{"id":127854,"date":"2023-04-05T17:21:58","date_gmt":"2023-04-05T15:21:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=127854"},"modified":"2025-01-25T16:36:06","modified_gmt":"2025-01-25T15:36:06","slug":"testard_progression_8_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_progression_8_1\/","title":{"rendered":"#progression #08 | J&rsquo;ai surpris ton regard"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"regard_1\">J\u2019ai surpris ton regard. Tu as voulu d\u00e9crocher le pare-soleil et tu as mordu l\u2019accotement et t\u2019es retrouv\u00e9e au foss\u00e9. Mon p\u00e8re t\u2019a plus d\u2019une fois demand\u00e9 comment la voiture s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e sur le toit le long du Parc des sports. Au Pont de pierre un automobiliste n\u2019a pas vu le c\u00e9dez le passage et nous a percut\u00e9s. J\u2019allais \u00e0 la piscine. J\u2019ai surpris ton regard dans le r\u00e9troviseur.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"soleil_1\">Le soleil est bas en cette saison, il traverse l\u2019\u00e9tendue des bois nus, translucides. Au milieu des bois, les routes sont toutes droites. Tu as voulu d\u00e9crocher le pare-soleil et tu as mordu l\u2019accotement et t\u2019es retrouv\u00e9e au foss\u00e9. Tu allais danser. Mon p\u00e8re t\u2019as plusieurs fois demand\u00e9 comment la voiture avait fini sur le toit le long du Parc des sports. Tu \u00e9tais seule au volant. C\u2019\u00e9tait avant ma naissance. J\u2019allais \u00e0 la piscine. Tu avais ces navettes quotidiennes, apr\u00e8s d\u00e9jeuner tu nous conduis \u00e0 l\u2019\u00e9cole dans la 2CV verte, celle qu\u2019on ne peut pas manquer. Peut-\u00eatre \u00e0 cause du parapet \u2014 on ne les couvrait pas de fleurs \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2014 le gars ne nous a pas vus au Pont de pierre et il nous est rentr\u00e9 dedans.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"soleil_2\">Nous avons tous \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s vers la gauche. Ma s\u0153ur, les enfants que tu gardais, moi. Je ne sais plus si je suis \u00e0 l\u2019avant ou \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Je ne sais plus combien d\u2019enfants. J\u2019\u00e9tais c\u00f4t\u00e9 soleil, c\u2019est c\u00f4t\u00e9 soleil qu\u2019il nous a heurt\u00e9s. Le soleil de 13h30. Les deux porti\u00e8res enfonc\u00e9es. \u00c0 cette saison la for\u00eat est comme du verre. Rien n\u2019arr\u00eate le soleil. Il s\u2019insinue, fonce, il glisse vers toi, il te fait de l\u2019\u0153il. Il te g\u00eane. Tu as attrap\u00e9 le pare-soleil pour le rabattre contre la vitre lat\u00e9rale. Parfois \u00e7a accroche. Tu as mordu l\u2019accotement \u00e9troit et non stabilis\u00e9. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le foss\u00e9, direct, et en pleins bois&nbsp;: rien. C\u2019est toi qui me l\u2019a racont\u00e9. \u00c7a revenait. C\u2019est revenu plusieurs fois, mon p\u00e8re te demandant comment tu avais retourn\u00e9 la voiture. Comment \u00e0 cet endroit. Sous-entendu&nbsp;: qu\u2019est-ce que tu allais faire par l\u00e0&nbsp;? J\u2019ai surpris ton regard l\u2019autre jour.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"embard\u00e9e_1\">Ce n\u2019est pas non plus le jour o\u00f9 tu as pil\u00e9 devant le sanglier \u2014 pas \u00e0 la m\u00eame hauteur, mais sur la m\u00eame route. L\u00e0 encore tu t\u2019es fait peur\u2026 Tu allais encore en ce temps-l\u00e0 \u2014 il y a trois ans, c\u2019\u00e9tait avant le Covid \u2014 danser deux fois par semaine. Et seule. Ta table t\u2019attendait. Tu m\u2019as dit comment \u00e7a s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 apr\u00e8s \u2014 et d\u2019une certaine mani\u00e8re r\u00e9solu \u2014 mais je ne me souviens pas, d\u2019aucun d\u00e9tail. Je ne sais pas si je veux entrer dans ces d\u00e9tails. Une Simca 1000, blanche je crois \u2014 est-ce que je l\u2019ai vue dans l\u2019album&nbsp;? Comme un ressentiment, le signe que la confiance \u00e9tait une nouvelle fois en crise, il te rebalan\u00e7ait sa question, peut-\u00eatre quand toi-m\u00eame, tu en posais une au sujet de son emploi du temps, de ses all\u00e9es et venues&nbsp;: est-ce que je te demande comment tu t\u2019es retrouv\u00e9e sur le toit au Parc des sports&nbsp;? C\u2019\u00e9tait vieux pourtant. C\u2019est ant\u00e9diluvien puisqu\u2019avant ma naissance. Cette fois tu ne me conduisais pas toi-m\u00eame \u00e0 la piscine \u2014 l\u2019itin\u00e9rante&nbsp;\u2014, c\u2019\u00e9tait avec l\u2019\u00e9cole. Quelques minutes avant 13h30 au Pont de pierre un automobiliste n\u2019a pas vu le c\u00e9dez le passage et nous a percut\u00e9s de mon c\u00f4t\u00e9. \u00c7a a sembl\u00e9 tr\u00e8s long. La 2CV a violemment tangu\u00e9 et a fait une embard\u00e9e mais tu n\u2019as pas perdu le contr\u00f4le. Tu as gard\u00e9 la trajectoire. Nous arrivions au parking. 13h30 revient chaque jour, une fois. Cette s\u00e9quence tra\u00eene encore dans le temps. Quelque part, sans doute, entre toi et moi.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"embard\u00e9e_2\">Je ne sais pas quelle t\u00eate tu as fait. Je n\u2019ai pas vu ton visage alors, parce que j\u2019\u00e9tais tourn\u00e9 vers l\u2019autre, le chauffard. Le moment de l\u2019embard\u00e9e demeure suspendu. \u00c7a n\u2019allait plus finir. Ne pouvant me raccrocher \u00e0 la vitre, j\u2019ai tap\u00e9 de mes deux poings contre en direction de l\u2019automobiliste et j\u2019ai grond\u00e9. Fort. D\u2019impuissance. Rugi. Nous \u00e9tions stabilis\u00e9s maintenant, au milieu de la rue, en face de l\u00e0 o\u00f9 tu stationnais chaque jour, deux fois par jour, o\u00f9 je descendais, o\u00f9 tu me l\u00e2chais, sous les arbres devant chez l\u2019entrepreneur de d\u00e9m\u00e9nagement. Je ne savais pas alors, qu\u2019il faisait aussi pompes fun\u00e8bres. Tu t\u2019es affair\u00e9e autour des enfants. \u00c7a s\u2019est mis \u00e0 parler entre adultes. Alors tu m\u2019as dit d\u2019y aller. Je ne sais pas comment tu as \u00e9vit\u00e9 le haricot plant\u00e9 de pens\u00e9es au milieu de la rue. Cette esp\u00e8ce d&rsquo;\u00e9carteur de voies \u2014 ce n\u2019\u00e9taient alors, aux abords du carrefour, peut-\u00eatre que des z\u00e9bras. Ils n\u2019avaient pas encore fait le rond-point. Tu t\u2019es fait peur ce jour-l\u00e0&nbsp;: tu t\u2019es vue rouler sur la bande d\u2019arr\u00eat d\u2019urgence. Tu t\u2019es vue prendre le rail\u2026 Tu t&rsquo;\u00e9tais endormie. Tu faisais la route seule. \u00c7a me revient maintenant. Tu te levais tr\u00e8s t\u00f4t le lundi pour venir te fournir chez les grossistes. Papa n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0. Tu as d\u00fb avoir pour chaque chose une fois peur. Pour chaque chose que tu ne fais plus. Chaque chose qui ne t\u2019arrive plus. Une fois suffit. La 206 n\u2019a rien eu cette fois. C\u2019est bien apr\u00e8s \u00e7a. C\u2019est apr\u00e8s le pare-soleil, apr\u00e8s le foss\u00e9 sur la route de Sologne que, bien qu\u2019elle puisse encore rouler, gr\u00e2ce \u00e0 ce que t\u2019en donnait l\u2019assurance tu as remplac\u00e9 la 206 par un Captur, bo\u00eete automatique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"larmes\">Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois. Au passage, mon p\u00e8re te demande comment la voiture a pu atterrir sur le toit le long du Parc des sports. Je ne sais pas. Je crois que tu pleures. Les larmes ne sont jamais loin. Tu as voulu d\u00e9crocher le pare-soleil et tu as mordu l\u2019accotement et\u2026 Je ne sais pas, comment tu t\u2019es retrouv\u00e9e dans l\u2019auto sur le toit au Parc des sports&nbsp;: sous les grands \u00e9pic\u00e9as du parc, ceux dont la ligne h\u00e9risse l\u2019horizon par quelque route qu\u2019on vienne, vu que la ville \u2014 la petite ville dans laquelle tu ne connaissais personne avant de te marier&nbsp;; o\u00f9 tu as commenc\u00e9 en travaillant dans ces usines de m\u00e9canique que cr\u00e9aient alors des petits patrons d\u2019ateliers de la r\u00e9gion parisienne d\u00e9sirant d\u00e9velopper leur affaire sans trop s\u2019\u00e9loigner des commanditaires dans un bassin d\u2019emploi regorgeant de jeunes gens qui ne voulaient plus entendre parler ni des travaux des champs, ni de la vie des parents&nbsp;; la ville-\u00e9tape avec son charmant petit centre-ville m\u00e9di\u00e9val et son ch\u00e2teau h\u00f4tel de ville dress\u00e9 entre les restes de ses remparts qu\u2019embrassent, ou selon la saison l\u00e8chent seulement, les trois bras de la rivi\u00e8re qui lui donne son nom&nbsp;; la ville de mon enfance&nbsp;; la ville o\u00f9 tu as eu ton magasin&nbsp;\u2014, la ville est dans une cuvette. J\u2019avais piscine. Tu ne perdais pas de vue la pendule, et ne voulais pas que j\u2019arrive en retard, tu m\u2019as dit d\u2019y aller. Puisque je n\u2019avais rien.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"question\">Puis tu es venue. Une heure ne s\u2019\u00e9tait pas pass\u00e9e. Tu es venue prendre de mes nouvelles, ou tu es venue expliquer mon \u00e9tat. J\u2019avais pleur\u00e9 en racontant. On vient d\u2019avoir un accident. J\u2019avais pleur\u00e9, tu devais le savoir \u2014 qui aurais-tu \u00e9t\u00e9 sinon&nbsp;? Tu nous a rejoints avec la poussette, les petits jusqu\u2019\u00e0 la piscine sous les tilleuls au bout du Parc des sports. On attendait l\u00e0 que les vestiaires soient ouverts pour se changer. Je vous jetais de loin des regards, de sous les tilleuls, je pouvais vous voir, la ma\u00eetresse et toi \u2014&nbsp;pas vous entendre. Parler. C\u2019est ta m\u00e8re&nbsp;? J\u2019\u00e9tais avec les autres, je ne vous ai pas rejointes. Ou bri\u00e8vement, quand la ma\u00eetresse m\u2019a appel\u00e9. La ma\u00eetresse \u2014 le simple fait qu\u2019il y en ait une&nbsp;\u2014 cr\u00e9ait la distance. En classe \u2014 l\u2019accident n\u2019y changeait rien&nbsp;\u2014 je n\u2019\u00e9tais plus \u00e0 toi. Au cours de ma vie, ou de la sienne, disons de ce temps o\u00f9 nous \u00e9tions de ce monde tous les deux, mon p\u00e8re n\u2019a jamais obtenu de r\u00e9ponse. Ou il n\u2019a pas voulu y croire. Ou je ne l&rsquo;ai pas entendue. Est-ce que je ne devais pas l\u2019entendre&nbsp;? Je ne t\u2019ai pas repos\u00e9 la question. C\u2019est l\u2019accident dont nous ne parlons pas \u2014 c\u2019est la question de mon p\u00e8re. Cette fois au moins tu avais des t\u00e9moins. Tu avais les enfants. On \u00e9tait en ville \u2014&nbsp;je veux dire&nbsp;: on ne se d\u00e9robait pas derri\u00e8re les kilom\u00e8tres de haies des environs\u2026 Et puis tu n\u2019y \u00e9tais pour rien. La victime, c\u2019\u00e9tait toi. La conductrice c\u2019\u00e9tait toi. Le c\u00e9dez-le-passage \u00e9tait pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait sur le trajet.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"peur\">\u00c7a me revient maintenant. Tu t\u2019\u00e9tais fait peur ce matin-l\u00e0. Tu te vois rouler sur la bande d\u2019arr\u00eat d\u2019urgence. Les phares\u2026 Tu ouvres les yeux&nbsp;:&nbsp; tu as bien cru que tu allais te prendre le rail de s\u00e9curit\u00e9. Tu en \u00e9tais quitte pour une frayeur. Une de plus. Celle-l\u00e0 non plus ne te quitte pas \u2014 celle-l\u00e0 peut-\u00eatre moins qu\u2019une autre&nbsp;: Papa n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0 pour te conduire \u2014 il prenait sa journ\u00e9e alors. L\u2019entrepreneur, un ami d\u2019amis, quand le m\u00e9decin l\u2019a appel\u00e9 est venu s\u2019occuper de lui, je veux dire, de son corps. Je l\u2019ai appris bien apr\u00e8s \u2014 non&nbsp;: je le savais, bien s\u00fbr que je suis cens\u00e9 le savoir. J\u2019ai oubli\u00e9 \u2014 veut dire&nbsp;: j\u2019ai mis \u00e7a en lieu s\u00fbr, tellement que je ne sais o\u00f9. Tu m\u2019en avais pourtant tout dit d\u00e8s ton arriv\u00e9e sur les nerfs, tu \u00e9tais toute retourn\u00e9e, tes larmes dans ce caf\u00e9 tabac o\u00f9 nous nous retrouvions entre Marais et Sentier. Tu es celle qui a connu pour chaque chose ce que c\u2019est que la peur. Je le vois dans tes yeux. J\u2019ai surpris ton regard. Comme s\u2019il \u00e9tait des plus improbable que tu te sois rendue seule \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la campagne, sur des voies peu fr\u00e9quent\u00e9es. Comme si, vu que tu \u00e9tais seule, il devait y avoir quelqu\u2019un. \u00c0 cet endroit, il y avait forc\u00e9ment quelqu\u2019un. C\u2019\u00e9tait comme si, depuis lors, avoir un accident de la route, c\u2019\u00e9tait lui faire une infid\u00e9lit\u00e9. Comme si ce jour-l\u00e0 avait constitu\u00e9 un pr\u00e9c\u00e9dent. Voir la vie sous ce jour-l\u00e0. C\u2019\u00e9tait de son vivant. Et rien n\u2019emp\u00eache que ce soit toujours le cas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"accident\">J\u2019ai repris le cours de mon apr\u00e8s-midi. Personne n\u2019avait rien. Je ne me demande pas comment tu viens de passer cette heure. Comment tu te d\u00e9brouilles des enfants, du constat, des d\u00e9g\u00e2ts, voil\u00e0 qui me passe compl\u00e8tement au-dessus de la t\u00eate. Les charbons ardents de cette apr\u00e8s-midi de juin \u2014 le quatre heures, la sortie des \u00e9coles qui est tout de suite l\u00e0\u2026 Comment tu as fait avec la peur des autres, tes prot\u00e9g\u00e9s. Et comment mon p\u00e8re va l\u2019apprendre \u2014 comment il va le prendre. Je ne me mets pas \u00e0 ta place. M\u00eame pas pour savoir comment tu t\u2019en es tir\u00e9e. Si tu n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e. Si tu n\u2019en gardais pas des s\u00e9quelles. Sortir de l\u2019auto\u2026 Dans le parfum de r\u00e9sine, l\u2019odeur, du goudron peut-\u00eatre chaud, peut-\u00eatre humide, de la terre retourn\u00e9e \u2014 de l\u2019essence, l\u2019odeur des stations-services, le parfum de vacances\u2026 C\u2019est comme un accident dans un r\u00eave. Quelque part peut-\u00eatre tes peurs et mes r\u00eaves se rejoignent. Tu me dis d\u2019y aller. Je suis \u00e9ject\u00e9, \u00e9vacu\u00e9 de notre accident. Je quitte les lieux\u2026 L\u2019embard\u00e9e m\u2019a sembl\u00e9 s\u2019\u00e9terniser. L\u2019ellipse. Cela nous est arriv\u00e9 ensemble. Nous a surpris\u2026 Tu as d\u00fb le temps des r\u00e9parations prendre \u2014 emprunter&nbsp;\u2014 la Capri. Comme tu ne l\u2019aimais pas, n\u2019aimais pas \u00e7a, la garer, avec son nez si long, la puissance\u2026 Ou bien nous allions tous \u00e0 pied dans le soleil \u2014 c\u2019\u00e9tait la fin de l\u2019ann\u00e9e. Dans la 2CV, au volant, tu chantais. Depuis combien d\u2019ann\u00e9es ne t\u2019ai-je pas entendue chanter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"retour\">Je l\u2019ai lu dans ton regard. Tu ne veux plus faire la route seule. Une derni\u00e8re fois j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 te convaincre. La pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 ton retour, tu t&rsquo;\u00e9tais retrouv\u00e9e sur la Francilienne, compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ton trajet habituel \u2014 mais habituel n\u2019est plus le mot, trop d\u2019ann\u00e9es passent entre chacune de tes visites. Le GPS \u2014&nbsp; tu ne ma\u00eetrises pas cette b\u00eate-l\u00e0&nbsp;\u2014 depuis des kilom\u00e8tres ne te disait plus rien. Il a repris langue quand tu as toi-m\u00eame enfin pu lire sur les panneaux des directions connues. Tu l\u2019engueules. Des panneaux, il y en a trop. Ton auto est pleine de flip. De sanglots. Tu as pourtant, tu dis, la m\u00e9moire visuelle des lieux. La configuration de chaque carrefour, tu l\u2019enregistres. Pas besoin de lire les panneaux&nbsp;: o\u00f9 tu es pass\u00e9e une fois, tu ne te perdras plus, tu sauras aller&nbsp;\u2014 tu dis. Tu n\u2019es pas du monde des \u00e9changeurs \u2014 qui font des m\u00e9tastases partout. Comment s\u2019orienter quand la route aussi s\u2019y met&nbsp;: \u00e0 faire des n\u0153uds&nbsp;? N\u0153uds marins\u2026 L\u2019\u00e9changeur est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. J\u2019ai surpris ton regard cette fois-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"r\u00e9tro\">Ton Captur est noir, laqu\u00e9, \u00e7a prend la poussi\u00e8re. Corbillard \u2014 mais c\u2019\u00e9tait une affaire. Parce que tu t\u2019\u00e9tais tromp\u00e9e \u00e0 la derni\u00e8re sortie avant la maison, je t\u2019ai propos\u00e9, au retour, de te guider. Sur une quinzaine de kilom\u00e8tres, je t\u2019ouvre la route. Je tiens comme toi le volant. Nous prenons le m\u00eame chemin. Seul dans mon auto. Seule dans la tienne. \u00c9trange fa\u00e7on de te prendre la main. J\u2019avais mon pare-soleil, pas toi \u2014 car je te couvais du regard au r\u00e9tro \u2014 et c\u2019est l\u00e0\u2026 Tout accident r\u00e9veille les pr\u00e9c\u00e9dents. Pour que les pleurs viennent et montent, il y faut quelqu\u2019un. Quelqu\u2019un nous tire les larmes d\u2019un endroit qu\u2019on ne se connaissait pas.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"regard_2\">Je t\u2019ai scrut\u00e9e\u2026 Ton regard ne m\u2019est pas adress\u00e9. J\u2019ai surpris le regard que tu jettes sur la route. Tu connais toutes les peurs. Aucune ne passe. Tu es faite de toutes les peurs. Je ne t\u2019ai pas reconnue. Tu roules parmi les accidents. Tu en as tout autour de toi. Tu as tous tes accidents en t\u00eate. Tu les emportes partout avec toi. Je ne te reconnais pas. Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de \u2014 que je viens de te dire&nbsp;\u2014 c\u2019est&nbsp;: comment je passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma m\u00e8re&nbsp;; comment je ne te comprends pas. Tu ne te ressemblais pas. Plus. J\u2019ai vu un masque. Le regard inclus dans le pare-brise. J\u2019ai cru te voir regarder la mort en face. Tes accidents sont devant toi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai surpris ton regard. Tu as voulu d\u00e9crocher le pare-soleil et tu as mordu l\u2019accotement et t\u2019es retrouv\u00e9e au foss\u00e9. Mon p\u00e8re t\u2019a plus d\u2019une fois demand\u00e9 comment la voiture s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e sur le toit le long du Parc des sports. Au Pont de pierre un automobiliste n\u2019a pas vu le c\u00e9dez le passage et nous a percut\u00e9s. J\u2019allais \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_progression_8_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#progression #08 | J&rsquo;ai surpris ton regard<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4308,2677],"tags":[],"class_list":["post-127854","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revisite","category-progression-8-juliet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127854"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127854\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178737,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127854\/revisions\/178737"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}