{"id":126880,"date":"2023-09-17T11:24:57","date_gmt":"2023-09-17T09:24:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126880"},"modified":"2023-09-18T12:02:10","modified_gmt":"2023-09-18T10:02:10","slug":"ete-2023-du-roman-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-du-roman-2\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 | Clark Nova [ de #00 \u00e0 #12bis ]"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>#00, prologue<\/em><\/strong><br>J&rsquo;ai choisi ce livre pour sa couverture et son titre laconique. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 le lire dans le train et l&rsquo;ai fini quelques jours plus tard dans le grenier chez ma m\u00e8re. Il y a une faute dans l&rsquo;incipit dans les versions fran\u00e7aises. Je l&rsquo;ai achet\u00e9 8 fois, je crois. Depuis lors, j&rsquo;en parle au moins une fois par mois et je le relis une fois par an. Et pourtant, le contenu, je ne l&rsquo;aime plus vraiment. Reste la forme et la nostalgie de l&rsquo;adolescence quand je n&rsquo;avais aucune responsabilit\u00e9. Je crois que les souvenirs sont toujours plus beaux que la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#01, Annie Dillard, commencer par inventer l&rsquo;auteur<\/em><\/strong><br>Re\u00e7u la notification d&rsquo;un mail ce matin sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Allum\u00e9 l\u2019ordinateur pour le lire. Pr\u00e9par\u00e9 le th\u00e9 industriel. Caress\u00e9 le chien. Regard\u00e9 par la fen\u00eatre les voisins s\u2019aff\u00e9rer. Ai lu le mail. Une autrice m\u2019annonce qu\u2019elle publiera bient\u00f4t un recueil dans une prestigieuse maison d\u2019\u00e9dition dont je n\u2019ai jamais entendu parler. Elle me demande si je suis heureux pour elle. Je le suis sinc\u00e8rement et le lui \u00e9cris avec entrain. Dans une fen\u00eatre r\u00e9duite de la machine, le traitement de texte est ouvert, comme toujours. Bu le th\u00e9 industriel. Caress\u00e9 le chien. Regard\u00e9 le vide par la fen\u00eatre. Regard\u00e9 les s\u00e8che-linges en promotion sur le site d\u2019une grande cha\u00eene sp\u00e9cialis\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9lectro. Dans deux ateliers d\u2019\u00e9criture, je pourrai acheter celui qui est \u00ab&nbsp;mille fois mieux&nbsp;\u00bb. La vie de labeur des autres me permettra de continuer la mienne, \u00ab&nbsp;garantie avec un s\u00e9chage doux et soyeux \u00e0 chaque fois&nbsp;\u00bb. Heureux, j\u2019\u00e9teins l\u2019ordinateur et retrouve une position horizontale, pr\u00e8s du chien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#01bis, sc\u00e8ne originelle<\/em><\/strong><br>Dans la serre, les plants de tomates poussent tranquillement dans un monde lui-m\u00eame sous cloche. Je n&rsquo;ai plus d&rsquo;odorat depuis longtemps mais je me souviens que les plants de tomates ont une odeur particuli\u00e8re. Loin de l&rsquo;ennui du travail qui me freinait, je d\u00e9cide qu&rsquo;il y aura 14 textes dans le recueil. Plus tard, j&rsquo;ouvrirai 14 plages sur Scrivener. Un texte par jour. Quatorze jours. Suivis de plusieurs centaines consacr\u00e9s au retravail. On ne resserre jamais assez un po\u00e8me, tout comme on ne resserre jamais assez un recueil. Un jour, j&rsquo;arriverai \u00e0 tellement resserrer les choses que je ne publierai plus rien. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#02, Jane Sauti\u00e8re, du lieu au personnage<br><\/em><\/strong>Je me souviens d&rsquo;une odeur de galettes et de d\u00e9tergent, d&rsquo;objets en \u00e9tain d\u00e9pos\u00e9s sur un meuble en bois, des bombes de cire d&rsquo;abeille et d&rsquo;un nombre incalculable de torchons en tout genre. Les escaliers n&rsquo;en finissaient pas et se faisaient plus raides d&rsquo;\u00e9tage en \u00e9tage. Chaque pi\u00e8ce \u00e9tait immense et contenait plusieurs vies rang\u00e9es dans des tiroirs ou pos\u00e9es sur des \u00e9tag\u00e8res. Il y avait des livres dans chaque pi\u00e8ce, des livres qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 choisis mais comme h\u00e9rit\u00e9s. Le destin \u00e9tait bien plus pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;il ne l&rsquo;est aujourd&rsquo;hui et une d\u00e9it\u00e9 fac\u00e9tieuse, j&rsquo;en \u00e9tais certain, se cachait dans les plafonds. De la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9manait des r\u00e9cits de courses cyclistes, de guerres forc\u00e9ment inutiles et de <em>soap opera<\/em>. Si chaque maison est un monde, celle-ci \u00e9tait un univers qui s&rsquo;\u00e9tait content\u00e9 du m\u00eame morceau de tarte durant plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#02bis, jokari<\/em><\/strong><br>Avant la porte et la maison, c&rsquo;\u00e9tait la rue en pente o\u00f9 culminaient tous les r\u00eaves. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, je ne connaissais pas d&rsquo;ailleurs si ce n&rsquo;est ce que la t\u00e9l\u00e9vision ou les livres m&rsquo;en disaient. La rue \u00e9tait \u00e9troite et lorsqu&rsquo;une voiture y \u00e9tait engag\u00e9e, il fallait se coller contre les murs pour les \u00e9viter. Il fallait surtout \u00eatre attentif aux bruits de moteur, arr\u00eater la marche, prendre le temps de cr\u00e9er un contact visuel avec l&rsquo;automobiliste. \u00c0 l&rsquo;automne, le macadam se couvrait de feuilles dans les tons jaunes, oranges et rouges. Et le jeu de trouver des marrons ou des bogues vides. Le temps \u00e9tait rythm\u00e9 par les comp\u00e9titions sportives enveloppant l&rsquo;enfance d&rsquo;une heureuse chape de biscuits au beurre et de soda. J&rsquo;avais \u00e9crit une nouvelle sur le lampadaire dont la lumi\u00e8re orange chaude inondait ma chambre la nuit. Et me disais qu&rsquo;\u00e0 Lowell, Massachusetts, il y avait forc\u00e9ment la r\u00e9plique parfaite de la rue reliant ma maison \u00e0 celle de ma grand-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#03, Stein, Am\u00e9ricains<\/em><\/strong><br>La d\u00e9it\u00e9, comme je le disais, \u00e9tait fac\u00e9tieuse. Il \u00e9tait impossible d&rsquo;envisager un autre trait de caract\u00e8re et certainement pas de la bienveillance. Les objets et les \u00eatres disparaissaient et continueront de dispara\u00eetre. Les seules notions sur lesquelles elle n&rsquo;avait pas de prise \u00e9taient le temps et le jour \u00e0 na\u00eetre. Mara l&rsquo;a, c&rsquo;est bien connu, appris \u00e0 ses d\u00e9pends et toujours les rayons du soleil la narguent. Comme je le disais, une amie autrice a re\u00e7u la promesse d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9e dans une prestigieuse maison d&rsquo;\u00e9dition. Cela n&rsquo;a aucun rapport en apparence, \u00e0 ceci pr\u00e8s que lorsque la d\u00e9it\u00e9 essaie en vain d&#8217;emp\u00eacher le jour nouveau, l&rsquo;autrice s&rsquo;affaire dans ses carnets jusqu&rsquo;\u00e0 se bloquer la nuque et les c\u00f4tes. Recommencer chaque jour. Que cela fonctionne ou pas. Mais recommencer encore. Comme je le disais, les voisins semblent courir dans tous les sens. Que font-ils vraiment, je n&rsquo;en sais rien. J&rsquo;esp\u00e8re vivement qu&rsquo;ils arriveront \u00e0 leurs fins \u00e0 moyen terme car, comme je le disais, la d\u00e9it\u00e9 qui vit dans les plafonds est bien fac\u00e9tieuse. C&rsquo;est pourquoi, un entretien r\u00e9gulier de la voiture familiale par un r\u00e9parateur agr\u00e9\u00e9 ne sera jamais, \u00e0 mes yeux, un luxe inconsid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#03bis, quatre par quatre<\/em><\/strong><br>Ils \u00e9taient quatre. Elles \u00e9taient quatre. Ils \u00e9taient quatre. Oui, il dit. Oui, elle dit. Oui, elle dit. Oui, il dit. Non, elle dit. Moi, je pr\u00e9f\u00e8re le th\u00e9 industriel. Est-ce qu&rsquo;une maison d&rsquo;\u00e9dition est aussi une maison ? Elle dit qu&rsquo;on ne resserre jamais assez un po\u00e8me. De l\u00e0 est partie la discussion de savoir si par extension, on ne resserre jamais assez un recueil. Oui, il dit. Je ne sais pas, elle dit. Oui, elle dit. Il ne dit rien. Le chien, comme \u00e0 son habitude, ne dit rien. J&rsquo;ai froid, elle dit. Rien ne se passe. Ils \u00e9taient quatre. Elles \u00e9taient quatre. Ils \u00e9taient quatre. L&rsquo;une renifle, atteinte d&rsquo;une bronchite asthmatique chronique. Qui a d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il y aurait une construction de type STH dans le mot ASTHMATIQUE ? Il ne dit rien. Le caf\u00e9 est servi. On entend un moustique voler. Le nombre d&rsquo;insectes d\u00e9croit dangereusement. On peut le pressentir en voiture l&rsquo;\u00e9t\u00e9 car les pare-brise sont quasiment immacul\u00e9s. La d\u00e9it\u00e9 fac\u00e9tieuse s&rsquo;est occup\u00e9e des insectes. Les humains sont les prochains. Les humaines sont les prochaines. L&rsquo;\u00e9criture inclusive est signe de fin des temps, elle dit. Elle acquiesce. Elle rit. Il glousse. Il ne r\u00e9agit pas. Dans la culture japonaise, la lamp\u00e9e de caf\u00e9, la lamp\u00e9e de th\u00e9 et plus encore la lamp\u00e9e de soupe s&rsquo;accompagnent toutes d&rsquo;un SLURP ultra-sonore. Ils \u00e9taient quatre. Elles \u00e9taient quatre. Elles \u00e9taient quatre. Oui, il dit. Oui, elle dit. Oui, elle dit. Oui, elle dit. Ah bon, il dit. Regards accusateurs. Le chien, comme \u00e0 sa bonne habitude, ne dit rien. On n&rsquo;est pas japonais, ils disent. On n&rsquo;est pas japonaises, elles r\u00e9pondent. Le temps fait la seule chose qu&rsquo;il puisse faire : il passe. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#04, superposer le temps<br><\/em><\/strong>J&rsquo;ai froid, elle dit. N&rsquo;y pense pas, elle r\u00e9pond. Comment ne pas penser ? dit l&rsquo;autre. Tu y arrives tr\u00e8s bien, elle lance, et toi, tu as tout le temps froid. Lamp\u00e9es de caf\u00e9. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;on vient ici depuis des si\u00e8cles, non ? On d\u00e9pose ce qui nous traverse, le cul pos\u00e9 sur ces banquettes en ska\u00ef. Oui, et ? <em>J&rsquo;ai froid, elle dit. Ben tiens, elle r\u00e9pond. Qu&rsquo;est ce qui fait qu&rsquo;on ne ressente pas le froid de la m\u00eame mani\u00e8re ? dit l&rsquo;autre. On n&rsquo;est pas constitu\u00e9s pareil si tu vois ce que je veux dire, elle ass\u00e8ne, et toi, tu bois trop de macchiato, c&rsquo;est \u00e7a qui te donne froid. Est-ce que tout ceci a un sens ? Je veux dire, la vie, est-ce qu&rsquo;on saura un jour par quel bout la prendre ? Et \u00e7a servirait \u00e0 quoi, de savoir par quel bout la prendre ?<\/em> Le chien de la grosse barmaid ne dit rien. <em>Le chien de la grosse barmaid ne dit rien.<\/em> Non, s\u00e9rieusement, je cr\u00e8ve de froid. C&rsquo;est les perturbateurs endocriniens, \u00e0 coup s\u00fbr. J&rsquo;ai lu qu&rsquo;ils agissent comme des tueurs silencieux. Et il y en a dans tout. M\u00eame dans le caf\u00e9 ? Surtout dans le caf\u00e9. (SLURP ultra-sonore). Putain&#8230; Ne sois pas putophobe. Ha bon, t&rsquo;es woke, toi maintenant ? Des l\u00e9gumes au wok, voil\u00e0 ce que je vais cuisiner \u00e0 mes m\u00f4mes. On ira au supermarch\u00e9 chinois en repartant ? <em>Les gars, s\u00e9rieusement, vous n&rsquo;avez pas froid ? Non. Pas vraiment. Non. Putain, moi, je me les g\u00e8le. C&rsquo;est peut-\u00eatre les CFC ? Ton frigo est vieux ? J&rsquo;ai lu quelque part que \u00e7a attaquait l&rsquo;ozone et que \u00e7a craignait un max. Bof, faut bien mourir de quelque chose. Si c&rsquo;\u00e9tait si craignos, ce serait pas autoris\u00e9. Moi, j&rsquo;ai froid en tout cas. Tu as tout le temps froid. Bois un autre caf\u00e9. Mademoiselle ? Quatre caf\u00e9s. Non, d\u00e9ca pour moi, il est tard. Vous croyez qu&rsquo;on se verra encore l&rsquo;an prochain ? Putain, j&rsquo;esp\u00e8re que non, \u00e7a voudrait dire que je serais encore l\u00e0 : j&rsquo;ai une vie \u00e0 vivre moi. Moi je suis s\u00fbr qu&rsquo;on sera encore l\u00e0. Y a tout ici, tu voudrais aller o\u00f9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#04bis, Nicole Caligaris, du samedi au dimanche<br><\/em><\/strong>Les crocodiles sont partis. Le samedi, ils trainaient encore en bande pr\u00e8s du vieux cimeti\u00e8re aux graviers rouges p\u00e2les. La mort ne se contente pas de demi-teinte, ils avaient dit. En deux temps, trois coups de pelleteuses, un nouveau cimeti\u00e8re avait vu le jour 500 m\u00e8tres plus haut. C&rsquo;est ce jour-l\u00e0 que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas mourir ici. Du gravier rouge, m\u00eame dat\u00e9, \u00e7a vaudra toujours mieux que du gravier gris. Le dimanche, les crocodiles n&rsquo;\u00e9taient plus l\u00e0. \u00c9tait-ce li\u00e9 ? \u00c0 votre avis ? \/\/  De samedi en dimanche, la population insectif\u00e8re d\u00e9croit. Oh, le pourcentage est ridicule bien s\u00fbr mais si nous le d\u00e9multiplions par 52, l\u00e0 \u00e7a ne rigole plus. D&rsquo;ailleurs, m\u00eame en dehors de ce sujet, la Clark Nova ne plaisantait jamais. Elle n&rsquo;est jamais vraiment endormie, vous savez. La contre-offensive sera terrible. \/\/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, l&rsquo;important est ce qui est dit ou ce qui est tu ? Je ne sais pas, elle dit, mais j&rsquo;ai encore froid. \/\/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, la d\u00e9it\u00e9, d\u00e9cid\u00e9ment ultra-fac\u00e9tieuse, d\u00e9cide de faire tomber un objet derri\u00e8re la lourde desserte en bois su\u00e9dois [ Mensonge Agent Lee ! Le bois su\u00e9dois est l\u00e9ger ! ] Cela \u00e9tant, l&rsquo;objet entame l\u00e0 sa premi\u00e8re nuit d&rsquo;oubli profond. \/\/ Un premier baiser \u00e9chang\u00e9 entre une \u00eele et une aile. Dans un an, il sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9. Dans deux, il provoquera tout au plus un haussement d&rsquo;\u00e9paules. C&rsquo;est beau l&rsquo;amour. \/\/ La ville s&rsquo;endormait. J&rsquo;en oublie le nom. Sur le fleuve en amont. Un coin de ciel br\u00fblait. La ville s&rsquo;endormait. J&rsquo;en oublie le nom. Et la nuit peu \u00e0 peu. Et le temps arr\u00eat\u00e9. Et mon cheval boueux. Et mon corps fatigu\u00e9. Et la nuit bleu \u00e0 bleu. Et l&rsquo;eau d&rsquo;une fontaine. Et quelques cris de haine. Vers\u00e9s par quelques vieux. Sur de plus vieilles qu&rsquo;eux. Dont le corps s&rsquo;ensommeille. \/\/ Je ne sais pas moi&#8230; Ailleurs, c&rsquo;est tout. Quand on a vu un crocodile, on les a tous vus, non ? Alors l\u00e0, c&rsquo;est une des phrases les plus idiotes prononc\u00e9es ce soir \u00e0 \u00e9chelle mondiale ! G\u00e9nial&#8230; G\u00e9nial ! Quand on a dit \u00e7a, mon vieux, on n&rsquo;a rien dit en fait mais c&rsquo;est typique de ton fonctionnement, tu as besoin de rabaisser les autres pour exister. C&rsquo;est typique. Chacun devrait balayer devant sa porte. Derni\u00e8re commande ! gueule la grosse barmaid. Le chien cille \u00e0 peine. <\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#05, compressions Faulkner<\/strong><br><\/em>Elle \/\/ Je n&rsquo;ai rien vu. J&rsquo;avais froid. J&rsquo;\u00e9tais comme&#8230; compress\u00e9e par le froid. Les autres se foutent toujours de moi mais ils ne peuvent pas comprendre&#8230; Il faut le vivre. C&rsquo;est&#8230; c&rsquo;est inhumain, je n&rsquo;ai pas peur de le dire. Alors, non, non, je n&rsquo;ai rien vu venir. D\u00e9sol\u00e9e. Elle \/\/ Que vous dire ? On prenait le caf\u00e9 comme tous les jours. On discutait de tout et de rien. Parfois, je pense que prendre le caf\u00e9, l\u00e0, avec les autres, c&rsquo;est comme s&rsquo;occuper du fil de l&rsquo;humanit\u00e9. Oui, un peu comme les Parques, oui. C&rsquo;est dr\u00f4le que vous disiez ce mot. La derni\u00e8re fois que je l&rsquo;ai entendu c&rsquo;\u00e9tait de la bouche d&rsquo;un prof de fran\u00e7ais. Il est sans doute mort&#8230; il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9. Rien n&rsquo;est \u00e9ternel. C&rsquo;est triste ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avec ce jeune homme mais, laissez-moi vous dire quelque chose : on enqu\u00eate toujours sur les meurtres, sur la mort quand elle est suspecte mais&#8230; quand enqu\u00eaterons-nous sur la vie ? Dans tout ce qu&rsquo;elle draine d&rsquo;absurde et de dur. La vie est rude en ce moment, trop rude, et personne ne semble prendre la mesure de ce qu&rsquo;il se passe. Lui \/\/ Mec, je ne me m\u00eale pas des affaires des autres. Tu veux quoi ? Qu&rsquo;on me plante ici dans trois jours comme ce pauvre gamin ? Non, non, j&rsquo;ai rien vu, rien entendu et m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait le cas, voil\u00e0 quoi&#8230; Sur son lit de mort mon p\u00e8re m&rsquo;a dit : Fils, vis et laisse vivre&#8230; et n&rsquo;ach\u00e8te jamais de Fiat. Une Fiat c&rsquo;est bien mais une voiture c&rsquo;est mieux. Et il est parti dans un dernier fou rire. Bonne chance pour ton enqu\u00eate, mon gars, et la paix sur la famille mais voil\u00e0&#8230; la vie c&rsquo;est pour les vivants. Elle, \u00e0 nouveau \/\/ C&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 qui l&rsquo;a tu\u00e9. C&rsquo;est cette fichue tache noire que j&rsquo;ai vu chez trop d&rsquo;amis quand ils doivent choisir entre l&rsquo;humain et l&rsquo;argent. Dans le quartier, j&rsquo;ai vu des gamins de 13 ans s&rsquo;en prendre \u00e0 des retrait\u00e9s pour un peu de plastique et du m\u00e9tal. D&rsquo;abord soi, toujours. C&rsquo;est les magazines qui font \u00e7a, c&rsquo;est ces vid\u00e9os sur les r\u00e9seaux. Elle, \u00e0 nouveau \/\/ C&rsquo;est pas le service militaire qu&rsquo;il faudrait rendre obligatoire \u00e0 nouveau mais bien la religion ! Lui \/\/ Oui, mais non, faut pas exag\u00e9rer. On ne se fait pas poignarder pour rien non plus&#8230; j&rsquo;ai lu un bouquin \u00e9crit par un influenceur sur la personnalit\u00e9 criminelle et il le dit, le mec, victime et agresseur c&rsquo;est trop dich-atomique comme analyse. Elle, \u00e0 nouveau \/\/ On devrait peut-\u00eatre lancer une commission d&rsquo;enqu\u00eate sur la sensation de froid. C&rsquo;est pas populaire, c&rsquo;est pas vendeur mais je crois que c&rsquo;est tr\u00e8s important. Je sais que ce n&rsquo;est pas pour \u00e7a que vous \u00eates l\u00e0, Agent&#8230; Lee, c&rsquo;est \u00e7a ? D\u00e9sol\u00e9e, d\u00e9sol\u00e9e vraiment de ne pas pouvoir vous aider&#8230; Lui, \u00e0 nouveau \/\/ Moi, je m&rsquo;en tiens \u00e0 ce que mon vieux m&rsquo;a enseign\u00e9. Je ne suis pas responsable de la mis\u00e8re du monde, bro.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#05bis, Sapo<\/em><\/strong><br>Lui \/\/ Lee est un mec invisible parce qu&rsquo;il l&rsquo;a d\u00e9cid\u00e9 un mardi, voil\u00e0 tout. Il \u00e9tait attabl\u00e9 \u00e0 la terrasse d&rsquo;un caf\u00e9 de la place de la Digue, il d\u00e9gustait un macchiato et \u00e7a l&rsquo;a frapp\u00e9. Dans le bruit, comme un manque. Une absence de son. Un silence imbib\u00e9 et pesant. Alors, cet enfoir\u00e9 a soupir\u00e9, il a fini sa tasse et se jura que c&rsquo;\u00e9tait le dernier macchiato de son existence. Depuis, il ne boit que de l&rsquo;eau. C&rsquo;est la vraie histoire. Lui \/\/ Non. Non. Ce n&rsquo;est pas \u00e7a. Ha ha, quelle erreur ! Lee ne d\u00e9cide de rien. Lee n&rsquo;a jamais rien d\u00e9cid\u00e9 de sa chienne de vie. La raison pour laquelle il ne boit plus de macchiato c&rsquo;est <em>Elle<\/em>. Elle d\u00e9cide ce qu&rsquo;il boit, ce qu&rsquo;il porte, ce qu&rsquo;il pense, ce qu&rsquo;il ressent et m\u00eame ce dont il r\u00eave. Il n&rsquo;est pas manipul\u00e9, il est comme&#8230; t\u00e9l\u00e9guid\u00e9. \u00c0 ce qu&rsquo;on dit, elle ne supportait plus l&rsquo;odeur du macchiato, fin de l&rsquo;histoire. Elle \/\/ Le coeur de la question vous \u00e9chappe. Vous ne voyez que ce qui vous arrange. Vous ne voyez que ce qui vous donne l&rsquo;impression de raconter une bonne histoire. Et c&rsquo;est vrai que souvent l&rsquo;histoire est bonne mais le plus triste dans tout cela, c&rsquo;est que vous ratez une histoire encore bien meilleure. Il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 question de macchiato ou de terrasse de caf\u00e9. Les mecs, la question \u00e0 vous poser c&rsquo;est celle-ci : qu&rsquo;y a-t-il de si important place de la Digue pour que Lee prenne sa bagnole, s&rsquo;\u00e9chine \u00e0 trouver une place pour se garer, paie le stationnement, marche une borne ou deux et commande un macchiato \u00e0 la con ? Que renferme la place de la Digue, les mecs ? Lui \/\/ Lee n&rsquo;existe pas. C&rsquo;est un personnage de fiction invent\u00e9 par William S. Burroughs et tout bonnement vol\u00e9 par J\u00e9r\u00e9mie Tholom\u00e9 qui est infoutu de produire quoi que ce soit d&rsquo;un tant soit peu original. Il parait qu&rsquo;il compte en tirer un bouquin en 2025 et qu&rsquo;il a demand\u00e9 \u00e0 des plasticiens de <em>La <\/em>reproduire&#8230; C&rsquo;est path\u00e9tique et ridicule. Et pourquoi boire un macchiato surcot\u00e9 quand on peut boire un vrai caf\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#06, argent<\/em><\/strong><br>L&rsquo;argent disparait. Les banques retirent les distributeurs automatiques. Dans certains villages, il n&rsquo;y a plus de points de retrait \u00e0 cinq bornes \u00e0 la ronde. Ils disent que c&rsquo;est une question d&rsquo;efficience. Il dit que c&rsquo;est <em>bullshit<\/em>. Alors, une fois par semaine, il prend la voiture \u00e0 essence et il fait les cinq bornes. Il est difficile de se garer pr\u00e8s de la banque mais il y arrive toujours. Pour les places de parking, il demande \u00e0 l&rsquo;Univers. Et l&rsquo;Univers r\u00e9pond. Au d\u00e9but, il arguait que c&rsquo;\u00e9tait un peu abus\u00e9 de d\u00e9ranger l&rsquo;Univers pour des questions de stationnement mais elle avait r\u00e9pondu que c&rsquo;\u00e9tait okay et que l&rsquo;Univers n&rsquo;\u00e9tait pas limit\u00e9. Et il est vrai que l&rsquo;Univers n&rsquo;a jamais failli. Une fois par semaine, il fait le plein de cash. Pour r\u00e9gler chez les petits ind\u00e9pendants principalement. Pas besoin de facture, ce ticket n&rsquo;a jamais exist\u00e9, Monsieur et d&rsquo;ailleurs, je ne suis jamais venu ici&#8230; La voiture \u00e0 essence fonctionne bien et consomme peu. M\u00eame l&rsquo;airco il ne l&rsquo;enclenche jamais. Une bouteille d&rsquo;eau min\u00e9rale en plastique et les carreaux ouverts, \u00e7a fait le job. Le garage charge 40 dollars transib\u00e9riens une fois par an pour changer le filtre \u00e0 pollen de l&rsquo;airco qu&rsquo;il n&rsquo;utilise jamais. Il laisse faire. Qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9touffent avec leur putain de filtre. De toute fa\u00e7on, avec tout cet \u00e9lectronique dans les voitures, les m\u00e9caniciens se font baiser aussi. Il avait, depuis peu, un comptable chinois pour l&rsquo;aider \u00e0 redresser la barre fiscale et \u00e9quilibrer ses chances avec le service des imp\u00f4ts. Quand il \u00e9tait pass\u00e9 signer l&rsquo;ordre de mission, le comptable lui avait d\u00e9bit\u00e9 un la\u00efus sur le blanchiment d&rsquo;argent, le terrorisme et la traite d&rsquo;\u00eatres humains. Tant qu&rsquo;on ne me force pas \u00e0 utiliser l&rsquo;\u00e9criture inclusive, je signerai tout ce que vous voulez, <em>compadre<\/em>. Quand il prend un macchiato avec une femme, il ne sait plus s&rsquo;il doit payer, s&rsquo;il peut payer, si c&rsquo;est toujours okay de boire un macchiato. Le monde est beaucoup trop compliqu\u00e9 ces jours-ci. Et les femmes toujours mari\u00e9es. Et s&rsquo;il demandait plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;Univers que ce d\u00e9mon goguenard r\u00e9tablisse un bon paquet de distributeurs automatiques ou mette sur sa route des femmes c\u00e9libataires ? Faire des enfants et vous marier, Agent Lee, ce serait bon pour vos imp\u00f4ts. Non, le risque est trop grand, <em>caballero<\/em>. Payer des imp\u00f4ts c&rsquo;est chouette. \u00c7a finance la guerre et la recherche pharmaceutique. \u00c7a permet aux grosses firmes high-tech d&rsquo;envisager des solutions alternatives aux arbres et aux abeilles. Il faut bien que quelqu&rsquo;un paie, non ?<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#06bis, chiffres<\/strong><br><\/em>27,40 le pot de tabac 100g. Lee se souvenait du temps o\u00f9 ce pot, cet exact m\u00eame pot s&rsquo;\u00e9changeait \u00e0 19,80. Personne ne force personne \u00e0 fumer, <em>bro<\/em>. Prenons l&rsquo;argent des mourants avant qu&rsquo;ils ne meurent. 3,50 le demi. <strong><em>[ Passons l&rsquo;aberration du syst\u00e8me m\u00e9trique, Agent Lee ]<\/em><\/strong> s&rsquo;amusait la Clark Nova. 7 pour une glace deux boules avec cr\u00e8me chantilly. Les livres de William Burroughs entre 5 et 14. Le parking, pure fl\u00e8che d\u00e9coch\u00e9e par le capital dans le c\u0153ur de dizaines de millions d&rsquo;utilisateurs interconnect\u00e9s. Milliers de gens qui s&rsquo;\u00e9teignent \u00e0 chaque seconde et p\u00e9nurie de bras et de jambes pour les remplacer. Les tableurs \u00e9changent des chiffres \u00e0 chaque fois que je frappe le clavier, ainsi disait Lee. \u00c7a lui donnait le tournis et 14 de tension. Parfois, \u00e0 la lecture des articles de presse \u00e9lectronique sa saturation en O2 chutait \u00e0 67. Alors, pensant \u00e0 tout cela, au macchiato \u00e0 7,50, au comptable chinois \u00e0 90,75, pensant au monde et ses millions d&rsquo;entr\u00e9es dans le tableur cosmique, alors pensant \u00e0 tout cela et pensant \u00e0 la Clark Nova piaillant dans son sac de transport, pensant \u00e0 la disparition des insectes, Lee serra le pot de tabac 100 g \u00e0 27,40 contre sa poitrine et s&rsquo;engouffra dans l&rsquo;art\u00e8re principale.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#07, Francesca Woodman<\/strong><br><\/em>Son reflet, je l\u2019ai vu dans les miroirs des voitures, les fen\u00eatres des th\u00e9\u00e2tres, les vitres des trains. J\u2019ai laiss\u00e9 son corps sur des quais d\u2019embarquements, des portes d\u2019a\u00e9roports. J\u2019en connais le coude quand la tasse d\u2019eau chaude est port\u00e9e aux l\u00e8vres. J\u2019en connais les yeux, avant le maquillage. Ses yeux qui craignent de ne plus \u00eatre aim\u00e9s. Les questions auxquelles il n\u2019existe aucune bonne r\u00e9ponse. Corps-machine, pieds frappant le sol, toujours un po\u00e8me dans la bouche m\u00eame dans la mont\u00e9e. Bouche \u00e0 livre ouvert dans la contrari\u00e9t\u00e9. Corps emball\u00e9 dans des \u00e9charpes quand il fait \u00e0 peine 17 degr\u00e9s. Le c\u0153ur dit trop souvent que c\u2019est horrible ce qu\u2019il se passe. Une plume souvent blanche dans les cheveux. Morceaux de m\u00e9tal, de bois et de pierre dans les poches, dans l\u2019attente du prochain abandon.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#07bis, odeur<\/strong><br><\/em>Je ne connais pas son odeur, voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. J&rsquo;ai vu mille couleurs et huit autres encore, mais  depuis longtemps, toute odeur m&rsquo;est inconnue. Lorsque je me me concentre, j&rsquo;arrive \u00e0 invoquer dans mon esprit l&rsquo;odeur du jus d&rsquo;orange. Enfant, j&rsquo;avais une passion pour le presse-agrume en plastique de ma grand-m\u00e8re et proposais de servir des boissons fra\u00eeches \u00e0 toute heure du jour aux invit\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait le rituel du matin : trois oranges. Insidieusement, les effets de la g\u00e9n\u00e9tique et du milieu ultra urbain ont gomm\u00e9 chez moi l&rsquo;odorat. Les femmes de ma vie ont toujours choisi mes parfums et eaux de toilette. Moi, je choisissais les int\u00e9rieurs, noirs de pr\u00e9f\u00e9rence. C&rsquo;est \u00e9trange de ne pas sentir sa partenaire. Parfois c&rsquo;est comme vivre avec hologramme. Un jour, des baffles simuleront la pr\u00e9sence d&rsquo;abeilles dans les parcs. <em>Ils ne vont pas d\u00e9truire la viande, tout de m\u00eame ?<\/em> elle dit. Non, non, rassure toi. Ils ne vont pas d\u00e9truire la viande. <\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#08, expansion Claude Simon<\/strong><br><\/em>D\u00e9tails sur ce qu\u2019ils ont appel\u00e9 l\u2019attentat du restoroute \/\/ Au milieu de nulle part, Lee, assis sur un banc, m\u00e2chonne une barre chocolat\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement fondue par le temps. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, la Clark Nova, dans son sac de transport isotherme et un mec trop vieux pour r\u00eaver encore. Il tient le crachoir. Et donc le type arrive au salon et dit je veux un aigle dans le dos. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, tu pouvais faire du walk-in, te pointer sans rendez-vous quoi. Je dis&nbsp;ok, un aigle, c\u2019est 8.000. Le type s\u2019\u00e9nerve et r\u00e9torque va te faire foutre, je ne mettrai pas plus de 7.000. Un aigle dans le dos, c\u2019est \u00e7a que je veux. Je dis, c\u2019est 8.000. Le gars&nbsp;: 7.000&nbsp;! Ok, va pour 7.000. Le type se couche sur le ventre et j\u2019aligne les couleurs&nbsp;: rouge, jaune, bleu, vert. Mon apprenti me demande pourquoi autant de couleurs. Je dis rien. Le truc se passe et le type se met \u00e0 gueuler quand il d\u00e9couvre le perroquet que je lui ai tatou\u00e9 dans son putain de dos. Il dit je vais te tuer, je vais te tuer\u2026 Un aigle, c\u2019est 8.000, je dis. Pour 7.000, tu peux avoir un perroquet. C\u2019\u00e9tait le bon temps. <strong><em>[ \u00c7a me parait juste ]<\/em><\/strong> jugea la Clark Nova. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a en ce temps-l\u00e0 conclut le mec trop vieux pour r\u00eaver encore, accroch\u00e9 \u00e0 sa canne. Lee, les yeux inject\u00e9s de sang \u00e0 cause du manque de sommeil et l\u2019abus de sucre rapide. Une femme, en panique, le t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 la joue. Ils ne vont pas d\u00e9truire la viande, quand m\u00eame&nbsp;?! <strong><em>[ Je n\u2019en serais pas si s\u00fbre, lady ]<\/em><\/strong> Si elle a entendu la Clark Nova, elle ne l\u2019a pas montr\u00e9 et continue son chemin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e du restoroute \u00e0 90 m\u00e8tres de l\u00e0. J\u2019avais un flingue derri\u00e8re le comptoir et je n\u2019h\u00e9sitais pas \u00e0 le sortir. <strong><em>[ Ouais, ouais, c\u2019\u00e9tait mieux avant, c\u2019est s\u00fbr ] [ Mais concernant les insectes et leur disparition, vous avez quelque chose \u00e0 d\u00e9clarer&nbsp;? ] <\/em><\/strong>Lee \u00e9tait \u00e9puis\u00e9. Il n\u2019avait aucune id\u00e9e d\u2019o\u00f9 il se trouvait et comment il en \u00e9tait arriv\u00e9 l\u00e0. Le truc avec les rapports, c\u2019est qu\u2019ils sont sans fin. Une actualit\u00e9 chasse l\u2019autre et \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate jamais. L\u2019Agence dit d\u2019aller \u00e0 l\u2019Est, alors on va \u00e0 l\u2019Est. L\u2019Agence dit de contacter Two-Times Diana, alors on trouve Two-Times Diana dans les pires endroits et ses tuyaux ne sont fiables qu\u2019une fois sur deux \u00e0 cause des retours d\u2019acide. L\u2019Agence recommande de se brosser les dents pendant 3\u201930 alors on s\u2019ex\u00e9cute. Pour 25 briques par an et un paquet d\u2019emmerdes. Le truc avec les insectes, c\u2019est que c\u2019est s\u00fbrement exag\u00e9r\u00e9 si on en parle dans les journaux, embraya le mec trop vieux pour r\u00eaver encore. C\u2019est simple&nbsp;: on fait peur aux gens, on leur dit que c\u2019est l\u2019apocalypse mais qu\u2019avec un purificateur d\u2019air dernier cri, les choses iront bien. Et au final, l\u2019apocalypse ne vient jamais et on a vendu des millions de purificateurs et tout le monde est content. De toute fa\u00e7on, les petits g\u00e9nies du Massachusetts Institute of Technology ont d\u00e9j\u00e0 tout pr\u00e9vu. C\u2019est pas des cerveaux qu\u2019ils ont ces petiots, ce sont de vrais r\u00e9seaux boost\u00e9s \u00e0 l\u2019intelligence pure, aussi pure qu\u2019un pet de J\u00e9sus&nbsp;! Donc oui, il y a moins d\u2019insectes sur le pare-brise quand tu d\u00e9passes les 80 miles \u00e0 l\u2019heure, la belle affaire, mais je crois qu\u2019on peut clairement se dire qu\u2019on n\u2019en a rien \u00e0 foutre parce que les petits gars du MIT le savent et qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 la parade&nbsp;! <strong><em>[ Vous avez not\u00e9 cela, Agent Lee&nbsp;? ] <\/em><\/strong>Oui, Nova, le pet de J\u00e9sus et le reste, tout est consign\u00e9, j\u2019en ai pas perdu une miette. Est-ce qu\u2019on peut se tir\u2026 \u00c0 ce moment pr\u00e9cis, une explosion retentit depuis l\u2019int\u00e9rieur du restoroute, suivie de deux autres. Au moins, la dame n\u2019est sans doute plus trop tracass\u00e9e par une possible disparition de la viande. Et \u00e7a, les \u00e9tudiants du MIT l\u2019ont vu venir&nbsp;? lance Lee au mec trop vieux pour r\u00eaver encore, l\u2019odeur du caramel ressortant fortement avec la chaleur du restoroute en flammes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#08bis, fractales et sardines \u00e0 l&rsquo;huile<\/em><\/strong><br>Avant l&rsquo;explosion. De ce qu&rsquo;ils appelleront. L&rsquo;attentat du restoroute. Lee. Le regard dans le vide. M\u00e2chonnant une barre chocolat\u00e9e. Sur le paquet. Une mer bleue et calme. Avant l&rsquo;explosion. Lee. Ressentant le go\u00fbt sucr\u00e9 d&rsquo;une mer bleue et calme. Jeunes hommes et jeunes femmes l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatues sur des plages tropicales. Avant l&rsquo;explosion. De ce qu&rsquo;ils appelleront. Le tourisme de masse. Lee. Saturant son cerveau malade dans un speedball de sucre, noix de coco s\u00e9ch\u00e9e (21&nbsp;%), sirop de glucose, beurre de cacao, p\u00e2te de cacao, lait \u00e9cr\u00e9m\u00e9 en poudre, \u00e9mulsifiants (l\u00e9cithine de soja,&nbsp;E471), lactose, beurre concentr\u00e9, petit-lait en poudre, humectant (glyc\u00e9rol), sel et d&rsquo;extrait naturel de vanille. Avant l&rsquo;explosion. De ce qu&rsquo;ils appelleront. La mutinerie. Lee. Convoquant selon Wikip\u00e9dia cit\u00e9 par la Clark Nova <strong><em>[ le souvenir d&rsquo;un navire britannique charg\u00e9 de transporter des \u00eeles pacifiques des plants d&rsquo;arbre \u00e0 pain&nbsp;pour \u00e9tablir des plantations aux&nbsp;Antilles&nbsp;et alimenter \u00e0 meilleur compte les esclaves des implantations britanniques ]<\/em><\/strong> Avant l&rsquo;explosion. Lee. M\u00e2chonnant une barre chocolat\u00e9e. Comme il s&rsquo;en \u00e9coule des milliers chaque jour. Dans les stations-services et les restoroutes. Au milieu de nulle part. Lee. M\u00e2chonnant sa vie. Marmonnant. Qu&rsquo;aucun bras n&rsquo;est un bras ami.  Avant l&rsquo;explosion. De ce qu&rsquo;ils appelleront. L&rsquo;attentat du restoroute. Lee. Le regard dans le vide. M\u00e2chonnant une barre chocolat\u00e9e. Sur le paquet. Une noix de coco coup\u00e9e en deux. Sur le paquet. Le bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#09, Stephen King, lieu<br><\/em><\/strong>Ailleurs. Une station-essence, des voitures, des glaces dans des cong\u00e9lateurs \u00e0 portes coulissantes. Un mec avec une casquette de type trucker. Une femme fumant une cigarette. Ailleurs. Un couloir mal \u00e9clair\u00e9 dans un sous-sol, un homme en costume business classant des dossiers. Ailleurs. Un liquor store tenu par un couple de travailleurs immigr\u00e9s, une musique d&rsquo;ascenseur, une odeur de tabac. Ailleurs. Une rue en pente, \u00e0 sens unique, des arbres nus \u00e0 l&rsquo;automne, on y recherche des marrons \u00e0 leurs pieds. Ailleurs. Des abeilles survolant un champ de ma\u00efs. Ailleurs. Un quai de gare pr\u00e8s de moulins abandonn\u00e9s, grin\u00e7ants au moindre coup de vent. Ailleurs. Le kiss &amp; ride d&rsquo;une gare ou d&rsquo;un h\u00f4pital. Ailleurs. La terrasse bond\u00e9e d&rsquo;un caf\u00e9 en milieu urbain. Ailleurs. La pr\u00e9paration d&rsquo;une lecture dans une librairie, les si\u00e8ges bien align\u00e9s, la lumi\u00e8re tamis\u00e9e.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#09bis, Stephen King, temps<\/em><\/strong><br>Sur une aire d&rsquo;autoroute, deux hommes assis sur un banc. L&rsquo;un d&rsquo;eux parle. Il me semble qu&rsquo;il p\u00e9rore tandis que l&rsquo;autre reste silencieux. Semble avoir le regard profond\u00e9ment plong\u00e9 dans le vide. Semble fatigu\u00e9. Il porte un pare-dessus gris. \u00c0 sa droite, une machine \u00e0 \u00e9crire \u00e9trange dans un sac de transport. J&rsquo;aurais jur\u00e9 qu&rsquo;elle bougeait. L&rsquo;autre, celui qui cause, porte une casquette de type trucker. En r\u00e9alit\u00e9, les deux semblent fatigu\u00e9s. Ce monde nous lessive, voil\u00e0 ce que je crois. L&rsquo;int\u00e9rieur de la station \u00e9tait color\u00e9 et sale et froid. \u00c7a pourrait \u00eatre partout dans le monde. Le cash ayant disparu de la circulation, tous les \u00e9changes se r\u00e8glent via des cartes en plastique ou des <em>apps<\/em>. On ne dit m\u00eame plus le mot <em>\u00ab\u00a0application\u00a0\u00bb<\/em> qui avait remplac\u00e9 le mot <em>\u00ab\u00a0programme\u00a0\u00bb<\/em>. Dans mon contrat d&rsquo;\u00e9dition, il y a m\u00eame une clause \u00e9voquant les <em>\u00ab\u00a0CD-roms\u00a0\u00bb<\/em>. Moi, je d\u00e9sapprends constamment les choses informatiques. Durant les vacances au bord de la mer, j&rsquo;ai du demander \u00e0 la charg\u00e9e de diffusion de remettre ma photo de profil sur Facebook car je l&rsquo;avais effac\u00e9e par erreur. Elle avait ri. Je resterai toujours un homme analogique. Parfois, je me sens p\u00e9rim\u00e9 et la plupart du temps je n&rsquo;en ai strictement rien \u00e0 foutre. J&rsquo;ai encore re\u00e7u deux emails (j&#8217;emmerde les courriels) pour un appel \u00e0 enregistrer des textes pour des podcasts. Une femme rentre dans le restoroute, le portable viss\u00e9 \u00e0 la joue. Elle parle de la disparition de la viande. Elle semble terroris\u00e9e. Je n&rsquo;ai aucune envie de participer \u00e0 ces podcasts \u00e0 la con. La charg\u00e9e de diffusion m&rsquo;encourage pourtant \u00e0 le faire. D\u00e9sol\u00e9 (mais pas vraiment) pour l&rsquo;image viriliste et agressive mais de mon point de vue, ce genre de chose c&rsquo;est comme se branler sur des magazines de charme. On sature les r\u00e9seaux avec nos mots et nos voix comme on a satur\u00e9 le papier, les rues, les bouquins et nos poches. J&rsquo;aimerais devenir le po\u00e8te du silence, <em>el hombre invisible<\/em>. Sans m&rsquo;en rendre compte, j&rsquo;avais achet\u00e9 une bouteille de syrah au liquor store. Le vieux pakistanais n&rsquo;avait m\u00eame pas dit bonjour et l&rsquo;argent \u00e9tait vraisemblablement parti puisqu&rsquo;il me tendait le ticket de caisse que je fourrai dans ma poche. La femme tracass\u00e9e par la viande avait raccroch\u00e9. Elle se plante devant moi. <em>Vous n&rsquo;avez pas achev\u00e9 votre \u00e9ducation, Agent Lee<\/em>, elle me dit sur le ton du reproche avant de quitter les lieux \u00e0 toute vol\u00e9e. Une forte odeur de tabac me monte \u00e0 la t\u00eate tandis que j&rsquo;entends gueuler le vieux pakistanais. Je r\u00e9alise que je ne bois jamais de syrah et que je n&rsquo;ai aucun souvenir d&rsquo;\u00eatre arriv\u00e9 ici en voiture. Quand diable le monde s&rsquo;est-il mis \u00e0 partir en couilles \u00e0 ce point ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#10, personnage sans vous<\/em><\/strong><br>Lee est assis sur un canap\u00e9 en cuir noir et feuillette un magazine sur les armes de poing. Il soupire. Des armes il en a d\u00e9j\u00e0 plein, dont tout un tas qui attendent sur le bureau, encore envelopp\u00e9es dans leur cellophane. Il avise un .38 qui lui fait de l&rsquo;\u0153il. Il se connecte sur le site avec son smartphone 1 EXEMPLAIRE EN STOCK et ajoute le .38 au panier, qu&rsquo;il demande \u00e0 payer directement VOUS AVEZ 20 MINUTES POUR R\u00c9GLER VOTRE COMMANDE le site est encore vieillot et demande une connexion par carte de banque et digipass. Le digipass est dans le tiroir de la table basse o\u00f9 il a son pied droit. BATTERY LOW. Par chance, le c\u00e2ble USB est aussi dans le tiroir. Il connecte le c\u00e2ble \u00e0 un ordinateur portable qui tra\u00eene sur la table basse. C&rsquo;est l&rsquo;ordinateur du taf. Il lutte pour ne pas aller lire ses e-mails (lui aussi emmerde les courriels). BATTERY LOW. Il se connecte sur le site de la banque. Le digipass ne se recharge pas par USB mais n\u00e9cessite deux piles CR2032 dites <em>piles boutons<\/em>. Il poss\u00e8de une m\u00e9moire visuelle et jurerait en avoir vu dans la commode. Il se l\u00e8ve et va \u00e0 ladite commode. Une plaquette de piles CR2032 s&rsquo;y trouve. Le digipass est pourvu d&rsquo;une simple vis en croix sur le clapet d&rsquo;acc\u00e8s aux batteries mais cette vis est d&rsquo;un format microscopique. Il sait qu&rsquo;il poss\u00e8de des tournevis miniatures quelque part dans la maison. Mais o\u00f9 ? Il entreprend de fouiller les bo\u00eetes \u00e0 outils. Rien. Il retourne aux bo\u00eetes \u00e0 outils et se saisit d&rsquo;un tournevis d&rsquo;\u00e9lectricien \u00e0 t\u00eate plate. Ni une ni deux, il fait pression \u00e0 la base du clapet. Le plastique rose se d\u00e9t\u00e9riore. Il se dit de faire attention \u00e0 ne pas se planter le tournevis dans la main tenant le digipass. Trente secondes plus tard, il se blesse. Une belle entaille d&rsquo;un centim\u00e8tre de long. Il ach\u00e8ve son \u0153uvre et la vis saute. Y a-t-il encore des pansements ? S&rsquo;il y en a, c&rsquo;est dans le meuble noir. Apr\u00e8s v\u00e9rification, le meuble noir ne contient que des compresses. Il en prend deux et retourne \u00e0 la table basse dont un tiroir renferme une bouteille d&rsquo;alcool \u00e0 90 degr\u00e9s. Il ne ressent aucune douleur. Il ram\u00e8ne tout le mat\u00e9riel sur la table basse et s&rsquo;assied sur le canap\u00e9 en cuir noir. Il entreprend de changer les piles. Le digipass fonctionne. Il se connecte sur le site D\u00c9SOL\u00c9, LE TEMPS EST EXPIR\u00c9, VEUILLEZ R\u00c9ESSAYER il clique \u00e0 nouveau sur le .38 D\u00c9SOL\u00c9, CET ARTICLE EST HORS-STOCK DE NOUVEAUX EXEMPLAIRES SONT EN COURS D&rsquo;ACHEMINEMENT. Il soupire. Il se connecte sur le site de la Librairie Wallonie Bruxelles. Il ajoute au panier un exemplaire de CLARK NOVA par J\u00e9r\u00e9mie Tholom\u00e9 aux \u00e9ditions maelstr\u00d6m reEvolution. Pas besoin d&rsquo;un putain de digipass pour un bouquin de merde, il dit \u00e0 voix haute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#10bis, le personnage et l&rsquo;auteur<\/em><\/strong><br>On m&rsquo;utilise. On me pr\u00eate des propos qui ne sont pas les miens. On m&rsquo;affuble de pens\u00e9es que je n&rsquo;ai jamais effleur\u00e9es. On me balade dans des lieux o\u00f9 je n&rsquo;ai jamais mis les pieds. Mes enqu\u00eates sont closes depuis tr\u00e8s longtemps. <em>I&rsquo;m long gone, man. Long gone.<\/em> La paperasse prend l&rsquo;humidit\u00e9 dans un tiroir ou se prom\u00e8ne dans l&rsquo;atmosph\u00e8re en mini-particules de v\u00e9rit\u00e9 si quelqu&rsquo;un l&rsquo;a br\u00fbl\u00e9e. J&rsquo;en ai fini avec l&rsquo;imperm\u00e9able et le caf\u00e9 d\u00e9gueulasse. Il existe des archives vid\u00e9o-film\u00e9es mais ce n&rsquo;est pas moi. Un acteur bas-de-gamme, voil\u00e0 ce qu&rsquo;on a trouv\u00e9 pour me faire porter le chapeau. Des effets sp\u00e9ciaux nullissimes pour simuler la bestiole. Les mots sont toujours plus puissants que n&rsquo;importe quel film tourn\u00e9 en IMAX ou n&rsquo;importe laquelle de leurs perc\u00e9es technologiques. Pourquoi personne n&rsquo;a jamais entendu parler de cet attentat du restoroute ? Pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas un bouquin paru chez maelstr\u00d6m reEvolution portant ce foutu titre ? <em>Le restoroute<\/em>. La v\u00e9rit\u00e9 c&rsquo;est qu&rsquo;on vous ment. Il n&rsquo;y a jamais eu d&rsquo;attentat dans ce restoroute. Comment je le sais ? On ne l&rsquo;a pas \u00e9crit. Ce bouquin n&rsquo;existe pas, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu. N&rsquo;ai-je pas m\u00e9rit\u00e9 le repos ? N&rsquo;ai-je pas fait mes preuves et tout ce que je pouvais par le pass\u00e9 ? <em>I&rsquo;m long gone, man. Long gone.<\/em> Alors pourquoi voudrait-on remuer le pass\u00e9 ? \u00c0 quoi bon ? N&rsquo;y a-t-il plus aucune pens\u00e9e originale ? J&rsquo;esp\u00e8re bien que si on \u00e9tait dans les tranch\u00e9es au moment o\u00f9 je vous parle, on ne pinaillerait pas sur des quotas, des pronoms, des fa\u00e7ons de parler ou se taire. J&rsquo;ai un scoop pour vous. On est dans les tranch\u00e9es. Et l&rsquo;eau monte. Et on me fait manger des barres chocolat\u00e9es ? Vraiment ?<br><br><strong><em>#11, Stein, marche arri\u00e8re<\/em><\/strong><br>Je suis Irlandais. Les Irlandais ne sont jamais bourr\u00e9s sauf quand ils disent du bien des Anglais, plaisantait Lee avec le technicien charg\u00e9 de lui faire passer le polygraphe mensuel. \u00cates-vous mari\u00e9 ? Je n&rsquo;en sais rien, Larry&#8230; C&rsquo;est un oui ou un non, agent Lee ? Je n&rsquo;en sais foutre rien, Larry, bon sang ! Mais th\u00e9oriquement, agent Lee ? Oui, oui, bordel, th\u00e9oriquement, oui. Je ne t&rsquo;ai jamais racont\u00e9 ? L&rsquo;entra\u00eenement dans le nord de l&rsquo;\u00c9cosse, les sergents-instructeurs ouvertement racistes et d\u00e9biles \u00e0 souhait, une pluie \u00e9paisse comme mon poing et du whisky bas de gamme. Avez-vous d\u00e9j\u00e0 tromp\u00e9 votre femme ? Un oui ou un non, \u00e9pargnez-moi vos j\u00e9r\u00e9miades, un oui ou un non ? Je ne t&rsquo;ai pas racont\u00e9, l&rsquo;attentat du restoroute ? Je sais qui a fait le coup&#8230; \u00e7a ferait un de ces potins&#8230; <strong>[ Taisez-vous, agent Lee ! Nous allons perdre nos accr\u00e9ditations et nos ch\u00e8ques-repas ]<\/strong> beugla la Clark Nova, sortant de sa l\u00e9thargie. D\u00e9sol\u00e9 Larry, ce sera pour une prochaine fois&#8230; D\u00e9testez-vous les Mexicains ? Soyez pr\u00e9cis ! <strong>[ Qui ne d\u00e9teste pas ces foutus Mexicains ?! ] <\/strong> Je ne sais pas, franchement, je m&rsquo;en tamponne. Mais je me rappelle d&rsquo;Oslo au printemps. Je me rappelle avoir embrass\u00e9 une fille apr\u00e8s qu&rsquo;elle m&rsquo;ait demand\u00e9 ce que je ferais si tout \u00e9tait possible. Je me rappelle que son rouge \u00e0 l\u00e8vres go\u00fbtait la p\u00eache. Mais c&rsquo;est une autre histoire, non ? \u00c0 quoi bon parler des histoires d&rsquo;amour qui n&rsquo;ont pas eu lieu ? Le technicien plongea ses yeux inexpressifs dans ceux hallucin\u00e9s de Lee et d\u00e9connecta l&rsquo;\u00e9lectrode principal. C&rsquo;est justement l\u00e0 que \u00e7a devient int\u00e9ressant, agent Lee. C&rsquo;est le creuset m\u00eame de toute la litt\u00e9rature, depuis H\u00e9l\u00e8ne de Troie et bien avant ! Si vous ne me vous mettez pas \u00e0 table en ce qui concerne la fille d&rsquo;Oslo, je rendrai un rapport n\u00e9gatif, ais\u00e9ment corrobor\u00e9 par votre haleine de poney. <strong>[ Faites comme vous le faites si souvent avec vous m\u00eame, agent Lee&#8230; mentez-lui&#8230; ]<\/strong> chuchota l&rsquo;arachnide m\u00e9canique. <strong>[ N&rsquo;oubliez pas que tout ce qui touche \u00e0 la fille d&rsquo;Oslo est classifi\u00e9 ]<\/strong> \u00c9coute Larry, vieux, faut pas croire tout ce que je raconte. Ce foutu m\u00e9tier, tu vois&#8230; \u00c7a te dit pas des places pour les Celtics ? Premier rang et on arr\u00eate ce cirque ? <\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#11bis, portrait du personnage en lecteur<\/strong><\/em><br>William Lee n&rsquo;est abonn\u00e9 \u00e0 aucun magazine. Il existe plusieurs raisons \u00e0 cela. La plus importante est li\u00e9e \u00e0 son m\u00e9tier : en fr\u00e9quents d\u00e9placements aux quatre coins de l&rsquo;Interzone et ses bordures ext\u00e9rieures, son appartement et sa bo\u00eete aux lettres abritent au moins six sortes d&rsquo;araign\u00e9es et leur marmaille exposant pour elles-m\u00eames des toiles d&rsquo;une grande beaut\u00e9. La raison secondaire est li\u00e9e aux marchands de journaux. Ces personnages un peu ternes, luttant vaille que vaille pour ne pas sombrer dans l&rsquo;anachronisme de la soci\u00e9t\u00e9 de la br\u00e8ve et du <em>tweet<\/em>, ne peuvent esp\u00e9rer se faire une marge que sur les magazines corn\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9coulent. Achetez-y simplement des cigarettes et vous vous rendez complices de la disparition programm\u00e9e de ces pauvres h\u00e8res. \u00c7a et le fait que lorsqu&rsquo;il \u00e9tait enfant, dans le Missouri, Lee se rendait toutes les semaines chez <em>Midtown Planet<\/em> pour acheter des cartes de baseball \u00e0 collectionner. S&rsquo;il d\u00e9testait d\u00e9j\u00e0 toute pratique sportive \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, il se passionnait pour les statistiques pr\u00e9sentes au dos des cartes : <em>home runs<\/em> (HR), <em>strikeouts<\/em> (K), <em>innings pitched<\/em> (IP),&#8230; le petit William Lee pouvait y passer des heures alors que le monde br\u00fblait d\u00e9j\u00e0 mais qu&rsquo;il ne le savait pas. \u00c0 la fin de chaque mois, Renee, la patronne, lui offrait un paquet en rab&rsquo;. Depuis, Renee est morte d&rsquo;un cancer de la gorge, <em>Midtown Planet<\/em> a ferm\u00e9 ses portes et Lee pr\u00e9f\u00e9rerait qu&rsquo;on fasse des sashimi avec ses parties intimes plut\u00f4t que de remettre les pieds dans le Missouri. Sans penser \u00e0 tout cela, du moins consciemment, William Lee, assis en terrasse d&rsquo;un caf\u00e9, en ce matin de septembre \u00e9trangement caniculaire, profite d&rsquo;un jour <em>off<\/em> pour se plonger dans le nouveau num\u00e9ro de <em>Guns &amp; Ammo Magazine<\/em>, dot\u00e9 d&rsquo;un dossier sp\u00e9cial sur les .45 (contre lesquels les gilets pare-balles sont aussi utiles qu&rsquo;un politicard en situation de crise).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#12, Thomas Bernhard, fauteuil \u00e0 oreille<\/em><\/strong><br>C\u2019est fou ce qu\u2019on apprend quand on laisse refroidir du pain perdu vendu \u00e0 un prix prohibitif assis dans un fauteuil en tissu standardis\u00e9 d\u2019une succursale urbaine d\u2019une grande chaine de restauration pour vieux avec de l\u2019argent. On pourrait perdre tout espoir envers l\u2019\u00eatre humain. Aper\u00e7u des pens\u00e9es, sensations et paroles glan\u00e9es par l\u2019agent Lee durant un brunch quelque part dans la Station Nord. Traverser au rouge le passage clout\u00e9 ne constitue qu\u2019une demi-infraction. <em>We are young. Heartache to heartache<\/em>. Je veux dire, quel flic prendrait encore la peine de signaler ce genre de choses alors que les villes peuvent se faire beaucoup plus de bl\u00e9 en t\u00e9l\u00e9commandant une <em>scan-car<\/em> pour envoyer en direct des contredanses \u00e9lectroniques aux automobilistes d\u00e9passant d\u2019un quart de seconde la dur\u00e9e de stationnement autoris\u00e9e. Dans certaines rues de la capitale, on est sur du 7$ arctiques la demi-heure. Les raisons ne sont pas financi\u00e8res, voyons (cela tombe sous le sens). C\u2019est une question d\u2019\u00e9cologie (pour qui nous prenez-vous&nbsp;?). De respect de l\u2019environnement. <em>Heartache to heartache. We stand.<\/em> \u00c0 chaque seconde, des milliers d\u2019amendes r\u00e9chauffent les fermes de serveurs pakistanais (ou Dieu sait o\u00f9&nbsp;?). \u00c0 chaque seconde, des milliers de rictus et de soupirs pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019apposition du doigt sur des t\u00e9l\u00e9phones intelligents. Des jurons sont l\u00e2ch\u00e9s dans l\u2019air et l\u2019argent circule. Il ruisselle, l\u2019argent. Mais comme les courants des fleuves originels, toujours dans un seul sens. La ligne d\u2019arriv\u00e9e, il n\u2019y a que les banquiers virtuels qui la franchisse sans cracher leurs poumons. Lee ferma les yeux pour mieux percevoir le bruit des doigts pianotant sur les \u00e9crans prot\u00e9g\u00e9s par <em>Gorilla Glass<\/em> ou toute sorte de gels r\u00e9volutionnaires garantis 5 minutes sauf achat d\u2019un compl\u00e9ment (unique fa\u00e7on pour le revendeur de se faire de la marge). <em>No promises. No demands.<\/em> On est sur un chiffre d\u2019\u00e0 peine 100.000 gorilles restant dans la Station Sud (15.000 de moins chaque ann\u00e9e) mais un bon milliard de Gorilla Glass. Est-ce que l\u2019agent Lee pr\u00e9tend que c\u2019\u00e9tait mieux avant&nbsp;? Est-ce que l\u2019agent Lee est de ceux qui disent qu\u2019il faut vivre avec son temps&nbsp;? Lee ferme juste les yeux, \u00e9coute le bruit des doigts sur ces quelques centim\u00e8tres carr\u00e9s d\u2019\u00e9crans, \u00e9coute les voix racontant des histoires autocentr\u00e9es encadr\u00e9es par bien trop de mots et des gloussements d\u00e9sagr\u00e9ables. Lee sent l\u2019odeur du pain perdu industriel, m\u00e9lange de ce lait de vaches et d\u2019\u0153ufs de poules n\u2019ayant jamais vu le soleil. Lee se concentre sur la respiration de ce corps dont il n\u2019avait jamais fait trop de cas. Lee pense \u00e0 sa demi-vie d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9e et la demi-vie \u00e0 venir. Il revoit la grille de l\u2019\u00e9cole primaire de son quartier au fin fond du Missouri. Le visage de sa grand-m\u00e8re quand elle passait les fruits rouges \u00e0 l\u2019\u00e9tamine quand venait le moment de r\u00e9aliser les confitures maison. <em>Love is a battlefield.<\/em> Lee ne demande rien d\u2019autre que de pouvoir fermer les yeux. Une seconde encore, \u00e0 l\u2019heure du brunch.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>[ Et vous, fermez-vous parfois les yeux, rien qu\u2019une seconde \u00e0 l\u2019heure du brunch&nbsp;? ]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>vous souffle alors la Clark Nova avec toute la bienveillance que sa condition d\u2019araign\u00e9e-machine \u00e0 \u00e9crire noire peut lui permettre<strong>. [ Fermez-vous parfois les yeux en r\u00e9union&nbsp;? ] [ Vous connectez vous parfois \u00e0 votre respiration&nbsp;? ] [ Il vous reste peut-\u00eatre moins d\u2019une demi-vie ] [ Qu\u2019allez-vous en faire&nbsp;? ] <\/strong><em>Love is a battlefield. <\/em>Lorsqu\u2019il ferme les yeux, en laissant refroidir du pain perdu vendu \u00e0 un prix prohibitif assis dans un fauteuil en tissu standardis\u00e9 d\u2019une succursale urbaine d\u2019une grande chaine de restauration pour vieux avec de l\u2019argent. Lorsqu\u2019il ferme les yeux de la sorte, \u00e0 l\u2019heure du brunch, entour\u00e9 de toutes ces vieilles et tous ces vieux racontant leurs histoires autocentr\u00e9es comprenant bien trop de mots et de bruits de bouches. C\u2019\u00e9tait mieux avant&nbsp;? Il faut vivre avec son temps&nbsp;? La v\u00e9rit\u00e9 avant-derni\u00e8re, la voici&nbsp;: lorsqu\u2019il ferme les yeux, assis au c\u0153ur de la capitale de le Station Nord, il faut s\u2019imaginer l\u2019agent Lee heureux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>[ Et vous, qui \u00eates-vous quand vous fermez les yeux&nbsp;? ]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[ Pour le savoir, pr\u00e9commandez maintenant le livre Clark Nova de J\u00e9r\u00e9mie Tholom\u00e9, \u00e0 para\u00eetre chez maelstr\u00d6m reEvolution le 17 d\u00e9cembre 2025&nbsp;! ]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#12bis, monologue encore<\/em><\/strong><br>William Lee, cette fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un caf\u00e9 par un dimanche pluvieux. La version australienne de <em>Guns &amp; Ammo Magazine <\/em>lui apprend que 600 personnes meurent chaque jour des suites de violences par arme \u00e0 feu.<strong> [ On peut faire mieux, agent Lee&nbsp;! ] <\/strong>s\u2019enthousiasme la Clark Nova. <strong>[ Je suis certaine d\u2019avoir vu le serveur grassouillet \u00e9craser un cafard dans le dos&nbsp;! Avez-vous le M9A1 que je vous ai offert&nbsp;? ] <\/strong>(selon Wikip\u00e9dia, cit\u00e9 par la Clark Nova&nbsp;: <strong><em>[ Le Beretta M9A1 a \u00e9volu\u00e9 \u00e0 partir de la conception de base du pistolet M9 test\u00e9 et \u00e9prouv\u00e9 au combat, avec la contribution de l\u2019\u00c9tat totalitaire \u00e9lectronique et des forces de l&rsquo;ordre du monde entier. Le M9A1 int\u00e8gre la fiabilit\u00e9 et les performances \u00e9tablies du M9, avec des fonctionnalit\u00e9s suppl\u00e9mentaires comme le partage instantan\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux ]<\/em><\/strong> ). Illico presto, Lee \u00e9tudie au moins douze mani\u00e8res de liquider ledit serveur et se d\u00e9barrasser de son corps avant midi. Fichu m\u00e9tier. Qu\u2019ai-je fait de ma vie&nbsp;? Quand il \u00e9tait boy scout, Lee avait jur\u00e9 de prot\u00e9ger la nature et la vie. <strong>[ 600 par jour, \u00e7a fait 219 000 par an, agent Lee&nbsp;! Quel total merveilleux&nbsp;! ] <\/strong>Le serveur a les cheveux tellement gras qu\u2019on pourrait facilement les utiliser comme acc\u00e9l\u00e9rateur pour br\u00fbler le cadavre. Rien que sa queue de cheval constitue une faute de go\u00fbt passible d\u2019une amende dans la Station Ouest. <strong>[ Ce ne serait que justice, agent Lee&nbsp;! ] <\/strong>Je crois que ce boulot me tue. Je pense que j\u2019ai un ulc\u00e8re. <strong>[ Il faut bien que les croque-morts fassent leur beurre&nbsp;! Saviez-vous que Johnny de chez Whispering Pines Funeral a eu un cinqui\u00e8me m\u00f4me&nbsp;? On ne devrait pas lui envoyer une carte&nbsp;? ]<\/strong> William Lee tente d\u2019invoquer des images d\u2019oiseaux volant au-dessus de marais brumeux. Gamin, dans le Missouri, il porte un passe-montagne jaune. Son grand-p\u00e8re lui tient la main et lui apprend \u00e0 distinguer les cris des oiseaux. <strong>[ Vous vous souvenez du gamin de Puerto Joselito que vous avez abattu \u00e0 500 m\u00e8tres&nbsp;alors qu\u2019il tentait de capturer un papillon ? Un travail d\u2019orf\u00e8vre, le sang n\u2019a m\u00eame tach\u00e9 ses v\u00eatements&nbsp;! ] <\/strong>William, souviens-toi que la buse miaule, piaule ou piaute mais que merle babille, fl\u00fbte, jase ou siffle. Chaque vie est sacr\u00e9e, William. Tu t\u2019en souviendras&nbsp;? <strong>[ Il sort la poubelle par la porte de service, agent Lee&nbsp;! ] <\/strong>Machinalement, William Lee t\u00e2tonne le holster \u00e0 travers le tissu de sa veste, termine sa tasse et se l\u00e8ve lentement en direction de la porte de service. <strong>[ Quelle sensation magnifique que celle de pouvoir apporter une modeste pierre \u00e0 une entreprise tellement plus grande que soi, vous ne trouvez pas&nbsp;? 600 morts par jour, quelle joie ! ] <\/strong>Promets-moi de faire le bien, William. C\u2019est tr\u00e8s important. Tr\u00e8s important, tu m\u2019entends&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une aventure de l&rsquo;agent Lee autour de la disparition des insectes. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-du-roman-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 | Clark Nova [ de #00 \u00e0 #12bis ]<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":64,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4526,4544,4565,4583,4604,4629,4645,4673,4688,4705,4738,4755,4780,4790,4827,4849,4858,4878,4879,4935,4949,4971,4978,4994,5008,5043,4525],"tags":[],"class_list":["post-126880","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00-prologue","category-01-annie-dillard-commencer-par-inventer-lauteur","category-01bis-scene-originelle","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-02bis-jokari","category-03_stein-americains","category-03bis-quatre-par-quatre","category-04-superposer-le-temps","category-04bis-nicole-caligaris-du-samedi-au-dimanche","category-05-compressions-faulkner","category-05bis-sapo","category-06-argent","category-06bis-chiffres","category-07-francesca-woodman","category-07bis-odeur","category-08-expansion-claude-simon","category-08bis-fractales-sardines-a-lhuile","category-09-stephen-king-lieu","category-09bis-stephen-king-temps","category-10-personnage-sans-vous","category-10bis-le-personnage-et-lauteur","category-11-stein-marche-arriere","category-11bis-portrait-du-personnage-en-lecteur","category-12-thomas-bernhard-fauteuil-a-oreilles","category-12bis-monologue-encore","category-13-cendrars","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126880","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/64"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126880"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126880\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126880"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126880"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126880"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}