliste d\u2019une adolescence en perte de rep\u00e8res qui passe son temps \u00e0 tra\u00eener, \u00e0 baiser, \u00e0 consommer de la drogue et \u00e0 s\u2019exposer au risque mortel repr\u00e9sent\u00e9 par le Sida&nbsp;\u00bb \u2014 je prends ce que j\u2019ai sous les yeux, tir\u00e9 d\u2019une chronique sur The Folk Implosion \u2014, ou au moins, avec ce couloir et cet escalier, un tableau capable \u00ab&nbsp;de verser dans une angoisse digne d\u2019un score carpenterien sur une mont\u00e9e des marches (<em>Patio Stairs<\/em>) flippante&nbsp;\u00bb \u2014 une autre chronique, sur Scratch Massive.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Franchement j\u2019crois qu\u2019j\u2019ai fait un hors sujet l\u00e0. \u2014 Non\u2026 \u00e7a fait toujours cet effet si t\u2019as pas trop d\u2019exemples. T\u2019as mis du blabla, mais si t\u2019as respect\u00e9 la structure \u00e7a devrait le faire.<\/em> \u2014 Je voulais en faire des phrases vol\u00e9es, mais je les trouve assez convenues. Et je pense qu\u2019elles s\u2019adressent plus \u00e0 moi qu\u2019elles ne permettent au r\u00e9cit de se d\u00e9couvrir, de se chercher. (Je n\u2019allais quand m\u00eame pas rayer&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>Oui\u2026 pour l\u2019heure, j\u2019avais peut-\u00eatre la vieille montre \u00e0 gousset du grand-p\u00e8re Omer, que Lulu m\u2019avait donn\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li>En mati\u00e8re de g\u00e9ographie des lieux, il y a aussi Mauvignier&nbsp;: \u00ab&nbsp;un territoire qu\u2019on s\u2019invente doit servir \u00e0 lib\u00e9rer et non \u00e0 refermer la parole.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 12.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"268\">\n<li>Avec un retour au calme bien rapide, on supposera que je me suis d\u00e9barrass\u00e9 de la fin du texte. Mais en m\u00eame temps, derri\u00e8re cette histoire en faux rythme (l\u2019attente dans le couloir et ce qui s\u2019y passe en attendant), je me dis que ce qui bat, ce qui pulse, c\u2019est une mont\u00e9e de langage&nbsp;: avec des personnages plus ou moins perceptibles, de plus en plus&nbsp;; avec des chuchotements, des paroles dont on ne sait rien&nbsp;; avec ces fiches de r\u00e9vision qu\u2019on lit, ces notes pour soi qu\u2019on se rem\u00e9more&nbsp;; et le dialogue final, si c\u2019en est un, avec un personnage plus abouti, apparemment. Voil\u00e0. Quelque chose comme \u00e7a. Et \u00e7a retombe. \u2014 Et \u00e7a marche&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>En France, le <em>crop top<\/em>, un anglicisme, peut \u00eatre traduit par <em>haut court<\/em>. Au Qu\u00e9bec, on l\u2019appelle <em>gilet-bedaine<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Il n\u2019en a peut-\u00eatre pas l\u2019air, mais le monologue a aussi progress\u00e9 par petits blocs.<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 Sofia est all\u00e9e dans une brocante o\u00f9 elle a achet\u00e9 un petit appareil photo num\u00e9rique, son troisi\u00e8me, elle fait beaucoup de photos, comme \u00e7a, au gr\u00e9 des envies, et elle ouvre la galerie de son mobile, fait d\u00e9filer des photos, dont ce couple assis \u00e0 la terrasse d\u2019un bar, l\u2019un dans la lumi\u00e8re du soleil et l\u2019autre dans l\u2019ombre, elle ne sait pas pourquoi elle avait envie de les photographier, elle a demand\u00e9, ils ont accept\u00e9, voil\u00e0. Moeha&nbsp;: sa belle-m\u00e8re envahissante, qui sait tout sur comment il faut faire ceci et cela, m\u00eame la fa\u00e7on dont elle, Moeha, doit dessiner ses sourcils au crayon, des lignes non des traits, et que tout le monde surnomme <em>la G\u00e9n\u00e9rale<\/em>.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12-bis-le-planton-travail-dete\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12-bis-le-planton-travail-dete\/\">texte 12bis<\/a><\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #11 et #11bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"231\">\n<li><em>Sangliers<\/em> \u2014 Dans ce livre \u00e9crit \u00e0 deux plumes, je pr\u00e9f\u00e8re celle qui se greffe \u00e0 la peau de la b\u00eate, comme une soie de malheur, \u00e0 l\u2019analyse, pourtant fort int\u00e9ressante et plus qu\u2019utile, de nature sociale, politique, parfois historique (ah, les lieutenants de louveteries apparus sous Charlemagne, aujourd\u2019hui nomm\u00e9s par le pr\u00e9fet). J\u2019ai m\u00eame envie de sauter des pages pour ne lire que le r\u00e9cit de la b\u00eate, que la recherche minutieuse de l\u2019\u00e9crivain de ses actions et r\u00e9actions dans un environnement le plus r\u00e9el possible, n\u00e9cessairement limit\u00e9, d\u2019autant plus saisissant l\u2019air de rien&nbsp;: \u00ab&nbsp;La pluie a lav\u00e9 le versant. Le soleil l\u2019a s\u00e9ch\u00e9. Graviers, sable, gravats, galets. Ici pousse le r\u00eache, le rugueux, le coriace&nbsp;: ch\u00eane kerm\u00e8s qui ne se consomme pas&nbsp;; thym dont l\u2019odeur recouvre celle des autres plantes&nbsp;; ciste dont l\u2019allure para\u00eet d\u2019autant plus douce que l\u2019entour est aride. Et, depuis peu, une chose nouvelle qui se plie sous le poids de l\u2019animal, plante haute secou\u00e9e de fleurs qu\u2019on dit b\u00e2ton blanc ou bien asphod\u00e8le. Celle-l\u00e0 dans la gueule comme toutes. Puis la b\u00eate de poursuivre l\u2019ascension tout en ing\u00e9rant les v\u00e9g\u00e9taux qui se trouvent sur son passage.&nbsp;\u00bb (Rapha\u00ebl Mathevet ou Rom\u00e9o Bondon&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li><em>f <\/em>parle d\u2019un \u00e9pisode central sur lequel on achopperait, et propose de le contourner \u00e0 la mani\u00e8re dont Gertrude Stein va et vient en contournement autour d\u2019un r\u00e9cit principal sans cesse report\u00e9, et ce sont les r\u00e9cits de contournement qui le remplacent et le circonscrivent \u2014 un peu comme un trou noir n\u2019est rendu visible qu\u2019\u00e0 travers la masse de lumi\u00e8re stellaire l\u2019entourant de tous c\u00f4t\u00e9s et venant s\u2019y perdre&nbsp;? D\u2019accord. Mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9pisode central. \u2014 Il y en a un&nbsp;? il faut le retrouver&nbsp;? il faut la circonscrire, la discerner, la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9criture en acte&nbsp;? en esquisser les contours, le moment o\u00f9 l\u2019on s\u2019engage \u00e0 \u00e9crire&nbsp;? l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on va faire \u00e7a, \u00e9crire&nbsp;? o\u00f9 l\u2019on est d\u00e9j\u00e0 en train, avant m\u00eame que le crayon ait touch\u00e9 le papier, ou les doigts le clavier&nbsp;? o\u00f9 l\u2019on va \u00e9crire, et c\u2019est sensiblement d\u00e9-crire&nbsp;? de l\u2019\u00e9criture qui se d\u00e9fait en se faisant&nbsp;? et ce qui s\u2019est \u00e9crit n\u2019est pas encore \u00e9crit&nbsp;? il va falloir le r\u00e9-crire&nbsp;? \u2014&nbsp;<em>!!!<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>D\u2019accord. Mais cette esp\u00e8ce de sc\u00e8ne ne peut se d\u00e9couvrir qu\u2019\u00e0 travers un dispositif sp\u00e9cifique (pour moi&nbsp;? \u2014 cryptique&nbsp;?), par transparence, dans le filigrane de cet \u00e9pisode aussi central qu\u2019un trou noir\u2026 alors qu\u2019elle se manifeste partout ailleurs. \u2014 Quelque chose de l\u2019arc-en-ciel&nbsp;? La lumi\u00e8re est partout, invisible en cela qu\u2019elle nous donne \u00e0 voir. Et pourtant, il suffit d\u2019un petit nuage noir, \u00e0 peine, et pluvieux dans le ciel bleu, immense et vorace, pour qu\u2019elle apparaisse et se d\u00e9ploie dans tout son spectre de couleurs. Magie noire&nbsp;? \u2014&nbsp;<em>!!!<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Je ne souhaite pas, je ne veux pas commenter les <em>zaptualit\u00e9s<\/em>, mais<s> le probl\u00e8me de l\u2019interdiction des abayas en milieu scolaire m\u2019interpelle. Depuis le foulard ou le voile, dit \u00ab\u00a0islamique\u00a0\u00bb (et j\u2019\u00e9tais jeune), puis les tchador, hijab, niqab, burqa, et sa variante caricaturale burkini, et maintenant l\u2019abaya, que je ne connaissais pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je me dis deux choses. D\u2019abord, encore le v\u00eatement, l\u2019apparence&nbsp;: mais \u00e0 force d\u2019\u00e9tiqueter sur les v\u00eatements des signes, quand on aura fait le tour de la garde-robe, fait dispara\u00eetre le tissu, le textile sous toutes ses coutures, l\u2019esth\u00e9tique en formes et en couleurs, la sensualit\u00e9 et la beaut\u00e9, sous le symbole ou l\u2019id\u00e9ologie, on s\u2019attaquera \u00e0 la peau, au corps&nbsp;?&nbsp;La sagesse populaire selon laquelle <em>l\u2019habit ne fait pas le moine<\/em> ne vaut plus, on n\u2019y croit plus&nbsp;? Ensuite, \u00e0 remettre sur le m\u00e9tier de la sc\u00e8ne politique un mot inconnu (et je ne dois donc pas \u00eatre le seul), de consonance \u00e9trang\u00e8re, n\u2019y a-t-il pas l\u00e0, aussi, une guerre de la langue qui ne dit pas son nom \u2014 d\u2019o\u00f9 la place de cette note ici \u2014, cach\u00e9e qu\u2019elle est derri\u00e8re, justement, le v\u00eatement sonore des mots, quand le signifiant d\u00e9passe en signification \u2014 et bien malgr\u00e9 lui, pauvres de nous \u2014 le signifi\u00e9, le sens m\u00eame et le r\u00e9f\u00e9rent&nbsp;? (Qui a vu dans l\u2019abaya un kimono&nbsp;? ou une robe&nbsp;?) Et puis \u2014 et \u00e7a fait trois choses \u2014, le probl\u00e8me intervenant dans le cadre de la rentr\u00e9e scolaire, l\u2019interdiction n\u2019est-elle pas une petite d\u00e9monstration de force, sous couvert de la\u00efcit\u00e9, faisant \u00e9cran aux enjeux majeurs de l\u2019\u00e9ducation nationale&nbsp;? Quoi qu\u2019il en soit,<\/s> esp\u00e9rons que les directeur\u00b7rices, les principaux\u00b7ales, les proviseur\u00b7es et surtout les enseignant\u00b7es auront souhait\u00e9 une bonne rentr\u00e9e et une excellente ann\u00e9e scolaire aux \u00e9l\u00e8ves.<\/li>\n\n\n\n<li>(L\u2019\u00e9pisode serait aussi proprement animal, fauve. Il a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 plus d\u2019une fois. Il a peut-\u00eatre toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, sous-jacent, latent. C\u2019est le seul moyen, l\u2019\u00e9vocation&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>((Je me dis aussi, parfois \u2014 ce n\u2019est pas vrai, mais \u00e7a tombe maintenant comme sur tout ce que j\u2019essaie de faire et de comprendre depuis\u2026 \u2014, que tout ce que j\u2019\u00e9cris, un peu, beaucoup, etc., par petits bouts, parfois, mais toujours trop, souvent \u2014 savoir se taire, savoir se taire, savoir se taire\u2026 \u2014, je me dis que ce n\u2019est que le terreau et le fumier malheureusement n\u00e9cessaires pour qu\u2019un jour le fruit m\u00fbr de l\u2019\u00e9criture \u2014 allez savoir en quelle saison \u2014 tombe enfin comme une \u00e9vidence \u00e0 croquer. Et tant mieux si on l\u2019a confondu avec une de ces grosses larves infectes, mais riches, dont se nourrissent encore quelques rares hommes de peuplades archa\u00efques.))<\/li>\n\n\n\n<li>(((C\u2019est fou comme les pupes de vers \u00e0 soie peuvent avoir l\u2019air de figues s\u00e9ch\u00e9es, cannel\u00e9es. \u2014&nbsp;<em>!!!<\/em>)))<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Un chant incurv\u00e9, un sifflement unique que l\u2019on module et qui creuse, dans la nuit, une \u00e9trange cuvette. Puis un autre, \u00e0 peu de distance, fait de m\u00eame. Et qui se r\u00e9p\u00e8te et qui ricoche&nbsp;!&nbsp;\u00bb (<em>Sangliers<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Avec ce que propose <em>f<\/em> \u00e0 l\u2019appui Gertrude Stein, me revient en m\u00e9moire ce que Michel Charles, au sujet de Balzac (<em>Modeste Mignon<\/em>), avance dans <em>Composition&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;L\u2019histoire ancienne donne une nouvelle lumi\u00e8re \u00e0 la sc\u00e8ne actuelle. Le roman en amont nourrit le roman que je lis. \u00c0 mesure que le narrateur prolixe me nourrit d\u2019informations, les couleurs se modifient. Le discours des causes joue un r\u00f4le capital dans les changements de r\u00e9gime. Or, \u00e0 chaque pas peut surgir une cause, c\u2019est-\u00e0-dire une histoire, voire un roman.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-11-premiere-nuit-avec-me\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-11-premiere-nuit-avec-me\/\">texte 11.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"240\">\n<li>\u00c0 propos des choses parties en vrille et qui ont l\u2019air en vrac, <em>Les Motifs<\/em> de Laurent Mauvignier&nbsp;: je viens de le recevoir par voie postale, je ne l\u2019ai pas achet\u00e9 en librairie et pas compar\u00e9 avec d\u2019autres livres, et l\u2019\u00e9dition que je poss\u00e8de est totalement invers\u00e9e&nbsp;: quand j\u2019ouvre le livre, c\u2019est-\u00e0-dire avec le titre, l\u2019auteur et sa photo bien lisibles et visibles, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur les pages sont \u00e0 l\u2019envers, la page de titre est \u00e0 l\u2019envers, puis la page d\u2019introduction et ainsi de suite&nbsp;; or, en retournant le livre pour obtenir ces pages \u00e0 l\u2019endroit, il se trouve que l\u2019ordre des pages est invers\u00e9&nbsp;: la page de titre est devenue la derni\u00e8re page, les pages impaires se retrouvent \u00e0 gauche et le livre se lit comme un manga\u2026 Heureusement, les lettres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 invers\u00e9es et les mots, les phrases, ne se lisent pas de droite \u00e0 gauche ni de bas en haut. Mais la lecture promet quand m\u00eame d\u2019\u00eatre une \u00e9preuve. \u2014 Et alors, c\u2019est une \u00e9dition sp\u00e9ciale (propre \u00e0 la maison Diagonale&nbsp;?) pour quel sens offert (une histoire belge&nbsp;?) ou une erreur d\u2019impression, de composition (et quand on s\u2019appelle Gatepaille, pas \u00e9tonnant que \u00e7a tombe sur moi), et quel sens lui donner&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Parfois, je me demande ce que j\u2019ai vraiment \u00e0 dire, si j\u2019ai vraiment quelque chose \u00e0 dire. Je veux dire, soit du point de vue du monde, un discours qu\u2019on aurait sur lui, ou un monde, une \u00e9poque sur le point de dispara\u00eetre \u2014 et disparue depuis longtemps en fait, c\u2019est juste qu\u2019on n\u2019y croit pas, qu\u2019on ne veut pas \u2014, soit sous l\u2019angle de l\u2019acquisition de la langue, d\u2019un monde englouti toujours en attente de na\u00eetre et rena\u00eetre, avec ses personnages \u00e0 r\u00e9inventer, ses lieux, ses zones inconnues, ses poches de temps instables \u2014 et va savoir quelles id\u00e9es et sensations imbriqu\u00e9es \u2014, soit du point de fuite, disons, de l\u2019imagination, de l\u2019invention, genre r\u00e9cit d\u2019anticipation. Bref, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le rapport au(x) monde(s), de l\u2019autre la relation \u00e0 la langue, dans l\u2019intervalle infime tous les possibles du livre \u00e0 l\u2019infini. Et moi, dans tout \u00e7a, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mes pompes&nbsp;? Pour me rassurer, je peux relire Perec, par exemple, <em>L\u2019Infra-ordinaire<\/em>, par petits bouts, \u00e0 voix haute, comme on r\u00e9cite encore une fois tel et tel versets. Et voil\u00e0 que dans ma messagerie, au d\u00e9tour d\u2019une newsletter, un m\u00e9chant et r\u00e9aliste chroniqueur musical, \u00e0 travers le rock et la sortie d\u2019un \u00e9ni\u00e8me album des Rolling Stones \u2014 on voit comme j\u2019affabule \u2014, me rappelle \u00e0 l\u2019ordre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Stones, c\u2019est super. Mais la vision un peu rassie du rock que v\u00e9hicule ce retour fait mal aux esgourdes. Les Stones, ce n\u2019est pas que des bons disques, c\u2019est aussi une grosse machine \u00e0 cash, et une certaine id\u00e9e du gigantisme \u00e0 vous coller la naus\u00e9e. Il s\u2019est pass\u00e9 tellement de choses depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 dans le rock que ces effluves de naphtaline et la dose de conservatisme qu\u2019elles charrient ne me disent rien qui vaille.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li><s>J\u2019ai parl\u00e9 de <em>guerre de la langue<\/em>&nbsp;: non&nbsp;! C\u2019est plut\u00f4t que<\/s> tous ces mots, le jeu des sonorit\u00e9s et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 <s>sous le coup de la Loi et des m\u00e9dias,<\/s> me semblent finalement s\u2019adresser plus aux tripes qu\u2019\u00e0 la raison<s>, et enfoncer un peu plus le clou de l\u2019esp\u00e8ce de proph\u00e9tie de malheur dite choc des civilisations avanc\u00e9e par\u2026 Samuel Huntington (merci Wikip\u00e9dia) \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment, <em>The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order<\/em>.<\/s><\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Interroger l\u2019habituel. Mais justement, nous y sommes habitu\u00e9s. Nous ne l\u2019interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire probl\u00e8me, nous le vivons sans y penser, comme s\u2019il ne v\u00e9hiculait ni question ni r\u00e9ponse, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait porteur d\u2019aucune information. Ce n\u2019est m\u00eame plus du conditionnement, c\u2019est de l\u2019anesth\u00e9sie. Nous dormons notre vie d\u2019un sommeil sans r\u00eaves. Mais o\u00f9 est-elle, notre vie&nbsp;? O\u00f9 est notre corps&nbsp;? O\u00f9 est notre espace&nbsp;?&nbsp;\u00bb (Georges Perec, <em>L\u2019Infra-ordinaire<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>(Et sinon, \u00e7a va&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 11.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"245\">\n<li>Et je me retrouve encore une fois \u00e0 feuilleter mes vieux journaux. Je dois dire que c\u2019est plut\u00f4t illisible. Je me demande parfois ce que je voulais vraiment dire. Pas grand-chose, bien s\u00fbr. Sinon la recherche du jeu avec la langue, si simple f\u00fbt-il&nbsp;: <em>renversement<\/em>, <em>r\u00e9version<\/em>, <em>revers<\/em>, par exemple&nbsp;: ces mots de la m\u00eame famille dans une phrase obscure, absconse, mais qui essayait de dire quelque chose \u00e0 ce sujet justement, la famille.<\/li>\n\n\n\n<li>(Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9, cette citation de <em>La Carte postale<\/em> de Derrida \u2014 avec cette large rupture dans la phrase, un grand vide dans la ligne qui peut \u00e9voquer une t\u00e9l\u00e9portation, quand on est l\u00e0, et l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s on est l\u00e0-bas (image \u00e0 creuser) \u2014 qui me fait penser que, d\u2019une certaine mani\u00e8re \u2014 la mani\u00e8re de celle qui invite \u00e0 noircir des pages de journaux \u2014, je cherchais aussi de la compagnie&nbsp;?&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous aurions d\u00fb vivre en train, je veux dire beaucoup plus vite que nous ne l\u2019avons fait. Souvent je pense \u00e0 l\u2019exemple de la femme enceinte qui, voyageant dans l\u2019espace \u00e0 telle vitesse, apr\u00e8s neuf mois du temps de son enfant, revient lui donner le jour sur terre, et tout le monde a vieilli de vingt ans, toutes les conditions sont chang\u00e9es. Je pense aussi aux \u201ctrous noirs\u201d de l\u2019univers o\u00f9 nous nous sommes aim\u00e9s, je pense \u00e0 toutes les lettres que je ne t\u2019aurai jamais envoy\u00e9es, \u00e0 toute la correspondance que nous aurons r\u00eav\u00e9 ensemble, je pense que je ne sais plus o\u00f9 je vais, je pense \u00e0 tous ces coups du sort, je pense \u00e0 toi&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; si tu \u00e9tais l\u00e0, je t\u2019entra\u00eenerais quelque part et sans attendre nous nous ferions un enfant, puis nous reviendrions nous asseoir dans ce compartiment comme si de rien n\u2019\u00e9tait.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li><em>f&nbsp;<\/em>: <em>Et vos personnages \u00e0 vous, ils et elles lisent quoi, comment, quand, o\u00f9&nbsp;?<\/em> \u2014 Voil\u00e0 qui tombe bien, le narrateur se posait justement la question.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-11bis-territoires-de-lecture\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-11bis-territoires-de-lecture\/\">texte 11bis<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"248\">\n<li>Et dans l\u2019<em>Animalanguie<\/em> \u2014 \u00ab&nbsp;[\u2026] c\u2019est quand m\u00eame \u00e9trange, l\u2019\u00e9criture. Il y a une esp\u00e8ce de bloc de r\u00e9sistance, de refus, l\u00e0-dedans, qui est tr\u00e8s farouche, tr\u00e8s exclusif et excluant. [\u2026] Un territoire animal. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on ne peut pas y entrer si on n\u2019y est pas autoris\u00e9. \u00c7a reste absolument vrai. Et en m\u00eame temps [\u2026]&nbsp;\u00bb (<em>Les Motifs de Laurent Mauvignier<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Ce bloc-fauve, une assise du bloc-paragraphe&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #10 et #10bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"230\">\n<li>Pas de notes parall\u00e8les. Elles ont suffisamment \u00e9t\u00e9 pirat\u00e9es comme \u00e7a. Ou quand m\u00eame&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-chimeres-2012-2-page-123.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-chimeres-2012-2-page-123.htm<\/a> Sinon les consignes de <em>f<\/em>, constituant en grande partie la faille de ce qui est arriv\u00e9&nbsp;: a. <em>Protestations, r\u00e9tablissements de v\u00e9rit\u00e9s, secrets que l&rsquo;auteur ignorera toujours de son propre personnage. Et revendications, g\u00e9missements non mais oui, insurrection du personnage contre \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb, son auteur\u2026<\/em> (et je les ai trouv\u00e9s bien sages \u00e0 ce niveau-l\u00e0, ils n\u2019ont pas tout dit, mais \u00e9videmment ils ont de qui tenir).&nbsp;|b. La question de savoir <em>ce que fait votre personnage quand vous n\u2019\u00eates pas l\u00e0 pour l\u2019\u00e9crire.<\/em> | c. L\u2019exigence <em>que les relatives ne surgissent qu\u2019une phrase sur trois, ou sur quatre, ou sur cinq<\/em>. \u2014 Et rien d\u2019autre sinon, pourquoi pas, en suivant, l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-harde-roc\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-05-harde-roc\/\">l\u2019origine du r\u00eave des sangliers m\u00e9canos<\/a>, ce qui, peut-\u00eatre, permettra de mieux le comprendre, du moins d\u2019en sentir la teneur. (allez avoue que c\u2019est pour recycler un texte isol\u00e9)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-10-et-10bis-notes-invaders\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-10-et-10bis-notes-invaders\/\">Texte 10-10bis<\/a><\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #09 et #09bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"164\">\n<li>|| Le Mur de la nuit ||<\/li>\n\n\n\n<li>Le narrateur du texte d\u2019appui (un King) s\u2019appelle Jake. L\u2019\u00e9tonnant, c\u2019est qu\u2019on l\u2019apprend sinon par la n\u00e9gative, du moins par d\u00e9faut, quand le narrateur rappelle d\u2019abord son pr\u00e9nom \u00e0 son interlocuteur, Harry, \u00ab&nbsp;Va pour Jake&nbsp;\u00bb, et lorsqu\u2019il rapporte plus loin qu\u2019 \u00ab&nbsp;il n\u2019arriverait apparemment jamais \u00e0 dire Jake&nbsp;\u00bb. Identit\u00e9 flottante. \u00c7a laisse place \u00e0 l\u2019affabulation. Du moins, \u00e7a la signifie en tant qu\u2019objet, artifice, d\u2019\u00e9criture. On n\u2019est pas loin de <em>joke<\/em>\u2026 Et King aurait peut-\u00eatre pu tout aussi bien \u00e9crire <em>Jack<\/em>. <em>Jack<\/em>&nbsp;: quand on sait qu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019un nom commun \u2014 <em>cric<\/em>, <em>prise<\/em>, <em>v\u00e9rin<\/em>, <em>connecteur<\/em>, <em>cochonnet<\/em> (aux boules), <em>valet<\/em> (aux cartes) \u2014 relatif \u00e0 un dispositif sans lequel \u00e7a ne marche pas, ou moins bien, un auxiliaire bien utile (comme un adjuvant dans les th\u00e9ories du conte&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li>La proposition de <em>f<\/em>, \u00e0 partir d\u2019 \u00ab&nbsp;un \u00e9l\u00e9ment r\u00e9manent de l\u2019enfance [\u2026], sous forme arch\u00e9type, ou abstraite, ou m\u00eame g\u00e9om\u00e9trique, ou simple couleur [\u2026], qui soit identifiable dans ce que vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, et puisse lui servir de prolongement&nbsp;\u00bb, me renvoie \u00e0 un texte d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, avec le boucher-charcutier ambulant, Biguereau. Ce qu\u2019il vient faire dans cette gal\u00e8re des \u00e9tudes, de Sciences et de Lettres&nbsp;? Des steaks. Je ne repartais pas (ou rarement) dans mes piaules d\u2019\u00e9tudiant (plus ou moins) sans quelques morceaux de b\u0153uf taill\u00e9s dans une belle pi\u00e8ce sous mes yeux (ou ceux de Lulu). \u2014 Ce qui devrait me permettre de recouper la question de l\u2019<em>animalangue<\/em>. \u2014 (Et de rejoindre la Harde&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>(Que faire de la poissonni\u00e8re et de ses livres&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Apr\u00e8s ma lecture sur le ch\u00eane, <em>Sangliers \u2013 G\u00e9ographies d\u2019un animal politique<\/em>. Voil\u00e0 qui devrait plaire \u00e0 Emma.<\/li>\n\n\n\n<li>Il existe des trait\u00e9s de cyn\u00e9g\u00e9tique, mais une \u00e9criture cyn\u00e9g\u00e9tique&nbsp;? une \u00e9criture en chasse&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Et c\u2019est l\u00e0, je pense, que ce brouillard d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 m\u2019a aval\u00e9 tout entier&nbsp;\u00bb, \u00e9crit King, \u00e0 propos du personnage, Al Templeton, qui vint de perdre en une journ\u00e9e, et c\u2019est impossible, une quinzaine ou une vingtaine de kilos. Comment faire avec les steaks de Biguereau un tel brouillard&nbsp;? \u2014 Moi, je dis que \u00e7a va barder pour le texte.<\/li>\n\n\n\n<li>La consigne c\u2019\u00e9tait avec Calvino, avec \u00ab&nbsp;expos\u00e9 du dispositif&nbsp;\u00bb d\u2019\u00e9criture, avec \u00ab&nbsp;<em>ce micro-d\u00e9calage<\/em>&nbsp;\u00bb consistant \u00e0 retourner le gant du descriptif pour \u00ab&nbsp;y introduire cette <em>activit\u00e9<\/em> qui est d\u2019abord <em>retrait<\/em>, place vide&nbsp;\u00bb. Ce qui me fait penser \u00e0 ce beau passage de Sylvie Germain sur l\u2019usage du conditionnel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre, m\u00eame, le conditionnel entretient-il un rapport plus intime avec le r\u00e9el que les temps de l\u2019indicatif (le futur ant\u00e9rieur mis \u00e0 part), ces derniers exposant ce qui est, factuellement, alors que le conditionnel raconte ce qui sommeille, ce qui fermente dans la p\u00e2te du r\u00e9el&nbsp;; l\u2019indicatif d\u00e9crit le r\u00e9el, il le fait parler, le conditionnel le sonde et le fait r\u00e9sonner, en d\u00e9voilant ainsi l\u2019ampleur de la complexit\u00e9 et de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, et l\u2019abondance de possibilit\u00e9s. En outre, le conditionnel rend compte des scrupules du romancier h\u00e9sitant \u00e0 enfermer ses personnages dans telle ou telle situation, entrant dans la nuit de la langue en qu\u00eate de mots ajust\u00e9s \u00e0 son d\u00e9sir de dire qui toujours d\u00e9passe sa capacit\u00e9 de dire. C\u2019est en cela qu\u2019il est particuli\u00e8rement appropri\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque \u2014 tout en s\u2019y refusant.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>En lisant le texte-liste d\u2019Emma \u00e0 travers King, je me rends compte que je n\u2019avais compris ce que propose <em>f<\/em>. Il y est question de lieux (h\u00f4tel, bar, \u00e9picerie, usine, piscine, etc.). M\u00eame chose avec J\u00e9r\u00e9mie&nbsp;: station-essence, couloir, rue en pente, champ de ma\u00efs \u2014 mais surtout&nbsp;: Ailleurs\u2026 Ailleurs\u2026 Ailleurs\u2026 Catherine K, pour \u00ab&nbsp;Un possible ailleurs&nbsp;\u00bb. Et Sybille pour \u00ab&nbsp;un terrain vague dans la t\u00eate&nbsp;\u00bb, avec \u00ab&nbsp;un bosquet, un champ, un bout de ruisseau&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;de hautes herbes, quelques arbres, un buisson&nbsp;\u00bb, pour \u00ab&nbsp;un espace de retrait&nbsp;\u00bb o\u00f9 sont des \u00ab&nbsp;espaces d\u2019errances et d\u2019aventures&nbsp;\u00bb. \u2014 Mais ce sont les derniers textes. Remontons aux premiers de corv\u00e9e de la proposition d\u2019\u00e9criture. Ah, le petit texte d\u2019Ugo, s\u00e9minal&nbsp;: \u00ab&nbsp;lieu pr\u00e9sent, sans pass\u00e9, ni m\u00e9moire, toujours l\u00e0 dans les r\u00eaves adultes, les espoirs d\u2019enfance, les derni\u00e8res visions du vieillard.&nbsp;\u00bb Ce \u00e0 quoi j\u2019ajouterais bien, avec Jank\u00e9l\u00e9vitch&nbsp;: \u00ab&nbsp;aucune d\u00e9gradation d\u2019\u00e9nergie n\u2019est \u00e0 craindre&nbsp;: le presque-rien est aussi m\u00e9taphysiquement in\u00e9puisable que le renouveau est inlassable, et celui qui l\u2019entrevoit dans l\u2019\u00e9merveillement d\u2019un \u00e9clair l\u2019accueille comme le premier homme accueillerait le premier printemps du monde&nbsp;: avec un c\u0153ur de vingt ans et une innocence de huit heures du matin.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Et va retrouver \u00e7a dans les steaks de Biguereau maintenant\u2026)<\/li>\n\n\n\n<li>((Dans une salve textuelle, peut-on mesurer \u00e0 quel point les premiers textes prennent des risques&nbsp;? ou cherchent \u00e0 coller \u00e0 la consigne&nbsp;? combien les suivants, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de comprendre celle-ci sans succ\u00e8s, s\u2019\u00e9chinent \u00e0 imiter les premiers&nbsp;? ou d\u00e9tournent gentiment l\u2019exercice comme ils l\u2019entendent&nbsp;? quand les derniers ont l\u00e2ch\u00e9 l\u2019affaire depuis longtemps&nbsp;? et peut-\u00eatre n\u2019ont-ils pas lu la consigne d\u2019\u00e9criture, pris qu\u2019ils sont par la fa\u00e7on dont le texte se d\u00e9ploie tout seul&nbsp;? ou peut-\u00eatre l\u2019ont-ils lue pour mieux la contrefaire&nbsp;? \u2014 et ceux qui n\u2019ont rien \u00e9crit mais n\u2019en pensent pas moins, en deux ou trois lignes comme \u00e7a, fa\u00e7on F\u00e9n\u00e9on, ou m\u00eame pas&nbsp;: une phrase d\u2019amorce, un mot d\u2019accroche et tout est l\u00e0, en puissance, et c\u2019est tr\u00e8s bien&nbsp;? (Je parle pour moi.)))<\/li>\n\n\n\n<li>Faire de ce morceau de chair le <em>jack<\/em> autour duquel vont s\u2019agencer, comme les \u00e9toiles d\u2019une constellation (ou les boules autour du cochonnet&nbsp;?), les blocs de texte, du lieu, de souvenir et d\u2019imaginaire. Au commencement \u00e9tait la chair\u2026<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09-la-piece-du-boucher\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09-la-piece-du-boucher\/\">texte 09<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"176\">\n<li>Je viens de reprendre ce texte d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit. J\u2019ai ajout\u00e9 de quoi l\u2019introduire dans l\u2019univers o\u00f9 je me trouve, j\u2019ai remani\u00e9 certains passages (et ce n\u2019\u00e9tait pas du luxe), j\u2019essaie maintenant de lui trouver une fin (la cuisson du steak&nbsp;?). Il faudrait surtout une nouvelle relecture qui s\u2019appuie sur le travail de Biguereau dans son camion, la d\u00e9coupe. Et ce qui reste, qui rel\u00e8verait de la consigne d\u2019\u00e9criture initiale, en chambre froide.<\/li>\n\n\n\n<li>La vraie modification importante&nbsp;: du <em>je<\/em> au <em>il<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Finalement, un texte \u00e0 trous, entre bloc-paragraphe et s\u00e9rie de paragraphes&nbsp;: une fa\u00e7on de balbutier&nbsp;? Qui, alors, pour articuler&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| Le Mur de la nuit. Quand le mur se fond dans le plafond. Quand il n\u2019y a plus ni mur ni plafond, seulement des zones d\u2019ombre. Plus ou moins sombres, mais de r\u00e9elles limites entre le plus et le moins. Deux zones distinctes fondues l\u2019une dans l\u2019autre. Toutes les zones sous toutes les formes floues. Il n\u2019y avait que le mobile dans cette chambre sans lampe pour les r\u00e9duire. Cr\u00e9er un semblant d\u2019espace. Des angles. La lumi\u00e8re du fond d\u2019\u00e9cran. La lueur plate \u00e0 la verticale de la nuit. L\u2019heure-\u00e9cran perpendiculaire. Le Mur de la nuit. Toutes limites confondues dans une esp\u00e8ce de gr\u00e9sillement d\u2019ombres. Les angles morts. Le gr\u00e9sil de l\u2019ombre.||<\/li>\n\n\n\n<li>(<em>Outils du roman<\/em> \u2014 \u00ab&nbsp;Que chaque phrase, chaque paragraphe ait sa fonction unique dans l\u2019\u00e9conomie du texte. Si c\u2019est une diversion, une ouverture potentielle vers autre chose, ou bien une impasse, un resserrement, ou que cela ne contribue pas \u00e0 l\u2019\u00e9conomie narrative&nbsp;: danger. [\u2026] Point par point. Ce qui va, ce qui ne va pas, ce qui tombe, et \u2014 surtout des surtout \u2014, ce qui d\u00e9signe et appelle une image non \u00e9crite encore, et qui scellera le durcissement du texte.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>Pour <em>que le temps int\u00e9rieur du narrateur (ou de l&rsquo;auteur), dans ses perceptions, dans ses observations, dans ses surprises ou r\u00e9miniscences, soit l\u00e9g\u00e8rement <\/em>d\u00e9tach\u00e9<em> du temps de cette sc\u00e8ne, puisque les personnages, eux, en vivent le pr\u00e9sent<\/em> (indique <em>f<\/em>), quoi de mieux qu\u2019une s\u00e9ance musicale, o\u00f9 l\u2019on peut \u00eatre d\u00e9tach\u00e9 de soi-m\u00eame&nbsp;? Or, il se trouve que la Fnac, o\u00f9 l\u2019on pouvait \u00e9couter n\u2019importe quel disque, a fini par d\u00e9m\u00e9nager. En passant de la place Saint Christoly \u00e0 un pignon sur la rue Sainte Catherine, elle a gagn\u00e9 en surface, en hauteur, nous en espace et en mouvement, en lumi\u00e8re (en produits \u00e0 l\u2019occasion et en chiffre d\u2019affaires certainement)&nbsp;; mais, fini l\u2019\u00e9coute de disques \u00e0 l\u2019infini.<\/li>\n\n\n\n<li>(\u00c7\u2019aurait pu \u00eatre pire&nbsp;: le Virgin de la place Gambetta, lui, a ferm\u00e9. Et depuis dix ans maintenant, \u00e0 la place&nbsp;: rien.)<\/li>\n\n\n\n<li>((Je me demande si je n\u2019en fais pas trop ici, parfois. Si je ne <em>spoile<\/em> pas le texte. Ce que je viens d\u2019\u00e9crire pourrait bien en constituer une porte d\u2019entr\u00e9e. Oui, l\u2019entr\u00e9e de la Fnac, des Fnacs. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019\u00e9coute, de l\u2019autre&nbsp;: rien.))<\/li>\n\n\n\n<li>Toutes ces notes, en marge des textes, si d\u00e9tach\u00e9es soient-elles d\u2019eux, d\u2019elles, et d\u2019elles-m\u00eames&nbsp;: je me demande s\u2019il n\u2019y a pas lieu \u2014 \u00ab&nbsp;situation ambigu\u00eb de celui qui se sent conna\u00eetre ce qu\u2019il se sait ignorer&nbsp;\u00bb, comme dit Jank\u00e9l\u00e9vitch \u2014 de consid\u00e9rer l\u2019ensemble comme un dialogue plus coh\u00e9rent que je n\u2019oserais et ne saurais le dire.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09bis-plages-decoute\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09bis-plages-decoute\/\">texte 09bis<\/a><\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"185\">\n<li>Quand Duras \u00e9coute Miossec&nbsp;: j\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 par le <em>Lacan \u00e9coute les Cramps<\/em> de L\u00e1szl\u00f3. (Avis aux amateur, avec aussi \u00ab&nbsp;Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari \u00e9coutent Can&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Michel Foucault \u00e9coute le Velvet Underground&nbsp;\u00bb.)<\/li>\n\n\n\n<li>Retour \u00e0 la structure, apr\u00e8s un moi(s) de vacance(s). \u2014 O\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 question de hanami avec Moeha, la f\u00eate des fleurs de cerisiers au moment de leur chute sous les rafales du vent. Elle sortait d\u2019Oume, sa ville natale, avec ses parents et son fr\u00e8re pour un pique-nique dans les contreforts de l\u2019arri\u00e8re-pays de Tokyo, en direction du mont Kumotori. Les cerisiers ne faisaient pas de fruits. \u2014 O\u00f9 Sofia a rapport\u00e9 un flacon de parfum sentant la plage, l\u2019air marin et les notes de cr\u00e8me solaire lui rappelant ses longues promenades dans Odessa, le long de la mer, des plages, vers le port et l\u2019escalier du Potemkine, le centre, le parc Taras Shevchenko, et la gare, la for\u00eat du cimeti\u00e8re chr\u00e9tien et vers le parc Gorky, o\u00f9 elle habitait.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #08 et #08bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"145\">\n<li>J\u2019avais l\u2019air de d\u00e9lirer en lisant Emma, avec ce petit dialogue d\u00e9cal\u00e9 et son <em>faillot<\/em>, mais peut-\u00eatre pas tant qu\u2019on pourrait le croire. La faille, je la retrouve en lisant Sylvie Germain comme un trait essentiel de \u00ab&nbsp;l\u2019immense et tumultueuse communaut\u00e9 humaine qui, de g\u00e9n\u00e9rations en g\u00e9n\u00e9rations et sous toutes les latitudes, se transmet une <em>faille<\/em> \u2014 une griffure d\u2019incertitude, une plaie d\u2019incompl\u00e9tude que rien ne peut suturer, la piq\u00fbre d\u2019un manque que rien ne peut combler&nbsp;\u00bb. On notera l\u2019importance de la transmission, et de la forme r\u00e9fl\u00e9chie, de l\u2019autor\u00e9alisation. Mais comment dirait-on dans une autre langue&nbsp;? Pour quelle autre connotation, quelle autre fuite de sens&nbsp;? D\u2019autant que Germain s\u2019appuie sur la po\u00e9sie de Paul Celan, sur ce mot en particulier, la gueule du sens fendue, <em>Wundgelesenes<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>wund<\/em> \u2014 bless\u00e9, meurtri, \u00e9corch\u00e9, excori\u00e9\u2026, et <em>gelesenes<\/em> \u2014 d\u00e9riv\u00e9 du participe pass\u00e9 du verbe <em>lesen<\/em>, lire.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>|| Un mur, \u00e7a fait \u00e9cran. Et aujourd\u2019hui certains \u00e9crans ont la taille d\u2019un mur. L\u2019un dans l\u2019autre, c\u2019est \u00e7a le Mur&nbsp;? | Au Violon sur le sable, plage de Royan, il faut se lever t\u00f4t pour obtenir la meilleure place en face de la sc\u00e8ne, ni trop loin ni trop pr\u00e8s, peut-\u00eatre un peu excentr\u00e9e. Une fois, le speaker a f\u00e9licit\u00e9 celle qui s\u2019\u00e9tait install\u00e9e d\u00e8s le matin vers 9 h. Elle aura pass\u00e9 la journ\u00e9e dans l\u2019eau, pique-niqu\u00e9 sur place, vaqu\u00e9 sur le front de mer, le port, fait faire un tour de carrousel aux enfants, mang\u00e9 une glace avec eux, etc., en attendant le spectacle musical \u00e0 22 h. Mais quand on arrive au dernier moment, sans avoir r\u00e9serv\u00e9 de place assise, on se retrouve g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la sc\u00e8ne, quasi invisible, devant un grand \u00e9cran, si pr\u00e8s qu\u2019il faut s\u2019allonger pour voir le mur d\u2019image, \u00e9norme, sans se casser le cou. Ou m\u00eame, tu te retrouves derri\u00e8re ce mur, assis devant une t\u00e9l\u00e9 et tu te demandes ce que tu fous l\u00e0. Parce que t\u2019aurais pu voir la m\u00eame chose, en mieux peut-\u00eatre, dans ton divan, devant ta t\u00e9l\u00e9 connect\u00e9e, un programme \u00e0 la carte choisi avec soin. Et alors t\u2019aurais pas eu ce vent cinglant pour la saison qui ne veut pas tomber, pas eu le sable dans les yeux, peut-\u00eatre la bruine qui menace le spectacle de s\u2019arr\u00eater. Ou la chaleur suffocante et moite, tu d\u00e9goulines. T\u2019imagines les musiciens sur sc\u00e8ne, dans leurs costards, sous les projecteurs. Luisant au moindre gros plan. Le chef d\u2019orchestre n\u2019arr\u00eate d\u2019ailleurs pas de s\u2019\u00e9ponger le cr\u00e2ne. Et l\u2019autre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il conna\u00eet tout par c\u0153ur et il fredonne, il chantonne, faux. La diva, gu\u00e8re mieux, trop fort. Les retardataires qui marchent sur ta serviette, une bonne gicl\u00e9e de sable. Derri\u00e8re, blablabla, c\u2019est incessant. Le sketch avec cet humoriste, compositeur de jingle t\u00e9l\u00e9, va comprendre. On est grand public, mais quand m\u00eame&nbsp;! Et l\u2019image qui saute du cameraman qui a d\u00fb encore glisser. T\u2019as oubli\u00e9 le coupe-vent, \u00e9videmment, tu te les g\u00e8les. Ah&nbsp;! les cris des enfants&nbsp;! Et comment il a fait celui-ci pour s\u2019endormir et ronfler\u2009? Mais t\u2019es comme lui au fond, le quart d\u2019heure petit ballet froufrou \u00e0 tutu\u2026 Et merde, la bouteille de bi\u00e8re oubli\u00e9e, renvers\u00e9e&nbsp;! \u2014 Et le feu d\u2019artifice avec la musique, c\u2019\u00e9tait g\u00e9nial, hein&nbsp;? \u2014 Ben j\u2019ai rien vu, j\u2019\u00e9tais trop pr\u00e8s de l\u2019\u00e9cran. En plein dans l\u2019image de veille. | Une histoire comme \u00e7a, d\u00e9veloppez comme vous voudrez, d\u2019un vieux con sur le sable. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Parfois, j\u2019aimerais arr\u00eater de prendre des notes comme on prend un ap\u00e9ro qui n\u2019en finit pas (c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9), et \u00e9crire, enfin, comme un qui trace son chemin dans une zone aride.<\/li>\n\n\n\n<li>Quand Deleuze parle de l\u2019alcoolique comme celui qui cherche le dernier verre, qui veut aller jusqu\u2019au bout de ce verre en pleine conscience de son ivresse (pas de delirium), peut-on entendre que l\u2019\u00e9crivain est celui qui cherche le dernier mot&nbsp;? \u2014 Demande \u00e0 Duras.<\/li>\n\n\n\n<li>Soit, dans le nouveau texte d\u2019appui, de Claude Simon, cette consid\u00e9ration technique&nbsp;: \u00ab&nbsp;La description (la composition) peut se continuer (ou \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e) \u00e0 peu pr\u00e8s ind\u00e9finiment selon la minutie apport\u00e9e \u00e0 son ex\u00e9cution, l\u2019entra\u00eenement des m\u00e9taphores propos\u00e9es, l\u2019addition d\u2019autres objets visibles dans leur entier ou fragment\u00e9s par l\u2019usure, le temps, un choc (soit encore qu\u2019ils n\u2019apparaissent qu\u2019en partie dans le cadre du tableau), sans compter les diverses hypoth\u00e8ses que peut susciter le spectacle.&nbsp;\u00bb \u2014 La m\u00e9taphore m\u2019\u00e9tonne toujours dans le cadre descriptif. On croit parler de quelque chose au plus pr\u00e8s du r\u00e9el, sous tous les angles possibles par tous les moyens possibles, mais on se retrouve en quelque sorte avec une entit\u00e9 hypercubiste, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019hyperr\u00e9alisme, et on parle, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, de tout autre chose, qui n\u2019en est pas moins r\u00e9elle. (Un peu comme dans les portraits de Francis Bacon, \u00e0 la recherche d\u2019une \u00e9manation, d\u2019une intensit\u00e9 sous le visage, d\u2019une \u00e9nergie&nbsp;?) Et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 ce que je me disais en voulant lire Pierre Lema\u00eetre, <em>Travail soign\u00e9<\/em>. Pour l\u2019\u00e9t\u00e9, je voulais lire un polar, histoire de changer, et Lema\u00eetre est assez r\u00e9put\u00e9 en la mati\u00e8re. Mais je n\u2019ai pas pu aller au-del\u00e0 de la premi\u00e8re page. Et cela, c\u2019est plut\u00f4t idiot, \u00e0 cause de deux comparaisons que j\u2019ai trouv\u00e9es superflues. \u00c0 moins, me suis-je dit, qu\u2019elles ne participent d\u2019une m\u00e9taphore, qu\u2019elles l\u2019annoncent, qu\u2019on la retrouve ailleurs dans le livre, dans un tout autre contexte, une autre description, un autre r\u00e9cit, prolongeant les comparaisons qui, alors, \u00e9clairent d\u2019une lumi\u00e8re et de couleurs nouvelles cette premi\u00e8re page en demi-teinte&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Un d\u00e9tail en expansion. Ce ne sont pas les d\u00e9tails qui manquent, mais les souvenirs. ME a fait des photos avec un appareil jetable&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>En refaisant la chambre de la petite, qui a bien grandi, les jouets ont \u00e9t\u00e9 tri\u00e9s, rang\u00e9s, certains vendus en brocante, d\u2019autres jet\u00e9s. J\u2019ai sauv\u00e9 une voiture de la poubelle. Une voiture en bois tr\u00e8s simple, stylis\u00e9e, presque abstraite. Une voiture de course, type Formule 1, faite d\u2019un morceau de baguette carr\u00e9e jaune moutarde, bords arrondis, bouts biseaut\u00e9s, des roues en forme de cylindres noirs, deux petits devant, deux plus grands derri\u00e8re (les essieux, des tiges de m\u00e9tal \u00e0 travers la baguette), et, fix\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement devant les roues arri\u00e8re, une simple bille de bois pour pilote.<\/li>\n\n\n\n<li>Un trajet en bus. Cette fille qui s\u2019\u00e9tait assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi. Tu \u00e9tais en train de lire les Inrocks. Tu descendais vers la Victoire, tu devais rentrer de l\u2019universit\u00e9. Premi\u00e8re ann\u00e9e de Lettres. Elle \u00e9tait mont\u00e9e dans le centre de Talence&nbsp;? Elle a demand\u00e9 ce que tu lisais. R\u00e9ponse rapide. Elle d\u00e9range&nbsp;? Tu refermes le magazine. La conversation s\u2019engage. Avant de descendre, elle \u00e9crit son adresse sur un bout de papier. Tu n\u2019y es jamais all\u00e9. Ne reste d\u2019elle, surtout, que ce mot que tu ne connaissais pas sous cette forme&nbsp;: un chateaubriand. Et qu\u2019elle \u00e9tait belle, m\u00eame si son visage m\u2019\u00e9chappe.<\/li>\n\n\n\n<li>Un trajet en bus, le si\u00e8ge, le dossier, la page, le papier du magazine, les bruits du bus, les voix, par la fen\u00eatre&nbsp;? le groupe de personnes \u00e0 l\u2019arr\u00eat&nbsp;? la fille qui va monter&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u2019incrustation de sa peau dans la trame descriptive, c\u2019est \u00e7a le vrai motif dans le tapis&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et coupler l\u2019exercice de la description statique \u2014 \u00ab&nbsp;partir d\u2019un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s petit, si possible lui-m\u00eame repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise <em>f<\/em> \u2014 \u00e0 la description en mouvement \u00ab&nbsp;dans une bascule d\u2019\u00e9change permanent du geste et de l\u2019objet&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-08-08bis-lignes-de-bus\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-08-08bis-lignes-de-bus\/\">texte 08-08bis.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"156\">\n<li>Il n\u2019est pas impossible que l\u2019<em>animalangue<\/em> dont j\u2019ai parl\u00e9 ait quelque rapport avec cette id\u00e9e de Sylvie Germain, que&nbsp;: \u00ab&nbsp;La feuille et la peau, le langage et la chair s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent et s\u2019interchangent. Les mots trac\u00e9s sur la feuille s\u2019ing\u00e9nient \u00e0 capter les obscurs courants d\u2019\u00e9nergie qui circulent dans le corps, \u00e0 traduire les non-dits qui parasitent les paroles, les \u00e9clairs sournois qui foudroient la pens\u00e9e et font subitement d\u00e9vier les actions.&nbsp;\u00bb Tout \u00e0 fait dans la perspective de Nathalie Sarraute et de ses <em>Tropismes<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai parl\u00e9 d\u2019un chien \u00e0 la fen\u00eatre, mais \u00e0 Talence, non loin de la barri\u00e8re Saint-Gen\u00e8s, c\u2019\u00e9tait bien un homme qu\u2019on voyait l\u00e0 souvent, fen\u00eatre ouverte, les mains sur le rebord, \u00e0 parler sans cesse en faisant de grands gestes rauques.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse has-text-align-center\">vacance(s)<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"158\">\n<li>Vacance(s) \u2014 une douzaine de jours sans autre clavier que celui du mobile \u2014 essentiellement des photos pour \u00e9crire quoi&nbsp;? \u2014 j\u2019avais emport\u00e9 la machine, le texte sur clef USB, et ce ne sont pas les insomnies qui ont manqu\u00e9, mais&nbsp;: impossible&nbsp;: les journ\u00e9es toujours dehors \u00e0 crapahuter un jour en ville, un autre dans la montagne, et farnienter sur la <em>playa<\/em>&nbsp;; les nuits sans sommeil et nulle part o\u00f9 aller qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du feu des pens\u00e9es en retour de flammes (m\u00eame la cuisine se faisait dortoir (\u2014 la salle de bain&nbsp;? sur le tr\u00f4ne&nbsp;? la machine sur les genoux&nbsp;?!)).<\/li>\n\n\n\n<li>(En attendant, j\u2019ai lu <em>\u00catre un ch\u00eane<\/em>, de Laurent Tillon, et je me suis demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 provenait cet arbre en pleine ville, en plein carrefour, plein trafic ou presque \u2014 il n\u2019existe pas de gros arbre \u00e0 la barri\u00e8re Saint-Gen\u00e8s, mais un tunnel pour les v\u00e9hicules sur lequel passent le tramway et les bus (ou un petit, un peu en retrait, qui ne devait pas exister il y a vingt-cinq ans environ) \u2014 la Place des Martyrs de la R\u00e9sistance&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019avais laiss\u00e9 en plan un tas de livres et de disques sur le bureau. Il y a ces <em>Entretiens avec Francis Bacon<\/em>. Je voulais citer un passage, mais il y a tant de languettes coll\u00e9es, et tant d\u2019autres passages annot\u00e9s d\u2019un trait dans la marge, sans languette sur la page, que je ne sais plus trop de quoi il s\u2018agissait. Mais celui-ci conviendra bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous voyez, vous ne savez pas comment la d\u00e9sesp\u00e9rance de quelqu\u2019un au cours de son travail le poussera tout uniment \u00e0 prendre de la peinture et \u00e0 faire presque n\u2019importe quoi pour sortir de la formule qui porte \u00e0 faire une esp\u00e8ce d\u2019image illustrative. Je veux dire \u00e7a&nbsp;: j\u2019efface tout, carr\u00e9ment, avec un chiffon, ou \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pinceau, ou j\u2019efface avec n\u2019importe quoi, ou projette de la t\u00e9r\u00e9benthine et de la peinture et encore autre chose l\u00e0-dessus pour essayer de briser l\u2019articulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019image, si bien que cette image va cro\u00eetre pour ainsi dire spontan\u00e9ment, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sa propre structure et non pas de la mienne. Apr\u00e8s quoi, votre volont\u00e9 entre en jeu, si bien que vous pouvez vous mettre \u00e0 travailler sur ce que le hasard vous a livr\u00e9 sur la toile. Et \u00e0 partir de tout \u00e7a, peut-\u00eatre, surgira une image plus organique que si elle avait \u00e9t\u00e9 voulue.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>||\u00c0 propos d\u2019image, de la pointe du Cabo Mayor de Santander je me suis essay\u00e9 \u00e0 photographier la mer et le ciel en 50\/50, fa\u00e7on Hiroshi Sugimoto. Avec une fine langue herbeuse en bas \u00e0 droite. Rat\u00e9&nbsp;?||<\/li>\n\n\n\n<li>Autrement dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui. La volont\u00e9 a \u00e9t\u00e9 subjugu\u00e9e par l\u2019instinct.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Et il y a aussi un passage de Sylvie Germain que je voulais citer, mais plus tard, peut-\u00eatre. Il faut terminer ce texte en suspens, et il y a encore beaucoup de choses auxquelles j\u2019ai pens\u00e9 durant ces nuits sans sommeil (m\u00eame s\u2019il ne va rien en rester). Si je n\u2019ai pu taper ce que j\u2019ai imagin\u00e9 ou r\u00eav\u00e9, je l\u2019ai au moins \u00e9crit en me le r\u00e9p\u00e9tant d\u2019une mani\u00e8re, d\u2019une autre, un peu plus ou un peu moins, chaque nuit, ou presque. (Et c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre comme ces feux, hier soir, la nuit tomb\u00e9e, abruti par la fatigue et l\u2019effort contradictoire pour rester \u00e9veill\u00e9, concentr\u00e9 sur une route qu\u2019on ne per\u00e7oit plus, sinon ces feux, ces lumi\u00e8res, ces halos, ces \u00e9blouissements, ce ronronnement qui vous bercerait presque et ces coups de vent m\u00e9caniques et suisses surtout, et pourquoi, et quelques feux clignotants et flottants, et les lignes blanches comme des \u00e9toiles filantes, \u00e0 se soulever, s\u2019\u00e9lever, pour seul espace.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 08-08bis.2<\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-134772\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Figure-1-\u2013-Hommage-rate-a-Hiroshi-Sugimoto-\u2013-photoperso-\u00a9-Will-\u2013-20230816_114607-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Hommage (rat\u00e9) \u00e0 Hiroshi Sugimoto \u2013 photoperso \u00a9 Will \u2013 20230816_114607<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #07 et #07bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"120\">\n<li>|| Le Mur || Le Mur parce qu\u2019il y a d\u2019autres murs. Le mur du ch\u00e2teau, en vert, en rouge, en bleu. Dr\u00f4les de Rues \u00e0 Jonzac, et les murs de la ville illumin\u00e9s, color\u00e9s. Les visages aussi. || \u00c0 un moment donn\u00e9, il y a eu une secousse, les murs ont trembl\u00e9. C\u2019\u00e9tait juste une salve de piano, pas trop forte, et ce visage au loin qui faisait non, non, non devant le micro, et la voix tout en modulations, qui s\u2019avance, qui recule, s\u2019avance, recule, de plus en plus vite. Je ne sais plus sur quel mot. Mais il a fait trembler les murs. Et puis ils se sont mis \u00e0 vibrer, \u00e0 se d\u00e9mat\u00e9rialiser dans le gr\u00e9sil des guitares. Fantomatis\u00e9s. Et la sc\u00e8ne est devenue bleue. Totalement. Intens\u00e9ment. Un bleu Klein, \u00e0 dissoudre les murs et les r\u00e9tines. || Les murs du chemin de ronde, des galeries noires, n\u2019ont pas boug\u00e9. Les lumi\u00e8res au sol relevaient doucement leurs ombres, \u00e0 traverser comme on \u00e9carte un voile. || On a aussi trouv\u00e9 des murs l\u2019eau. C\u2019\u00e9tait juste un lampadaire sur une fa\u00e7ade. Juste un peu de lumi\u00e8re sur le sol, sur les pav\u00e9s descendant vers la rivi\u00e8re. Juste un filtre de photo jaunie. Et nous dans l\u2019ombre, derri\u00e8re un arbre. Sur la passerelle. || Parce qu\u2019il y a des passerelles. ||<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 d\u00e9faut de me relire, je vais me r\u00e9p\u00e9ter (si ce n\u2019est pas le cas, ce sera au moins \u00e0 moi-m\u00eame)&nbsp;: quel exercice d\u2019\u00e9criture me proposent, seuls, les textes d\u2019appui de <em>f<\/em>, sans avoir pris connaissance de sa consigne formelle ni m\u00eame du th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;? \u2014 Je retiens, d\u00e9j\u00e0, cette phrase de Bertrand Schefer, dans <em>Francesca Woodman<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chaque fois je suis submerg\u00e9, impuissant \u00e0 agir, d\u00e9muni \u00e0 remonter le temps, \u00e0 retisser ce qui est d\u00e9fait.&nbsp;\u00bb \u2014 Je retiens le visage, son souvenir, sa disparition progressive. De l\u2019image, de la tension, la pulsion. \u2014 Je retiens fen\u00eatre, cadre, d\u00e9coupage. Le corps en morceaux. \u2014 Je retiens que&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est comme un puzzle. Des images, des d\u00e9tails, des objets.&nbsp;\u00bb \u2014 Je retiens ce qui est mis \u00e0 nu. Qu\u2019est-ce qui est mis \u00e0 nu&nbsp;? \u2014 Manhattan et l\u2019Italie Renaissance, je retiens un voyage dans le temps et l\u2019espace, l\u2019instant seul pour perspective. L\u2019instant-de-ma-mort, point d\u2019arriv\u00e9e, dans la chambre ruin\u00e9e (avant d\u2019\u00eatre gaz\u00e9e&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li>Ren\u00e9\u2026 qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019appeler ce ragondin des villes comme \u00e7a\u2026&nbsp;? mais je vois le tableau des potes qui d\u00e9liraient, avec les bonnes joues de l\u2019animal et son chicot orange, comme ils lui ont coll\u00e9 sur les oreilles la casquette gavroche \u00e0 carreaux de mon grand-p\u00e8re, un clopeau au bec, au ma\u00efs de pr\u00e9f\u00e9rence, un bleu de travail, une salopette, un tablier de boucher, sale \u00e9videmment, <em>Eh&nbsp;! oh&nbsp;! tu vas o\u00f9 toi&nbsp;? t\u2019as vu o\u00f9 tu marches&nbsp;? arr\u00eate de tanguer comme \u00e7a, tu m\u2019files la gerbe, y a un chemin j\u2019te signale, une belle ligne pour te guider si tu sais pas marcher&nbsp;! et la pelouse c\u2019est pour bibi&nbsp;! et puis qu\u2019est-ce tu fous dans le coin&nbsp;? c\u2019est pas une heure pour rentrer, t\u2019a pas vu qu\u2019il est ferm\u00e9 le grand portail&nbsp;? t\u2019as pas vu que c\u2019est la nuit et que tout le monde dort&nbsp;? la nuit, c\u2019est mon domaine \u00e7a, pas vous autres&nbsp;! t\u2019arrives m\u00eame plus \u00e0 marcher, allez d\u00e9p\u00eache-toi de traverser, c\u2019est pas une heure pour rentrer, ni pour pisser&nbsp;! ma parole il s\u2019arr\u00eate pour pisser&nbsp;! il va pas se g\u00eaner&nbsp;! non mais vas-y d\u00e9gage&nbsp;! d\u00e9gage&nbsp;!<\/em> et gnaque, le saut entre les pattes au petit coup de chicot dans le mollet et il d\u00e9tale fissa, Ren\u00e9, et il se ramasse, l\u2019autre, le cul dans l\u2019eau, en gueulant. \u2014 Ah\u2026 les st\u00e9r\u00e9otypes.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 la question en \u00e9cho de la psy <em>Pourquoi le langage&nbsp;?<\/em> pourquoi pas cette r\u00e9ponse d\u2019Annie Dillard&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi lisons-nous, sinon dans l\u2019espoir d\u2019une beaut\u00e9 mise \u00e0 nu, d\u2019une vie plus dense et d\u2019un coup de sonde dans son myst\u00e8re le plus profond&nbsp;? [\u2026] Pourquoi lisons-nous, sinon dans l\u2019espoir que l\u2019\u00e9crivain rendra nos journ\u00e9es plus vastes et plus intenses, qu\u2019il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilit\u00e9 d\u2019une pl\u00e9nitude de sens, et qu\u2019il pr\u00e9sentera \u00e0 nos esprits les myst\u00e8res les plus profonds, pour nous faire sentir de nouveau leur majest\u00e9 et leur pouvoir&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u2014 Bien s\u00fbr, on me dira que le langage ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la lecture. Mais peut-\u00eatre qu\u2019elle est l\u00e0 la r\u00e9ponse&nbsp;? <em>Pourquoi le langage&nbsp;? \u2014 Parce que la lecture.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>(Au passage, on r\u00e9pond \u00e0 la question de la mise \u00e0 nu.)<\/li>\n\n\n\n<li>Il y a des jours, on se demande vraiment ce qu\u2019on a fait. On a \u00e9crit une dizaine de lignes qu\u2019on trouve imbuvables, on a lu autant de petits paragraphes d\u2019un livre qu\u2019il a fallu reposer, et tout le reste a encore moins d\u2019importance mais c\u2019est \u00e7a, c\u2019est comme \u00e7a, c\u2019est la vie qui pr\u00e9vaut sur le reste.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07-chambres-a-coeur-ouvert\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07-chambres-a-coeur-ouvert\/\">texte 07.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"126\">\n<li>Bien s\u00fbr qu\u2019il faudrait aussi en faire un dessin.<\/li>\n\n\n\n<li>|| A-t-on d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit selon le mode de publication en ligne sur un Mur&nbsp;? || Grosso modo, l\u2019informatique, avec les logiciels de traitement de texte, a relanc\u00e9 le rouleau du Moyen \u00c2ge, coupl\u00e9 aux pages qui d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran de haut en bas. Mais avec Internet, et en l\u2019occurrence sur les sites de r\u00e9seaux sociaux, mais aussi certains sites et blogs dynamiques qu\u2019il faut mettre \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8rement, le sens du rouleau s\u2019est invers\u00e9. Ce qu\u2019on a \u00e9crit en premier, il y a longtemps peut-\u00eatre, se situe tout en bas. Et alors me vient cette id\u00e9e de savoir s\u2019il est possible d\u2019\u00e9crire ainsi, sachant que la phrase ou le paragraphe qu\u2019on va \u00e9crire, d\u2019abord, constitue, d\u00e9j\u00e0, la suite de la phrase ou du paragraphe \u00e0 venir. \u00c9crire un peu comme on \u00e9couterait un vinyle en inversant le sens de rotation du plateau. Mais pas tout \u00e0 fait, puisque chaque phrase, chaque paragraphe, est lu tout \u00e0 fait normalement. C\u2019est l\u2019articulation qui s\u2019inverse. Comment ainsi inscrire dans l\u2019instant initial de l\u2019\u00e9criture l\u2019\u00e9lan et la fin d\u2019un texte aussi inconnu qu\u2019incoh\u00e9rent, et tirant de cela pr\u00e9cis\u00e9ment son unit\u00e9&nbsp;? Quelles nouvelles connexions ou liaisons inventer, surtout lorsque commentaires et surcommentaires viennent se greffer ou s\u2019incr\u00e9menter&nbsp;? | (Pour de Nouvelles Liaisons dangereuses&nbsp;?) ||<\/li>\n\n\n\n<li>Vacance(s) \u2014 La journ\u00e9e potlatch pour un ou deux tours en d\u00e9chetterie (et tout ce qu\u2019il y aurait \u00e0 dire de ce lieu, tous les romans en puissance, combien de <em>Madeleine Project<\/em>).<\/li>\n\n\n\n<li>Voil\u00e0, le chemin qui ne m\u00e8ne nulle part est pr\u00eat&nbsp;: deux corps en fusion, ou presque, une main sur un ventre, \u00e0 fouiller dedans bien plus qu\u2019on n\u2019ose le dire pour en extraire va savoir quoi, qui n\u2019est pas encore \u00e9crit. Voil\u00e0, cette image, venue \u00e0 la suite de la nudit\u00e9 dans les textes d\u2019appui de Bertrand Schefer, extraits de <em>Francesca Woodman<\/em>. Et maintenant quoi&nbsp;? Comment prolonger le r\u00e9cit&nbsp;? Comment amplifier, d\u00e9former l\u2019image&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Retour \u00e0 <em>f&nbsp;<\/em>: <em>en accompagnant cette phase o\u00f9 Francesca Woodman&nbsp;<\/em>pr\u00e9pare<em>&nbsp;la mise en sc\u00e8ne de son image, o\u00f9 on ne verra plus que cela, le corps, mais arr\u00eatant son texte avant l\u2019instant o\u00f9 ce qu\u2019il d\u00e9crit est devenu cette image<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Et Piero, avec \u00ab&nbsp;elle loin, mais l\u00e0 qui encore toujours comme lui, elle qui hante les r\u00eaves&nbsp;\u00bb, \u00e0 voir tourner les lieux de nuit, \u00e0 ciel ouvert.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 07.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"132\">\n<li>Pour le d\u00e9placement sur la carte, j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 <em>Dogville<\/em> de Lars Von Trier, o\u00f9 le bourg de quelques maisons est r\u00e9duit \u00e0 des lignes sur le sol, comme sur un plan cadastral ou \u00ab&nbsp;le quadrillage infini de la ville de New York&nbsp;\u00bb dont parle Schefer, rendant visibles tous les espaces et la vie int\u00e9rieurs. Moi, je suis all\u00e9 d\u2019une chambre-bureau \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\n\n\n\n<li>Merci Isabelle, avec ce petit jeu pour s\u2019appartenir&nbsp;: \u00ab&nbsp;un jeu qui avance petit \u00e0 petit petit animal rongeur recherchant la chaleur des corps pour construire pierre \u00e0 pierre mot \u00e0 mot goutte \u00e0 goutte son antre, chambre sourde du c\u0153ur qui bat aveugle&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>(Elle est toujours l\u00e0, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Elle dort.)<\/li>\n\n\n\n<li>|| Sur le Mur || S\u00e9bastien a \u00e9crit qu\u2019il \u00e9crit d\u00e9sormais par blocs, des gros, des petits, un texte, une phrase, mais toujours sans souci d\u2019ordre entre eux, de coh\u00e9rence peut-\u00eatre \u2014 la structuration d\u2019ensemble venant apr\u00e8s, ou pas \u2014, et \u00e9crit qu\u2019il lui a fallu longtemps pour comprendre l\u2019\u00e9vidence de ce mode d\u2019\u00e9criture. Je me demande s\u2019il ne rejoint pas Annie Dillard lorsqu\u2019elle affirme qu\u2019il ne faut pas attendre en pensant ou imaginant que ceci ou cela sera, serait, mieux ici, pu l\u00e0. Tergiversations. Non. Non, l\u2019\u00e9criture&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u00e9pense-la tout enti\u00e8re, lance-la, mise-la, pers-la, tout enti\u00e8re, tout de suite, \u00e0 chaque fois.&nbsp;\u00bb ||<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai re\u00e7u le livre d\u2019Emma, <em>Journal d\u2019un mot<\/em>. Je commence en ouvrant au hasard, je tombe sur une date qui ne me dit rien, pour mot inconnu&nbsp;: <em>minutier<\/em>. \u2014 Qu\u00e9zako&nbsp;? un calendrier \u00e0 la minute&nbsp;? \u2014 D\u00e9coup\u00e9e en secondes comme les mois en jours&nbsp;? \u2014 Tais-toi et lis. \u2014 C\u2019est \u00e9crit tout petit petit quand m\u00eame, mes pauvres yeux. \u2014 \u00c7a doit \u00eatre du huit. \u2014 \u00c7a leur fera les pieds \u00e0 l\u2019\u0153il. \u2014 Chut&nbsp;! y en a qui lisent&nbsp;! \u2014 Ah oui&nbsp;? et t\u2019en es o\u00f9\u2026&nbsp;? \u2014 Faillot\u2026 \u2014 C\u2019est pas comme \u00e7a que \u00e7a s\u2019\u00e9crit\u2026 \u2014 Si&nbsp;! moi j\u2019l\u2019\u00e9cris comme \u00e7a, c\u2019est un faillot parce qu\u2019il est f\u00eal\u00e9, dans sa t\u00eate c\u2019est la faille&nbsp;! t\u00eate de faille&nbsp;! Faillot&nbsp;! \u2014 Minute jeune papillon&nbsp;! et autant dire larve\u2026&nbsp;! je lis, et te dis, et te r\u00e9p\u00e8te, \u00e0 tous\u2026&nbsp;! \u2014 Chut derri\u00e8re\u2026&nbsp;! \u2014 \u2026 <em>Une minute n\u2019est pas un clic. Les \u00eatres humains aiment les histoires. Les maisons sont importantes avec les histoires qu\u2019elles abritent, qu\u2019elles renferment, qu\u2019elles contiennent. Il faut r\u00e9veiller ces Belles-au-Bois-Dormant.<\/em> Et prenez \u00e7a pour argent contant. \u2014 \u00c7a aussi c\u2019est mal \u00e9cr\u2026 \u2014 Oh la barbe&nbsp;! faites-le taire&nbsp;! \u2014<\/li>\n\n\n\n<li>(Et apr\u00e8s minutier, <em>livre<\/em>.) (Le 10 janvier, c\u2019est ma f\u00eate, j\u2019ai droit \u00e0 une <em>baigneuse<\/em>. Le 30 juin, c\u2019est mon anniversaire pour une <em>poign\u00e9e<\/em>.)<\/li>\n\n\n\n<li>((Et si on parcourait le livre d\u2019Emma ainsi&nbsp;: en fonction des dates qui nous parlent, d\u2019abord&nbsp;; et \u00e0 chacune, que nous dit le mot d\u2019Emma, en rapport avec nos maisons, que r\u00e9v\u00e8le-t-il des histoires qu\u2019elles rec\u00e8lent&nbsp;?))<\/li>\n\n\n\n<li><em>f<\/em>&nbsp;: <em>et r\u00e9\u00e9crire exactement le m\u00eame texte, mais depuis la \u00abpart sombre\u00bb de vous-m\u00eame, celle ou celui (ou \u00ab&nbsp;ce&nbsp;\u00bb tout court) \u00e9crit en vous, depuis bien plus d&rsquo;exag\u00e9ration, distorsion, ranc\u0153ur ou cri, ou tout simplement cette part enferm\u00e9e, tenue soigneusement \u00e0 distance de nos gestes de culture.<\/em> \u2014 Moi, j\u2019aurais dis la part <em>fauve<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Pour un petit exercice sur l\u2019olfaction, <em>f<\/em> s\u2019appuie sur les <em>Parfums<\/em> de Philippe Claudel. Je conseillerais aussi l\u2019art de \u00ab&nbsp;M\u00e9diter les odeurs de fromage&nbsp;\u00bb de Roger Pol-Droit, dans ses <em>Petites exp\u00e9riences de philosophie entre amis<\/em>, o\u00f9 il est question de \u00ab&nbsp;noces barbares&nbsp;: l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 accoupl\u00e9e \u00e0 l\u2019animal, le raffinement des go\u00fbts construit sur les excr\u00e9tions&nbsp;\u00bb, et aussi de \u00ab&nbsp;la munificence des puanteurs dompt\u00e9es, l\u2019anoblissement des pourritures ma\u00eetris\u00e9es, l\u2019exaltation sublime du rance, du tourn\u00e9, du moisi&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07bis-leffluve-des-jours\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07bis-leffluve-des-jours\/\">texte 07bis<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"141\">\n<li>On a droit \u00e0 un texte rat\u00e9&nbsp;? \u2014 On a surtout le droit de le relire, de le retravailler, de le r\u00e9\u00e9crire. (Supprimer l\u2019essentiel de ce qu\u2019on voulait dire&nbsp;; se concentrer sur la phrase, le rythme, le flow.)<\/li>\n\n\n\n<li>Paragraphe supprim\u00e9 \u2014 <em>Je ne peux pas parler de studio, le lieu \u00e9tait trop petit, les meubles trop anciens, \u00e7a sentait trop la chambre de pension de famille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle d\u2019un obscur cousin qui devait \u00e9tudier l\u2019Arte Povera sous l\u2019esp\u00e8ce de la performance, pas de la sculpture, quand il sortait le matin avec une esp\u00e8ce de rideau en guise de pagne et une serviette trou\u00e9e sur les \u00e9paules, telle une cape, pour aller prendre une douche tout au bout du couloir \u00e0 ciel ouvert.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Du carn\u00e9 au carnassier \u2014 Apr\u00e8s la question du langage, le probl\u00e8me du mot, ce que recouvre le mot, malgr\u00e9 l\u2019intraduisible \u2014 la psy a parl\u00e9 d<em>\u2019intraductible<\/em>. C\u2019est quand m\u00eame curieux les psys, et comme si j\u2019avais la r\u00e9ponse&nbsp;! Mais j\u2019en ai trouv\u00e9 une apr\u00e8s-coup. Ce n\u2019est pas la mienne, mais c\u2019est mieux que rien. Et s\u00fbrement mieux que la mienne, si je la trouve un jour. Sylvie Germain&nbsp;: \u00ab&nbsp;Donner une carnation aux mots. Les pourvoir d\u2019un volume, d\u2019une couleur, d\u2019une saveur, d\u2019une texture et d\u2019une tessiture. Les doter d\u2019une capacit\u00e9 de r\u00e9verb\u00e9ration, au sens sonore et au sens lumineux. Tel est le travail qui incombe au romancier r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel des personnages.&nbsp;\u00bb Et alors, aussi le mot-couleur de Barthes \u2014 elle a dit \u00e7a, la psy, elle a demand\u00e9 <em>le mot comme couleur&nbsp;?<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le mot m\u2019emporte selon cette id\u00e9e que <em>je vais faire quelque chose avec lui&nbsp;<\/em>: c\u2019est le fr\u00e9missement d\u2019un faire futur, quelque chose comme un <em>app\u00e9tit<\/em>.&nbsp;\u00bb Et alors, donc, l\u2019odeur, le fromage, les mots du philosophe \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du fauve \u2014 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, \u00e9crit aussi Roger Pol-Droit, \u00ab&nbsp;des exhalaisons du cul&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>Tiens&nbsp;! <em>flow<\/em> poss\u00e8de \u00e9galement (surtout&nbsp;?) un sens en psychologie&nbsp;: c\u2019est un \u00e9tat maximal de concentration, d\u2019engagement, de satisfaction quand on est plong\u00e9 dans une activit\u00e9, et le mot peut se traduire par <em>flux<\/em> ou <em>zone<\/em>. \u2014 On r\u00e9fl\u00e9chira \u00e0 deux fois avant de dire <em>C\u2019est la zone&nbsp;!<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #06 et #06bis (et #05 bis)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"100\">\n<li>Soit Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch&nbsp;: \u00ab&nbsp;quand on ne peut plus p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019infime profondeur de ses <em>substances<\/em>, on peut encore tourner, et ind\u00e9finiment tourner autour de ses <em>circonstances<\/em>&nbsp;; quand on ne peut plus rien dire sur le myst\u00e8re lui-m\u00eame, on peut encore disserter ou bavarder \u00e0 son propos, raconter des faits divers et des anecdotes.&nbsp;\u00bb (<em>Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien<\/em>) Voil\u00e0 qui pourrait m\u2019aider \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me du personnage fuyant.<\/li>\n\n\n\n<li>Cela dit, qui est le plus fuyant&nbsp;? moi&nbsp;? ou toi, \u00e0 accumuler les notes et les lectures&nbsp;? Woolf, Germain, Jank\u00e9l\u00e9vitch (sans compter Carlo Levi dans un message \u00e0 Emma, pour une histoire de chien jaune et de jaunisse en maladie arc-en-ciel)&nbsp;: l\u2019\u00e9criture semble fuir la substance romanesque pour ses circonstances, entre pr\u00e9paration et commentaire. Ce n\u2019est pas pour rien que tu as fini par recevoir, dans un message d\u00e9monstratif qui rel\u00e8ve de l\u2019essai (avec Duras pour r\u00e9f\u00e9rence), cette note finale&nbsp;: \u00ab&nbsp;On peut aussi \u00e9crire sans se poser toutes ces questions. Entre construire une cabane dans les arbres ou une cath\u00e9drale, il y a un peu de marge. Non&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et j\u2019imagine qu\u2019une cabane c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop gothique\u2026&nbsp;? Allez\u2026 je taquine\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Le lieu est quelque peu diff\u00e9rent, mais c\u2019est peu ou prou l\u2019\u00e9quipe de Sauveterre, l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, qu\u2019on retrouve.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Sur le Mur || Aujourd\u2019hui, plage en famille sur la C\u00f4te Sauvage. Couvert et pluvieux au nord, soleil au sud, les vagues \u00e9taient fortes. J\u2019ai march\u00e9 jusqu\u2019au blockhaus rose, et ses personnages stylis\u00e9s fa\u00e7on street art. On bronzait \u00e0 leurs pieds, les seins \u00e0 l\u2019air ronds comme des ballons. J\u2019ai lu une page, allez deux, d\u2019<em>En vivant, en \u00e9crivant<\/em> d\u2019Annie Dillard&nbsp;: o\u00f9 elle parle du courage de \u00ab&nbsp;d\u00e9molir l\u2019\u0153uvre et repartir de z\u00e9ro&nbsp;\u00bb. Je crois qu\u2019il s\u2019agit moins de correction d\u2019une \u0153uvre en cours, imparfaite, que de la volont\u00e9 radicale de ne pas rester sur ses acquis. Imaginer, inventer, de toutes pi\u00e8ces, l\u2019\u0153uvre \u00e0 venir. On voyait bien le phare de Cordouan, celui de la Coubre, la plage du Verdon. Et toujours cette structure dans l\u2019oc\u00e9an incompr\u00e9hensible. Une esp\u00e8ce de chaise g\u00e9ante. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Mais Ren\u00e9&nbsp;? Ren\u00e9 le ragondin pour un portrait amphibolique&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>En attendant, on continue avec <em>f<\/em>, pour \u00ab&nbsp;un de ces champs invisibles qui traversent les personnages ou leur contexte&nbsp;\u00bb, en l\u2019occurrence l\u2019argent. Autant dire le d\u00e9sir, les pulsions. Et corr\u00e9lativement du pouvoir, du politique.<\/li>\n\n\n\n<li>(Du bio-pouvoir&nbsp;? Dans quelles mesures&nbsp;? \u2014 Et <em>en avoir ou pas<\/em>, au fondement du <em>to be or not to be<\/em>&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-06-0202\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-06-0202\/\">texte 06<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"107\">\n<li>Je me souviens de Sandra Lucbert, <em>Personne ne sort les fusils<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfin-il-fallait-voil\u00e0 Uber&nbsp;: l\u2019algorithme herse les corps en continu et assure la permanence du flow. Les questions de cong\u00e9s, temps de travail, maladies, accidents sont efficacement recouvertes par le gribouillis. Il suffit d\u2019un d\u00e9guisement en partenariat et d\u2019une herse algorithmique. Pareil pour France T\u00e9l\u00e9com grim\u00e9 en Orange et ses nouveaux process. Le d\u00e9guisement Orange efface France T\u00e9l\u00e9com et ses salari\u00e9s \u2014 un peu comme au Carnaval de Nice on fait avec les citrons.&nbsp;\u00bb \u2014 Et alors pareil pour La Poste en Banque Postale, m\u00eame si on s\u2019est retenu. Pourquoi&nbsp;? \u00c0 cause du facteur, une ic\u00f4ne&nbsp;? Pour leur origine royale et solaire sous Louis XIV, ainsi que les bo\u00eetes aux lettres&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Petite contrep\u00e8terie idiote&nbsp;: la poste bancale.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Sinon, quand la psy me demande en fin de s\u00e9ance pourquoi j\u2019avais choisi les \u00e9tudes de Lettres, \u00e0 quoi \u00e7a sert le langage, je ne sais plus ce que je r\u00e9ponds, mais une grotte a d\u00fb sortir de ma bouche, mes mots opposant une sorte de paroi brute dans laquelle la question s\u2019est r\u00e9percut\u00e9e, et son \u00e9cho m\u2019est revenu en pleine figure, de r\u00e9p\u00e9tition alerte grosse du vide qu\u2019elle venait de traverser en tous, d\u2019\u00e9chographier. <em>\u00c7a sert \u00e0 quoi le langage&nbsp;?<\/em> Et alors l\u00e0, moi, plus rien. Renvoy\u00e9 au fond de la grotte. Au revoir et \u00e0 la prochaine. (<em>Et bon courage&nbsp;!<\/em> mais \u00e7a elle se le garde bien de le dire la psy des Foss\u00e9s.)<\/li>\n\n\n\n<li>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, Annie Dillard&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ta libert\u00e9 est un sous-produit de la trivialit\u00e9 de tes journ\u00e9es. Un vendeur de chaussures \u2014 qui travaille pour autrui, qui doit ob\u00e9ir \u00e0 deux ou trois patrons, qui doit accomplir ses t\u00e2ches selon leurs directives et doit se remettre entre leurs mains, dans leur lieu, selon leurs horaires \u2014 est n\u00e9anmoins un travailleur utile. Mieux, si le vendeur de chaussures ne se pr\u00e9sente pas \u00e0 son travail un matin, quelqu\u2019un le remarquera et regrettera son absence. Mais ton manuscrit, que tu entoures de tant de soin, ne r\u00e9pond \u00e0 nul besoin, \u00e0 aucun souhait&nbsp;; il t\u2019ignore superbement. Et personne n\u2019a besoin de ton manuscrit&nbsp;; tout le monde a davantage besoin de chaussures.&nbsp;\u00bb \u2014 De l\u2019autre, Virginia Woolf (encore)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le monde ne demande pas aux gens d\u2019\u00e9crire des po\u00e8mes et des romans et des histoires&nbsp;; le monde n\u2019en a pas besoin. Peu importe au monde que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle v\u00e9rifie scrupuleusement ce fait ou celui-l\u00e0. Naturellement, le monde ne paiera pas pour ce dont il n\u2019a pas besoin. \u2014 Derri\u00e8re, la psy et son \u00e9cho. \u2014 <em>Alors&nbsp;?<\/em> ||<\/li>\n\n\n\n<li>Le coup du rendez-vous oubli\u00e9 pour la visite de la chambre et la remise des clefs&nbsp;: j\u2019allais dire qu\u2019il n\u2019y avait personne, et voil\u00e0. \u2014 Mais non&nbsp;! on s\u2019en fiche&nbsp;! et c\u2019est pas vrai\u2026 personne, mais o\u00f9 d\u00e9j\u00e0&nbsp;? personne, mais c\u2019est celui qui le dit qui y est&nbsp;! personne&nbsp;? oui, personne d\u2019autre que toi, et toi o\u00f9&nbsp;? l\u00e0, \u00e0 attendre, l\u00e0, dans la rue, l\u00e0, cette grille, l\u00e0 la coursive, l\u00e0, la cabine, le coup de fil, l\u00e0 le bureau de tabac, etc., \u00e7a encha\u00eene. Donc&nbsp;: pas de substances, des circonstances.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019id\u00e9e de portraiturer le ragondin du plan d\u2019eau de l\u2019universit\u00e9, \u00e0 Bordeaux 1, sous l\u2019angle de vue de trois ou quatre personnages me tente. Mais je manque d\u2019\u00e9l\u00e9ments. D\u2019abord, avec le morcellement de la m\u00e9moire, je me demande s\u2019il s\u2019agit d\u2019un v\u00e9ritable souvenir. Mais si ce n\u2019en est pas un, on fera comme si. D\u2019ailleurs, si je ne me souviens pas de l\u2019animal, je me souviens du surnom qu\u2019on lui donnait, Ren\u00e9. C\u2019est par-l\u00e0, ce nom, et l\u2019imagination parfois d\u00e9lirante qu\u2019il aura engendr\u00e9e, que peut s\u2019infiltrer et se r\u00e9pandre l\u2019\u00e9criture. Ensuite, je connais mal la vie des ragondins. Il y en a dans la Seugne pr\u00e8s de chez moi, mais ils disparaissent vite. Je les reconnais surtout \u00e0 leurs traces, \u00e0 leurs glissi\u00e8res terreuses sur la berge et les petits chemins qu\u2019ils tracent dans l\u2019herbe. La vie de Ren\u00e9 (tiens, \u00e7a me rappelle quelque chose) \u00e9tait bien plus urbaine. Il ne se laissait pas approcher, je crois, mais les all\u00e9es et venues des \u00e9tudiants\u00b7es ne le d\u00e9rangeaient pas.<\/li>\n\n\n\n<li>(Surtout, \u00e9viter Wikip\u00e9dia. Du moins pas avant le texte. Faire de l\u2019ignorance, en attendant, un mode d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une autre petite connaissance.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-05-bis-rene-le-ragondin\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-05-bis-rene-le-ragondin\/\">texte 05bis.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"114\">\n<li>(Une heure. Je viens de me coucher, mais les pens\u00e9es tournent, je n\u2019y tiens plus, je me rel\u00e8ve et j\u2019allume la machine&nbsp;: ) Voil\u00e0, un coup de dialogue pour le premier portrait ragondin, il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 \u00f4ter les r\u00e9pliques d\u2019appui, et les remettre dans la pioche imaginaire, en laissant \u00e0 la place un blanc aussi long que chacune d\u2019elles, pour obtenir un semblant de monologue, et le tour est jou\u00e9, pas tr\u00e8s bien jou\u00e9 peut-\u00eatre, mais ce n\u2019est que le d\u00e9but de la partie. Et voici les r\u00e9pliques remises dans la pioche&nbsp;: <em>Qu\u2019est-ce c\u2019est encore cette connerie\u2026&nbsp;? | Non mais, t\u2019as fum\u00e9 avant de venir&nbsp;? y a que des canards dans cette mare. \u2014 T\u2019as d\u00fb halluciner au moment o\u00f9 ils se montaient dessus\u2026 | Eh&nbsp;! va savoir\u2026 | Un chien quoi\u2026 un b\u00e2tard aux airs de rat\u2026 \u2014 Ah\u2026 me dis pas que c\u2019est un rat qui s\u2019est tap\u00e9 une chienne\u2026&nbsp;? \u2014 Qu\u2019il est con lui\u2026&nbsp;! | J\u2019te l\u2019fais pas dire\u2026 | La patrouille&nbsp;? c\u2019est quoi \u00e7a\u2026&nbsp;? \u2014 Ah mon avis, si on l\u2019fait souffler, en effet il est bon pour s\u2019faire embarquer\u2026 | Pas fin le canard\u2026 \u2014 Ah \u00e7a&nbsp;! quand tu sais ce qu\u2019ils font entre eux\u2026<\/em> (et bonne nuit.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-06bis-etudes-chiffrees\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-06bis-etudes-chiffrees\/\">texte 06bis<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"115\">\n<li>Vacances \u2014 L\u2019anniversaire du fils, sa f\u00eate avec les copains \u00e0 la salle des f\u00eates, journ\u00e9e rangement \u00e0 la structure et pot de la directrice, les concerts des Sites en Sc\u00e8nes \u00e0 Jonzac, l\u2019invitation chez l\u2019un, chez l\u2019autre, la chambre \u00e0 refaire, derniers jours de travail avant cong\u00e9s, le Violon sur le Sable de Royan, les invitations \u00e0 la maison, un verre \u00e0 la ginguette de Champagnac, une bouffe \u00e0 la base de loisirs de L\u00e9oville, un mariage (mon Dieu&nbsp;!), les ap\u00e9ros de famille, la piscine de R\u00e9aux pour r\u00e9cup\u00e9rer la fille et ses copines. \u2014 Vacance \u2014 \u00ab&nbsp;\u00c0 mesure que le travail avance, il devient plus difficile \u00e0 contr\u00f4ler&nbsp;; c\u2019est un lion dont la force cro\u00eet. Tu dois lui rendre visite tous les jours pour r\u00e9affirmer ta ma\u00eetrise sur lui. Si tu sautes une journ\u00e9e, tu redoutes, \u00e0 juste titre, d\u2019ouvrir la porte de sa chambre. Tu entres dans sa chambre avec un air bravache, en brandissant une chaise vers cette chose criant&nbsp;: \u201cArri\u00e8re&nbsp;!\u201d&nbsp;\u00bb (Annie Dillard) Et en plus, dans la chambre, j\u2019ai laiss\u00e9 des amis dormir dedans.<\/li>\n\n\n\n<li>Ren\u00e9 le ragondin&nbsp;: <em>f<\/em> proposait un portrait crois\u00e9, \u00e0 travers quatre monologues&nbsp;; je propose un dialogue et un dialogue rapport\u00e9 r\u00e9unissant quatre personnages. \u00c7a marche aussi&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Se concentrer sur cet animal, c\u2019est rester dans un endroit pr\u00e9cis et particulier qui restreint le champ des possibles de la m\u00e9moire. Mais force l\u2019imagination. \u2014 Un partout.<\/li>\n\n\n\n<li>(Ren\u00e9&nbsp;: le pr\u00e9nom me renvoie aussi \u00e0 l\u2019un de mes tout premiers textes o\u00f9 je me suis essay\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture, dans la perspective du r\u00e9cit de vie, avec la mort du p\u00e8re Ren\u00e9 \u2014 sans parvenir \u00e0 me d\u00e9faire du jeu de mots o\u00f9 le pr\u00e9nom se replie sur le nom commun, le participe \u00e0 valeur adjectivale, son origine d\u2019ailleurs.)<\/li>\n\n\n\n<li>On parle cuisine, pharmacie, toilette, v\u00eatements, habitat, famille, transport, travail. Je peux ressortir le <em>Manuel d\u2019ethnographie<\/em> de Marcel Mauss pour \u00eatre plus complet, plus pr\u00e9cis. Ou mieux&nbsp;: relire le chapitre de la Casuistique de l\u2019\u00e9go\u00efsme dans <em>La Pr\u00e9paration du Roman<\/em>, de Barthes \u2014 o\u00f9 je retrouve cette combinaison des textes et des lieux, par Joubert&nbsp;: \u00ab&nbsp;il faut que l\u2019id\u00e9e et la forme premi\u00e8re d\u2019un ouvrage soit un espace, un simple lieu o\u00f9 sa mati\u00e8re se placera, s\u2019arrangera, et non une mati\u00e8re \u00e0 placer et \u00e0 arranger.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 05bis.2<\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #05 (sans #05 bis)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"77\">\n<li>\u00c9crire sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un atelier d\u2019\u00e9criture, \u00e0 partir de consignes pr\u00e9par\u00e9es par l\u2019animateur, de textes de r\u00e9f\u00e9rence partag\u00e9s, hauts lieux d\u2019une technique pr\u00e9cise \u00e0 laquelle s\u2019essayer \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019inventer&nbsp;: cela peut-il constituer <em>un lieu \u00e0 soi<\/em> cher \u00e0 Virginia Woolf&nbsp;? \u2014 Mais la question serait plut\u00f4t de savoir \u00e0 quel moment l\u2019atelier collectif devient un tel lieu, pour chacun, et comment.<\/li>\n\n\n\n<li>Cette question, assez injuste en fait \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019atelier, pour dire combien il est difficile de trouver, b\u00e2tir, am\u00e9nager, et peut-\u00eatre y habiter au final, le faire vivre, ce lieu \u00e0 soi. \u2014 Et d\u2019abord que veut dire Woolf, avec ce conseil&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le livre doit \u00eatre d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre adapt\u00e9 au corps, et on pourrait s\u2019aventurer \u00e0 dire que les livres de femmes devraient \u00eatre plus courts, plus concentr\u00e9s que ceux des hommes, et structur\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 ne pas n\u00e9cessiter de longues heures d\u2019un travail fixe et ininterrompu. [\u2026] Disons encore que les nerfs qui alimentent le cerveau diff\u00e8rent peut-\u00eatre entre les hommes et les femmes, et si l\u2019on doit les faire travailler au mieux, il faut trouver quel traitement leur convient [\u2026], de quelles alternances de travail et de repos elles ont besoin, en envisageant le repos non comme un temps o\u00f9 on ne fait rien, mais comme un temps o\u00f9 on fait quelque chose et quelque chose qui soit diff\u00e9rent&nbsp;; et quelle serait cette diff\u00e9rence.&nbsp;\u00bb \u00c0 l\u2019heure du pronom <em>iel<\/em>, ou <em>ielle<\/em>, et du point m\u00e9dian de l\u2019\u00e9criture inclusive, qui semblent r\u00e9gler la question du genre qui int\u00e9ressait Woolf (j\u2019ai dit <em>semblent<\/em>), le probl\u00e8me se porte sur le corps, le geste et le rythme de l\u2019\u00e9criture devant ceux des autres activit\u00e9s et travaux, ainsi que sur la force, l\u2019\u00e9nergie, \u00e0 retrouver et d\u00e9ployer autrement, ailleurs. Et alors il est l\u00e0 ce lieu, dans la diff\u00e9rence, dans cet autre, cet ailleurs du faire qui n\u2019a l\u2019air de rien&nbsp;? \u2014 Mais que se passe-t-il lorsque je me repose&nbsp;? Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 s\u2019affaler dans le canap\u00e9, o\u00f9 s\u2019allonger dans le lit (c\u2019est d\u2019ailleurs bient\u00f4t l\u2019heure d\u2019aller se coucher), pour le savoir. Avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 tout ce que je vais pouvoir penser, imaginer, ressentir. De l\u2019autre, tout ce qui est l\u00e0, autour. Et quoi entre les deux&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Et \u00ab&nbsp;para\u00eetra d\u00e9pass\u00e9 beaucoup de ce que j\u2019ai dit pour tenir ma promesse de vous livrer le cours de mes pens\u00e9es&nbsp;; beaucoup de ce qui met une flamme dans mes yeux vous semblera douteux, \u00e0 vous qui n\u2019avez pas encore atteint la maturit\u00e9&nbsp;\u00bb, dit-elle aussi. C\u2019est assez fauve cette fa\u00e7on de vivre la contradiction. Une condition de la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Jeudis soir, jeudi noirs<\/em>&nbsp;: je ne joue pas tant que cela avec les mots, plut\u00f4t de l\u2019ellipse (qui est une autre fa\u00e7on de jouer avec&nbsp;: avec leur absence), qu\u2019on pourrait d\u00e9velopper ainsi&nbsp;: les <em>jeudis<\/em>, le <em>soir<\/em>, c\u2019est toujours un <em>jeudi<\/em> \u00e0 finir tous <em>noirs<\/em>. Apr\u00e8s, c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019ellipse qui n\u2019est pas bonne, un peu grossi\u00e8re&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et l\u2019assonance, l\u2019allit\u00e9ration&nbsp;: <em>on noie le noir<\/em> (<em>de la nuit<\/em>, mais j\u2019ai supprim\u00e9)&nbsp;: c\u2019est d\u00e9pass\u00e9 depuis longtemps, \u00e7a sent l\u2019artifice un peu lourd, voire idiot. Mais justement, si on utilisait \u00e7a comme \u00e7a, de temps en temps, comme un th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9criture impossible, qui fait qu\u2019on n\u2019a plus rien \u00e0 dire en fait&nbsp;? Et la seule place possible alors, c\u2019est la fin du texte, nou\u00e9 avec une grosse ficelle.<\/li>\n\n\n\n<li><em>f<\/em>, quand <em>les monologues semblent s\u2019accumuler sur le m\u00eame point temporel, se rejoindre tous sur l\u2019\u00e9nonciation de ce m\u00eame moment pr\u00e9cis [\u2026]&nbsp;: comme un \u00e9clatement de cette r\u00e9alit\u00e9 concentr\u00e9e dans l\u2019instant qui la fait intensit\u00e9, et aucun de ces r\u00e9cits qui corresponde<\/em>.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-05-block-rockin-bins\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-05-block-rockin-bins\/\">texte 05.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"83\">\n<li>Et si c\u2019\u00e9tait \u00e7a le point de bascule, un objet, la poubelle&nbsp;? \u2014 Dr\u00f4le d\u2019objet quand m\u00eame. D\u2019abord, son nom vient d\u2019un nom propre, du fameux pr\u00e9fet de Paris, tr\u00e8s humain. Ensuite, c\u2019est bourr\u00e9 de vie l\u00e0-dedans. De la vie autre, peut-\u00eatre, de celle dont on ne veut rien savoir, des d\u00e9chets au fond du sac, sous un couvercle, dans un conteneur, et g\u00e9n\u00e9r\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment par ces conditions, mais de la vie quand m\u00eame, la vie au repos, la vie qui l\u00e8ve, la vie qui pousse, mine de rien.<\/li>\n\n\n\n<li>Jadis, il y avait cette id\u00e9e, qu\u2019au moment o\u00f9 dans la phrase intervenait une image, quelque chose de tr\u00e8s visuel, un mouvement, de la lumi\u00e8re, suivait la parole, de la voix. Inversement, des bruits, des sons, un fracas, et c\u2019\u00e9tait une image, une vraie.<\/li>\n\n\n\n<li>Quelque chose m\u2019\u00e9chappe, n\u00e9anmoins. On parle de <em>moments d\u2019inflexion dans une situation collective, lors d\u2019un point de bascule<\/em>, mais aussi de <em>r\u00e9cits oppos\u00e9s, disparates, variables aussi avec le temps<\/em>. On parle donc du m\u00eame instant, mais pourquoi pas en des lieux et des \u00e9poques diff\u00e9rents, comme les historiens le font \u00e0 propos de telle bataille&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Un monologue en discours indirect libre, \u00e7a d\u00e9range&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Une fa\u00e7on de partir sur les traces de quelqu\u2019un ou quelque chose qui a disparu&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Comme, apparemment, il s\u2019agit d\u2019un roman de jeunesse et d\u2019ivresse, d\u2019errance entre \u00e9tudes de sciences et de lettres (pour un <em>coming out<\/em> d\u2019un domaine \u00e0 l\u2019autre&nbsp;?)&nbsp;: ne pas craindre la contradiction.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 05.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"89\">\n<li>Ugo, sa petite histoire de gu\u00eape dans la piscine, \u00e0 sauver, juste en quelques lignes pour un dialogue \u00e0 cinq ou six&nbsp;: c\u2019est l\u00e9ger, frais comme l\u2019eau, a\u00e9rien comme l\u2019insecte qui va pouvoir s\u2019envoler. D\u00e9pouill\u00e9. Voil\u00e0. Si tu ne sais pas comment, ni quoi, si tu te demandes pourquoi&nbsp;: le laboratoire Ugo (clin d\u2019\u0153il).<\/li>\n\n\n\n<li>La mati\u00e8re s\u2019accumule, j\u2019avance plus lentement, on change de r\u00e9gime. Mais c\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019essayer de suivre le rythme au d\u00e9part, presque sans savoir ni r\u00e9fl\u00e9chir, pour la mati\u00e8re brute. \u2014 Et alors maintenant, \u00e7a veut dire que tu raffines&nbsp;? \u2014 Tu parles&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li>Virginia Woolf, au sujet de la r\u00e9alit\u00e9 et du rapport qu\u2019entretient l\u2019\u00e9crivain avec elle, dans <em>Un Lieu \u00e0 soi<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que signifie \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb&nbsp;? Apparemment quelque chose de tr\u00e8s erratique, de tr\u00e8s peu fiable \u2014 qu\u2019on peut trouver ici sur une route poussi\u00e9reuse, l\u00e0 sur un bout de journal dans la rue, ou dans une jonquille sous le soleil. Elle illumine un groupe dans une pi\u00e8ce et marque quelque propos passager. [\u2026] C\u2019est ce qui reste quand la peau du jour a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e \u00e0 la haie&nbsp;; c\u2019est ce qui reste du temps pass\u00e9 et de nos amours et nos haines. L\u2019\u00e9crivain, je crois, a la chance de vivre plus que d\u2019autres en pr\u00e9sence de cette r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est son travail de la trouver et de la collecter et de la communiquer aux autres gens [\u2026]&nbsp;; on voit plus intens\u00e9ment qu\u2019avant&nbsp;; le monde semble mis \u00e0 nu, d\u00e9couvert, et dot\u00e9 d\u2019une vie plus intense. Ils sont \u00e0 envier, ceux qui vivent en intimit\u00e9 avec l\u2019irr\u00e9el&nbsp;; et \u00e0 plaindre, ceux qu\u2019assomme la chose faite sans savoir ni r\u00e9fl\u00e9chir.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 05.3<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"92\">\n<li>J\u2019aimerais bien avoir la version du personnage qui s\u2019est barr\u00e9 apparemment sans raison de la soir\u00e9e, qui renverse les poubelles en rentrant, pr\u00e8s \u00e0 foutre sur la gueule des potes qui l\u2019accompagnent. Mais comme c\u2019est quelqu\u2019un ou quelque chose qui a disparu. Et puis il n\u2019a pas envie de \u00e7a non plus. Je l\u2019entends d\u00e9j\u00e0&nbsp;: <em>Fais pas chier&nbsp;!<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Pour la suite, <em>quatre narrations disjointes, \u00e9manant de t\u00e9moins diff\u00e9rents, et visant tous le m\u00eame personnage<\/em>. \u00c7a tombe bien que je ne me sois pas pr\u00e9cipit\u00e9 pour ce personnage fuyant \u2014 d\u2019autant plus que si je l\u2019identifie bien dans mes souvenirs, avec un corps et un nom, ces caract\u00e9ristiques trop humaines ont refus\u00e9 de se r\u00e9v\u00e9ler. Je peux peut-\u00eatre essayer d\u2019approcher la chose, ou la b\u00eate, pour savoir de quoi il retourne (en dehors des poubelles).<\/li>\n\n\n\n<li>Un jour, en analyse de pratique professionnelle, \u00e0 la structure, on s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 ce genre d\u2019exercice&nbsp;: avec un coll\u00e8gue absent ce jour-l\u00e0, mais qui posait probl\u00e8me et dont quelqu\u2019un tenait \u00e0 parler, la psy a demand\u00e9 \u00e0 chacun de parler de lui \u2014 pfff\u2026 il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019on sortait du cadre \u00ab\u00a0pratique\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0techniques\u00a0\u00bb professionnelles, ou des \u00ab\u00a0situations\u00a0\u00bb de travail \u2014 oui, mais on peut aussi consid\u00e9rer chacun, toute personne, soi-m\u00eame, comme des \u00e9l\u00e9ments ou des fonctions utiles et n\u00e9cessaires \u00e0 tout cela&nbsp;? \u2014 et m\u00eame des situations \u00e0 part enti\u00e8re, car ce n\u2019\u00e9tait pas un \u00eatre qui \u00e9tait remis en question, mais un mode de travail, dans une relation \u00e0 ce dernier propre au coll\u00e8gue absent, et qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de discuter en groupe \u2014 non, c\u2019est lui-m\u00eame qui le ferait apr\u00e8s, \u00e7a, ou pas. \u2014 <em>V\u00e9rit\u00e9s de La Palice, peut-\u00eatre \u2014 o\u00f9 le personnage participe de la relation \u00e0 la Personne d\u2019o\u00f9 il provient, et de l\u2019\u00e9laboration m\u00eame de celle-ci, quelque chose comme \u00e7a&nbsp;? (et ce n\u2019est pas Jad, avec <\/em>\u4e0d\u4e09\u4e0d\u56db, <em>\u00ab&nbsp;<\/em>Ni l\u2019un ni l\u2019autre<em>&nbsp;\u00bb<\/em>,<em> qui dira le contraire)&nbsp;; Sylvie Germain, dans <\/em>Les Personnages<em>, rappelle mieux comment viennent les personnages de fiction&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils naissent d\u2019un \u00e9clair de d\u00e9sir d\u00e9chirant nos brumes mentales o\u00f9 errent des cort\u00e8ges de silhouettes \u00e9vanescentes, arrachant au cours chaotique de nos r\u00eaveries une de ces silhouettes pour la jeter, hagarde et solitaire. Ils naissent de la condensation d\u2019images floues, fugaces, sous le feu d\u2019un regard qui, bien que tr\u00e8s intimement n\u00f4tre, se d\u00e9robe \u00e0 nos propres yeux.<\/em> \/ <em>Ils naissent d\u2019un rapt commis l\u00e0-bas, aux confins de notre imaginaire o\u00f9, furtivement, d\u00e9rivent des r\u00eaves en archipel, des \u00e9clats de souvenirs et des bribes de pens\u00e9e. Et ils savent des choses dont nous ne savons <em>rien&nbsp;\u00bb<\/em> \u2014, qu\u2019il ne me semble pas inutile de rappeler.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>(Dans Film, socialisme, de JLG, il y a cette phrase (je cite de m\u00e9moire)&nbsp;: <em>Je ne te juge pas pour ce que tu es, mais pour ce que tu fais.<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Pour un titre, Block rockin\u2019 bins, sachant que <em>Block rockin\u2019 beats<\/em> signifie, selon Deepl, \u00ab&nbsp;Blocs de rythme \u00e0 bascule&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>Et alors qu\u2019est-ce qu\u2019on fait du personnage en fuite, qu\u2019est-ce qu\u2019on dit de la situation&nbsp;? J\u2019ai envie de dire, j\u2019ai envie de faire, <em>rien<\/em>. Pour l\u2019instant, j\u2019ai envie de croire que la chose, ou la b\u00eate, dans sa course et son combat avec les poubelles, c\u2019est l\u2019enjeu, la marche, de l\u2019<em>animalangue<\/em> postul\u00e9e au d\u00e9part. C\u2019est le lieu (\u00e0 soi&nbsp;?) o\u00f9 d\u00e9couvrir, disait <em>f<\/em> au d\u00e9part, <em>quelle id\u00e9e du roman alors va surgir, peut-\u00eatre tout aussi impalpable, mais bien plus concr\u00e8te et alors perceptible en tant que <\/em>d\u00e9sir<em> ou invention du livre<\/em>. Et alors ce qu\u2019on fait du personnage, ce qu\u2019on dit de la situation&nbsp;: rien de rien&nbsp;; on verra plus tard. \u2014 \u00c7a se tient ou j\u2019affabule&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(\u2014 L\u00e2che&nbsp;! Avoue que t\u2019as aussi envie de lui dire <em>Fais pas chier&nbsp;!<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>((Un air du chien qui s\u2019barre, non&nbsp;?))<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #04 et #04bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"59\">\n<li>Virginia Woolf&nbsp;: \u00ab&nbsp;les chefs-d\u2019\u0153uvre ne naissent pas isol\u00e9s et solitaires&nbsp;: ils sont le fruit de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 penser en commun, \u00e0 penser par le corps des gens, de sorte que l\u2019exp\u00e9rience de la masse est derri\u00e8re la voix solitaire.&nbsp;\u00bb \u2014 Ce que dit aussi d\u2019une certaine mani\u00e8re Patrick Chamoiseau au sujet de l\u2019\u0153uvre d\u2019art&nbsp;? \u00ab&nbsp;Une \u0153uvre d\u2019art doit nous pr\u00e9cipiter en devenir, et le devenir est aujourd\u2019hui dans notre capacit\u00e9 \u00e0 nous tenir ensemble, debout, solitaires et solidaires, en face de&nbsp;l\u2019impensable.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Et l\u2019impensable, ce peut \u00eatre le corps des gens, justement&nbsp;? la masse derri\u00e8re la voix&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>(Et chez Baptiste Morizot, dans la perspective g\u00e9n\u00e9rale du vivant, il s\u2019agit de l\u2019inexplor\u00e9&nbsp;? et alors on se rappelle la question du pistage, la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab&nbsp;centrer l\u2019attention non sur les \u00eatres, mais sur les relations&nbsp;\u00bb \u2014 ce qui vaut pour le vivant valant, de fait et peut-\u00eatre d\u2019autant mieux, pour les \u00eatres humains.)<\/li>\n\n\n\n<li>Je repousse l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019\u00e9criture. J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 quelque part. Quand je repousse l\u2019\u00e9criture, le texte. J\u2019h\u00e9sitais, entre deux lieux&nbsp;: la place de la Victoire et l\u2019entr\u00e9e de l\u2019universit\u00e9 des sciences (Bordeaux 1 \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Ce sera la Victoire. Mais je repousse l\u2019\u00e9ch\u00e9ance. Je contiens les souvenirs. \u00c7a remonte, comme une bouteille sous pression ouverte trop vite ou secou\u00e9e. \u00c7a coule. Tant pis. Mais tant mieux aussi, \u00e7a oblige \u00e0 changer de r\u00e9cipient. Trouver de quoi pour contenir ce qui coule. Juste ce qui coule. Pas besoin d\u2019une pinte \u00e9norme pour enquiller tout le reste. Juste ce qui coule. Juste de quoi avaler un galopin. M\u00eame pas. Un d\u00e9 \u00e0 coudre suffira. Et le reste&nbsp;? Le reste, on l\u2019oublie. Le reste, ce qui manque, c\u2019est pour l\u2019\u00e9criture. Pas besoin de se souvenir de tout. Laissons le v\u00e9cu au pass\u00e9. On s\u2019occupe maintenant de ce qui manque au pr\u00e9sent, et au pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture. Le reste, qui manque \u2014 et \u00e7a doit manquer, il faut oublier \u2014, c\u2019est pour la forme. Et l\u2019entr\u00e9e de l\u2019universit\u00e9, la mare, les peupliers autour, les canards et le ragondin \u2014 mais what&nbsp;? \u2014, mais oui, le ragondin \u2014 Ren\u00e9\u2026 \u2014, c\u2019est pour plus tard.<\/li>\n\n\n\n<li>Je repousse et vraiment, ce n\u2019est pas ce que je pr\u00e9f\u00e8re. Je bouillonne. Mais pas d\u2019effusion, d\u2019\u00e9ruption. Et c\u2019est \u00e7a le plus dur, d\u2019ajuster le feu pour laisser mijoter. Ce qui fait qu\u2019\u00e9crire m\u2019est impossible. Sinon je sais, \u00e7a afflue et les phrases se tordent, se contorsionnent dans tous les sens, en avan\u00e7ant, en reculant, en sautant, en disparaissant, en revenant tel que, presque, parce que <em>the show must go on<\/em>, donc on reprend quand m\u00eame, et puis trois mots apr\u00e8s en deux heures, <em>tabula rasa<\/em>. Donc non&nbsp;: d\u2019abord on laisse filer, le texte. \u2014 \u00c7a tombe bien, je suis souvent d\u00e9rang\u00e9. \u2014 Ensuite\u2026 on aimerait bien lire, mais \u00e7a aussi c\u2019est impossible. Les mots me renvoient \u00e0 ceux qui bouillonnent, aux souvenirs dans la marmite du texte qui mijote, \u00e9paissit. \u00c7a met un peu d\u2019\u00e9pices, me dira-t-on, mais pas trop. Il ne faudrait pas jouer les apprentis sorciers. \u2014 D\u2019ailleurs \u00e7a tombe bien, ce que je lis je l\u2019oublie presque dans le m\u00eame temps. \u2014 Ben alors on fait quoi en attendant&nbsp;? \u2014 Ben \u00e7a tombe bien, la vie en ce moment fait que je suis souvent coup\u00e9 en \u00e9crivant, en lisant. Donc, on verra ce soir.<\/li>\n\n\n\n<li>(Les notes canalisent aussi la frustration de l\u2019\u00e9criture retenue et l\u2019excitation du texte \u00e0 venir. Mais quand elles arrivent, le reste n\u2019est plus tr\u00e8s loin. Patience.)<\/li>\n\n\n\n<li>((Dans quelle mesure, aussi, ce bouillonnement int\u00e9rieur rel\u00e8ve-t-il de la col\u00e8re, car j\u2019ai la col\u00e8re sourde, muette, du genre de celle qui tire les traits du visage pour mieux tendre le coup qui pourrait exploser comme une \u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, injuste. Zut&nbsp;!))<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04-la-victoire\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04-la-victoire\/\">texte 04<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"66\">\n<li>Improductif aujourd\u2019hui (mercredi 5 juillet 2023). \u00c9crit \u00e0 peine une poign\u00e9e de phrases pour deux paragraphes qui ne prennent pas. Le probl\u00e8me c\u2019est quoi, si l\u2019on veut bien \u00e9carter les circonstances plus \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9criture qu\u2019on ne se le laisse croire. Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on raconte, le probl\u00e8me. Et peut-\u00eatre m\u00eame pas tant la fa\u00e7on dont on le raconte. On peut dire la m\u00eame chose de mille et une fa\u00e7ons, et chacune \u00e0 sa raison d\u2019\u00eatre. Mais pour chacune, il y a une question d\u2019angle, de point de vue, de cadre, de clart\u00e9, de profondeur de champ. Une ambiance, une r\u00e9sonance. Des interf\u00e9rences. Le probl\u00e8me rel\u00e8ve de\u2026 la photographie&nbsp;? Et alors&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain ch\u00e8re \u00e0 Woolf (en pensant \u00e0 Shakespeare)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout d\u00e9sir de protester, de pr\u00eacher, de d\u00e9noncer une offense, de r\u00e9gler des comptes, de prendre le monde \u00e0 t\u00e9moin de quelque \u00e9preuve ou grief, il l\u2019a expuls\u00e9 de lui et consum\u00e9. Par cons\u00e9quent, sa po\u00e9sie coule de lui librement et sans entraves.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Parfois, j\u2019ai l\u2019impression que je ne fais que brasser la vie et son souvenir depuis des ann\u00e9es, et que je commencerai vraiment \u00e0 \u00e9crire apr\u00e8s quand ce sera fini, dans une prochaine vie.<\/li>\n\n\n\n<li>Et ce texte aussi fluide qu\u2019une coul\u00e9e de basalte\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Au sujet de mon usage exag\u00e9r\u00e9 des points de suspension, l\u2019ami Christophe, g\u00ean\u00e9 dans sa lecture, me posait la question de leur utilit\u00e9 en dehors de la mise en sc\u00e8ne de l\u2019oralit\u00e9. Je lui ai r\u00e9pondu&nbsp;: <em>Tu fais bien de t&rsquo;immiscer dans le texte. Les commentaires o\u00f9 le scepticisme participe de l&rsquo;am\u00e9lioration des choses, ce n&rsquo;est pas si souvent, je prends. D&rsquo;autant que je n&rsquo;ai pas la science infuse et que je suis entre de bonnes mains. \u2013 Donc, les points de suspension. Personnellement, je n&rsquo;en suis m\u00eame pas particuli\u00e8rement fan, bien que la moiti\u00e9 de mes textes dans ce cycle tend \u00e0 prouver le contraire. C&rsquo;est vrai que je me laisse emporter par l&rsquo;oralit\u00e9, et qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faut peut-\u00eatre de porter vraiment le texte, \u00e7a me porte moi dans ma volont\u00e9 de pousser l&rsquo;\u00e9criture. C&rsquo;est moins de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire que de l&rsquo;expression de soi, en somme. \u2013 J&rsquo;\u00e9tais un peu moins lourd sur la suspension il y a quelque temps, quand elle intervenait juste \u00e0 la fin des paragraphes&nbsp;: il y avait de la voix, un flot qui s&rsquo;achevait en queue de poisson pour passer \u00e0 autre chose, du coq-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne. Ici, j&rsquo;avoue que c&rsquo;est incessant. Mais, pour d\u00e9fendre un peu l&rsquo;usage intempestif de la chose, on peut voir \u00e7a comme un effet de <\/em>la bestiole<em>, \u00e0 ronger sans cesse, \u00ab\u00a0\u00e0 petit\u00a0\u00bb comme disait ma grand-m\u00e8re, la voix. Quand dire, c&rsquo;est faire&nbsp;? (Mais cette formule aussi est certainement us\u00e9e&nbsp;?) \u2013 J&rsquo;avoue que le rythme rapide du cycle m&#8217;emp\u00eache de trop r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question, ou de me replonger dans les ma\u00eetres \u00e8s suspension, comme LF C\u00e9line en plein dans la gouaille ou N Sarraute \u00e0 t\u00e2tons sous la voix (grosso modo). C&rsquo;est chose faite gr\u00e2ce \u00e0 toi, en tout cas la r\u00e9flexion est ouverte. \u2013 Merci.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Ne pas consid\u00e9rer les textes comme des travaux achev\u00e9s, mais des chantiers en cours.<\/li>\n\n\n\n<li>La g\u00eane de Virginia Woolf en lisant l\u2019\u00e9crivaine imaginaire Mary Carmichael&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u2019abord elle a cass\u00e9 la phrase&nbsp;; maintenant elle casse la s\u00e9quence. Tr\u00e8s bien, elle a enti\u00e8rement le droit de faire les deux si elle le fait non par int\u00e9r\u00eat pour la casse, mais par int\u00e9r\u00eat pour la cr\u00e9ation. Duquel des deux s\u2019agit-il, je ne peux en \u00eatre s\u00fbre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle se soit confront\u00e9e \u00e0 une situation. Je lui donne toute libert\u00e9, dis-je, pour choisir de quelle situation il s\u2019agira&nbsp;; elle peut la fabriquer avec des bo\u00eetes de conserve et de vieilles bouilloires si \u00e7a lui chante&nbsp;; mais elle doit me convaincre qu\u2019elle y croit, \u00e0 sa situation&nbsp;; et quand elle l\u2019aura fabriqu\u00e9e, elle devra lui faire face. Et sauter.&nbsp;\u00bb \u2014 Voil\u00e0 qui va me faire m\u00e9diter longtemps.<\/li>\n\n\n\n<li>(Et pour Christophe, je ne l\u2019ai pas convaincu&nbsp;? je ne lui parais pas convaincu&nbsp;? je ne fais pas vraiment face&nbsp;? je n\u2019ai pas saut\u00e9&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04bis-jeudis-soir-jeudi-noirs\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04bis-jeudis-soir-jeudi-noirs\/\">texte 04bis<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"74\">\n<li>Je ne suis pas particuli\u00e8rement nostalgique. Mais j\u2019avoue que cette plong\u00e9e surprise dans ces jeunes ann\u00e9es d\u2019\u00e9tude, Lettres et Sciences m\u00eal\u00e9es, \u00e7a me travaille.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019aurais d\u00fb couper les s\u00e9quences des souvenirs \u00e0 superposer, les imbriquer les unes dans les autres. \u2014 Il est encore temps. (\u2014 Il est toujours temps.)<\/li>\n\n\n\n<li>Pas simple, quand m\u00eame, d\u2019\u00e9crire l\u2019ivresse, la confusion des sens, des \u00e9motions (pas s\u00fbr d\u2019en avoir parl\u00e9 \u2014 et la raison n\u2019en parlons pas), et cette esp\u00e8ce de <em>saoulitude<\/em> bue ou fum\u00e9e ensemble qui confine \u00e0 la suggestion, l\u2019hypnose, et mille et une choses insaisissables qui s\u2019entrechoquent dans l\u2019esprit.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #03 et #03bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"41\">\n<li>\u00c9videmment, je m\u00e9lange les souvenirs, je coupe et je colle. Et c\u2019est dans la colle que l\u2019imagination trouve sa place. J\u2019en ai plein les doigts. Et j\u2019en mets un peu partout. Les timbres de souvenirs en sont tout <em>baudr\u00e9s<\/em>, dirait Dada.<\/li>\n\n\n\n<li>|| L\u2019autre chose qui me chiffonne (et je passe du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne), c\u2019est <em>le mur <\/em>Facebook. Je suis inscrit depuis quelques ann\u00e9es sur le site. Je n\u2019ai jamais rien publi\u00e9. C\u2019est un compte de consultation de ce qui se fait ici ou l\u00e0, de ce qui se dit, ce qu\u2019on montre. J\u2019ai d\u00fb \u00e9crire deux ou trois choses sur le compte du Tiers Livre, c\u2019est tout. Je n\u2019ai rien \u00e0 dire en g\u00e9n\u00e9ral. Encore moins \u00e0 r\u00e9agir, ne serait-ce qu\u2019avec un like. Il faudrait d\u00e9j\u00e0 pour cela avoir le r\u00e9flexe de lire r\u00e9guli\u00e8rement. Bref&nbsp;! \u00e7a ne me parle pas. \u2014 Sauf que depuis que j\u2019ai entendu ce mot de <em>mur<\/em>, avec cette image, il n\u2019y a pas si longtemps d\u2019ailleurs, alors qu\u2019on utilise ce mot, l\u2019image, depuis un petit bout de temps maintenant, depuis que j\u2019ai lu ce mot de <em>mur<\/em>, je trouve la chose plus d\u00e9sirable, j\u2019ai presque envie d\u2019\u00e9crire un petit quelque chose l\u00e0-dessus, sur ce mur, sur le fait de se retrouver l\u00e0, devant un mur, devant <em>son<\/em> mur, d\u2019expliquer comme \u00e7a que normalement je n\u2019en ai pas envie, m\u00eame sur le mur des autres, que c\u2019est cette image-l\u00e0, du mur, et le sien en particulier, d\u2019\u00eatre l\u00e0 devant quand on n\u2019a encore jamais rien affich\u00e9, et \u00e7a aussi, l\u2019<em>affiche<\/em>, comme image de ce qu\u2019on \u00e9crit, de ce qu\u2019on poste en image, audio ou vid\u00e9o, \u00e7a aussi \u00e7a compte, l\u2019affiche sur le mur, c\u2019est bien urbain, et c\u2019est ce qui fait que je me dis qu\u2019il serait temps maintenant, juste \u00e9crire au moins, juste \u00e7a, gr\u00e2ce au mur et \u00e0 ce qu\u2019on y affiche, au fait que c\u2019est une image, au sens des mots, et peu importe ce qu\u2019on en dira, ce qu\u2019on affichera, des mots et des likes et des \u00e9motic\u00f4nes comme des graffitis en passant, peu importe ce qu\u2019il en fera, ce qu\u2019il dira ou montrera,<em> on<\/em>, le lecteur, le grapheur, sur le Mur.<\/li>\n\n\n\n<li>Et apr\u00e8s, en affiche, Virginia Woolf, d\u2019<em>Un Lieu \u00e0 soi<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais les po\u00e8tes vivants expriment un sentiment qui est tout juste en train de se former pour nous \u00eatre arrach\u00e9 sur le moment. D\u2019abord on ne le reconna\u00eet pas&nbsp;; souvent, pour une raison ou pour une autre, on en a peur&nbsp;; on le scrute intens\u00e9ment et on le compare, avec jalousie et soup\u00e7on, \u00e0 l\u2019ancien sentiment, celui qu\u2019on connaissait. D\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 de la po\u00e9sie moderne&nbsp;; et c\u2019est \u00e0 cause de cette difficult\u00e9 qu\u2019on ne peut pas se rappeler plus de deux vers cons\u00e9cutifs de n\u2019importe quel bon po\u00e8te moderne.&nbsp;\u00bb ||<\/li>\n\n\n\n<li>f indique&nbsp;: ce personnage que vous creusez et fouillez (et n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 vous confier \u00e0 l\u2019incroyable \u00e9criture de Gertrude Stein pour les r\u00e9p\u00e9titions, assonances, rem\u00e2chements, boucles&#8230;), quel autre personnage peut directement surgir \u00e0 la fronti\u00e8re, au bord de votre texte&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03-la-bestiole\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03-la-bestiole\/\">texte 03<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"45\">\n<li>Non, je ne pensais pas du tout \u00e0 une histoire d\u2019espadrilles espagnoles, d\u2019ongles d\u2019orteils, de chasse aux insectes, de maladie incurable \u2014 mais pas du tout \u2014, et voil\u00e0, c\u2019est comme \u00e7a. \u2014 Mais par o\u00f9 passe le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire&nbsp;? Et \u00ab&nbsp;o\u00f9 sont les neiges d\u2019antan&nbsp;?&nbsp;\u00bb, ajouterait Villon. \u2014 Et dire que ma premi\u00e8re id\u00e9e, que je croyais rattraper, c\u2019\u00e9tait ME \u00e0 sa table de travail, avec son alphabet math\u00e9matique \u00e0 deux lettres \u00e0 l\u2019infini.<\/li>\n\n\n\n<li>Je prie les entomologistes et les amateurs d\u2019insectes de m\u2019excuser pour la g\u00eane occasionn\u00e9e et le clich\u00e9 renvoyant les esp\u00e8ces courantes du genre, plus domestiques qu\u2019on ne l\u2019imagine et qu\u2019on ne le veut, \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort li\u00e9es au cancer. Comme si les insectes en \u00e9taient le vecteur&nbsp;! Promis, la prochaine fois j\u2019essaie de penser \u00e0 <em>Minuscule<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Pas s\u00fbr d\u2019avoir bien suivi la consigne, dans la mesure o\u00f9 je vais d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre, sans les creuser-fouiller, sinon \u00e0 travers un autre th\u00e8me, un point de d\u00e9tail.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Sans rapport direct&nbsp;: dans mon CV, j\u2019ai mentionn\u00e9 l\u2019activit\u00e9 <em>\u00e9diteur communautaire<\/em>, du temps o\u00f9 je corrigeais des textes pour le site Raconter la Vie&nbsp;; du temps, pr\u00e9sent, o\u00f9 j\u2019\u00e9cris et publie en ligne des textes \u00e0 travers les ateliers d\u2019\u00e9criture du Tiers Livre, pourrait-on inscrire aussi <em>auteur communautaire<\/em>&nbsp;? \u2014 Voil\u00e0 une question \u00e0 afficher sur le Mur. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Malgr\u00e9 Chalais, je trouve le moyen d\u2019y retourner, au cancre\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Au fait, \u00eel n\u2019y a plus de gu\u00eapes dans la bo\u00eete aux lettres. M\u00eame avec le petit nid enlev\u00e9, elles tournaient encore autour. Et dedans. J\u2019ai d\u00fb utiliser l\u2019insecticide pour les en dissuader. Pas directement sur elles, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bo\u00eete. Et autour une fois d\u00e9log\u00e9es. L\u2019odeur les aura d\u00e9finitivement fait chercher un autre endroit plus s\u00fbr. Elles \u00e9taient quand m\u00eame r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9rang\u00e9es par le facteur&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la structure o\u00f9 je travaille, on finit par faire des ch\u00e2teaux de cartes. (On me montre aussi une vid\u00e9o d\u2019abeilles se d\u00e9fendant et tuant un frelon.)<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la s\u00e9rie des personnages \u00e0 la mode Gertrude Stein, s\u2019il s\u2019agit juste pour <em>f<\/em> d\u2019<em>une situation \u00e0 quatre<\/em>, je retiens surtout l\u2019hors-champ \u2014 constitutif de l\u2019objectif, bien s\u00fbr \u2014, <em>par<\/em> <em>explorations de techniques et de formes, et comment ces techniques et formes induisent de nouveaux contenus<\/em>.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-03bis-un-lieu-pour-elle-quatre\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-03bis-un-lieu-pour-elle-quatre\/\">texte 03bis.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"53\">\n<li>Cinq notes, et je ne sais pas du tout o\u00f9 je vais me perdre\u2026 je vais, je viens, j\u2019arr\u00eate, je reprends, j\u2019efface, stop, je peste, je m\u2019en vais, je reviens, texte d\u2019appui, textes des autres, par fragments, \u00e7a revient, je reprends, je continue, par coupes, par sauts, de descriptions en dialogues, on explore, \u00ab&nbsp;pas question pour l&rsquo;instant de suites, d&rsquo;encha\u00eenements, de construction&nbsp;\u00bb, je suis perdu, j\u2019ai bon\u2026&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Woolf&nbsp;: \u00ab&nbsp;la fiction ressemble \u00e0 une toile d\u2019araign\u00e9e, qui pour \u00eatre attach\u00e9e de fa\u00e7on tr\u00e8s fine est tout de m\u00eame attach\u00e9e \u00e0 la vie par les quatre coins.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Et si l\u2019autre qui reste n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas l\u00e0, sinon comme un fant\u00f4me&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 03bis.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"56\">\n<li>La phrase de Jack dans <em>Shining<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;All work and no play makes Jack a dull boy.&nbsp;\u00bb Soit, selon Deepl&nbsp;: <em>Travailler sans s&rsquo;amuser fait de Jack un gar\u00e7on ennuyeux.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Ouf&nbsp;! j\u2019ai cru ne pas en venir \u00e0 bout, ne le voyant jamais venir, ou pas plus loin que deux ou trois mots. Pas tr\u00e8s pratique quand on veut construire des phrases courantes, ni trop complexes, ni trop simples.<\/li>\n\n\n\n<li>Pour le sens, on repassera.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #02 et #02bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"22\">\n<li>Soit <em>f <\/em>\u2014 avec, dit ainsi, l\u2019impression de parler d\u2019une fonction affine, d\u00e9riv\u00e9e ou primitive&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u2019un&nbsp;<em>effet retard<\/em>&nbsp;: avancer dans le lieu, s\u2019immerger dans le lieu, \u00e9tablir la pr\u00e9sence la plus fouill\u00e9e possible du lieu, justement en <em>retardant<\/em>, mais retardant au maximum, l\u2019apparition immobile et suspendue de ce personnage&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>Ce personnage peut-il \u00eatre un animal&nbsp;? ou l\u2019animal participe-t-il de cette pr\u00e9sence fouill\u00e9e&nbsp;? En tout cas, le lieu lui-m\u00eame devrait avoir quelque chose de cet ordre.<\/li>\n\n\n\n<li>D\u2019un lieu \u00e0 soi. Animal donc. Du fait de l\u2019avanc\u00e9e, de l\u2019immersion, moins que de la pr\u00e9sence du personnage. Un lieu \u00e0 soi, pas forc\u00e9ment le mien \u2014 sinon par procuration, \u00e0 retardement.<\/li>\n\n\n\n<li>Chez Laheu ou 26 rue Baudelaire&nbsp;? Mais toujours avec les chiens, cinq \u00e0 sept.<\/li>\n\n\n\n<li>(Les Chiens, de cinq \u00e0 sept. Pas s\u00fbr que Varda appr\u00e9cierait ce titre en forme d\u2019hommage. \u00c7a d\u00e9pendrait du texte, de la fa\u00e7on dont il r\u00e9sonne avec le film et de ce qu\u2019il propose de nouveau, ou essaie \u2014 en lorgnant cette fois sur <em>Agn\u00e8s de ci de l\u00e0 Varda<\/em>.)<\/li>\n\n\n\n<li>Hier soir, apr\u00e8s la journ\u00e9e de travail \u00e0 la structure, je suis all\u00e9 faire un tour dehors, dans le chemin \u00e0 monter vers le coteau, les vignes, dans le chant ou les cris des grillons invisibles, les p\u00e9piements du ciel. Et au retour, une vache qui montait sur l\u2019autre. On sait tout ce que cela comporte de processus hormonaux, de ph\u00e9nom\u00e8nes physiologiques, biochimiques, menant l\u2019animal pour le bout du nez (fa\u00e7on de parler). Mais quand m\u00eame, la pulsion.&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Ou l\u2019appartement de ME \u00e0 Bordeaux, au dernier \u00e9tage d\u2019un ancien h\u00f4tel de passe. Mais pas d\u2019animaux ici. Sinon, parfois, des blattes sorties on ne sait d\u2019o\u00f9.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 \u00eatre partag\u00e9, on peut commencer par \u00e9noncer cela. C\u2019est la le\u00e7on de Mauvignier qui disait, dans le Zoom&nbsp;: <em>qu\u2019est-ce qui m\u2019emp\u00eache de prendre le fait que j\u2019m\u2019en fous, comme un \u00e9l\u00e9ment de mon livre&nbsp;? qu\u2019est-ce qui m\u2019emp\u00eache de le faire&nbsp;? donc j\u2019vais prendre le fait que j\u2019m\u2019en fous, comme porte d\u2019entr\u00e9e<\/em>. Et moi le fait que je suis partag\u00e9 entre deux, trois lieux.<\/li>\n\n\n\n<li>Sauf que durant la p\u00e9riode du d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire \u2014 je ne parle pas encore d\u2019\u00e9criture, m\u00eame si c\u2019est l\u00e0, dans l\u2019attente, comme une lettre en souffrance \u2014, pendant le cycle o\u00f9 \u00e7a prend, o\u00f9 \u00e7a se cristallise, avec les \u00e9tudes \u00e0 Bordeaux \u2014 un peu, beaucoup, \u00e0 la folie, pas du tout, selon les jours \u2014, les lieux se d\u00e9multiplient. Quel \u00e9tait le plus fauve&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Mais puisque j\u2019en ai termin\u00e9 la derni\u00e8re fois avec Sophie&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-chez-me\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02-chez-me\/\">texte 02<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"32\">\n<li>Beaucoup de mouvement depuis quelque temps, dans la structure. Un probl\u00e8me de convention collective sinon pi\u00e9tin\u00e9e, du moins contourn\u00e9e. Je suis l\u2019affaire de loin, du haut de mon mi-temps. Avouons que \u00e7a m\u2019arrange. Mais pas le coll\u00e8gue Momo, plus engag\u00e9. Aujourd\u2019hui il est en arr\u00eat, depuis un gros mois. Les rares textos que j\u2019ai pu recevoir m\u2019indiquent qu\u2019il va mal. Demain il partira sans merci.<\/li>\n\n\n\n<li>Patrick, en analyse de pratique (attention au lapsus)&nbsp;: \u00ab&nbsp;tout le monde se bat pour ce qu\u2019il est et pour ce qu\u2019il a\u2026&nbsp;\u00bb \u2014 Mon premier r\u00e9flexe a \u00e9t\u00e9 de me dire <em>Non&nbsp;!<\/em> Dans un deuxi\u00e8me temps, il faut essayer de comprendre en quoi Patrick a raison&nbsp;: sur un plan social, la communaut\u00e9 LGBT se bat pour ce que chacun est dans sa diff\u00e9rence sexuelle, identitaire, le mouvement des Gilets Jaunes a consist\u00e9 \u00e0 se battre de survivre financi\u00e8rement, si possible de vivre dignement. Un troisi\u00e8me moment me faire dire quand m\u00eame que non&nbsp;: <em>Non, je ne me bats pas pour ce que je suis, mais pour le devenir, sachant que je suis loin de savoir de quoi il retourne. Quant \u00e0 me battre pour ce que j\u2019ai, dieu m\u2019en garde. De toute fa\u00e7on, je poss\u00e8de bien peu de choses. Mais il faudrait d\u2019abord savoir de quoi rel\u00e8ve l\u2019avoir, des fois qu\u2019il recoupe de l\u2019\u00eatre.<\/em> Un quatri\u00e8me pour \u00e9couter ce que les autres pensent, \u00e7a vaudra mieux. Et un dernier pour la route, sinon on ne s\u2019en sort pas.<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est quoi la vie d\u2019une blatte&nbsp;? (\u2014 Non, je ne fonctionne pas que par association d\u2019id\u00e9es.)<\/li>\n\n\n\n<li>La suite avec <em>f<\/em>&nbsp;: <em>Pour cette travers\u00e9e qui m\u00e8ne au point o\u00f9 s&rsquo;ouvre le texte&nbsp;<\/em><em>int\u00e9rieur<\/em><em>, ce n&rsquo;est pas chaque point successif qui organise la suite de l&rsquo;\u00e9nonciation, c&rsquo;est litt\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9lastique du jokari qui vous am\u00e8ne, comme tir\u00e9, comme aimant\u00e9, d&rsquo;un point ind\u00e9fini \u00e0 ce point de d\u00e9part de la travers\u00e9e int\u00e9rieure, et donc chaque point de ce nouveau texte comme aspir\u00e9 de plus en plus fort par cette porte que vous allez franchir (si c&rsquo;est une porte).<\/em> \u2014 Et si c\u2019est bien <em>vous<\/em>, moi, qui franchit le seuil, quelle que soit sa forme. Et si c\u2019\u00e9tait une blatte&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et si de fa\u00e7on syst\u00e9matique je poursuivais ce double de l\u2019exercice principal avec une liste, \u00e0 la mani\u00e8re de Gabrielle Filteau-Chiba (<em>Encabann\u00e9e<\/em>). Et si c\u2019\u00e9tait l\u00e0 le plus animal.<\/li>\n\n\n\n<li>(Je m\u2019obstine avec cette <em>animalangue<\/em>. Je veux et j\u2019exige que ce cycle sur le Roman, qui d\u00e9bute et r\u00e9siste pour l\u2019instant, s\u2019inscrive dans la perspective du cycle pr\u00e9c\u00e9dent, de techniques et d\u2019\u00e9largissements, tel que je l\u2019ai recoup\u00e9 par la dimension animale. \u2014 En partie seulement, car le d\u00e9but de ce cycle a particip\u00e9 de la fin du cycle qui le pr\u00e9c\u00e9dait, sur le Voyage. \u2014 N\u2019y a-t-il pas dans cette complexit\u00e9 apparente de conjonctions, de ruptures, de r\u00e9sistances et insistances, quelque chose de <em>fauve&nbsp;<\/em>?)<\/li>\n\n\n\n<li>Partir d\u2019o\u00f9&nbsp;? De mon appart\u2019&nbsp;? mais lequel&nbsp;? De l\u2019universit\u00e9, en bus et sans ticket, \u00e0 surveiller si des contr\u00f4leurs sont au prochain arr\u00eat&nbsp;? D\u2019une bo\u00eete de nuit sur les quais, et on s\u2019arr\u00eatait d\u2019abord aux Capus, pour un dernier verre au Temps des copains&nbsp;? De la maison le dimanche soir, la route en Uno jusqu\u2019\u00e0 Bordeaux et le bouchon surprise&nbsp;? (De je ne sais o\u00f9, \u00e0 remonter les canalisations chaudes dans les murs et sortir derri\u00e8re un meuble par un trou dans la plinthe&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est moi qui suis en phase, ou c\u2019est <em>f <\/em>avec ses textes d\u2019appui&nbsp;? \u2014 Jane Sauti\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cafards \u00e9normes partout, dans le linge que leurs d\u00e9jec\u00adtions tachaient irr\u00e9m\u00e9diablement, dans la nourriture. On poussait des cris d&rsquo;effroi au d\u00e9but, puis plus. Lorsqu&rsquo;on en \u00e9crasait un, un liquide jaun\u00e2tre, tel un pus \u00e9pais, s&rsquo;en \u00e9chappait, on a arr\u00eat\u00e9 de vouloir en venir \u00e0 bout. On comprend assez vite qu&rsquo;on ne sera pas vainqueur d&rsquo;une vie aussi obstin\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02bis-retour-de-boite\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-02bis-retour-de-boite\/\">texte 02bis<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"40\">\n<li>Le d\u00e9fi, c\u2019est de se dire qu\u2019on a le temps, de savoir et d\u2019accepter que, oui, le cycle d\u2019\u00e9criture actuel sur le roman, trop humain, trop com\u00e9die peut-\u00eatre aussi, ne correspond pas du tout avec ce qui me travaille en ce moment, au moins depuis le cycle des techniques et des \u00e9largissements o\u00f9 j\u2019ai pris le probl\u00e8me \u00e0 bras-le-corps de l\u2019animal, mais en fait depuis plus longtemps, au moins depuis <em>le chien qui s\u2019barre<\/em>\u2026 et donc le roman, les lieux, les personnages, le temps s\u00fbrement, \u00e0 un moment donn\u00e9, tel que \u00e7a se pr\u00e9sente avec le point de bascule de l\u2019\u00e9criture, quand \u00e7a prend, et m\u00eame si on ne sait pas vraiment quand \u00e7a a pris, m\u00eame si on ne peut pas savoir quand \u00e7a a vraiment pris et parce que ce n\u2019est pas l\u00e0 ce qui compte, l\u2019important, c\u2019est que ce processus doit reprendre, qu\u2019il ait pris une fois, qu\u2019il ait pris mille fois, tant mieux, mais la prochaine fois, c\u2019est quand&nbsp;? et ce quand \u2014 apr\u00e8s le <em>quoi<\/em> et le <em>comment<\/em>, voil\u00e0 enfin <em>quand<\/em> \u2014 compte autant sinon plus que la toute premi\u00e8re fois, \u00e0 jamais oubli\u00e9e\u2026 et donc, dans ma poign\u00e9e de textes autour de ce premier moment de l\u2019\u00e9criture, \u00e0 tout le moins du d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire, je me sens coinc\u00e9, parce que trop romanesque d\u2019une certaine mani\u00e8re, aussi, mais c\u2019est ce qui peut aussi me sauver, le roman a de la ressource, et \u00e7a d\u00e9borde all\u00e9grement la com\u00e9die humaine, et forc\u00e9ment \u00e7a rejoindra mon probl\u00e8me actuel, impatient, j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9crire pour les sangliers, comme Kafka pour les souris, mais patience, soyons d\u00e9sinvolte, restons classique, les classiques ne l\u2019ont jamais vraiment \u00e9t\u00e9 de leur temps, ils le sont devenus apr\u00e8s coup, une fois mort, par effets de lecture, par effet des d\u00e9sirs d\u2019\u00e9crire n\u00e9s de ces effets, d\u00e9couvrons l\u2019univers de ce genre de d\u00e9sir naissant, m\u00eame s\u2019il n\u2019en reste rien au fond, m\u00eame si je dois me faire l\u2019arch\u00e9ologue d\u2019une cit\u00e9 perdue, il sera temps d\u2019en d\u00e9couvrir le peuple animal cach\u00e9 dans la for\u00eat, enfoui sous les sables, qui depuis l\u2019a investie, et peut-\u00eatre en perp\u00e9tue la vie, f\u00fbt-ce sous une forme inconnue, fauve, il sera temps de retrouver <em>le chien barr\u00e9<\/em>\u2026<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes en #01 et #01bis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"11\">\n<li><em>f<\/em> emploie encore ce mot dont le sens m\u2019\u00e9chappe toujours&nbsp;: <em>ampliation&nbsp;<\/em>: un mot technique utilis\u00e9 surtout en droit et en physiologie dans la perspective d\u2019une augmentation, d\u2019un redoublement (de texte dans le premier cas, d\u2019air dans le second). \u2014 La prochaine fois, pensons \u00e0 <em>ample<\/em>. \u2014 Avec <em>f<\/em>, le mot semble relatif \u00e0 un manque et un besoin de mati\u00e8re pour \u00e9crire, \u00e0 un d\u00e9but de mise en forme&nbsp;; soit, l\u2019un dans l\u2019autre, la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019amorce d\u2019une <em>structuration<\/em>&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019id\u00e9e du portrait de l\u2019auteur en amont de ce qu\u2019il a \u00e0 \u00e9crire (va-t-il l\u2019\u00e9crire) me fait penser au film de Mia Hansen-L\u00f8ve, Bergman Island&nbsp;: Pour \u00e9crire, un couple de cin\u00e9astes, Tony et Amy, s&rsquo;installe sur l\u2019\u00eele de F\u00e5r\u00f6, en Su\u00e8de, o\u00f9 v\u00e9cut Ingmar Bergman. Le film progresse avec l\u2019\u00e9criture des sc\u00e9narios et se d\u00e9double quand celui Amy raconte son histoire et ses doutes \u00e0 Tony. La fronti\u00e8re entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 se brouille quand Amy prend la place de son personnage principal. Quand, chaque fois, Tony n\u2019est pas l\u00e0 pour l\u2019\u00e9couter. Une ampliation par l\u2019imagination&nbsp;? En tout cas, une chose est s\u00fbre, il n\u2019y a pas, alors, de fronti\u00e8re.<\/li>\n\n\n\n<li>Absence de mati\u00e8re&nbsp;? structure informe&nbsp;? Quand on a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, et quel que soit le d\u00e9sir et la volont\u00e9 de faire table rase, la mati\u00e8re et la forme sont l\u00e0. Ce sont m\u00eame elles qui vous guettent et vous attendent, peut-\u00eatre m\u00eame au moment o\u00f9 vous ne les attendez plus, o\u00f9 vous n\u2019y croyez plus.<\/li>\n\n\n\n<li>Et <em>f<\/em>, c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 l\u2019 \u00ab&nbsp;auteur\u00b7e invent\u00e9\u00b7e&nbsp;\u00bb. Emma est bien devenue un personnage de Sauveterre.<\/li>\n\n\n\n<li>On m\u2019a parl\u00e9 de scansion, au Domaine des Foss\u00e9s, \u00e0 propos de certains de mes textes et notes altern\u00e9s, entrecoup\u00e9s. C\u2019est dr\u00f4le. Le verbe <em>scander<\/em>, \u00e9tymologiquement, rel\u00e8ve de l\u2019<em>escalade<\/em>. Alors que la scansion, au sens courant, participe du saut de l\u2019oral dans et par l\u2019\u00e9crit (est-ce l\u2019inverse&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Dans mon ancienne vie, je poss\u00e9dais une cha\u00eene st\u00e9r\u00e9o, une t\u00e9l\u00e9vision et j\u2019\u00e9tais abonn\u00e9e \u00e0 un forfait d\u2019une centaine de postes. Pourtant, je pitonnais sans trouver ma place, sans plaisir. J\u2019ai troqu\u00e9 mes appareils contre tous les livres que je n\u2019avais pas eu le temps de lire, et \u00e9chang\u00e9 mon emploi \u00e0 temps plein contre une pile de pages blanches qui, une fois remplies de ma mis\u00e8re en pattes de mouche, le temps d\u2019un hiver, pourraient devenir un gagne-pain. Je r\u00e9aliserai mon r\u00eave de toujours&nbsp;: vivre de ma plume au fond des bois.&nbsp;\u00bb (Gabrielle Filteau-Chiba, <em>Encaban\u00e9e<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>(Je me trouve l\u00e0, devant l\u2019\u00e9cran et le clavier de la machine qui ronronne dans le bureau, la chambre. Dans quelques heures, je me retrouverai dans la structure o\u00f9 je travaille. Confort et activit\u00e9 modernes. Pourtant, \u00e0 bien des \u00e9gards, je suis moi aussi dans ma cabane. Volets ferm\u00e9s, fen\u00eatre ouverte (il fait en ce mois de juin, les nuits apportent un peu de fra\u00eecheur), les oiseaux chantent et je r\u00eave avec eux.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-01-de-lecran-a-lecrit\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-01-de-lecran-a-lecrit\/\">texte 01<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\" start=\"18\">\n<li>Le Havre, les assises, c\u2019est vrai que c\u2019\u00e9tait mon dernier voyage. Et si j\u2019en ai parl\u00e9 comme d\u2019un souvenir, c\u2019est avant tout parce que je me suis trouv\u00e9 l\u00e0 au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais le texte. L\u2019\u00e9criture du voyage, du souvenir, s\u2019est en fait d\u00e9velopp\u00e9e en <em>live<\/em>. J\u2019aurai simplement anticip\u00e9 le souvenir auquel elle appartient d\u00e9sormais en utilisant, alors, les temps du pass\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Le titre du texte, une fois encore je ne sais pas trop. Mais la formule du formateur m\u2019a plu et je ne la trouve pas si inappropri\u00e9e pour celui qui veut \u00e9crire, aujourd\u2019hui, devant son \u00e9cran vide comme on \u00e9tait devant sa page blanche.<\/li>\n\n\n\n<li>Les \u00e9critures animales. On me r\u00e9torquera que \u00e7a n\u2019existe pas. Que l\u2019\u00e9criture est une invention humaine. Soit. Et que justement, sur ce point-l\u00e0, entre art et science, de l\u2019ordre de la technique, du travail, etc., l\u2019homme est sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019animal. Soit. Cela dit, quand je relis Bataille sur les hommes de Lascaux, qui \u00ab&nbsp;pr\u00eataient aux animaux d\u2019autres pouvoirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019ordre intime du monde, qui leur semblait mettre en \u0153uvre une force incomparable, en face de la m\u00e9prisable industrie humaine&nbsp;\u00bb. Qui, d\u00e8s que possible au fond d\u2019une caverne, sur ses parois, \u00ab&nbsp;revenaient \u00e0 ce monde de la sauvagerie, de la nuit, de la bestialit\u00e9 ensorcelante&nbsp;; ils le figuraient avec ferveur, dans l\u2019angoisse, inclinant \u00e0 l\u2019oubli, pour un temps, de ce qui naissait en eux de clair, de prosa\u00efquement efficace et ordonn\u00e9&nbsp;\u00bb. Et alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;ces figures exprimaient le moment o\u00f9 l\u2019homme avouait la valeur plus grande de la <em>saintet\u00e9<\/em> que l\u2019animal devait avoir&nbsp;: l\u2019animal dont peut-\u00eatre il cherchait l\u2019amiti\u00e9, dissimulant le grossier d\u00e9sir de nourriture qui le commandait.&nbsp;\u00bb \u2014 Quand je relis ainsi Bataille, tout en sachant qu\u2019on ne peut d\u00e9duire facilement de sa pens\u00e9e sur une des origines de l\u2019histoire de l\u2019art quelque r\u00e9flexion sur la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9criture, je me demande quand m\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 de l\u2019\u00e9criture animale, mais humaine, trop humaine, laborieuse, limit\u00e9e. Peut-\u00eatre faut-il en retourner le gant&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Il y a aussi l\u2019histoire de la fourmi \u00e0 miel dans le documentaire de Werner Herzog sur la grotte Chauvet, <em>La Grotte des r\u00eaves perdus<\/em>, quand un Aborig\u00e8ne, accompagnant un ethnographe sur son terrain d\u2019\u00e9tude, s\u2019installe pour retoucher les figures alt\u00e9r\u00e9es sur la paroi, l\u2019ethnographe lui demandant alors pourquoi il peint \u2014 j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 pour un atelier sur la nouvelle \u2014, et l\u2019Aborig\u00e8ne r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne peins pas&nbsp;! C\u2019est la fourmi\u2026 c\u2019est l\u2019esprit de la fourmi \u00e0 miel qui est en train de peindre.&nbsp;\u00bb Qui, alors, entrevoit les confins&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01bis-ecrit-primal\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-01bis-ecrit-primal\/\">texte 01bis<\/a><\/pre>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>notes du prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-00-animalangue\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-00-animalangue\/\">texte<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\">\n<li><em>Animalangue<\/em>&nbsp;\u2014 foutaise\u2026&nbsp;! on se donne des airs comme \u00e7a, mais\u2026 voil\u00e0 que ce matin un oisillon tomb\u00e9 du nid s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 dans la maison, sous le bahut d\u2019abord\u2026 tu le laisses un peu, le temps de la douche\u2026 le temps de le laisser revenir, de le laisser p\u00e9pier, appeler ses parents et \u00e7a r\u00e9sonne dans le salon, mont\u00e9 sur le banc\u2026 \u00e9videmment quand tu r\u00e9apparais, il cherche \u00e0 s\u2019enfuir, mais rate encore la baie vitr\u00e9e, pourtant grande ouverte, et va se fiche le bec contre une porte\u2026 tu parviens \u00e0 le faire sortir par la porte-fen\u00eatre\u2026 vol en rase-mottes, peu s\u00fbr, glisse sur la terrasse\u2026 \u00e0 ton approche, se r\u00e9fugie dans l\u2019herbe un peu haute de la pelouse\u2026 dispara\u00eet\u2026 et toi aussi, mission accomplie, tu files travailler \u00e0 la structure\u2026 sauf que voil\u00e0, en rentrant, tu retrouves le petit oiseau l\u00e0, devant le garage, prostr\u00e9\u2026 le bec sous l\u2019aile\u2026 il ne bouge pas\u2026 les serres d\u2019une patte en moins\u2026&nbsp;et l\u2019air d\u2019avoir essuy\u00e9 les crocs d\u2019un chat dans le dos\u2026 que faire\u2026 un peu d\u2019eau, dans une coupelle, \u00e0 l\u2019heure d\u2019aller chercher les enfants au tennis\u2026 et au retour, l\u2019oisillon ne tient plus\u2026 il s\u2019est allong\u00e9\u2026 alors je le prends dans ma main, avance la coupelle d\u2019eau pr\u00e8s de son bec\u2026 l\u2019eau coule dessus, dans ma main\u2026 le bec s\u2019ouvre comme par r\u00e9flexe, se referme\u2026 il boit un peu\u2026 l\u2019\u0153il ferm\u00e9\u2026 je r\u00e9p\u00e8te l\u2019op\u00e9ration, mais quoi faire d\u2019autre\u2026&nbsp;? je l\u2019installe dans un nid que j\u2019avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et conserv\u00e9 dans une caisse du garage, et que je cale dans la caisse \u00e0 outils\u2026 le temps de chercher sur Internet\u2026 mais je n\u2019ai pas de pipette ou de seringue\u2026 je n\u2019ai plus de bo\u00eete de ma\u00efs pour en faire bouillir et refroidir le jus\u2026 je n\u2019ai pas non plus de fruits gorg\u00e9s d\u2019eau\u2026 pas de p\u00e2t\u00e9e pour chats\u2026 rien\u2026 il est trop tard pour aller acheter quoi que ce soit\u2026 les voisins, je n\u2019y ai pas pens\u00e9\u2026 il aurait fallu le r\u00e9chauffer dans le creux des mains, surtout apr\u00e8s l\u2019eau renvers\u00e9e sur ses plumes\u2026 l\u2019installer dans le noir pour le rassurer, comme sous le toit d\u2019o\u00f9 il est tomb\u00e9\u2026 rien\u2026 juste quelques graines, trop grosses, dans le m\u00e9lange de Noisette, le lapin\u2026 et les \u00e9tourneaux ne sont pas granivores\u2026 rien\u2026 et quand je reviens, je le retrouve blotti dans le nid, le bec vers l\u2019ext\u00e9rieur\u2026 sans r\u00e9action\u2026 moi sans solution\u2026 juste l\u2019id\u00e9e de placer le nid dans un carton, \u00e0 l\u2019abri, comme dans le nid o\u00f9 il se trouvait encore au petit matin, sous le toit\u2026 et de le laisser vivre son dernier somme\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Et demain, quand j\u2019ouvrirai le carton, que ferais-je du petit oiseau&nbsp;? et du nid&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li><em>Zoomalia<\/em>, le premier site que j\u2019ai consult\u00e9 pour savoir ce que je devais faire, me semble mal nomm\u00e9. Il est trop proche d\u2019<em>anomalie<\/em>. Comment ne pas sentir la contradiction entre le terme, o\u00f9 l\u2019animal devient un probl\u00e8me, et le service de l\u2019animalerie en ligne&nbsp;? Bien s\u00fbr, <em>animalia<\/em> serait plus regrettable. <em>Zoomania<\/em> sent la maladie chronique. <em>Zoophilia<\/em>, pire&nbsp;! Et pourtant, <em>philia<\/em>, seul, serait assez juste. Et plus doux. Mais comment le terme, en suffixe, a-t-il pu se compromettre&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Le principe de f&nbsp;? La frustration m\u00eame va ici devenir g\u00e9n\u00e9ratrice.<\/li>\n\n\n\n<li>Autre exemple&nbsp;\u2014 En ouvrant ma bo\u00eete aux lettres, je d\u00e9couvre sur le courrier un nid de gu\u00eapes et une dizaine de gu\u00eapes dessus. Elles ne bougent pas. Je referme doucement. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 retrouv\u00e9 des nids dans la bo\u00eete, mais ils \u00e9taient vides. Cette fois, j\u2019aurais pu me douter que des gu\u00eapes s\u2019y \u00e9taient install\u00e9es, une gu\u00eape se trouvait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, dans le coin en bas \u00e0 droite, comme pour faire le guet. Elle aura pr\u00e9venu les autres de rester sur leur garde, de ne pas bouger. Elle ne m\u2019a pas pr\u00e9venu de leur pr\u00e9sence. Sinon avec la sienne, mais je n\u2019ai rien compris. \u2014 Je suis retourn\u00e9 dans le garage chercher les pinces du barbecue. J\u2019ai rouvert doucement la porte. Les gu\u00eapes n\u2019ont pas boug\u00e9, sauf lorsque la pince, en attrapant le courrier, \u00e0 fait pivoter le nid. Et puis la pince sur le bord de la bo\u00eete, le bruit de m\u00e9tal qui peut-\u00eatre affolait, l\u2019air de rien, leurs antennes. Pas assez pour que l\u2019escadrille intervienne pour d\u00e9fendre le nid. Le courrier en main, j\u2019ai pris quelques photos et referm\u00e9 la bo\u00eete. \u2014 La \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb voudrait que je revienne le soir, quand les gu\u00eapes, le travail du jour termin\u00e9, sont regroup\u00e9es pour se reposer, avec un insecticide. Mais il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait de jeunes gu\u00eapes. Le nid, cach\u00e9 en hauteur dans l\u2019angle de la porte, aura fini par tomber avec une \u00e9ni\u00e8me ouverture de la trappe pour faire passer la lettre pourtant insignifiante. Les gu\u00eapes restent peut-\u00eatre encore un peu autour du lieu o\u00f9 elles sont n\u00e9es. Et puis elles partiront. (C\u2019est ce que je crois. Il faudrait que je m\u2019informe mieux.) Donc, l\u2019insecticide&nbsp;: non&nbsp;! En attendant le facteur prend des risques. \u2014 Probl\u00e8me&nbsp;: la \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb ne veut pas que la bo\u00eete aux lettres soit, en m\u00eame temps, un nid de gu\u00eapes&nbsp;: \u00ab&nbsp;si ce n\u2019est toi, c\u2019est donc ton fr\u00e8re&nbsp;\u00bb, donc&nbsp;: Zyklon bio comme dit Nonstop.<\/li>\n\n\n\n<li>(Un jour, peut-\u00eatre, je conna\u00eetrais l\u2019<em>animalangue<\/em>. Quand je demanderai ma derni\u00e8re gorg\u00e9e d\u2019eau fra\u00eeche, comme chaque soir avant de m\u2019endormir&nbsp;? ou une derni\u00e8re gorg\u00e9e de bi\u00e8re tiens&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>Apr\u00e8s quelques recherches, la dizaine de gu\u00eapes sur le petit nid \u00e9taient peut-\u00eatre les premi\u00e8res jeunes adultes n\u00e9es pour continuer le travail de construction de la reine, qui alors n\u2019aurait plus qu\u2019\u00e0 pondre un \u0153uf dans chaque alv\u00e9ole. Elles vivent une vingtaine de jours, mais seront vite remplac\u00e9es par d\u2019autres dix fois plus nombreuses. Sachant que la construction de papier m\u00e2ch\u00e9s s\u2019effectue tout l\u2019\u00e9t\u00e9 et peut contenir des milliers d\u2019alv\u00e9oles, le facteur risque de ne pas savoir dans quel gu\u00eapier il va fourrer mes lettres. Le site que j\u2019ai consult\u00e9 propose d\u2019enlever le nid en l\u2019enfermant herm\u00e9tiquement dans une poche en plastique qu\u2019on perce, et qu\u2019on plonge dans l\u2019eau. Sans aller jusque-l\u00e0, j\u2019enl\u00e8verai tout simplement le nid. (Ce que j\u2019ai fait de nuit, avec la lampe du smartphone et les pincettes. Les gu\u00eapes semblaient endormies, le nez dans leurs alv\u00e9oles. J\u2019ai pris le nid avec les pincettes en pensant l\u2019emporter dans la haie, mais au premier bruit d\u2019ailes, je l\u2019ai jet\u00e9, la nuit l\u2019a emport\u00e9.)<\/li>\n\n\n\n<li>Non. Je n\u2019ai pas le savoir ni le savoir-faire qu\u2019il faudrait pour sauver ces animaux. Sans quelques connaissances, un peu de pratique, de la diplomatie avec ses cong\u00e9n\u00e8res, comment parler l\u2019<em>animalangue<\/em>&nbsp;? Ces drames (j\u2019\u00e9tais en train d\u2019\u00e9crire <em>\u00e9v\u00e9nements<\/em>), juste apr\u00e8s le premier texte du nouvel atelier d\u2019\u00e9criture, seront intervenus pour me le rappeler, me signaler que je ne suis pas pr\u00e8s de conna\u00eetre cette langue, et que je suis bien pr\u00e9tentieux.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019oisillon mort avait le bec entrouvert. Il sentait d\u00e9j\u00e0. \u00c0 l\u2019aide d\u2019une pince, je l\u2019ai pris par l\u2019aile et gliss\u00e9 dans un \u00e9pais tapis de lierre.<\/li>\n\n\n\n<li>Bo\u00eete aux lettres, bo\u00eete \u00e0 gu\u00eapes&nbsp;: \u00e7a reste une bo\u00eete pleine de vie. Reste \u00e0 savoir laquelle est la plus piquante.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En marge de chaque texte, comme \u00e0 mon habitude, des notes, relatives ou pas (\u00e7a arrive) \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9crit. Et \u00e7a participe d&rsquo;une d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9criture ? Je ne le sais toujours pas. 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