{"id":126924,"date":"2023-06-27T15:56:07","date_gmt":"2023-06-27T13:56:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=126924"},"modified":"2023-06-27T16:27:16","modified_gmt":"2023-06-27T14:27:16","slug":"ete-2023-03-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-03-les-autres\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #03 | les autres"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background\"><code>  c'est un peu la cuisine dans laquelle on entre, parfois l'envie de tout plaquer peut se faire jour (moi c'est toujours l'\u00e9t\u00e9 que ces choses-l\u00e0 me prennent et depuis des si\u00e8cles - le pluriel commence \u00e0 deux - je me suis arrang\u00e9 pour travailler dans ces moments-l\u00e0 - je travaille toujours - mais allais-je laisser pendre ces deux affaires, avant de les repasser, s\u00e8ches ? on pense un peu, on dort mal, on entend quelques chansons, on voit un beau film qui ne d\u00e9m\u00eale jamais le documentaire de la fiction comme on ne d\u00e9m\u00eale gu\u00e8re la fiction de l'autobiographie - j'ai toujours travaill\u00e9) - dehors on nettoie les rues, on se pr\u00e9pare aux vacances, les enfants sont nerveux - il faut oublier qu'on \u00e9crit pour \u00eatre lu, tout bazarder est-ce que \u00e7a servirait \u00e0 quelque chose ? la chaleur, sans doute - l'implacable soleil - ce bleu intraitable et ces bruits, guerres feux arbres arrach\u00e9s ville calcin\u00e9es vies broy\u00e9es - les dialogues en italiques, ce n'est pas une bonne id\u00e9e, les retours \u00e0 la ligne non plus, mais je ne voudrais pas oublier, pourtant, qu'elle aimait la musique, qu'elle s'amusait \u00e0 danser en chemise - je radote ? je ne sais plus, j'ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit tout \u00e7a ? Ah alors comme je l'ai d\u00e9j\u00e0 dit...    <\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a me fait penser \u00e0 justement ce fait&nbsp;: j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ailleurs peut-\u00eatre, mais \u00e0 pr\u00e9sent les choses se bousculent se brouillent et \u00e7a se complique un peu, je ne sais plus<br>alors comment \u00e7a va coco&nbsp;?<br>couci cou\u00e7a disais-je et toi&nbsp;?<br>Elle fumait, parlait de tout et de rien, balan\u00e7ait sa babouche (elle en ramenait de ses voyages quand elle y retournait, elle y allait de temps \u00e0 autre, elle y avait un ami, Abdelaziz qui l&rsquo;appelait maman; et aussi un avocat; et des connaissances de ce temps pass\u00e9 \u2013 de ceux \u00e0 Londres ses twin-sets (l&rsquo;eurostar c&rsquo;est formidable !), de ceux de Rome des chaussures pour moi ou un autre \u2013 ou rien \u00e9videmment). Elle se pr\u00e9parait \u00e0 aller retrouver son fr\u00e8re au Harry\u2019s bar ou \u00e0 celui de l\u2019Intercontinental ben oui quoi, disait-elle imitant l\u2019accent parigot, \u00e7a me fait penser oui tu as fait ce que je t\u2019ai demand\u00e9  ? ah non, j\u2019ai oubli\u00e9 \u2013 j\u2019oubliai peu pourtant, ce jour-l\u00e0, oui j\u2019avais oubli\u00e9, \u00e7a ne fait rien j\u2019irai moi-m\u00eame, elle se recoiffait on y va&nbsp;? Parfois&nbsp;: cette gueule\u2026&nbsp;! Elle aimait jurer, \u00e7a l\u2019amusait, les gros mots qu\u2019elle nous interdisait, \u00e7a l\u2019amusait. Je ne l\u2019accompagnais jamais, un peu du chemin avec elle, on passait sous le march\u00e9, elle ne fumait pas dans la rue, boutiques de luxe canap\u00e9s voitures bijoux pas un regard, elle allait \u00e0 gauche moi \u00e0 droite, je la serrais un peu, elle m\u2019embrassait, s\u2019en allait, d\u00e9cid\u00e9e, puis entrait au bar. Il \u00e9tait l\u00e0, lin et soie, ils s\u2019amusaient, riaient d\u2019une histoire dr\u00f4le qu\u2019elle raconterait plus tard, jus de tomates branche de c\u00e9leri, clopo, amusement encore, peut-\u00eatre quelque biscuit il adorait raconter ce genre d\u2019histoire c\u2019est une femme dans la rue Saint-Denis tu vois, quoi, un rabbin (un cur\u00e9, un moine, un mollah un ayatollah, ce que tu veux mais plus un rabbin) passe, elle lui dit tu viens ch\u00e9ri&nbsp;? et lui non mon enfant non, et pour trois raisons d\u2019abord parce que je n\u2019ai pas d\u2019argent &#8211; \u00e7a va d\u00e9gage coupe la fille lui tournant le dos \u2013 ce genre d\u2019histoire dont il ne riait pas ouvertement, il se cachait un peu la bouche de la main, souriait, mimait la g\u00eane ravi de l&rsquo;effet et buvait un peu, peut-\u00eatre avaient-ils ensemble d\u2019autres points de discussion, l\u2019amusement oui, se retrouver aussi, oui, quand elle travaillait pour lui, plus qu\u2019avec j\u2019ai l\u2019impression, dactylo-facturi\u00e8re riait-elle quand je lui demandais, mais ces images-l\u00e0 sont floues, je ne suis pas certain que \u00e7\u2019ait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent et comment va ta s\u0153ur&nbsp;? disait-il. C\u2019est aussi la tienne je te ferais remarquer, et des autres encore, ceux de la rue du Mexique ou celle de Saint-Cloud cette garce, l\u2019une des cousines, une s\u0153ur un fr\u00e8re, des amis, des connaissances, de politique jamais, d\u2019argent toujours un peu \u2013 les moments o\u00f9, enfants, nous allions en vacances chez lui, son appartement sur le quai du lac, la plage faite d\u2019herbe (une grossi\u00e8re erreur), ses deux dalmatiens et son cabriolet blanc aux si\u00e8ges de cuir rouge \u2013 ici pourrait se tenir une exploration des souvenirs de son appartement triple r\u00e9ception qui donnait sur la place, aussi les images qui furent faites de son p\u00e8re l\u00e0-bas devant le jet d&rsquo;eau ou de lui ici sur son balcon, son foulard doux et color\u00e9 (c\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9charpe parfois, cette chanson douce et ce souvenir de soie, \u00ab&nbsp;le soir tombant sur nos genoux&nbsp;\u00bb) qui cachait son cou mais pas seulement ses rides (ce temps-l\u00e0, on entendait \u00ab&nbsp;la chabraque&nbsp;\u00bb sans comprendre) ses yeux dont l\u2019un ne voyait rien (comme John Ford ou Raoul Walsh) \u2013 on pourrait aussi maintenant parler de ce moment d\u2019\u00e9t\u00e9 qui m\u2019a rendu mais moins qu&rsquo;\u00e0 elle cette saison assez insupportable, des maux de t\u00eate qui l\u2019assaillaient lorsqu\u2019elle avait la faiblesse de boire un verre d\u2019alcool, de ses Gitane, de son autre fr\u00e8re, de son autre s\u0153ur et du mari de celle-ci \u2013 des personnes, des personnages, des histoires des fictions \u2013 la propri\u00e9t\u00e9, les oliviers et les vignes, le berger allemand et la maison, elle aussi cach\u00e9e dans les souvenirs (au mur du salon, au dessus de l\u2019un des canap\u00e9s de cuir blanc, un miroir concave en forme de soleil v\u00e9nitien, l\u2019\u00e9poque aussi bien et les \u00e9v\u00e9nements) \u2013 de son mari qui importait des pi\u00e8ces m\u00e9caniques \u00e9tats-uniennes pour le garage qu\u2019il g\u00e9rait comme on ne disait pas alors, sous les ordres du fr\u00e8re de sa m\u00e8re, la rue de Marseille ou l\u2019avenue du th\u00e9\u00e2tre romain \u2013 il y avait tous les midis du mois de juin et de celui de juillet de cette ann\u00e9e-l\u00e0 (mais on avait d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans un rez-de-chauss\u00e9e voisin) le moment o\u00f9 elle disait \u00ab&nbsp;allez on va \u00e0 la plage&nbsp;\u00bb mais nous n\u2019\u00e9tions que cinq, si nous avions \u00e9t\u00e9 avec lui, si les choses avaient \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes, elle et lui nous auraient r\u00e9unis probablement pas dans l\u2019eau, calme et ti\u00e8de, probablement dans la salle \u00e0 manger du premier \u00e9tage mais \u00e7a ne leur ressemblerait pas \u2013 la maison avait un \u00e9tage, en dessous garage et buanderie, au jardin figues de barbarie arbres ch\u00e9tifs scorpions et l\u00e9zards \u2013 \u00e9coutez les enfants, on a quelque chose \u00e0 vous dire \u2013 mais non, il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, son oncle un jour, c\u2019\u00e9tait un homme qui avait appartenu (et fond\u00e9 peut-\u00eatre) l\u00e0-bas la section fran\u00e7aise de l\u2019internationale ouvri\u00e8re \u2013 \u00e7a n\u2019a qu\u2019un si\u00e8cle mon pauvre ami \u2013 mais oui, c\u2019est vrai, \u00e9coute encore<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>une chanson, c&rsquo;est cinquante pour cent les mains <\/em>&#8211; ici Pia Colombo, <em>Passe le temps <\/em> (paroles G. Moustaki)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"745\" height=\"570\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-du-2023-06-27-14-38-39.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-126935\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-du-2023-06-27-14-38-39.png 745w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Capture-decran-du-2023-06-27-14-38-39-420x321.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 745px) 100vw, 745px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e7a me fait penser \u00e0 justement ce fait&nbsp;: j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ailleurs peut-\u00eatre, mais \u00e0 pr\u00e9sent les choses se bousculent se brouillent et \u00e7a se complique un peu, je ne sais plusalors comment \u00e7a va coco&nbsp;?couci cou\u00e7a disais-je et toi&nbsp;?Elle fumait, parlait de tout et de rien, balan\u00e7ait sa babouche (elle en ramenait de ses voyages quand elle y <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-03-les-autres\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #03 | les autres<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":126946,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4629,4525],"tags":[],"class_list":["post-126924","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-03_stein-americains","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126924","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126924"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/126924\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/126946"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126924"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126924"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126924"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}