{"id":126805,"date":"2023-06-26T19:10:37","date_gmt":"2023-06-26T17:10:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126805"},"modified":"2023-06-27T07:55:24","modified_gmt":"2023-06-27T05:55:24","slug":"126805-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/126805-2\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02 |\u00a0La procure"},"content":{"rendered":"\n<p>Un vigile en chemisette jaune d\u00e9ambule avec un gourdin. Assomm\u00e9 par la blancheur min\u00e9rale de la cour, on suit le sol de b\u00e9ton pour \u00e9viter les chromes des voitures gar\u00e9es. Une toile de tente recouvre une partie du pr\u00e9au ouverte sur la chapelle sans porte. Le kal\u00e9idoscope du vitrail descend sur les chaises. Au pupitre devant le grand livre ouvert, une pr\u00e9dicatrice est accompagn\u00e9e par un orgue \u00e9lectronique. Le sol de carrelage blanc. On arrive dans l\u2019ombre du hall et la douceur de la patine du b\u00e9ton cir\u00e9 jaune, vert et rouge. Il faut du temps pour s\u2019y retrouver. Les murs de deux couleurs, ocre rouge marron puis jaune jusqu\u2019au plafond. La peinture est ancienne, \u00e9caill\u00e9e. L\u2019entr\u00e9e dessert un secr\u00e9tariat qui fait aussi boutique. Sur la porte vitr\u00e9e un papier indique qu\u2019il faut sonner pour demander Dieudonn\u00e9. Sur le panneau d\u2019affichage\u00a0: un appel pour les bourses des \u00e9l\u00e8ves admissibles au concours d\u2019entr\u00e9e en sixi\u00e8me, des publicit\u00e9s pour des tisanes et pommades fabriqu\u00e9es par les s\u0153urs. Des portraits de missionnaires, tout le long de la coursive. Les clich\u00e9s sont anciens, noirs et blancs. Sous chacun d\u2019eux, un nom. Jeunes. Vies d\u00e9plac\u00e9es. Le p\u00e8re Legoff \u00e9clate de rire en tapant dans le dos de son homonyme africain qui le jauge d\u2019un air dubitatif. Le p\u00e8re Canet, regard bleu transparent, intense, cheveux en brosse avec \u00e9pi, un Arthur qui aurait troqu\u00e9 le trafic d\u2019armes pour celui de la croix,un soldat perdu. Le p\u00e8re M\u00e9haut, goguenard, barbu, pas l\u2019id\u00e9e que l\u2019on a d\u2019un religieux, tient plus d\u2019un jack Nicholson avant qu\u2019il ne parte dans un grand \u00e9clat de rire dans les couloirs de l\u2019h\u00f4tel des Rocheuses ou dans les corridors de l\u2019asile. Quelques sc\u00e8nes de groupe. Un religieux \u00e0 barbe et soutane blanche entour\u00e9e par la congr\u00e9gation des religieuses. Un carton pr\u00e9cise premi\u00e8re communaut\u00e9 religieuse du pays. Les panneaux sont altern\u00e9s par des dessins satiriques aussi anciens que les photos, blagues d\u2019almanach Vermot sur les p\u00e9r\u00e9grinations des missionnaires et des colons. La galerie d\u00e9bouche sur une coursive ouverte sur un jardin rectangulaire occup\u00e9e principalement par une piscine d\u2019un vert douteux. Le ciel charg\u00e9 de cumulus et le bouquet des feuilles d\u2019un papayer se r\u00e9fl\u00e9chissent dedans. Au loin un toit en taule ondul\u00e9e, r\u00e9pond \u00e0 d\u2019autres taules ondul\u00e9s, \u00e0 la chemin\u00e9e en brique d\u2019une usine,\u00e0  des baraquements. Tout est envahi par la verdure. Au fond du jardin, un garage avec la forme d\u2019une voiture b\u00e2ch\u00e9e. Il vient de pleuvoir, l\u2019humidit\u00e9 fond dans la chaleur. Sur la terrasse, un canap\u00e9, quelques fauteuils autour d\u2019une table basse occup\u00e9s par des touristes assomm\u00e9s, leurs chemises coll\u00e9es au dos, leur cheveux moites. Une femme dans une longue robe \u00e0 rayure blanche et rouge, s&rsquo;\u00e9vente. Le mur dans sa longueur est perc\u00e9 par les carr\u00e9s des moucharabieh. Les figures geom\u00e9triques d\u00e9coupent le monde,   fraicheur de la p\u00e9nombre lumineuse, chaleur opaque du dehors.Une t\u00e9l\u00e9 est allum\u00e9e\u00a0 contre un des murs du patio : visage d\u2019une femme qui pleure, dans l\u2019embrasure d\u2019une porte un homme penaud, pendant que derri\u00e8re la grille du jardin, une autre se r\u00e9jouit. Le divan qui semblait vacant abrite une jeune fille silencieuse qui regarde le drame, indiff\u00e9rente \u00e0 l\u2019entourage. La coursive se r\u00e9p\u00e8te au sous sol et en haut; dessert toutes les chambres aux portes de fer marron. En bas, un grillage longe la piscine, du linge y s\u00e8che. Un chien accroch\u00e9, aboie de temps \u00e0 autre, avant de se recoucher, ext\u00e9nu\u00e9. Une jeune fille passe lentement en faisant glisser ses mules, elle porte un sac de linge avant de dispara\u00eetre dans l\u2019escalier. En haut, une balustrade avec des ouvertures en losange court tout du long . Un autre cercle d\u2019hommes blancs, la cinquantaine, entoure un guide qui montre une carte. Une femme en robe de safari se penche dans l\u2019embrasure d\u2019une porte : <em>fortunately we have the guns<\/em>. La chambre est sombre et haute de plafond avec un ventilateur \u00e0 h\u00e9lice au dessus du lit. Quelqu&rsquo;un y dort sur le ventre, nu, son slip et son pantalon en \u00e9pluchure au pied du lit, la porte de l\u2019armoire de bois est ouverte sur des cintres vides. Dans la douche, un cafard d\u00e9rang\u00e9 fuit vers le cabinet. Sur la chasse d\u2019eau, une pancarte demande de ne pas la forcer et de ne pas jeter de serviettes. Au fond du lavabo, un savon fabriqu\u00e9 par les s\u0153urs du monast\u00e8re. La fen\u00eatre aux stores ajour\u00e9es ouvre sur la coursive. Chants des v\u00eapres qui recouvrent en vagues successives la rumeur de la ville. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un vigile en chemisette jaune d\u00e9ambule avec un gourdin. Assomm\u00e9 par la blancheur min\u00e9rale de la cour, on suit le sol de b\u00e9ton pour \u00e9viter les chromes des voitures gar\u00e9es. Une toile de tente recouvre une partie du pr\u00e9au ouverte sur la chapelle sans porte. Le kal\u00e9idoscope du vitrail descend sur les chaises. Au pupitre devant le grand livre ouvert, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/126805-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02 |\u00a0La procure<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":169,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4583,4525],"tags":[],"class_list":["post-126805","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/169"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126805"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126805\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}