{"id":127808,"date":"2023-07-02T13:27:21","date_gmt":"2023-07-02T11:27:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=127808"},"modified":"2023-07-02T13:27:22","modified_gmt":"2023-07-02T11:27:22","slug":"ateliers-ete2023-03-comme-je-lai-dit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-ete2023-03-comme-je-lai-dit\/","title":{"rendered":"#ateliers #\u00e9t\u00e92023 #03 |Comme je l&rsquo;ai dit"},"content":{"rendered":"\n<p>Comme je l&rsquo;ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, tout ce qui vit est inachev\u00e9. La mort appara\u00eet comme une fin en soi ou plut\u00f4t, une fin de soi. Et Rose n&rsquo;en veut pas. Elle a trente ans, vit sobrement et est heureuse dans leur maison de la Ruelle des Loups o\u00f9 elle cultive les mots, \u00e9l\u00e8ve des phrases et o\u00f9 ces moissons la nourrissent chaque jour. Mais elle ne veut rien terminer. Ni ses phrases, ni les nouvelles, ni les repas. Elle a pour habitude de tout laisser en suspend ou en suspens. Cela rend son entourage perplexe et c&rsquo;est justement ce sentiment qui lui convient.<br>Les activit\u00e9s dans la r\u00e9gion ne sont pas l\u00e9gions, c&rsquo;est pourquoi elle se contente de ce qui existe. Elle aime se promener dans son quartier car la proximit\u00e9 des habitants permet de pouvoir se raconter. En r\u00e9alit\u00e9, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un incroyable vivier d&rsquo;id\u00e9es, de paroles et d&rsquo;histoires qui lui donne \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;inspiration. Elle aime descendre la rue principale qui rejoint la gare de la ville. Elle conna\u00eet chaque pas de porte, chaque habitude et vient r\u00e9colter les petites histoires locales au fur et \u00e0 mesure de ses d\u00e9placements: les voisins qui ont laiss\u00e9 le chien aboyer toute la nuit, le pharmacien qui a perdu sa maman il y a deux jours alors qu&rsquo;elle \u00e9tait encore valide, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gant notaire qui passe prendre des nouvelles. Elle a aussi appris que Liliane avait surpris Eric avec Marie en situation inconvenable et que cela durait depuis in p&rsquo;tit timps, qu&rsquo;une grosse dispute s&rsquo;en \u00e9tait suivie et qu&rsquo;Edgar avait d\u00fb intervenir. La suite au prochain passage, la suspension est de mise pour garder tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Et Rose appr\u00e9cie cela. Elle aime la vie simple, son mari, Samuel, le calme de sa maison, le nom de sa ruelle. Elle savoure la vie quotidienne. Elle go\u00fbte la musique des mots, en wallon ou en fran\u00e7ais. Elle les r\u00e9colte, elle les retient et les assemble en attendant de les d\u00e9poser.<br>Elle suppose que le chat reviendra. Elle esp\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;est rien arriv\u00e9 au garagiste. Elle pense \u00e0 Marceline qui lui a dit qu&rsquo;elle aimerait retourner \u00e0 la caravane cet \u00e9t\u00e9. Elle se dit que Marceline est bien \u00e9trange car elle n&rsquo;a pas de caravane et l&rsquo;\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est dans dix mois.<br>La v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est que Marceline a perdu sa t\u00eate quelque part et n&rsquo;arrive pas \u00e0 la remettre en place. Elle a la chance de n&rsquo;en \u00eatre pas consciente et de croire que sa vie n&rsquo;en est qu&rsquo;\u00e0 ses d\u00e9buts. Et c&rsquo;est l\u00e0 toute la po\u00e9sie de son quotidien car rien n&rsquo;est rattach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Elle r\u00eave de sa caravane imaginaire toute ronde, elle pense au Roi Baudouin qui est si gentil, elle souhaite prendre le Concorde un jour pour aller aux z\u00e9tazuni quand la guerre sera finie et que les allemands seront partis, elle aimerait rencontrer Claude Fran\u00e7ois un jour, elle peste sur Gustave qui dort sous une pierre dans le cimeti\u00e8re car il n&rsquo;a pas retrouv\u00e9 le chemin de la maison.<br>En r\u00e9alit\u00e9, Gustave est mort mais Marceline l&rsquo;a oubli\u00e9. Elle se dit qu&rsquo;il dort l\u00e0-bas, elle se dit qu&rsquo;il a s\u00fbrement trop bu de bi\u00e8re et qu&rsquo;il finira bien par rentrer plus tard. Mais pas trop vite, qu&rsquo;elle dit, car quand il rentre et qu&rsquo;il a bu, Gustave, il n&rsquo;est pas tr\u00e8s tendre avec moi, ouf&rsquo;ti, non\u00a0! Souvent, il s&rsquo;approche bien trop pr\u00e8s qu&rsquo;elle dit, il me soul\u00e8ve la jupe et plonge sa main dans ma culotte. Alors, l&rsquo;odeur de l&rsquo;alcool, les phrases qui veulent rien dire, sa force \u00e9norme, tout \u00e7a, \u00e7a me terrorise\u00a0! Donc quand \u00e7a arrive, je pr\u00e9f\u00e8re me laisser faire.<br>Ne pas se d\u00e9fendre et laisser son mari la violer.<br>Elle a longtemps esp\u00e9rer qu&rsquo;un jour il ne rentrerait plus. Mais Gustave \u00e9tait coriace. Il \u00e9tait imposant sans \u00eatre muscl\u00e9. Il portait un tatouage dans une forme ind\u00e9finie qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame r\u00e9alis\u00e9 sur le bras gauche, ce qui avait pour cons\u00e9quence qu&rsquo;il se d\u00e9pla\u00e7ait principalement en singlet (ou en marcel, mais Marceline n&rsquo;aimait pas ce mot). Il avait une moustache \u00e9paisse et un accent bien du cru. Il travaillait comme grutier dans la scierie de la ville et par ce fait, connaissait tout le monde. Gustave buvait beaucoup, riait beaucoup, mangeait beaucoup. Un jour, Gustave n&rsquo;est pas rentr\u00e9. Marceline ne se souvient plus de comment c&rsquo;est arriv\u00e9, mais il n&rsquo;est jamais rentr\u00e9. Elle pense qu&rsquo;il est quelque part. Elle a peur qu&rsquo;il ne surgisse. Alors pour s&rsquo;en prot\u00e9ger, elle s&rsquo;invente un monde. Elle s&rsquo;invente une caravane, elle esp\u00e8re un concorde, elle aime un Roi vivant, Alexandrie, Alexandra\u2026 C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle voit s&rsquo;\u00e9crouler les secondes en silence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme je l&rsquo;ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, tout ce qui vit est inachev\u00e9. La mort appara\u00eet comme une fin en soi ou plut\u00f4t, une fin de soi. Et Rose n&rsquo;en veut pas. 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