{"id":126728,"date":"2023-06-29T13:24:02","date_gmt":"2023-06-29T11:24:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126728"},"modified":"2025-02-12T16:30:57","modified_gmt":"2025-02-12T15:30:57","slug":"testard_du_roman_2_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 | FIN"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-172331\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/230702_interdiction-de-stationner_3-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"la_fin\">C\u2019est aussi simple que \u00e7a. Ce n\u2019\u00e9tait finalement rien. On va le prendre par la fin. Le livre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 traverser la rue. C\u2019\u00e9tait donc \u00e7a. C\u2019est donc vrai.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00c7a se passe l\u00e0. \u00c7a ne sort pas de l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"le_silence\">C\u2019est quoi, dedans&nbsp;? Quand la rue ne fait plus un bruit. Quand les jardins, autour, ne s\u2019entendent pas. Ne mouftent pas. C\u2019est quelle diff\u00e9rence&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quelle diff\u00e9rence \u00e7a fait&nbsp;? Le vent tomb\u00e9, il fait une chaleur de four, encore. Il semble que tout retombe. Pas d\u2019air. C\u2019est comme sous le toit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il semble que tout \u00e9coute. Dehors, c\u2019est quoi&nbsp;? Quand un pas \u00e0 lui seul r\u00e9sonne. Dans la rue. Quand la rue craque comme un escalier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00c0 cause d\u2019un grain de sable.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"le_peignoir\">C\u2019est quoi dedans&nbsp;? Je suis en peignoir tout le long de la rue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je descends en peignoir ma rue. Elle n\u2019est une pente que pour l\u2019eau. Il n\u2019y en a pas. La pente ne se sent pas. Le calme est plat. Est profond. C\u2019est une rue qui ne descend que pour l\u2019eau. Caniveau central. Voie priv\u00e9e. C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 bient\u00f4t. Nous sommes le soir, cela sent l\u2019\u00e9t\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je sortais les poubelles. J\u2019ai tra\u00een\u00e9. Le temps aussi s\u2019\u00e9coule.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le jour aussi tra\u00eene. Nous approchons du jour le plus long, et \u00e7a ne fait rien \u00e0 personne, on dirait.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"personne\">On dirait qu\u2019il n\u2019y a personne. Moi et le r\u00e9verb\u00e8re, deux papillons dans son bocal. Et voil\u00e0 qu\u2019il s\u2019\u00e9teint. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On dirait qu\u2019il n\u2019y a personne. Il n\u2019y a, \u00e0 dire vrai, jamais personne. \u00c0 part en auto. Il n\u2019y a personne de la journ\u00e9e, sauf \u00e0 passer. Sauf \u00e0 gronder. Que derri\u00e8re des vitres. De tout le jour pas un pi\u00e9ton. Pas de, pas une vie pi\u00e9tonne. Et l\u00e0\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On dirait qu\u2019il n\u2019y a personne. Personne pour \u00eatre dehors. Personne. Rien. Rien ne se passe. Le soir. Le soir est une couveuse. La nuit. La nuit couve sous le soir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\"><em>Ce n\u2019est pas entre quiconque que de telles phrases peuvent se produire. Se produisent. Ce n\u2019est entre personne que de telles phrases se produiraient. Ce qu\u2019il faut \u00e0 de telles phrases c\u2019est&nbsp;: personne. Pas une vie. C\u2019est comme les hannetons. Ce n\u2019est pas une vie. C\u2019est l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9touffante. Qui frise la canicule (soit une temp\u00e9rature de l\u2019air ne passant plus de nuit sous les 20\u00b0C), qui la fait pressentir. Nous voil\u00e0 donc au bord de la canicule. Nous nous y tenons. Nous ne respirons plus. Nous c\u2019est personne. Suspendu \u00e0 quelques derniers souffles, derniers oiseaux que gagnent, dans la v\u00e9g\u00e9tation, le sommeil. Dans l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9paisse. Oiseaux noy\u00e9s dans l\u2019immobilit\u00e9 des haies. Des ombres. O\u00f9 l\u2019atmosph\u00e8re ne respire plus. Tout n\u2019est plus qu\u2019ombres. Sans un poil d\u2019air, rien sur la peau malgr\u00e9 la rue. Les autos, rares, derni\u00e8res autos du soir y \u00e9tant les seuls, un \u00e0 la fois, les uniques d\u00e9placements d\u2019air. <\/em>Ce n\u2019est pas moi avec mon peignoir et mes poubelles\u2026 <em>Derniers souffles. Avec les phares qui les balaient.&nbsp;<\/em><br><br><em>Des phrases comme \u00e7a sont instrumentales strictement. Personne ne se pose, ne pose sa voix sur de telles phrases. Elles sont pour rien. Ce sont des phrases pour personne. L\u2019air non plus. N\u2019est \u00e0 personne. Elles se produisent ou \u00e9mergent dans les haies. Par exemple. \u00c0 leurs contours. Hannetons. Elles bouffent les feuilles de la photosynth\u00e8se. Elles se nourrissent aux souffles de l\u2019atmosph\u00e8re. Elles n\u2019arrivent \u00e0 personne, elles meurent avant. Ce sont des phrases qui ne viennent \u00e0 l\u2019id\u00e9e de, que ne dit personne. Juste dans l\u2019air. Par l\u2019\u00e9touffement, par la lourdeur de l\u2019air. Juste elles bouffent le vert. Il n\u2019en demeure que du noir. C\u2019est le soir. Pas la nuit encore.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est le soir tard, dans la rue personne, plus un bruit. Que ce chien. Le chien de la voisine au bout de son jardin, le bout qui finit en pointe \u00e0 aboyer pour rien, tout le voisinage le sait, \u00e0 aboyer pour un rien. Le reconna\u00eet. Sur personne. C\u2019est quoi son nom d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Ma pr\u00e9sence. Isol\u00e9ment. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00c7a n\u2019existe pas s\u2019il n\u2019y a personne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ce qui se passe dedans, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019existence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On n\u2019entend que le volet \u00e9lectrique du voisin se baisser \u2014 et moi je le vois. C\u2019est peut \u00eatre \u00e7a, alors&nbsp;? Dehors. Voir \u00e7a. Je vois d\u2019en bas ici, l\u00e0 un carr\u00e9 d\u2019une lueur orange \u00e0 travers une moustiquaire, une lucarne, des fragments de plafonds. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On dirait qu\u2019il n\u2019y a personne. Et moi je suis l\u00e0, \u00e0\u2026 \u00c0 quoi&nbsp;? <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"la_rue\">Je ne passe que des murs et des volets rabattus. <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"\/ateliers\/testard_outils_du_roman_20_1\/\" target=\"_blank\"><span style=\"text-decoration: underline\">La pierre seule est apparente.<\/span><\/a> \u00c0 cette heure, la vue d\u2019ensemble, ma rue, est couleur pierre. Couleur chair. Ma rue, je l\u2019enfile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dedans, dehors, quelle diff\u00e9rence ? Tout \u00e7a est de la m\u00eame peau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ou champ des seigles, avec le dernier entrefilet de jour. Et puis cela en passant se grise. Je suis en eau sous le peignoir. Sortie de bain homme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je fais un de ces bruits de roulement et de conteneurs aux trois quarts vides. Ou pleins de coquilles vides ou de sons creux. Mes grelots. Ce qui ne dure pas le temps de faire dix pas, ne prend pas plus des deux mains. J\u2019oubliais de dire&nbsp;: j\u2019habite au 3.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ce n\u2019est pas une rue d\u2019abord. Mais un couloir. Le couloir du silence. Ou du son&nbsp;? Sa coulisse&nbsp;? Le conduit ? Auditif&nbsp;? Tympan&nbsp;? Toc toc&nbsp;? Tout d\u00e9pend.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">D\u2019un gravillon sous ma tong qui crisse, les fa\u00e7ades m\u2019en renvoyant l\u2019\u00e9cho. Comme si la pi\u00e8ce \u00e9tait vide. Ou la sc\u00e8ne. C\u2019est o\u00f9 le dehors, au th\u00e9\u00e2tre ? C\u2019est comme une pi\u00e8ce vide.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"les_poubelles\">C\u2019est le soir des poubelles. Donc. C\u2019est le retour des soirs de poubelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le retour du soir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Qu\u2019est-ce qui s\u2019appelle ainsi, sortir les poubelles&nbsp;? C\u2019est quel jour&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui avec les semaines, avec le retour des jours, leurs r\u00e9pliques, le temps a pris ce nom&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quel \u00e9branlement&nbsp;? Quel tremblement ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00c0 deux ans trois mois de distance, dans le roulement des poubelles, le fait de rouler les poubelles jusqu\u2019au bout de la rue, une au bout de chaque bras. Rouler \u00e0 la main les deux conteneurs de poubelles. Les bacs et leurs roulettes, deux, du tri. Le bac jaune (couvercle) pour tout ce qui est les emballages, c\u2019est \u00e9norme, le volume que chaque semaine les emballages vides font de tout ce qui est \u00e9crit. Couvert d\u2019\u00e9crit. Qui se lit ou pourrait, aurait pu \u00eatre lu \u00e0 m\u00eame la surface artificielle, la mati\u00e8re d\u2019artifice des emballages, leurs poids nets et \u00e9goutt\u00e9s et leurs contenances, le nombre de leurs suggestions de pr\u00e9sentation. Et les publicit\u00e9s. Est lisible. Et les journaux. Tout l\u2019artifice de tout ce qui s\u2019imprime. La promesse de leur recyclage, c\u2019est monstrueux. C\u2019est incroyable. Tout le fictif. Le cycle des emballages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et le bac noir, celui \u00e0 la serrure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est comme \u00e7a&nbsp;: je les sors ce soir en vue de leur enl\u00e8vement demain matin. Elles passent la nuit dehors.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est quoi dedans&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je suis en sortie de bain. J\u2019ai laiss\u00e9 derri\u00e8re moi les hannetons du jardin. J\u2019ai travers\u00e9 la maison, ses lumi\u00e8res. J\u2019y ai laiss\u00e9 ses occupants. Les miens. Je me suis charg\u00e9 du sac, \u00e0 bout d\u2019un bras, j\u2019ai pris les cl\u00e9s de l\u2019autre main. C\u2019est un sac poubelle \u00e0 lien coulissant trente litres \u00e0 moiti\u00e9 plein. C\u2019est la m\u00eame cl\u00e9 en double pass\u00e9e \u00e0 un anneau auquel ont \u00e9t\u00e9 nou\u00e9es des lani\u00e8res de tissus de couleurs. Je suis pass\u00e9 dans le garage, je n\u2019ai pas allum\u00e9. J\u2019ai ouvert. L\u2019\u00e9clairage du r\u00e9verb\u00e8re est entr\u00e9. Je suis entr\u00e9 dans sa lumi\u00e8re. Par le battant repouss\u00e9 qu\u2019encombrent deux v\u00e9los, je suis une poubelle \u00e0 la fois pass\u00e9, c\u2019est juste la largeur. Trois fois donc. D\u2019abord j\u2019ai rabattu le couvercle jaune qui toute la semaine demeure en appui ouvert contre l\u2019autre battant. C\u2019est pour les lancer, les bo\u00eetes, les barquettes et les autres depuis le seuil du sas. J\u2019ai retir\u00e9 de dessus le noir <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.instagram.com\/p\/CM4kDr5BfU4\/\" target=\"_blank\"><span style=\"text-decoration: underline\">la caisse du verre<\/span><\/a>, en plastique d\u00e9bordant de bouteilles 70cl (de deux mod\u00e8les exclusivement), d\u2019une vitre bris\u00e9e en plusieurs angles aigus et de tintements indiscrets, que j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 terre plus loin. C\u2019est toujours l\u00e0&nbsp;: dans le passage. J\u2019ai alors introduit une des deux cl\u00e9s dans la serrure du conteneur au tout-venant, et suis cette fois encore tomb\u00e9 sur celle qui tourne mal, en ai soulev\u00e9 le couvercle ainsi lib\u00e9r\u00e9 et y ai du bout de mon bras fait tomber le sac. Ce qui s\u2019appelle l\u00e2cher et fait deux bras dans la m\u00eame direction \u00e0 peu pr\u00e8s tendus. Me suis \u00e9tonn\u00e9 d\u2019entendre, comprendre au bruit mou et cascadant que mon sac avait rencontr\u00e9 autre chose avant de toucher le fond. Mais ne suis pas all\u00e9 y voir.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"les_jardins\">Il y a quelque chose de rar\u00e9fi\u00e9, l\u00e0. Du jour, ne subsiste qu\u2019un fil comme sous une porte ou une paupi\u00e8re. Les lampadaires de la route viennent de s\u2019\u00e9teindre. En cette saison, fin de saison, l\u2019\u00e9clairage s\u2019\u00e9teint quand il va faire nuit. Les lampadaires s\u2019\u00e9teignent sur moi. 22h30 donc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">La rar\u00e9faction op\u00e8re. Sur moi. Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u2014 Rien\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il n\u2019y a plus que moi. Les jardins se tiennent derri\u00e8re les murs. La vie des jardins. Les jardins se tiennent comme les murs, dress\u00e9s. En appui tendu contre les murs, en dedans des murs, dress\u00e9s contre la rue. L\u2019oreille en est dress\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le dernier merle a chant\u00e9, qui chante comme un homme, mi-sol-sol-do, que j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 depuis des jours, merle bien temp\u00e9r\u00e9, qui r\u00e8gne sur un jardin de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Les jardins se tiennent h\u00e9riss\u00e9s d\u2019ombre, contre le pan r\u00e9siduel du jour, paupi\u00e8re quasi cill\u00e9e. Et puis les jardins tapis. Les jardins noy\u00e9s. Quand les jardins sont suspendus au silence. Ou au fait que je le garde.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"le_jour\">Au d\u00e9bouch\u00e9 sur la route mes deux poubelles et moi je les positionne au bord, du trottoir, rejoignant celles des voisins, y sont-elles toutes&nbsp;? C\u2019est autour du stop et o\u00f9 la rue redevient route, ou la route se fait rue \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l\u2019endroit du panneau d\u2019entr\u00e9e de commune, de sortie, de leur encadrement, parterres et suspensions fleuris. Tout cela c\u00f4t\u00e9 levant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est le stop du d\u00e9but du livre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je tourne la t\u00eate, tout est l\u00e0. Vers le c\u00f4t\u00e9 levant de la route, le c\u00f4t\u00e9 du stop, le c\u00f4t\u00e9 champs de bl\u00e9 ou seigle, je ne distingue pas d\u2019ici et ne prends jamais par l\u00e0, la senteur d\u2019\u00e9t\u00e9, forte comme \u00e9man\u00e9e d\u2019un corps, c\u2019est eux, les champs, qui la transpirent le soir, cette odeur agricole et d\u2019\u00e9t\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 sentant fort, \u00e7a sent la moisson, du peu de champs qui reste l\u00e0. Le c\u00f4t\u00e9 grisant. Je tourne la t\u00eate.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Vers son c\u00f4t\u00e9 couchant, la route amor\u00e7ant l\u00e0 o\u00f9 je me trouve une c\u00f4te peu marqu\u00e9e en m\u00eame temps qu\u2019elle dessine une l\u00e9g\u00e8re courbe vers l\u2019agglom\u00e9ration, les jardins et le soir. Les lampadaires et le soir \u00e9tant de la m\u00eame lumi\u00e8re, \u00e9tale, le soir finissant. Finissant l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le jour tire \u00e0 sa fin. S\u2019\u00e9tire. S\u2019\u00e9tire. Le jour se tire en douce, en pente, se d\u00e9file. En courbe. Se courbe. Se casse. Il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus l\u00e0 que comme une salissure. Il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus l\u00e0. Il demeure des aur\u00e9oles, des macules, des brunissures de jour par endroits, taches. Il ne fait plus que laisser des traces. Laisse sa trace. Le jour nous laisse. La laisse du jour. T\u00f4t \u00e9vanouie. Derri\u00e8re lui. On est derri\u00e8re lui. Voil\u00e0 que \u00e7a s&rsquo;\u00e9teint, qu\u2019on est derri\u00e8re le jour. N&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 si pr\u00e8s du jour le plus long ce qui ne fait rien \u00e0 personne, on dirait. Le jour nous quitte et il n\u2019y a personne. Personne pour \u00eatre quitt\u00e9. Personne pour voir. Pour le regarder filer&nbsp;: dans les yeux.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"la_lice\">Nous sommes les premi\u00e8res maisons apr\u00e8s le panneau d\u2019entr\u00e9e dans la ville. Car nous sommes un des derniers endroits des alentours, l\u2019agglom\u00e9ration gagnant, o\u00f9 les nouveaux quartiers, les extensions des communes limitrophes, les \u00e9carts, ne se sont pas encore rejoints. Demeurent pas loin quelques parcelles de cultures. Les populicoles, cath\u00e9drales englouties, \u00e9tant les seules vertigineuses. Nous sommes sur la ligne de front immobili\u00e8re. Nous sommes sur la voie du lotissement g\u00e9n\u00e9ral.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je me tiens sur le bord du trottoir. En peignoir et tongs, un coude sur une poubelle. Au stop. C\u2019est en tournant la t\u00eate. C\u2019est dans le mouvement de tourner la t\u00eate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Si j\u2019excepte, juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, le quartier r\u00e9sidentiel s\u2019\u00e9tendant, en fait, sur le territoire de la commune voisine en style vaguement acadien, dans sa particularit\u00e9 belliloise, tandis que de notre c\u00f4t\u00e9 la tonalit\u00e9 serait plut\u00f4t, presque briarde, nous sommes au bout. \u00c0 la pointe. L\u2019extr\u00e9mit\u00e9. Quelque part l\u2019\u00cele-de-France s\u2019arr\u00eate ici. Nous y sommes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et me voil\u00e0 assis en face sur la lice en b\u00e9ton, cl\u00f4ture dite \u00e9questre ou normande qui court l\u00e0 sur une trentaine de m\u00e8tres marquant la limite entre trottoir et parking et dont il n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent aucunement \u00e9t\u00e9 question. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je me vois l\u00e0. Je me trouve l\u00e0. Je m\u2019attends l\u00e0. Je me regarde. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est aussi simple que \u00e7a, ce n\u2019\u00e9tait finalement rien, on va le prendre par la fin, le livre.\u00a0Il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 traverser la rue, c\u2019\u00e9tait donc \u00e7a, c\u2019est donc vrai.\u00a0\u00c7a se passe l\u00e0, \u00e7a ne sort pas de l\u00e0\u00a0\u2014 c&rsquo;est quoi dedans\u00a0? <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02 | FIN<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":172671,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4583,4525],"tags":[],"class_list":["post-126728","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126728"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":180124,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126728\/revisions\/180124"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/172671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}