{"id":128846,"date":"2023-07-06T16:16:07","date_gmt":"2023-07-06T14:16:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=128846"},"modified":"2023-09-26T22:09:18","modified_gmt":"2023-09-26T20:09:18","slug":"ateliers-dete-04bisdans-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-04bisdans-la-nuit\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Dans la nuit&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>\/<\/p>\n\n\n\n<p>1 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, nous finissons de ranger les affaires, bouclons les cartons, frigo d\u00e9givr\u00e9, m\u00e9nage sommaire, on finira la semaine prochaine&nbsp;; pendant ce temps de travail ensemble, pas un mot plus haut que l\u2019autre, pas un regard triste ou f\u00e9roce, on s\u2019est m\u00eame souri en scotchant \u00e0 deux les gros cubes o\u00f9 appuyer le genou, la maison \u00e9tait presque vid\u00e9e, restaient nos lits o\u00f9 dormir une derni\u00e8re fois, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mon duvet, incapable de dormir dans la m\u00eame maison qu\u2019elle\u2026 couch\u00e9 sur la pelouse, faisait bon, il y avait de la lumi\u00e8re dans sa chambre, elle a veill\u00e9 longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>All\u00e9 chercher le camtar de RapidLabo, un fourgon bleu largement suffisant, gar\u00e9 \u00e0 cul, ouvert portes arri\u00e8res et lat\u00e9rale, en deux heures tout charg\u00e9, on avait faim, assis sur la moquette, restait un demi reblochon, une baguette, des bi\u00e8res, il a fallu trouver un couteau, d\u00e9faire un des cartons\u2026 C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a nous est tomb\u00e9 dessus, ces ann\u00e9es v\u00e9cues ensemble, nos gosses, leur nouvelle vie \u00e0 Paris, le casse-cro\u00fbte, passait pas, rien dit sur la route. Rue Croix Nivert, Albert nous a rejoints, pour le coup de main, il est arriv\u00e9 avec B\u00e9a, se sont activ\u00e9s dans l\u2019escalier, \u00e7a faisait plaisir, m\u2019ont remont\u00e9 le moral&nbsp;; C. m\u2019a demand\u00e9 \u00ab&nbsp;c\u2019est qui cette B\u00e9a, elle est chouette\u2026&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>2 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, on jouait au Lunatic Caf\u00e9, une salle de banlieue branch\u00e9e Jazz-soul, le groupe de Michel m\u2019avait invit\u00e9 pour deux th\u00e8mes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pennies from heaven&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Joy spring&nbsp;\u00bb, j\u2019avais les tripes nou\u00e9es serr\u00e9 pour le deuxi\u00e8me, la rythmique \u00e9tait f\u00e9brile, pendant le filage, on n\u2019avait jou\u00e9 que les th\u00e8mes, pas de chorus, vite fait mal fait, j\u2019avais demand\u00e9 de ralentir le tempo, Christian, le batteur \u00e9tait pas d\u2019accord, \u00ab&nbsp;\u00e7a d\u00e9figure le morceau&nbsp;\u00bb, il avait pas tort&nbsp;; apr\u00e8s les c\u00f4telettes au d\u00eener, ils ont jou\u00e9, trois morceaux de chauffe, je devais entrer apr\u00e8s, Michel me faisait une fleur, m\u2019annon\u00e7ait en guest star&nbsp;; j\u2019ai aper\u00e7u A. qui \u00e9tait enfin arriv\u00e9e, d\u00eenait \u00e0 une petite table ronde, me montrait du bras \u00e0 Guytou notre photographe attitr\u00e9&nbsp;; ils ont d\u00e9marr\u00e9 Joy Spring pour moi, on a jou\u00e9&nbsp; port\u00e9s par une coul\u00e9e de lave, volcaniques, Christian au tempo, on \u00e9tait bien cal\u00e9s sur la grille, le trombone en oubliait de vider sa coulisse, Guytou mitraillait \u00e0 tout va&nbsp;; on finissait sous de timides applaudissements, le public de d\u00eeneurs du samedi soir attendait le b\u0153uf final, le b\u0153uf en daube\u2026 ils ont \u00e9t\u00e9 servis&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>3 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, Albert f\u00eatait ses soixante balais, je ne pouvais pas rater \u00e7a, j\u2019avais br\u00fbl\u00e9 la route jusqu\u2019au Luberon, saxo dans sa bo\u00eete, nouveau kit d\u2019amplification, avec Pierrot \u00e0 la trompette, on comptait bien r\u00e9veiller le village, ils allaient voir (entendre) ce qu\u2019ils allaient voir (entendre)&nbsp;; gar\u00e9 sur la place de l\u2019\u00e9glise, retrouv\u00e9 Albert \u00e0 sa galerie, aquarelles l\u00e9ch\u00e9es, trop, huiles foutraques, j\u2019aimais bien&nbsp;; me pr\u00e9sente Avril, une grande Anglaise tann\u00e9e au ros\u00e9 de Provence, Albert d\u00e9j\u00e0 bien allum\u00e9, se met au piano, me r\u00e9clame <em>Camp meeting<\/em>, un de nos tubes, \u00e7a commence \u00e0 s\u2019accumuler dans la rue, surtout quand on vire les panneaux du piano, les gosses regardaient les marteaux en feutre, on n\u2019avait pas le bon c\u00e2ble pour le saxo, tant pis, jouer&nbsp;\u00e0 sec&nbsp;; Pierrot est arriv\u00e9, on s\u2019est accord\u00e9s, les invit\u00e9s d\u00e9barquaient, posaient les cadeaux, dansaient dans la rue, ambiance guinguette, surtout le son nasillard du soprano, pas besoin de partoche, un th\u00e8me en appelait un autre, un blues de temps en temps, pour calmer le jeu, ils r\u00e9clamaient.<\/p>\n\n\n\n<p>A la pause, on s\u2019est enfil\u00e9 quelques bi\u00e8res&nbsp;; les cadeaux couvraient la table, scotch, bourbon, cognac, gin\u2026 il y en avait pour de la thune&nbsp;; en deux heures, ils \u00e9taient tous cuits, Albert s\u2019est couch\u00e9 pr\u00e8s d\u2019Avril, a d\u00e9gueul\u00e9 dans la chambre&nbsp;; j\u2019avais une t\u00e2che, un devoir \u00e0 accomplir&nbsp;: vid\u00e9 tous les flacons dans l\u2019\u00e9vier&nbsp;; les poissons du Calavon allaient fr\u00e9tiller\u2026 Albert \u00e9viterait les urgences.<\/p>\n\n\n\n<p>4 \/Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche nous allons en \u201cboum\u201d du c\u00f4t\u00e9 de S\u00e8vres. J\u2019ai emprunt\u00e9 une mobylette, la petite Martine sur le porte-bagages, il fait beau, nous nous enivrons de l\u2019air du printemps, de la vitesse, Albert nous rejoint, je ne sais comment, un bus, un train de banlieue ? \u201c Il y aura \u00e0 boire ?\u201d&nbsp; je n\u2019en sais rien, ne connais pas le type qui invite, c\u2019est le copain d\u2019un copain, crois\u00e9 ici ou l\u00e0&#8230; Nous filons vers une \u00e9picerie, ouverte, miracle, acheter deux flasques de whisky&nbsp;; tient dans la poche int\u00e9rieure, discr\u00e9tion, chez X., il y a un buffet, des g\u00e2teaux, des jus de fruits, des sodas&nbsp;; \u201ctu vois, j\u2019avais bien fait de t\u2019en parler&#8230; pr\u00e9caution, anticipation\u201d&nbsp;; approuve, la petite Martine me demande d\u00e9j\u00e0 un premier biberon, passons sur le balcon et sortons les flasques, je d\u00e9teste le whisky, mais je fais comme tout le monde, Albert a d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9 ses 125 centilitres, lui donne mon flacon, lui abandonne la petite Martine.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers minuit, les parents de X&#8230; rentrent du spectacle, \u00e7a ressemble \u00e0 une inspection,&nbsp; la fum\u00e9e des cigarettes est terrible, pourraient battre en retraite, laisser la \u201cboum\u201d s\u2019effilocher au gr\u00e9 des horaires de bus, mais des bouteilles suspectes ont pris place au buffet&nbsp;; col\u00e8re et fin de f\u00eate pr\u00e9cipit\u00e9e, flanquent tout le monde dehors, sur le porte-bagages, la petite Martine se cramponne, me supplie de rouler doucement, elle a mal au c\u0153ur, me demande o\u00f9 est pass\u00e9 Albert&#8230; ces deux l\u00e0 sont faits pour s\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>5 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche j\u2019entends parler d\u2019une f\u00eate au ch\u00e2teau on tra\u00eene un moment, assis sur nos solex on fait le tour il y a de la musique on d\u00e9cide de monter voir c\u2019est facile toujours ouvert l\u2019ancien ch\u00e2teau du domaine St Fran\u00e7ois on peut louer des salles cours de danse o\u00f9 vont nos s\u0153urs de temps en temps entrer sans bruit on prend une chaise on peut s\u2019asseoir et regarder les filles certaines nous font des sourires&nbsp;; dans la pi\u00e8ce du haut la musique explose les tympans jamais rien entendu de pareil une intro jou\u00e9e \u00e0 la baguette tout en haut d\u2019une cymbale le trio rythmique reprend d\u00e9veloppe et la voix entame <em>he mama you treat me wrong<\/em> une voix qui te saisit aux couilles remonte aux tripes \u00e0 la m\u00e9moire tu sais que tu ne pourras plus jamais oublier ce timbre cette d\u00e9chirure c\u2019est \u00e7a la soul tu oublies les Bill Haley Paul Anka Elvis peuvent aller r\u00e9viser leurs classiques \u00e9couter, regarder, deux silhouettes filiformes osent danser genre twist jusqu\u2019\u00e0 presque se coucher l\u2019une sur l\u2019autre dans un limbo de gymnastes tout \u00e7a en costumes noirs impeccables chemises blanches ouvertes il fait sombre ils sont les ma\u00eetres de la soir\u00e9e seuls quatre ou cinq ans nous s\u00e9parent&nbsp;\u2026 une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>6 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche on quitte Paris pour la Champagne. C\u2019est le pont de la Pentec\u00f4te, le p\u00e8re a voulu \u00e9viter les embouteillages, il est all\u00e9 au travail ce matin, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 attendre le soir pour se mettre en route. La traction d\u00e9marre \u00e0 la manivelle, \u00e7a ne surprend personne, les deux enfants ont l\u2019habitude\u00a0; travers\u00e9e de Paris, d\u00e9j\u00e0 illumin\u00e9, on longe la Seine un moment, jusqu\u2019aux entrep\u00f4ts de la SUZE, &#8211; maman, c\u2019est quoi SUZE\u00a0? &#8211;\u00a0; c\u2019est la petite s\u0153ur qui a pos\u00e9 la question, elle surprend tout le monde, &#8211; mais tu sais lire toi\u00a0?-, c\u2019est lui, le gar\u00e7on, l\u2019a\u00een\u00e9, qui est le plus surpris, dans leurs lits jumeaux, la nuit, ils ne parlent pas de l\u2019\u00e9cole, les filles et les gar\u00e7ons sont s\u00e9par\u00e9s, rue de Pontoise pour elle, rue de Poissy pour lui, en face de la caserne de pompiers, &#8211; c\u2019est un ap\u00e9ritif tr\u00e8s amer &#8211; , la m\u00e8re r\u00e9pond \u2013 tu en as d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9\u00a0? &#8211; moi non, demande \u00e0 ton p\u00e8re \u2013, le gar\u00e7on sait qu\u2019il ne doit pas d\u00e9ranger son p\u00e8re quand celui-ci conduit, la petite s\u0153ur, elle, ne conna\u00eet pas les interdits, &#8211; papa, c\u2019est quoi, un ap\u00e9ritif\u00a0?-, et le p\u00e8re r\u00e9pond, machinalement, &#8211; une boisson, c\u2019est un truc que tu go\u00fbteras quand tu seras grande, &#8211; quand est-ce que je serai grande\u00a0?- une question que la petite fille adore poser, comme pour s\u2019attirer la r\u00e9ponse immuable, &#8211; quand tu auras mang\u00e9 beaucoup de soupe, comme Jean\u00a0; il n\u2019aime pas beaucoup la soupe, les panades, tapiocas, soupes au lait lui soul\u00e8vent le c\u0153ur\u00a0; le pouce dans la bouche, la petite s\u0153ur s\u2019est endormie, elle n\u2019entendra pas la r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>7 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, le p\u00e8re d\u00e9cidait parfois d\u2019aller voir les \u00ab&nbsp;illuminations&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019\u00e9tait sa formule, il s\u2019agissait de s\u2019entasser dans la voiture, de commencer un long parcours par les quais de la Seine o\u00f9 les bateaux-mouches \u00e9taient faciles \u00e0 rep\u00e9rer, de passer les \u00ab&nbsp;guichets&nbsp;\u00bb du Louvre, de remonter la rue de Rivoli, de d\u00e9boucher Place de la Concorde, de faire une pause pour admirer l\u2019ob\u00e9lisque, de remonter les Champs Elys\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Etoile pour d\u00e9tailler les bas-reliefs de l\u2019Arc de Triomphe. Chemin faisant, on poussait de grands cris, on prenait la parole sans qu\u2019on nous la donne, on trouvait tout magnifique, on n\u2019\u00e9tait pas encore fatigu\u00e9s des adjectifs&nbsp;; \u00e0 la demande, on pouvait pousser jusqu\u2019\u00e0 la Tour Eiffel, le grand phare tournant sur l&rsquo;\u00eele de France, rentrer au quartier latin par les Invalides o\u00f9 nous fascinaient les vieux canons, on n\u2019oubliait pas que la guerre n\u2019avait pris fin que depuis six ans, avec de tels canons, on ne risquerait plus jamais rien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\/ 1 \/ Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, nous finissons de ranger les affaires, bouclons les cartons, frigo d\u00e9givr\u00e9, m\u00e9nage sommaire, on finira la semaine prochaine&nbsp;; pendant ce temps de travail ensemble, pas un mot plus haut que l\u2019autre, pas un regard triste ou f\u00e9roce, on s\u2019est m\u00eame souri en scotchant \u00e0 deux les gros cubes o\u00f9 appuyer <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-04bisdans-la-nuit\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Dans la nuit&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":601,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4688,4525],"tags":[],"class_list":["post-128846","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04bis-nicole-caligaris-du-samedi-au-dimanche","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128846","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/601"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=128846"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128846\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=128846"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=128846"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=128846"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}