{"id":127782,"date":"2023-07-02T10:34:23","date_gmt":"2023-07-02T08:34:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=127782"},"modified":"2023-07-02T20:14:45","modified_gmt":"2023-07-02T18:14:45","slug":"ete2023-02bis-rue-beausejour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02bis-rue-beausejour\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02bis | Rue Beaus\u00e9jour"},"content":{"rendered":"\n<p>Soda, crachats, chewing-gum, le trottoir colle, et \u00e7a commence sur le pont, sur le fleuve nomm\u00e9 T\u00eat, en vrai pas m\u00eame un ruisseau, et \u00e7a collera jusqu\u2019\u00e0 la maison de la vieille, au num\u00e9ro 13 de la rue Beaus\u00e9jour, perpendiculaire \u00e0 la rue Beausoleil, parall\u00e8le \u00e0 la rue du Printemps. Ce qu\u2019il faut retenir du pont, c\u2019est l\u2019odeur forte d\u2019\u00e9gout que charrie l\u2019\u00e0 peine rivi\u00e8re \u00e0 sec dans les caillasses et les rats qui finissent toujours par appara\u00eetre dans la fillasse. Mais ce n\u2019est pas tout, car, du pont, on voit, au loin, une montagne, dont on lui a dit qu\u2019elle a le nom d\u2019un aliment pour chien, attention, c\u2019est une belle chose cette montagne, mais \u00e7a ne va pas avec son nom d\u2019aliment pour chien, \u00e7a la d\u00e9valorise en somme. On y pense en tout cas, lorsqu\u2019on est sur le pont. On fait tant bien que mal aller nos semelles sur le collant du trottoir. On revient du centre-ville, o\u00f9 Galerie Lafayette, o\u00f9 cin\u00e9ma, o\u00f9 disquaire, o\u00f9 fringues, et la ville, \u00e0 force, elle lui a bien un peu appris \u00e0 marcher sans but, mais quand m\u00eame, d\u00e9penser des sous c\u2019\u00e9tait bien l\u2019objectif, le reste venait malgr\u00e9 lui. Rentrer, coller, d\u00e9coller les semelles, tendu tout entier vers la rue Beaus\u00e9jour o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9, o\u00f9 le g\u00e2teau au yaourt, o\u00f9 les premiers ap\u00e9ros, parce qu\u2019\u00e0 17 ans, \u00e7a peut pas faire de mal. L\u2019air est \u00e9pais d\u00e9j\u00e0, c\u2019est le printemps, on se souvient de \u00e7a et de l\u2019odeur d\u2019agrume qui fait comme un parfum d\u2019ambiance pour masquer ce qui mac\u00e8re. On \u00e9tait l\u00e9ger, c\u2019est le souvenir qui plombe tout, c\u2019est le souvenir qui imagine de la charogne sous les citronniers, on se sentait libre, bien que tout tendu vers le 13 de la rue Beaus\u00e9jour. Quelques pas, premier sex shop, il faut monter des marches qu\u2019on n\u2019a jamais eu le courage de monter bien s\u00fbr, imaginer ce que cache le rideau rouge, mais jamais s\u2019arr\u00eater vraiment, ralentir le pas un peu. On est bient\u00f4t arriv\u00e9, le cin\u00e9 porno, on ne passe pas devant, il faudrait faire un d\u00e9tour, on pourrait, mais non, on tourne avant, rue Paul Fort, perpendiculaire \u00e0 la rue des Goncourt, parall\u00e8le \u00e0 la rue de Maupassant, perpendiculaire \u00e0 la rue Beaus\u00e9jour. Rue Paul Fort on y trouve encore des vaches, jamais bien compris comment, mais l\u2019\u00e9table existe encore, on les entend, \u00e7a para\u00eet difficile \u00e0 croire. On ne manque jamais de jeter un \u0153il sur une poulie rouill\u00e9e qui est l\u00e0 pour rien. Mais pourquoi faut-il s\u2019attacher \u00e0 ce genre de chose. La poulie scell\u00e9e dans un mur de brique rouge. On s\u2019en fout, tout le monde s\u2019en fout. On n\u2019en fera pas un roman. Mais comme on aimerait la revoir cette poulie qui s\u2019\u00e9caille. Puis on tourne \u00e0 droite, dans la rue Beaus\u00e9jour. Le trottoir est souvent mouill\u00e9, pourquoi, on ne se souvient plus, mais l\u2019effet est imm\u00e9diat, on se sent bien, c\u2019est tranquille la rue pavillonnaire, m\u00eame si on a eu connaissance des petites mesquineries du voisinage, de ceux qui trafiquent, des gitans on dit, de la m\u00e8re Sollies qu\u2019il faudrait interner, les voitures qu\u2019il ne faut pas garer devant chez les autres. On sort la grosse clef qui ouvre le portillon, bien s\u00fbr elle grippe dans la serrure, pas besoin de sonner, \u00e7\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019annonce. La maison est un cube blanc, prot\u00e9ger de la rue par une haie de rosiers. Au fond du jardin, le garage, \u00e9tuve moteur, mais on va y piquer des tic tac \u00e0 la menthe, toujours rang\u00e9s dans la bo\u00eete \u00e0 gants. L\u2019\u00e9t\u00e9 on arrose le b\u00e9ton devant la maison pour donner de la fra\u00eecheur, et parfois \u00e7a commence d\u00e8s le mois de juin, on utilise une raclette pour \u00e7a. Devant la dalle en b\u00e9ton, des cailloux blancs, on a gard\u00e9 un citronnier, mais pas le cerisier qui a attrap\u00e9 une maladie, on l\u2019a coup\u00e9, les citrons, par contre, on en ramasse beaucoup. On entre en montant deux petites marches, dans le couloir on entend la pendule qui sonne Big Ben toutes les heures, elle vient des Deux-S\u00e8vres, on nous l\u2019a dit, il faut des jours pour s\u2019habituer \u00e0 la pendule, surtout la nuit. La vieille est assise \u00e0 la table de la cuisine. Par habitude, elle a allum\u00e9 la petite t\u00e9l\u00e9 au-dessus du frigo. Elle a sa d\u00e9pression. Si elle ne l\u2019a pas encore, elle ne va tarder \u00e0 l\u2019avoir, c\u2019est cyclique. Le souvenir assombrit tout, d\u00e9forme tout, car elle allait bien la vieille, en fait, ce printemps-l\u00e0, et jamais on ne l\u2019aurait appel\u00e9e la vieille d\u2019ailleurs, mais on sentait qu\u2019il se passait quelque chose, et ce qu\u2019on a fait c\u2019est de retourner au salon et d\u2019allumer la t\u00e9l\u00e9vision. La corbeille de faux fruits en plastique prend la poussi\u00e8re dessous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soda, crachats, chewing-gum, le trottoir colle, et \u00e7a commence sur le pont, sur le fleuve nomm\u00e9 T\u00eat, en vrai pas m\u00eame un ruisseau, et \u00e7a collera jusqu\u2019\u00e0 la maison de la vieille, au num\u00e9ro 13 de la rue Beaus\u00e9jour, perpendiculaire \u00e0 la rue Beausoleil, parall\u00e8le \u00e0 la rue du Printemps. 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