{"id":128129,"date":"2023-07-03T23:07:55","date_gmt":"2023-07-03T21:07:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=128129"},"modified":"2023-07-04T08:30:38","modified_gmt":"2023-07-04T06:30:38","slug":"ete2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04 | il fera beau un jour prochain"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Tu es ici et \u00e0 l\u2019instant aujourd\u2019hui, hier juste apr\u00e8s, un peu avant il y a longtemps, tout semble si proche lorsque tu caresses ces lieux que ta m\u00e9moire dit hier.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Tu te retrouves \u00e0 genoux devant le portail, tu cherches d\u2019une main \u00e0 tirer sur la goupille, mais le d\u00e9clic m\u00e9canique r\u00e9siste. Tu es l\u00e0, tu voudrais entrer, mais tu n\u2019es plus l\u2019enfant insouciant qui grimpait le muret de la maison. Tu te rel\u00e8ves. Et simultan\u00e9ment, derri\u00e8re toi, ton pr\u00e9nom dans les airs, elle te surprend, une voix suraigu\u00eb l\u00e9g\u00e8rement \u00e9raill\u00e9e, un instant totalement \u00e9trang\u00e8re, si lointaine, puis lentement \u00e0 ton oreille, tu l\u2019entends articul\u00e9e avec cette m\u00eame intonation depuis toujours. Ton pr\u00e9nom s\u2019efface dans la bourrasque. Au milieu de la venelle, elle appara\u00eet l\u00e9g\u00e8re se frayant un mince passage entre les murs. Elle marche d\u2019un pas mal assur\u00e9 \u00e9chappant un pied vers la cunette, tra\u00eenant des semelles qui crissent doucement sur l\u2019ancienne couche de goudron. Son visage s\u2019anime, feignant la surprise. Ses yeux viennent appuyer encore une fois ton pr\u00e9nom. Votre conversation reprend naturellement o\u00f9 longtemps d\u00e9j\u00e0 elle soudait votre complicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><em>Le portail est entrouvert, au milieu tu n\u2019es pas plus grande qu\u2019une enfant de onze ans. Tes gestes, tes d\u00e9placements, tu ne fais aucun bruit, par souci d\u2019\u00e9conomie. Pour rejoindre la route tu pr\u00e9f\u00e8res toujours le portillon trop \u00e9troit qui contraint \u00e0 la man\u0153uvre ta brouette qui finit plus loin sur la route ses bras rigides \u00e0 t&rsquo;attendre, charg\u00e9e de seaux vides, d\u2019une serfouette, une grande cagette. Puis, tu prends la direction des champs, aux premi\u00e8res herbes hautes, ton fichu soupire puis dispara\u00eet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Tu t\u2019attends \u00e0 revoir la m\u00eame photographie des lieux aux couleurs d\u00e9lav\u00e9es. Et rien n\u2019a boug\u00e9. Tu pousses le portillon muet. Le puits s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 un peu. Le gravier blanc, en faible quantit\u00e9, a laiss\u00e9 l\u2019herbe pousser. Tu te laisses pi\u00e9ger par les souvenirs, devant les yeux la copie des espaces. Tu voudrais revoir les lieux exactement. Les jardins ont disparu. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9table a \u00e9t\u00e9 obtur\u00e9. M\u00eame la verrue de hangar m\u00e9tallique semble s\u2019int\u00e9grer au paysage. Elle est assise. Vous partagez une menthe \u00e0 l\u2019eau. Vous vous rattachez \u00e0 ces quelques bribes reprises en c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><em>Le portail est ferm\u00e9. Devant le portillon, la brouette vide est recouverte d\u2019un grand plastique \u00e9pais. Tu reviens de la grange avec une serpette, des gants ajour\u00e9s \u00e0 la paume et aux doigts, tu vas cueillir des orties. Tu empreintes le m\u00eame chemin escarp\u00e9 sur cette pente qui rejoint le fleuve loin en contrebas, tes pieds \u00e0 peine retenus dans les m\u00eames sabots us\u00e9s, tes mains agripp\u00e9es aux poign\u00e9es trop hautes de la brouette, tes bras en guenille trop bas pour la charge. Le poids t\u2019entra\u00eene abrupt. Tu fais une pause au milieu du p\u00e9riple. Tu longes la rive du bras sauvage du fleuve, o\u00f9 de vastes champs d\u2019orties superbes te d\u00e9passent d\u2019une t\u00eate. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, un petit champ de gazon, quatre pierres en escalier descendent vers l\u2019eau tranquille. Tu reviendras avec un long b\u00e2ton, ici tr\u00e8s t\u00f4t, il fera beau un jour prochain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Des voitures empreintent ce chemin, des familles, des couples reviennent dans les maisons vides. Pas toutes les maisons vides. Sur les murs d\u2019ocres claires des vieilles b\u00e2tisses, tu remarques les colmatages au ciment. Des voitures encombrent les all\u00e9es. Tu ne croises personne \u00e0 pied. Tu ne vois plus ces enfants en train de jouer \u00e0 se perdre dans les champs, parcourir les bois, glisser sur les chemins. Au moment de partir, elle \u00e9change avec toi un trop long regard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu te retrouves \u00e0 genoux devant le portail, tu cherches d\u2019une main \u00e0 tirer sur la goupille, mais le d\u00e9clic m\u00e9canique r\u00e9siste. Tu es l\u00e0, tu voudrais entrer, mais tu n\u2019es plus l\u2019enfant insouciant qui grimpait le muret de la maison. Tu te rel\u00e8ves. 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