{"id":127703,"date":"2023-07-17T08:13:02","date_gmt":"2023-07-17T06:13:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=127703"},"modified":"2023-07-17T08:13:35","modified_gmt":"2023-07-17T06:13:35","slug":"ete2023-03-print-the-legend","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03-print-the-legend\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #06 | les petites bulles"},"content":{"rendered":"\n<p>Il avait \u00e9t\u00e9 lui, dans les institutions internationales, il disait oui, que tout cela reposait essentiellement sur une l\u00e9gende, que la masse mon\u00e9taire en circulation n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un jeu d&rsquo;addition, que c&rsquo;\u00e9tait comme l&rsquo;univers, que l&rsquo;univers est en expansion, mais dans quoi, vu que l&rsquo;univers contient tout, alors il disait que la masse mon\u00e9taire c&rsquo;\u00e9tait pareil, c&rsquo;\u00e9tait un gigantesque continent, que dis-je, un immense nuage, que dis-je, une mousse, compos\u00e9e de millions de petites bulles iridescentes susceptibles d&rsquo;\u00e9clater ou de gonfler au moindre frottement, une immense mousse en expansion dans le rien, que l&rsquo;argent \u00e9tait \u00e0 lui m\u00eame sa propre r\u00e9f\u00e9rence, qu&rsquo;il n&rsquo; y avait plus d\u00e9sormais de point fixe pour soulever le monde et que parall\u00e8lement pourtant, le monde \u00e9tait en l\u00e9vitation et que cela c&rsquo;\u00e9tait les changes flottants, et que tout cela m\u00eame avait commenc\u00e9 bien avant, au sortir de la seconde guerre mondiale et que l&rsquo;on \u00e9tait salement plant\u00e9 d\u00e9sormais, il disait, il faut toujours retranscrire \u00e0 haute voix un contrat bancaire vois-tu, il ne faut jamais se laisser impressionner par la complexit\u00e9, il ne faut jamais se laisser impressionner vois-tu par une formule de r\u00e9vision, il faut la transformer en quelque chose de tangible, un contrat c&rsquo;est vivant, c&rsquo;est aussi vivant qu&rsquo;un arbre, il ne faut jamais jamais croire que quelque chose quelque part est virtuel, une dette \u00e7a vit, \u00e7a gonfle, \u00e7a meurt comme une plante, c&rsquo;est concret, c&rsquo;est aussi r\u00e9el que la honte, il disait d&rsquo;autres l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 dit et bien mieux, la dette c&rsquo;est r\u00e9el, il disait vois-tu c&rsquo;est une l\u00e9gende et pourtant c&rsquo;est profond\u00e9ment r\u00e9el, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de plus r\u00e9el, l&rsquo;argent c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de plus vrai, c&rsquo;est le noyau, c&rsquo;est la mesure de toute chose, il disait qu&rsquo;il ne savait pas bien si \u00e7a devait \u00eatre comme \u00e7a, qu&rsquo;il n&rsquo;avait rien trouv\u00e9 de mieux, et il se perdait alors dans un cort\u00e8ge de r\u00e9f\u00e9rences, et le bonhomme rond et insolent l&rsquo;\u00e9coutait et il ne comprenait pas tout, et il ne voulait pas savoir que parfois il ne comprenait pas tout, alors il acceptait de croire, et croyant, il venait composer lui-m\u00eame une nouvelle petite bulle aux teintes iridescentes se joignant aux millions de petites bulles iridescentes de ceux qui acceptent de croire sans fonder la pens\u00e9e, et la sale petite poup\u00e9e se faisait lourde \u00e0 trouer le sol, la sale petite poup\u00e9e toute faite de la chair de ses fantasmes pour lui dire non, secouait la t\u00eate et lui murmurait qu&rsquo;en ces mati\u00e8res, la foi \u00e9tait parfois dangereuse et qu&rsquo;il fallait \u00e9couter le petit monsieur qui avait \u00e9t\u00e9 dans les institutions internationales, qu&rsquo;il fallait lire ce qu&rsquo;il y avait \u00e9crit en tout petits caract\u00e8res et le retranscrire dans un langage simple, et le petit bonhomme rond et insolent qui remboursait chaque mois les frais financiers g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&#8217;emprunt contract\u00e9 pour renflouer les caisses du parti secouait la t\u00eate et se disait qu&rsquo;\u00e0 tout prendre s&rsquo;il fallait choisir entre croire et comprendre, il serait lui, homme de foi, alors son regard se posait sur les fen\u00eatres ouvertes dans le haut mur de briques rouges pour apercevoir dans la p\u00e9nombre, les moines en pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">\u00e9t\u00e92023 #05bis | Des corps<\/h1>\n\n\n\n<p>Un bon gar\u00e7on, toujours pr\u00eat \u00e0 aider, assez adroit de ses mains aussi, il aimait \u00e7a les jeux d&rsquo;adresse oui, le corps et le coeur, c&rsquo;est \u00e7a, l&rsquo;esprit aussi, mais oui, le corps et le coeur et s&rsquo;il fallait choisir, le coeur. <\/p>\n\n\n\n<p>Il a tout arr\u00eat\u00e9 du jour au lendemain. Je n&rsquo;ai plus eu de nouvelles. Il vivait dans des squats, il bougeait beaucoup, il avait des discours, comme on dit, tr\u00e8s th\u00e9oriques. Et puis il est parti sur l&rsquo;\u00eele. Et puis il a vu la crasse. Et il y avait une jeune fille tr\u00e8s amoureuse. Aussi il y avait l&rsquo;alcool et la maison. Il faisait chaud aussi. Ce jour-l\u00e0 je lui ai apport\u00e9 des bouteilles de mono\u00ef. Et il mangeait beaucoup de bananes. Oui c&rsquo;\u00e9tait de toutes petites bananes, des tr\u00e8s parfum\u00e9es. Avant il est venu avec un sac plein de livres, des kilos. Oui il y avait des tas de livres et je ne sais pas s&rsquo;il avait m\u00eame pens\u00e9 \u00e0 une brosse \u00e0 dents. Un jour il y a eu une altercation. et lui il \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il n&rsquo;a rien dit. Mais quand m\u00eame il a regard\u00e9. Alors quelqu&rsquo;un est mort ce soir-l\u00e0. Et pus c&rsquo;\u00e9tait sale, \u00e0 coups de poing. C&rsquo;est qu&rsquo;on peut tuer \u00e0 coups de poing. Alors c&rsquo;est plus d&rsquo;effort c&rsquo;est tout. Mais certains sont durs au mal, durs \u00e0 la fatigue. Et lui il a regard\u00e9 \u00e7a. Et puis il est rentr\u00e9 chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>La courbe du dos, la nuque. Une beaut\u00e9 f\u00e9roce. Une d\u00e9marche de chat. L&rsquo;oeil par en dessous. Longtemps j&rsquo;ai gard\u00e9 souvenir de l&rsquo;odeur de ce lieu, l&rsquo;exultation, la configuration de la pi\u00e8ce. Ici, on peut cesser de penser, c&rsquo;est ce que je me disais. C&rsquo;est \u00e9tonnant, oui, ces traces qu&rsquo;on laisse. Il d\u00e9testait pourtant&#8230; les traces. On peut cesser de penser. La joie des corps et le silence. Ici, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 dire. C&rsquo;est \u00e9tonnant n&rsquo;est-ce pas, parfois, cette fronti\u00e8re si t\u00e9nue qui distingue le corps d&rsquo;un meuble, d&rsquo;un rocher, d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor&#8230; Il ne reste plus rien de ce lieu. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #05 | Collage<\/h1>\n\n\n\n<p>Voitures flambent. V\u00e9los flambent. Trottinettes flambent. Poussettes flambent. Plastique fond. M\u00e9tal tordu. Goudron fond, gonfle, d\u00e9form\u00e9. On peut laisser le pied \u00e7a marque, mais \u00e7a salit. Fait pour \u00e7a. C\u2019est en libre service, \u00e7a flambe. C\u2019est fait pour \u00e7a, du combustible. \u00c7a sent fort. \u00c7a fait chaud dans la chaleur. C\u2019est beau comme un concert, \u00e7a p\u00e8te, \u00e7a fuse, \u00e7a cogne. Regarde comme il rigole, l\u00e0&#8230; Un peu d\u2019essence, un briquet. \u00c7a flambe. Attends, attends&#8230; Regarde\u2026 Une bouteille, de l\u2019alcool, un torchon, \u00e7a se brise et \u00e7a flambe. Fascinant, la grande flamme jaune, \u00e7a l\u00e8che le mur, une grosse langue de feu, \u00e7a flambe. Le liquide \u00e7a flambe. On se dit le liquide c\u2019est mouill\u00e9 et l\u00e0, \u00e7a flambe. C\u2019est beau. Rien de plus beau. Glisser sur le toboggan, pendant que \u00e7a p\u00e8te, que \u00e7a berce. C\u2019est beau, c\u2019est bon, c\u2019est sans raison, c\u2019est libre, c\u2019est puissant, tu la sens hein&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>On pense une temp\u00eate qui passe. Quel affect hormis la joie&nbsp;et le go\u00fbt du jeu&nbsp;? Sons, lumi\u00e8res et odeurs tout \u00e0 la fois.Je me souviens tu sais de ce spectacle\u2026 Tu sais\u2026 le groupe de danseur au milieu, une danse hach\u00e9e, presque militaire, tous ensemble, tr\u00e8s organis\u00e9s, une danse, pourrait-on dire, scand\u00e9e. Et l\u2019irruption de danseurs isol\u00e9s, leurs mouvements impossibles d\u00e9sarticul\u00e9s, et immens\u00e9ment libres. C\u2019\u00e9tait fond\u00e9 vois-tu sur un noyau organis\u00e9 et pour les danseurs isol\u00e9s, il a beaucoup jou\u00e9 sur l\u2019improvisation, il a laiss\u00e9 les danseurs improviser.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Devant l\u2019attitude irresponsable de quelques uns\u2026 les v\u00e9ritables causes susceptibles d\u2019amener \u00e0 de telles d\u00e9gradations&#8230; condamnons les violences avec la plus grande fermet\u00e9\u2026 en finir avec le laxisme de la bienveillance et la comp\u00e9tition des petites phrases au profit d\u2019actes fermes et efficaces\u2026 garantissons un soutien ind\u00e9fectible aux forces de l\u2019ordre si durement \u00e9prouv\u00e9es\u2026 que face \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de mod\u00e9ration des r\u00e9seaux sociaux\u2026 une nouvelle \u00e8re de responsabilit\u00e9\u2026 saurons prendre la responsabilit\u00e9 de dire ce qui est juste, de dire ce qui est vrai\u2026 assumer nos responsabilit\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[On est le seul quartier \u00e0 rien faire, 3PM, place des &#8230; On br\u00fble tout. On p\u00e8te le monop. Appel \u00e0 la gu\u00e9rilla. C<em>ailloux, mortiers, fumig\u00e8nes, p\u00e9tards, bouteilles en verre avec mouchoir et essence. On va les fumer ces fils de pute&nbsp;!<\/em> Faites tourner #emeutes #vengeance #19.]<\/p>\n\n\n\n<p><em>Fondamentalement, oui, une chor\u00e9graphie. Tu vois\u2026 et aussi&#8230; ce spectacle \u00e0 la Scala \u00e0 Strasbourg tu vois.. elle \u00e9tait seule en sc\u00e8ne, toute sa chor\u00e9graphie fond\u00e9e sur la gestuelle des grands orateurs. A la fin, elle acc\u00e9l\u00e9rait, elle acc\u00e9l\u00e9rait, c\u2019\u00e9tait hypnotique, terrifiant,  comme une clameur, mais juste avec des gestes. Des fois, en bas des rues\u2026 un peu\u2026 le milieu et puis les franges, la danse libre, improvis\u00e9e et le socle, et puis parfois peut-\u00eatre on ne sait plus bien qui improvise, oui c\u2019est un peu loin, c\u2019est que la place est \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres, non jamais jusqu\u2019ici, c\u2019est comme un spectacle en miniature.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Regarde, c\u2019est beau. J\u2019ai tout film\u00e9. Les silhouettes noires, les torses, les cagoules, c\u2019est de la danse. Lui, il fait deux-cents pompes, tous les matins et du cross-fit. Juste l\u00e0 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du toboggan sur les barres. Je glisse, je filme, je filme, je fume. \u00c7a ne dure pas. C\u2019est juste une minute, c\u2019est long, une minute c\u2019est tr\u00e8s long quand \u00e7a flambe, c\u2019est toute la nuit. Et puis l\u00e0 on court, dans les ruelles, sous les arches, \u00e0 travers les caves, \u00e7a cogne, \u00e7a pulse, c\u2019est bon, le corps fonctionne. Tu vois, l\u2019image vibre. C&rsquo;est sa respiration l\u00e0. Il fait le tour du stade l\u00e0-bas tous les soirs. Le meilleur chrono. Regarde l\u00e0, t&rsquo;as vu le cadrage. J\u2019avais plus de batterie. Des corps chauds comme au stade. Chauds comme la braise. J\u2019ai plus de poumon, \u00e7a va \u00e9clater. Les autres arrivent. \u00c7a cogne. C\u2019est vif, c\u2019est bon. Ils vont cramer. Tous cramer. Oeil pour \u0153il\u2026 Le meilleur chrono je te dis.<\/p>\n\n\n\n<p>Contexte de d\u00e9gradation in\u00e9luctable\u2026 face aux enjeux civilisationnels\u2026 incapables et irresponsables\u2026 le mim\u00e9tisme de la violence\u2026 gangr\u00e8ne nos quartiers\u2026. face au trafics\u2026 ne resterons pas sans rien faire\u2026 sursaut r\u00e9publicain\u2026 des mesures imm\u00e9diates\u2026 centres ferm\u00e9s\u2026 assortis de peines planchers\u2026 valeur d\u2019exemple\u2026 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un couvre feu g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u2026 \u00e0 compter du\u2026 vive la r\u00e9publique\u2026<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Ratios et rations<\/h1>\n\n\n\n<p>Il se d\u00e9gage peu de choses \u00e0 premi\u00e8re vue d&rsquo;une courbe ou d&rsquo;un graphique. C&rsquo;est une courbe. C&rsquo;est un graphique. Il est curieux de se dire que ladite courbe et ledit graphique dans la touffeur d&rsquo;une nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9 outre atlantique pointent la d\u00e9gradation irr\u00e9m\u00e9diable d&rsquo;un certain ratio d&rsquo;endettement et le caract\u00e8re structurellement intenable de l&rsquo;environnement pourtant bien concret qui vous entoure, de la chaise \u00e0 la table, en passant par la fen\u00eatre, autant de mat\u00e9riaux issus de processus de production eux-m\u00eame conditionn\u00e9s par une certaine division des t\u00e2ches elle-m\u00eame vraisemblablement issue d&rsquo;un certain processus d&rsquo;accumulation, processus dont les racines sont parfois peu claires et pour lequel les alternatives restent \u00e0 cette heure avanc\u00e9e de la nuit quelque peu opaques et ne constituent pas quoiqu&rsquo;il en soit l&rsquo;objet de la discussion, discussion centr\u00e9e sur le message qu&rsquo;il faudra faire passer pour que la confiance, seul \u00e9l\u00e9ment en capacit\u00e9 de faire tenir la courbe pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9e, du moins de l&rsquo;infl\u00e9chir dans la bonne direction, seule en capacit\u00e9 \u00e9galement de faire atterrir chaque objet qui soudain para\u00eet flotter en haut de cette tour d&rsquo;un quartier d&rsquo;affaire outre-atlantique, ou du moins de maintenir leur l\u00e9vitation dans un \u00e9tat de relative stabilit\u00e9, pour que la confiance se r\u00e9tablisse, garantissant ainsi l&rsquo;ancrage affectif de tout un chacun et des plus importants, ancrage qui sera bien suffisant pour maintenir au sol ce monde o\u00f9 \u00e0 cette heure toujours plus avanc\u00e9e tout para\u00eet l\u00e9viter, comme une montgolfi\u00e8re tire sur la corde qui la maintient au sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est seul avec son corps rond et insolent, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, la poup\u00e9e endormie, et il lit et dans la rue c&rsquo;est le bruit des mortiers et il se demande ce qu&rsquo;elle se dirait la femme \u00e0 la casquette en entendant ces tirs, l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 2:38 du matin et n&rsquo;est-ce pas incongru une heure comme 2:38 pour tirer au mortier, et il y a peut-\u00eatre des flammes qui couvent ou qui d\u00e9j\u00e0 l\u00e8chent des murs, des flammes inutiles et sans mot d&rsquo;ordre, ce n&rsquo;est pas comme \u00e7a qu&rsquo;il voyait les choses, et il lit et parfois il tend l&rsquo;oreille puis il poursuit sa lecture et il sent que le corps s&rsquo;alourdit, mais il n&rsquo;est pas encore temps de dormir, il met une sonate, il pousse le son tr\u00e8s fort, il y a la sonate dans le toutpetit appartement o\u00f9 il fait trop chaud et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, les murs rouges du couvent se parent de reflets enflamm\u00e9s dans la nuit sous la clart\u00e9 pourtant tranch\u00e9e des r\u00e9verb\u00e8res. En contrebas, il y a la nation en armes, mais il ne descend pas, ce n&rsquo;est pas sa nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain l&rsquo;avion et les porcelaines soigneusement empaquet\u00e9es dans la valise, elle a demand\u00e9 des porcelaines avec la griffe, elle a h\u00e9sit\u00e9 pour savoir ce qu&rsquo;elle offrirait, l&rsquo;\u00e2ne ou le pangolin, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a deux appeaux, il y a l&rsquo;\u00e2ne et le pangolin, la m\u00eame solidit\u00e9 na\u00efve, des comme \u00e7a, cela ne cassera jamais, elle ne saura jamais si le pangolin a un jour \u00e9t\u00e9 cass\u00e9. L&rsquo;avion traverse la nuit chaude, nuit qui n&rsquo;est pourtant pas si chaude \u00e0 une telle altitude. En dessous, la terre a la forme de rien.<\/p>\n\n\n\n<p>De moins en moins de bruit, de moins en moins de v\u00e9hicules, est-ce pour cela que l&rsquo;on est venu ici, \u00e9prouver le ralentissement du temps ? Un r\u00e9chauffement qui n&rsquo;est pas homog\u00e8ne disent-il. Un r\u00e9chauffement qui se conjugue a des perturbations climatiques de plus en plus violentes et impossibles \u00e0 anticiper. La maison du centre est occup\u00e9e depuis quelques semaines par un groupe de migrants, un terme bizarre qui a fait irruption il y a quelques d\u00e9cennies, les p\u00f4les \u00e9tant tellement agit\u00e9s qu&rsquo;on ne se disait plus ni \u00e9migr\u00e9s ni immigrants, ne sachant plus tr\u00e8s bien si l&rsquo;on venait, restait, ou repartait, migrant c&rsquo;est stable, compr\u00e9hensible, \u00e7a dit que \u00e7a bouge, pour o\u00f9 et pour combien de temps, on serait bien en peine de le dire, mais \u00e7a dit, c&rsquo;est un mouvement, le groupe des hommes en mouvement s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 ici dans ce bourg silencieux aux portes de la grande ville et s&rsquo;ennuie \u00e0 quelques m\u00e8tres du fleuve ass\u00e9ch\u00e9, on voit dans la nuit la lumi\u00e8re rouge des cigarettes, et on entend des mots dans des langues que l&rsquo;on ne comprend pas. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, la fen\u00eatre donne sur le jardin o\u00f9 dorment les orchid\u00e9es qui \u00e9mettent sous la lune de dr\u00f4les de lueurs, elles sont migrantes aussi, venues un jour de loin, rest\u00e9es l\u00e0&#8230; pour combien de temps ?<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #04 | Avant Saint-Florent<\/h1>\n\n\n\n<p>Il y a le parking et la rue, puis ensuite \u00e0 gauche une autre rue qui part vers la Loire et \u00e0 droite vers la gare SNCF. La halle est d\u00e9serte. Le pont suspendu rejoint le Maine-et-Loire. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Il n&rsquo;aimait pas beaucoup cet endroit, proche de Saint-Florent, auquel il pr\u00eatait des relents rances : \u00ab\u00a0cet enlisement lent, cette rigidit\u00e9 et ce froid fun\u00e8bre qui figeait peu \u00e0 peu, longtemps avant la mort, un couple de vieilles filles ruin\u00e9es au fond d&rsquo;une ruelle de sous-pr\u00e9fecture\u00a0\u00bb disait-il dans les Lettrines.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le rural est \u00e0 la mode, le rural est de bon ton en particulier le faux rural, l&rsquo;industrie est \u00e0 la mode, l&rsquo;industrie est de bon ton, le bourg est \u00e9cartel\u00e9 entre le rural et l&rsquo;industrie, \u00e9ventr\u00e9 par la gare et les friches en cours de r\u00e9habilitation, car l&rsquo;artificialisation est mauvais genre, il faut construire la ville sur la ville, le village sur le village, l&rsquo;urbanisme sur l&rsquo;urbanisme.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #03bis | Un pr\u00e9sent et trois absents<\/h1>\n\n\n\n<p>Il y a l&rsquo;homme au corps rond et insolent dans le petite appartement et la femme avec la casquette sur la t\u00eate, et le vieil homme sage qui a \u00e9t\u00e9 dans les organisations internationales et qui dit que le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme d\u00e9cid\u00e9ment, mais qui aime aussi le sport, et il y a \u00e9galement Paul Cl\u00e9ment Jagot mais lui n&rsquo;est pas vraiment l\u00e0, lui pourrait \u00eatre dans la biblioth\u00e8que mais il \u00e9tait dans une autre biblioth\u00e8que, une biblioth\u00e8que que l&rsquo;on trouve dans un pays que l&rsquo;on trouve dans une ville qui est loin, et dans ce m\u00eame pays dans une autre ville ou devrait-on dire un village, il y a une main qui s&rsquo;est saisie d&rsquo;un petit appeau de c\u00e9ramique dont on pourrait dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un pangolin mais s&rsquo;il appara\u00eet tout \u00e0 fait contre-intuitif de le trouver l\u00e0, dans un village du Fayoum, le pangolin, il pourrait y avoir Paul-Cl\u00e9ment Jagot dans cette biblioth\u00e8que ou errant dans les ruelles au bas de l&rsquo;appartement, ruelles qu&rsquo;il a bien d\u00fb arpenter il y a des d\u00e9cennies \u00e9tant originaire du m\u00eame arrondissement quoiqu&rsquo;un peu plus loin, et donc pas directement en contrebas de la muraille rouge du couvent des franciscains que peut observer le corps rond et insolent lorsqu&rsquo;il sort la t\u00eate parfois pour fumer, pr\u00e9sentant parfois par l&rsquo;effet du rel\u00e2chement du textile ou de son go\u00fbt pour les v\u00eatements un peu larges le haut de ses fesses in\u00e9vitablement rondes et insolentes ce que se gardent bien de lui dire le vieil homme qui d&rsquo;ailleurs n&rsquo;est pas venu souvent, est-il seulement venu ou la jeune femme avec la casquette sur la t\u00eate, est-elle seulement venue, ce que pourrait lui dire la poup\u00e9e qu&rsquo;il a fait de ses mains ou du moins qu&rsquo;il a model\u00e9e de la chair de ses fantasmes pour combler l&rsquo;absence, ce que pourrait lui dire la poup\u00e9e, ce qui fait quatre, quatre au sein de cet appartement, un pr\u00e9sent et trois absents, celle qui se souvient d&rsquo;avoir un jour ici d\u00e9pos\u00e9 l&rsquo;appeau de c\u00e9ramique que l&rsquo;on a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00eatre un pangolin, l&rsquo;auteur autodidacte qui arpentait les rues du quatorzi\u00e8me arrondissement il y a des d\u00e9cennies, qui ne savait rien et a voulu tout apprendre, qui croyait profond\u00e9ment en la force de la volont\u00e9 humaine et en bien d&rsquo;autres choses et a \u00e9crit<em> <\/em>le<em> Livre r\u00e9novateur des Nerveux, des Surmen\u00e9s, des D\u00e9prim\u00e9s et des D\u00e9courag\u00e9s<\/em>, et la poup\u00e9e qui se joue de lui et pr\u00e9pare d\u00e9cid\u00e9ment un tr\u00e8s mauvais coup.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #03 | Print the legend<\/h1>\n\n\n\n<p>Comme je l&rsquo;ai dit, son corps tout rond se love sous la couverture et dans ce corps, il y a la r\u00e9volution, la nation en armes, la l\u00e9gende familiale, il y a les ruptures, il n&rsquo;y a jamais, jamais de retrouvailles, il y a le fil cass\u00e9, rabiboch\u00e9 du temps qui passe, il y a la pouss\u00e9e en avant. Un jour il y a, sans doute, des mouvements dans le rues et des tirs de mortier. Comme je l&rsquo;ai dit il y a le corps, insolent et glorieux, le dos l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9 et la marche ondoyante du chat. <\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 du corps tout rond, insolent et glorieux, comme je l&rsquo;ai dit, il y a la femme muette avec de grands yeux et puis le rire carnassier. On peut l&rsquo;habiller comme une poup\u00e9e, une poup\u00e9e qui r\u00e9siste, une poup\u00e9e moqueuse, c&rsquo;est \u00e7a dis le paradoxe, c&rsquo;est une poup\u00e9e qui habite l&rsquo;espace, une poup\u00e9e muette, et on peut la toucher, on l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9e de toute pi\u00e8ce, et pourtant elle dit non, elle vous nargue, dites, on peut vous croyez concevoir soi-m\u00eame la poup\u00e9e qui vous nie ? Elle est assise et il la voit de dos, il aime bien je l&rsquo;ai dit, regarder sans \u00eatre vu, c&rsquo;est comme \u00eatre tout petit. La poup\u00e9e, elle fait tout ce qu&rsquo;il dit, elle dit non comme il lui dit. Elle joue du piano, elle sait chanter, elle fait de la moto aussi, elle est fine et elle aussi a le corps insolent, les petites fesses bomb\u00e9es insolentes, les petits seins ronds et hauts insolents, et un sourire en coin, surtout quand on ne la regarde pas, toujours un sourire en coin, elle pr\u00e9pare un mauvais coup la poup\u00e9e. Elle r\u00e9chauffe le matelas, elle coule comme de l&rsquo;eau contre son corps \u00e0 lui, elle est comme une combinaison, elle \u00e9pouse parfaitement les formes de son propre corps la poup\u00e9e qui r\u00e9siste et contre laquelle il se love en s&rsquo;endormant. Quand il le veut, elle dispara\u00eet la poup\u00e9e et ses formes insolentes et l&rsquo;odeur de sa nuque et de ses cheveux reste quand m\u00eame au creux des oreillers. Comme je vous le disais c&rsquo;est une poup\u00e9e, elle n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait r\u00e9elle, il est bien en peine de penser le pass\u00e9 de la poup\u00e9e, ce sont des bribes de pass\u00e9 alors d&rsquo;autres personnes, des poup\u00e9es qui ne sont pas l\u00e0, des femmes disparues, des femmes comme I.<\/p>\n\n\n\n<p>I. est toujours coiff\u00e9e d&rsquo;une casquette et a une voix douce et feutr\u00e9e comme un joli bout de moquette contre lequel se gratter. Elle appelle elle aussi \u00e0 la r\u00e9bellion. I. n&rsquo;aime pas l&rsquo;injustice. Tr\u00e8s jeune, elle n&rsquo;aime pas l&rsquo;injustice. Pourtant il y a des gens tr\u00e8s jeunes, qui aiment beaucoup l&rsquo;injustice matin, midi, soir. Il disent d&rsquo;ailleurs au premier entretien, moi j&rsquo;adore l&rsquo;injustice, l&rsquo;iniquit\u00e9, \u00e7a me dynamise. I. n&rsquo;est pas comme \u00e7a avec sa caquette gavroche fich\u00e9e sur sa t\u00eate au-dessus des cheveux longs. Elle est fille de bonne famille, mais de famille simple, on peut \u00eatre une famille simple et bonne dites, comme le pain, c&rsquo;est simple et bon, I est d&rsquo;une famille comme du pain, et elle n&rsquo;aime vraiment pas l&rsquo;injustice, elle appelle \u00e0 la correction des in\u00e9galit\u00e9s sociales et ils en parlent ensemble le soir avec D, des in\u00e9galit\u00e9s sociales et de la trajectoire socio-historique qui en est l&rsquo;in\u00e9vitable cause, \u00e0 se dire que le ver est dans le fruit, comme il est l\u00e0, toujours, rassurant, constant, heureux, tranch\u00e9 en deux, dans la pomme issue de l&rsquo;agriculture biologique mais pourtant alors qu&rsquo;il y a quelque bonheur \u00e0 constater la pr\u00e9sence du ver dans la pomme issue de l&rsquo;agriculture biologique il y a frustration \u00e0 l&rsquo;observer dans la pomme qui tombe de l&rsquo;arbre dans le jardin d&rsquo;Eden, mais personne, personne pas m\u00eame I et D n&rsquo;ont donc trouv\u00e9 \u00e0 se satisfaire du fait que la pomme du jardin d&rsquo;Eden est issue de l&rsquo;agriculture biologique o\u00f9 l&rsquo;on conclut que I et D, les vieux amis de l&rsquo;homme au corps rond et insolent, n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 au bout du raisonnement qui doit les conduire \u00e0 observer avec recul et un peu de satisfaction la trajectoire socio-historique lors de leurs causeries au d\u00e9jeuner et au diner c&rsquo;est qu&rsquo;ils causent, ils aiment \u00e7a, et ils chantent, et c&rsquo;est apr\u00e8s que parfois ils tranchent une pomme en morceau et coupent par inadvertance le t\u00e9moignage inscrit au sein de la pomme, la trace, la preuve que cette derni\u00e8re est issue de l&rsquo;agriculture biologique et qu&rsquo;il est parfois bon, heureux, somme toute tout \u00e0 fait chouette de constater que le ver est dans le fruit.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est que comme je l&rsquo;ai dit, D. est assis sur un gros tas d&rsquo;ann\u00e9es, et il regarde le monde de tout l\u00e0 haut, comme du haut de la pyramide, il regarde la trajectoire socio-historique se d\u00e9rouler, filer, trouver ses origines, D n&rsquo;appelle pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9meute, mais tout de m\u00eame il n&rsquo;aime pas beaucoup l&rsquo;injustice, tout est parti en vrille des les ann\u00e9es 40, on n&rsquo;a pas \u00e9cout\u00e9 Keynes, et les changes flottants ont fait le reste, D a \u00e9t\u00e9 dans les grandes institutions internationales et n&rsquo;a jamais bien compris la place tangible, r\u00e9elle, mat\u00e9rielle qu&rsquo;a pris l&rsquo;argent, il dit c&rsquo;est virtuel, \u00e7a se mange pas l&rsquo;argent, c&rsquo;est pas un boeuf, si c&rsquo;\u00e9tait un boeuf, on n&rsquo;essaierait pas tant de l&rsquo;accumuler, si c&rsquo;\u00e9tait un boeuf, \u00eatre milliardaire serait un enfer, D et sa femme c&rsquo;est des \u00e9changes d&rsquo;id\u00e9es souvent, si pens\u00e9s, si pouss\u00e9s qu&rsquo;on se demande quand et comment ils ont aussi \u00e9chang\u00e9 des fluides corporels, parce que c&rsquo;est trop tangible aussi les fluides corporels alors c&rsquo;est \u00e9trange tout de m\u00eame, ce D qui vous parle ainsi de l&rsquo;extr\u00eame virtualit\u00e9 des choses, avec son nez, ses doigts, sa bouche, et ce corps juch\u00e9 sur sa pile d&rsquo;ann\u00e9e et dont le corps dispara\u00eet, pour autant il n&rsquo;est pas contre, il y a quelque chose aussi du go\u00fbt du sport, ils sont tous comme \u00e7a cela dit, D en somme est plein de paradoxe, il parle de ce qui est tangible, et le beau corps rond et insolent qui, comme je l&rsquo;ai dit, parle aux poup\u00e9es, poup\u00e9es comme je l&rsquo;ai dit, partiellement inspir\u00e9es de personnes r\u00e9elles trouve ce mot plein de possibles, il dit c&rsquo;est tangible, et alors il entend qu&rsquo;il doit prendre la tangente au Taj Mahal, c&rsquo;est qu&rsquo;il est bien emb\u00eat\u00e9 le corps rond et insolent qui contient la nation en armes, tout hant\u00e9 de jeux de mots potaches qu&rsquo;il est alors que la r\u00e9volution c&rsquo;est sacr\u00e9 et qu&rsquo;on ne peut pas n\u00e9cessairement toujours, soulever une arm\u00e9e avec des jeux de mots en tout cas certainement pas en proposant au peuple bon et simple comme le pain de prendre la tangente au Taj Mahal.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant on peut lire aussi dans le ventre du corps rond et insolent, la m\u00e9moire du grand-p\u00e8re, de la collaboration, des ann\u00e9es troubles et des pr\u00e9textes, celle des d\u00eeners en famille, et le ch\u00e2teau l\u00e0-bas dans le sud, un espace pas bien localis\u00e9 fait d&rsquo;attaques acides, de m\u00e9moire, de tensions musculaire, dans le corps rond et insolent o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;esp\u00e8re jamais, jamais de retrouvailles mais bien plut\u00f4t des confrontations, un bloc muet qui aspire au chant et au langage et s&rsquo;\u00e9vanouit parfois, en musique, on peut lire la querelle du sens logique et l&rsquo;aspiration \u00e0 la beaut\u00e9 math\u00e9matique, le go\u00fbt brouillon aussi des traits mal dessin\u00e9s et de l&rsquo;aquarelle qui d\u00e9c\u00e8le aussi bien qu&rsquo;elle masque le contour des choses, on peut voir aussi ce que dit, ce que fait, ce que mod\u00e8le la main quand elle s&rsquo;\u00e9gare et se hasarde \u00e0 fabriquer, et l&rsquo;oeil tant\u00f4t ouvert tant\u00f4t ferm\u00e9, sur d&rsquo;autres langues, vivantes, \u00e2pres, aust\u00e8res, rassurantes, lignes de codes \u00e0 l&rsquo;infini commandant de grosses machines un jour produites par d&rsquo;autres machines un jour issues des plans de quelque cerveau humain, comme je l&rsquo;ai dit, en somme la querelle entre la mati\u00e8re et l&rsquo;id\u00e9al et un corps rond et insolent entre les deux, pas bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer un choix entre ces polarit\u00e9s tout aussi indissociables qu&rsquo;en apparence radicalement oppos\u00e9es, querelle trouvant \u00e0 se mat\u00e9rialiser un jour sous les traits d&rsquo;une merveilleuse poup\u00e9e, poup\u00e9e dont la fabrication lui a donn\u00e9 bien du mal et qu&rsquo;il paye chaque jour car la poup\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9ment est bien l\u00e0 pour faire un mauvais coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les cloches sonnent midi dans le monast\u00e8re aux briques rouges. Et la mati\u00e8re rencontre la mati\u00e8re. Et les moines chantent. Et la pri\u00e8re monte comme une fum\u00e9e. Et lui aussi d&rsquo;ailleurs fume. Corps rond et insolent pench\u00e9 tout contre la rambarde \u00e0 observer les minuscules lignes du trottoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les cloches sonnent midi dans le monast\u00e8re aux briques rouges. Et la poup\u00e9e attend minuit pour s&rsquo;incarner. Dans les rues on entendra pi\u00e9tinements, vitrines cass\u00e9es et tirs de mortier. Et il se demandera le corps rond et insolent ce qu&rsquo;a bien pu devenir la femme \u00e0 la casquette et ce qu&rsquo;elle entend \u00e0 cette heure dans les rues et ce qu&rsquo;elle pense des vitrines cass\u00e9es, et si elle ressent un peu d&rsquo;amertume \u00e0 observer quel genre de r\u00e9volution sans langage se d\u00e9roule en bas des immeubles, c&rsquo;est peut-\u00eatre que les places ici ne sont pas assez rondes, assez ouvertes, assez lumineuses. Comme je l&rsquo;ai dit D y voit un coup des n\u00e9o-lib\u00e9raux, mais derri\u00e8re les discours th\u00e9orique de D, il y a aussi la conviction, discr\u00e8te, solide et profonde que l&rsquo;on ne va nulle part si le corps n&rsquo;est pas embarqu\u00e9, si l&rsquo;imagination n&rsquo;est pas tir\u00e9e, si quelque chose quelque part ne trouve pas son \u00e9quilibre entre l&rsquo;affaissement face au sacr\u00e9 et la chaleur enveloppante d&rsquo;un corps, quel que soit l&rsquo;origine d&rsquo;une telle chaleur, toile de ma\u00eetre, architecture, reflet mouill\u00e9 sur une tige, chacun \u00e9tant en mesure d&rsquo;en faire son affaire, le monde est vaste et riche et fertile \u00e0 qui l&rsquo;observe avec suffisamment d&rsquo;attention, ainsi pense D, c&rsquo;est ainsi du moins que s&rsquo;en souvient le corps rond et insolent, frapp\u00e9 soudain d&rsquo;une forme de m\u00e9lancolie alors que les cloches battent dans le midi idiot d&rsquo;un milieu de semaine et que tant de milieux ne peuvent \u00e0 un moment que nous engluer dans une forme de m\u00e9diocrit\u00e9, un injuste milieu, qu&rsquo;il conviendrait donc de secouer et avec lui ce corps \u00e0 la gr\u00e2ce infinie aussi trouble qu&rsquo;exquise.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #02bis |&nbsp;Fayoum<\/h1>\n\n\n\n<p id=\"block-5591d517-d8e4-4590-8570-42c583c6a4a0\"><em>Il fait frais dans la boutique. Elles se succ\u00e8dent ainsi dans les ruelles du village de Tunis. Sur les \u00e9tag\u00e8res, des poteries de toute taille et de toutes les couleurs. S&rsquo;y trouvent les motifs v\u00e9g\u00e9taux et animaux, qu&rsquo;on dit \u00ab\u00a0na\u00effs\u00a0\u00bb caract\u00e9ristiques du Fayoum et ces turquoise aussi qui nous font voyager un peu plus au Nord, un peu plus \u00e0 l&rsquo;Ouest dans quelque \u00e9choppe de Lisbonne. L&rsquo;homme est dans l&rsquo;arri\u00e8re boutique. Certaines poteries pr\u00e9sentent sa griffe sur l&rsquo;envers. Parmi les bols, assiettes et autres plats, de petits animaux ont trouv\u00e9 place, un \u00e2ne ainsi qu&rsquo;une esp\u00e8ce non identifi\u00e9e dont la robe est orn\u00e9e de pois bleu, des appeaux. Ce sera un pangolin, petit animal \u00e0 la mode pour quelque obscure raison&#8230; Un pangolin d&rsquo;Egypte. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A la sortie du m\u00e9tro Al\u00e9sia, une longue avenue m\u00e8ne vers Montparnasse, Gait\u00e9, et les all\u00e9es du cimeti\u00e8re. La rue Froidevaux dont le nom laisse imaginer une voie humide et sombre glisse vers le lion de Belfort et l&rsquo;entr\u00e9e des catacombes dont le r\u00e9seau croise  celui des carri\u00e8res. En sens inverse, l&rsquo;avenue part vers Plaisance, Pernety, les portes de Paris, les immeubles de brique et d&rsquo;acier du quatorzi\u00e8me arrondissement, l&rsquo;architecture bizarre de l&rsquo;\u00e9glise Notre Dame du Travail. Au croisement de l&rsquo;avenue d&rsquo;Al\u00e9sia, se succ\u00e8dent des alignements d&rsquo;immeubles en pierre de taille et se dresse soudain, inattendue dans la rue \u00e9troite, la haute fa\u00e7ade rouge du couvent saint Fran\u00e7ois. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Le couvent des fr\u00e8res dominicains se situe au Nord du Caire dans le quartier d&rsquo;Abbasiah. Le taxi longe des art\u00e8res peu \u00e9clair\u00e9es, des routes sem\u00e9es de pierre et de poussi\u00e8re. Les phares et quelques projecteurs laissent entrevoir des pans de roche creus\u00e9e et des structures de b\u00e9ton sans usage. Un entrelac de lignes grises s\u2019interrompt devant l\u2019entr\u00e9e absente d\u2019un mall inachev\u00e9. Un parfum douce\u00e2tre d\u2019ordures flotte dans l\u2019air et plus \u00e2cre, de carburant et gaz d\u2019\u00e9chappement.&nbsp;L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, encadr\u00e9e de hauts murs se fait par une porte en ogive. L\u2019entr\u00e9e principale donne sur un hall qu&rsquo;entoure une structure grillag\u00e9e \u00e9voquant des moucharabiehs. L&rsquo;espace est baign\u00e9 d\u2019une faible lueur \u00e9manant d&rsquo;une suspension multicolore. Un couloir sans lumi\u00e8re conduit de la biblioth\u00e8que \u00e0 l\u2019espace d\u2019\u00e9tude. Au-dehors se dessinent dans l&rsquo;ombre, les contours de colonnes et de palmiers.<\/em> <em>Les rayons sont divis\u00e9s en th\u00e9matique&nbsp;: histoire de l\u2019\u00e9glise, liturgie, textes sacr\u00e9s, vie de saints. <em>Dans M\u00e9decine et sexualit\u00e9, \u0153uvre du groupe lyonnais d\u2019\u00e9tudes m\u00e9dicales philosophiques et biologiques, au paragraphe, chastet\u00e9, certaines indications pr\u00e9cisent les causes et rem\u00e8des \u00e0 l\u2019hypersexualit\u00e9 f\u00e9minine.<\/em><\/em> <em>Au rayon Psychologie, philosophie morale, se trouvent entre autres <em>le Communisme chez les insectes<\/em><\/em> et <em>la M\u00e9thode pratique de Magn\u00e9tisme, Hypnotisme, Suggestion de Paul C Jagot, Cours d\u2019exp\u00e9rimentation \u00e0 la port\u00e9e de tous, 1949. &nbsp;Paul Cl\u00e9ment Jagot, n\u00e9 le 17 juillet 1889 dans le XIVe arrondissement est \u00e9galement l\u2019auteur du L<em>ivre r\u00e9novateur des Nerveux, des Surmen\u00e9s, des D\u00e9prim\u00e9s et des D\u00e9courag\u00e9s<\/em>. Philippe Plaisir attribue 4 \u00e9toiles sur cinq \u00e0 l\u2019ouvrage sur le site Amazon le 16 mars 2014 rappelant toutefois que la meilleure de ses \u0153uvres reste le pouvoir de la volont\u00e9. <\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Partiellement prot\u00e9g\u00e9s dans le fonds d&rsquo;une valise, le pangolin et l&rsquo;\u00e2ne survolent la M\u00e9diterran\u00e9e. A proximit\u00e9 du couvent saint Fran\u00e7ois, est un immeuble en pierre de taille et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, un petit appartement, un peu trop froid l&rsquo;hiver, un peu trop chaud l&rsquo;\u00e9t\u00e9, un petit appartement qui ne semble jamais fini, dans laquelle s&rsquo;enfouit comme un chat dans son couffin, un corps r\u00eaveur aux mouvements lents et serpentins. Un jour, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chope de bi\u00e8re qui chante, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des livres rarement feuillet\u00e9s et de tout l&rsquo;inutile qui d\u00e9borde et s&#8217;empoussi\u00e8re sur les \u00e9tag\u00e8res, on peut trouver un petit animal en c\u00e9ramique d&rsquo;une esp\u00e8ce inconnue \u00e0 la robe \u00e0 pois bleu. C&rsquo;est un appeau. Il \u00e9met un joli bruit. C&rsquo;est un pangolin du Fayoum. <\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #02 |&nbsp;Pangolin<\/h1>\n\n\n\n<p id=\"block-101c6e82-272b-4550-a177-4196fac48745\">La fen\u00eatre donne sur la rue et les toits. Au matin les oiseaux piaillent au-dessus du futon. C&rsquo;est ent\u00eatant. Dans le mur, les placards encastr\u00e9s et le piano au milieu. La fen\u00eatre est ouverte. Parfois le d\u00e9sir r\u00f4de. L&rsquo;air circule, balaie le sol, remue l&rsquo;air qui remue l&rsquo;air, qui remue l&rsquo;air jusqu&rsquo;\u00e0 la fen\u00eatre du salon qui donne sur le monast\u00e8re aux pierres rouges. C&rsquo;est comme un monument italien dans une ville qui n&rsquo;est pas italienne. Derri\u00e8re les vitres, s\u00fbrement les moines prient. Au-dessus, c&rsquo;est le grand ciel, il y a des joies de jour de pluie et des clapotis m\u00eame en \u00e9t\u00e9, des souvenirs de pluie, des id\u00e9es de pluie. C&rsquo;est petit. Le plafond a des accidents et des angles de soupente. Sur le large \u00e9vier en pierre, le robinet d\u00e9verse son jet vertical sans bruit. La vaisselle \u00e9parse envahit le plan de travail. Des structures en acier attendent des tiroirs jamais mont\u00e9s et le mur blanc flanqu\u00e9 sur les hauteurs d&rsquo;un minuscule chauffe eau thermodynamique, des \u00e9tag\u00e8res. L&rsquo;acier et le ch\u00eane se m\u00ealent et composent un objet en devenir dans l&rsquo;attente d&rsquo;un sursaut, d&rsquo;une forme et de finitions. Dans la biblioth\u00e8que, quelques livres, se c\u00f4toient Einstein et Beethoven, ouvrages de physique, m\u00e9moires d&rsquo;homme politique, Schiller et tracts militants, des cadeaux de proches et de moins proches. Sous un globe de verre, la lumi\u00e8re fait tourner une pale fragile par quelque myst\u00e8re m\u00e9canique m\u00ealant chaleur, et autre ph\u00e9nom\u00e8ne physique oubli\u00e9. Un appeau en c\u00e9ramique provenant du Fayoum en forme de pangolin g\u00eet aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une chope de bi\u00e8re qui chante lorsqu&rsquo;on la porte aux l\u00e8vres. La salle de bain est carrel\u00e9e de pi\u00e8ces de travertin de taille in\u00e9gale. Dans la douche, des r\u00e9cipients \u00e0 moiti\u00e9 vides, des gels douche au parfum puissant et chimique, un pain de savon toilette intime, un rideau blanc jauni \u00e0 sa base, piquet\u00e9 par endroits de quelques points de moisissure. De la lucarne \u00e0 trois m\u00e8tres de hauteur, une lumi\u00e8re blanche coule comme d&rsquo;un puits. S&rsquo;y glissent indiff\u00e9remment la gr\u00e2ce, le froid, l&rsquo;impatience et les p\u00e8res No\u00ebl. Dans la chambre, sur le matelas, Le corps rond pesamment \u00e9tendu dort d&rsquo;un sommeil d&rsquo;enfant, d&rsquo;arbre ou d&rsquo;animal que traverse \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du r\u00e9veil une sensualit\u00e9 tout \u00e0 la fois lourde et mutine.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #01bis | J&rsquo;sais pas quoi faire<\/h1>\n\n\n\n<p id=\"block-e16a5ac9-5909-4172-834e-0558ec266fcf\">Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;peux faire ?&#8230; J&rsquo;sais pas quoi faire&#8230; Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;peux faire ?.. J&rsquo;sais pas quoi faire&#8230; Alors, lire des trucs, puis raconter des trucs, puis regarder des trucs, puis lire des trucs sur ces trucs qu&rsquo;on regarde et raconter des trucs qu&rsquo;on a lus sur les trucs qu&rsquo;on a regard\u00e9s, il y aurait des couleurs, il y aurait des bonhommes, il y aurait des bonnes femmes, des paysages, des miniatures, des petits mondes oui, foules de petits mondes emplis de foules, ce serait les tableaux de Brueghel fourmillants de vie, des petits bonhommes affair\u00e9s, agit\u00e9s, marchant d&rsquo;un bon pas dans leur p\u00e9riple minuscule, des horizons, des mers gonfl\u00e9es, des petites bonnes femmes caustiques, aux pantalons de coton r\u00e2p\u00e9, des hordes de gamins rieurs, des grottes aussi et des montagnes, et dans la montagne, bien s\u00fbr, le vieux de la montagne et les fumeurs de haschich&#8230; C&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;urgence d&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;\u00e9tait, ce jour-l\u00e0 un m\u00e9lange vois-tu de vitalit\u00e9 et d&#8217;emmerdement. \u00c7a aimait les synonymes, \u00e7a d\u00e9gueulait de l&rsquo;adjectif, \u00e7a adorait les listes, les \u00e9num\u00e9rations, les gradations, \u00e7a allait toujours plus loin, \u00e7a grin\u00e7ait un peu, \u00e7a tournicotait autour du clich\u00e9 et puis de l&rsquo;anecdote, tout ce qui fait couleur, c&rsquo;\u00e9tait douteux, c&rsquo;\u00e9tait criard, \u00e7a voulait m\u00e9langer le rose et le dor\u00e9, et puis le mauve et puis le bleu\u2026 \u00c7a en foutait partout. Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;peux faire ?\u2026 J&rsquo;sais pas quoi faire\u2026 Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;peux faire ?\u2026 J&rsquo;sais pas quoi faire\u2026<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#\u00e9t\u00e92023 #01 | A sec<\/h1>\n\n\n\n<p id=\"block-088e34b6-8f4f-447d-9782-7024471941c5\">A sa droite, le fleuve se tortille, puis s&rsquo;ass\u00e8che. Le profil des berges change ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. Entre les bancs de sable, des filets d&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9coulent puis se tarissent \u00e0 la fin du printemps. Avec satisfaction, elle voit dispara\u00eetre les jetskis qui sillonnaient encore hier le large fleuve. Les ponts en cage \u00e9tendent leur carcasse br\u00fblante. Au-del\u00e0 du rond point, c&rsquo;est un pont suspendu qui s&rsquo;\u00e9lance vers le d\u00e9partement limitrophe. La demeure bourgeoise fait face aux \u00eeles qui ne conservent cette caract\u00e9ristique d\u00e9sormais que quelques mois par an. Derri\u00e8re la silhouette massive, le petit jardinet est sem\u00e9 d&rsquo;orchid\u00e9es, d&rsquo;orangers, de bananiers. Les bleu vifs du ciel laissent place \u00e0 des teintes plus jaunes, opaques, perp\u00e9tuellement embu\u00e9es par l&rsquo;humidit\u00e9 et par la poussi\u00e8re. Elle \u00e9crit au rez-de-chauss\u00e9e, face au jardin, le matin, le soir \u00e9galement, entre deux longues marches, parce qu&rsquo;elle ne sait pas peindre ni jouer d&rsquo;aucun instrument. Elle \u00e9crit du dehors, avec des politesses d&rsquo;exil\u00e9, d\u00e9tach\u00e9e de ces lieux qui ne l&rsquo;ont pas vue na\u00eetre et grandir. D&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e, elle ritualise, esth\u00e9tise chaque geste. Les journ\u00e9es sont longues et courtes, longues car elle pr\u00eate une plus grande attention d\u00e9sormais aux sensations, aux couleurs, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coulement des minutes, courtes car la r\u00e9p\u00e9tition densifie comme elle \u00e9rode, longues et courtes aussi dans un monde impr\u00e9visible o\u00f9 saccade et fixit\u00e9 se succ\u00e8dent et se juxtaposent. La radio parfois est allum\u00e9e. Les rumeurs de nouveaux conflits envahissent la pi\u00e8ce et contrastent \u00e9trangement avec la stupeur du bourg, dont le centre a lentement mut\u00e9 sans pour autant perdre ses traits, ni village ni ville. La biblioth\u00e8que, compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res en ch\u00eane, comprend peu d&rsquo;ouvrages, ceux qu&rsquo;elle a choisis et ceux dont elle a h\u00e9rit\u00e9, partiellement masqu\u00e9s par quelques bols de c\u00e9ramique et un vase de verre souffl\u00e9. Les objets sont rares et ne sont r\u00e9ellement que par cette raret\u00e9 et une certaine forme de rayonnement, de mat\u00e9rialit\u00e9 brute. Un des ouvrages est Louange de l&rsquo;ombre de Jun&rsquo;ichir\u00f4 TANIZAKI. Elle l&rsquo;a offert souvent. Objets, essais, romans, se r\u00e9pondent. Elle qui ne sait pas peindre et n&rsquo;entend rien \u00e0 la musique, trouve l\u00e0 d&rsquo;autres rythmes et de ces rythmes naissent parfois des phrases qui s&rsquo;ins\u00e8rent dans cet espace et lui font \u00e9cho. Et c&rsquo;est cela qu&rsquo;elle nomme lieu et qu&rsquo;elle nomme habiter.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il avait \u00e9t\u00e9 lui, dans les institutions internationales, il disait oui, que tout cela reposait essentiellement sur une l\u00e9gende, que la masse mon\u00e9taire en circulation n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un jeu d&rsquo;addition, que c&rsquo;\u00e9tait comme l&rsquo;univers, que l&rsquo;univers est en expansion, mais dans quoi, vu que l&rsquo;univers contient tout, alors il disait que la masse mon\u00e9taire c&rsquo;\u00e9tait pareil, c&rsquo;\u00e9tait un gigantesque continent, que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03-print-the-legend\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #06 | les petites bulles<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4526,4544,4565,4583,4604,4629,4645,4673,4688,4705,4738,4755,4525,1],"tags":[],"class_list":["post-127703","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00-prologue","category-01-annie-dillard-commencer-par-inventer-lauteur","category-01bis-scene-originelle","category-02-jane-sautiere-du-lieu-au-personnage","category-02bis-jokari","category-03_stein-americains","category-03bis-quatre-par-quatre","category-04-superposer-le-temps","category-04bis-nicole-caligaris-du-samedi-au-dimanche","category-05-compressions-faulkner","category-05bis-sapo","category-06-argent","category-ete-2023-du-roman","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127703"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127703\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}