{"id":128398,"date":"2023-07-06T23:26:29","date_gmt":"2023-07-06T21:26:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=128398"},"modified":"2023-07-07T08:34:31","modified_gmt":"2023-07-07T06:34:31","slug":"ete-2023-04bis-terre-battue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04bis-terre-battue\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Terre battue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche j&rsquo;ai dans\u00e9 le gwoka. J&rsquo;ai dans\u00e9 toute la nuit dans le lewoz de Philippe Badine. Il poss\u00e8de un restaurant qu&rsquo;il a baptis\u00e9 le Mahogany parce que le petit ajoupa qu&rsquo;il y a plant\u00e9 pour recevoir ses clients \u00e0 ses d\u00e9buts, \u00e9tait adoss\u00e9 \u00e0 un Mahogany. Ce qui a commenc\u00e9 comme une envie de f\u00eate entre hommes pour boire plus de rhum avec la musique pour se d\u00e9douaner, est devenu au bout de 30 ans une tradition dans la section de Bovis au Petit-Bourg. A la fin du mois de juin quand les premiers vacanciers avec leur billets de cong\u00e9 bonifi\u00e9 arrivent chez nous, le lewoz de Philippe Badine dit Botok, ou le lewoz du Mahogany marque le d\u00e9but des grandes vacances. Je me rappelle d&rsquo;un temps o\u00f9 le son du tambour n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9lectrifi\u00e9. Maintenant de gros amplis noirs sur des tr\u00e9pieds encadrent la ronde. Une ronde \u00e0 vrai dire informe, de gens assis sur des chaises pliantes, resserr\u00e9es sous des chapiteaux pr\u00eat\u00e9s par la mairie, depuis que l&rsquo;esprit nationaliste est signe distinctif de notabilit\u00e9. Les gens viennent au spectacle. Ils tapent des mains, ils chantent parfois. D\u00e8s 19h les trois tambours cognent. Ils ne se tairont que tard vers onze heures, midi le lendemain dimanche. La f\u00eate sera r\u00e9ussie si les tambouy\u00e9 sans interruption se relayent comme si la musique ne devait jamais s&rsquo;arr\u00eater. Les tambours vont mettre au d\u00e9fi les danseurs et les danseuses de se pr\u00e9senter devant eux, pour donner leur mesure, pour que l&rsquo;on p\u00e8se le poids de leur connaissance du rythme, du sentiment, de leur ma\u00eetrise \u00e0 mettre en danger le marqueur. Je me rappelle d&rsquo;un temps o\u00f9 nous \u00e9tions moins nombreux, o\u00f9 il n&rsquo;y avait pas de toile cir\u00e9e au dessus de nos t\u00eates, o\u00f9 les flambeaux seuls donnaient leur lumi\u00e8re et les tambours avaient un autre son.<br><br>2 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche ma marraine Violetta a dans\u00e9 le gwoka. Elle est pharmacienne. Son premier mari \u00e9tait un ind\u00e9pendantiste. Je ne l&rsquo;ai pas connu. Elle aimait d\u00e9j\u00e0 le gwoka comme ma m\u00e8re. Elle est partie faire ses \u00e9tudes et comme c&rsquo;\u00e9tait la musique du pays et que tous les \u00e9tudiants se sentaient encore plus guadeloup\u00e9ens quand la Guadeloupe \u00e9tait loin, elle a dans\u00e9 comme jamais \u00e0 la cit\u00e9 universitaire Arsenal \u00e0 Toulouse. Elle a divorc\u00e9, elle a \u00e9pous\u00e9 un africain, et ils sont rentr\u00e9s pour ouvrir une pharmacie au Petit-Bourg qui porte l&rsquo;enseigne Pharmacie D\u00e9manou. Ils ont divorc\u00e9 en 1994 et Kosi D\u00e9manou est rentr\u00e9 au Togo. Violetta n&rsquo;a pas chang\u00e9 l&rsquo;enseigne.<br><br>3 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche ma m\u00e8re n&rsquo;a pas dans\u00e9. Elle a regard\u00e9 le spectacle en \u00e9pluchant un cornet de pistaches grill\u00e9es qu&rsquo;elle avait amen\u00e9 pour l&rsquo;occasion. Ses yeux brillaient pourtant. Dans son for int\u00e9rieur elle dansait. Mais elle tenait dur comme fer \u00e0 sa bonne tenue, remuant un peu les \u00e9paules, et tapant parfois du pied. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas pharmacienne et n&rsquo;avait pas \u00e9pous\u00e9 un ind\u00e9pendantiste, ni un africain et pensait sans doute que tout Bergette et Bovis jugerait ind\u00e9cent et obsc\u00e8ne qu&rsquo;\u00e0 60 ans pass\u00e9 elle danse comme nue avec pour seul troph\u00e9e \u00e0 faire voltiger de sa jupe, ses 2 filles sans mari comme elle m\u00eame. Il valait mieux laisser tout cela \u00e0 la jeunesse ou aux notables ind\u00e9pendantistes. Je ne sais plus quelle ann\u00e9e mais la t\u00e9l\u00e9 \u00e9tait venue filmer le lewoz de Botok. Ma m\u00e8re avait mis sa chaise pliante au tout premier rang. Quand Violetta l&rsquo;avait ramen\u00e9 peu apr\u00e8s minuit (le plus tard qu&rsquo;elle \u00e9tait jamais rest\u00e9) elle lui aurait dit : l\u00e8 ou ka sonj\u00e9 ke gwoka t\u00e9 biten a vi\u00e9 neg!! (quand tu penses que le gwoka avant \u00e9tait pour les vieux n\u00e8gres! sous entendu non pour les gens de bonne famille).<br><br>4 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche tonton Odilon a donn\u00e9 des le\u00e7ons de gowka \u00e0 tout Bergette et \u00e0 tout Bovis. Je n&rsquo;ai jamais vu meilleur danseur de lewoz. Il pouvait marquer avec un haussement d&rsquo;\u00e9paule, son petit doigt ou en levant son sourcil broussailleux. Les marqueurs \u00e9taient encore plus attentifs quand c&rsquo;\u00e9tait lui qui se pr\u00e9sentait devant eux. Le lewoz est des sept rythmes mon rythme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 cause du son lancinant des boula, comme un c\u0153ur qui bat. La transe est \u00e0 port\u00e9e de corps. La ronde, les r\u00e9pondeurs, le chanteur, les chachayeurs, sont dans ce rythme des boula boudouboudou, boudouboudou, boudouboudou&#8230; comme \u00e0 l&rsquo;infini. Nou riv\u00e9, nou riv\u00e9 an lewoz a yo la (nous sommes arriv\u00e9s dans leur lewoz). Tambou ke pal\u00e9 o sw\u00e8 la (le tambour va parler ce soir).<br><br>5 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche l&rsquo;amie de F\u00e9licit\u00e9, dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom a tent\u00e9 sans succ\u00e8s un toumblak chir\u00e9. Elle a sans doute l&rsquo;\u00e2ge de F\u00e9licit\u00e9, 16 ans. Elle a os\u00e9 et au d\u00e9but son \u00e9nergie et sa joie \u00e0 se lancer sans peur et sans reproche devant le marqueur, les r\u00e9pondeurs et l&rsquo;assembl\u00e9 encore nombreuse avant minuit, nous a laiss\u00e9 penser qu&rsquo;elle savait danser. Elle \u00e9tait dans le rythme et tournait bien. Bien vite elle a fait comme si le marqueur n&rsquo;existait pas. C&rsquo;est comme rentrer dans une conversation sans dire bonjour, sans demander des nouvelles de la famille, sans \u00e9couter, sans attendre, l&rsquo;amie de F\u00e9licit\u00e9 s&rsquo;est montr\u00e9e sans \u00e9ducation. Dans sa combinaison pantalon en polyester moulante d&rsquo;un vert sombre, elle tournait sans crier gare. Elle ne dansait pas \u00e0 la reprise. Elle dansait tout sauf le gwoka. Micha\u00ebl \u00e9tait au marquage et il n&rsquo;a pas eu la patience. Il a cogn\u00e9 un wabap et s&rsquo;est lev\u00e9. Les boula ont continu\u00e9 et l&rsquo;amie de F\u00e9licit\u00e9 dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom avait au moins la notion qu&rsquo;on ne danse pas le gwoka sans marqueur et elle est sortie de la ronde. Elle avait le sourire quand je l&rsquo;ai crois\u00e9 alors qu&rsquo;elle partait avec sa famille une poussette devant elle.<br><br>6 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche F\u00e9licit\u00e9 a choisi de danser un graj. J&rsquo;aime le lewoz, le toumblak et le graj. Je l&rsquo;ai trouv\u00e9 un peu jeune pour danser le graj. Le toumblak lui irait mieux \u00e0 mon avis. Le graj est une danse d&rsquo;amour, tout en sensualit\u00e9. Danser le graj c&rsquo;est dire je t&rsquo;aime avec un corps liane pour s&rsquo;enrouler autour de son homme.<br><br>7 &#8211; Dans nuit de samedi \u00e0 dimanche, je n&rsquo;ai pas dormi. J&rsquo;ai dans\u00e9, j&rsquo;ai tourn\u00e9, mes pieds ont tap\u00e9 la terre battue dans le lewoz de Botok jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le jour s&rsquo;ouvre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"\u00c9dmee et Sandrine danse un graj , Tibiswi (mak\u00e8) les obliges \u00e0 graj\u00e9 pour lui\ud83e\udd23\ud83e\udd23\ud83e\udd23\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Ha29HZQaU6Y?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Graj<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche j&rsquo;ai dans\u00e9 le gwoka. 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