{"id":128892,"date":"2023-07-07T00:05:06","date_gmt":"2023-07-06T22:05:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=128892"},"modified":"2023-07-07T09:32:12","modified_gmt":"2023-07-07T07:32:12","slug":"ete2023-04bis-week-ends-non-homologues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04bis-week-ends-non-homologues\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Week-ends non homologu\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"470\" height=\"536\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/affiloir-grand.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-128893\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/affiloir-grand.png 470w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/affiloir-grand-368x420.png 368w\" sizes=\"auto, (max-width: 470px) 100vw, 470px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right has-electric-grass-gradient-background has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right has-pale-ocean-gradient-background has-background has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong><em>Le geste d\u2019\u00e9crire est comme&nbsp;celui de poser un doigt sur une dent cari\u00e9e en appuyant soudain tr\u00e8s fort&nbsp;: la douleur port\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame est aussi suivie d\u2019un calme \u00e9norme. L\u2019\u00e9trange dans cette affaire est que la dent malade est une dent qui manque.<\/em><\/strong><\/p>\n<cite><strong>christian bobin, l&rsquo;eloignement du monde<\/strong><\/cite><\/blockquote>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>1| <em>STRUCTURE&nbsp;:<\/em><\/strong><em>&nbsp; ce qui r\u00e9siste au changement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;<\/em>Structure narrative&nbsp;: ce qui persiste malgr\u00e9 les changements. Dans un vieux carnet rouge de ses dix- SEPT &nbsp;ans, lors d\u2019un exil volontaire, elle avait not\u00e9 quelque chose, entendue ou lue. Toujours \u00e0 court de papier \u00e0 cette \u00e9poque. C\u2019\u00e9tait dans ce m\u00eame carnet \u00e0 spirales qui avait perdu son dos de couverture qu\u2019elle avait recopi\u00e9 le livret de famille. Transcrites aussi les adresses postales importantes, \u00e0 cette \u00e9poque on \u00e9crivait aux gens, aux siens en priorit\u00e9. L\u2019\u00e9criture apprise \u00e0 l\u2019\u00e9cole servait selon elle \u00e0 mieux parler aux gens, aux siens en priorit\u00e9. Profitant de la distance g\u00e9ographique pour se rapprocher des \u00eatres autrement, en innovant, pas de t\u00e9l\u00e9phone personnel \u00e0 cette \u00e9poque, elle se promettait d\u2019\u00e9crire des lettres. Mais la vie se surpeuplait \u00e9trangement. Vivre dans la capitale la confrontait \u00e0 la multitude, au magma des d\u00e9ambulations sous terre, dans le m\u00e9tro puant et au-dessus plus cossu ou pagailleux. \u00catre d\u2019ici ou d\u2019ailleurs ne semblait pas pouvoir co\u00efncider. Seule dans sa chambre de bonne au 6\u00e8me \u00e9tage, elle y r\u00e9fl\u00e9chissait souvent dans les nuits du samedi au dimanche, le reste du temps elle \u00e9tudiait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\">2|<strong><em>AVENTURE&nbsp;:<\/em><\/strong><em> ce qui arrive d&rsquo;impr\u00e9vu, de surprenant ; ensemble d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements qui concernent quelqu\u2019un. Synonyme de Destin selon l\u2019ancienne acception.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Aventure personnelle&nbsp;: tout ce qui ne ressemble pas aux exp\u00e9riences de vie collective connues, r\u00e9p\u00e9titives et pr\u00e9visibles dans un environnement donn\u00e9. En gros, tout ce qui se passe au sortir de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence dans un \u00e9loignement consenti ou forc\u00e9. On dit aussi que la naissance est une \u00e9tape cruciale de l\u2019aventure, il y a un avant et un apr\u00e8s. Les m\u00e8res en parlent constamment entre elles depuis qu\u2019elles ont procr\u00e9\u00e9. Aujourd\u2019hui, elles pr\u00eatent attention aux conditions mat\u00e9rielles et psychologiques de cette aptitude fonctionnelle. Il n\u2019y a rien de plus aventureux que de mettre au monde un autre humain. Tous les jours et les nuits de la semaine sont concern\u00e9s, et pas seulement les samedis et les dimanches&#8230; \u00c0 les entendre, cela ne doit plus \u00eatre une fatalit\u00e9 mais un choix lucide. La maternit\u00e9 est une aventure, une charge aussi. Les doubles journ\u00e9es ne font plus r\u00eaver de m\u00e9dailles patriarcales. L\u2019aventure s\u2019arr\u00eate o\u00f9 le d\u00e9sir n\u2019est plus le plaisir. Les femmes s\u2019interposent et s\u2019interpellent pour que l\u2019aventure soit consentie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong>|<strong>CONJECTURE&nbsp;: <\/strong>&nbsp;<em>opinion ou conclusion form\u00e9e sur la base d&rsquo;informations incompl\u00e8tes.<\/em><em> Se perdre en conjectures&nbsp;: <\/em><em>\u00eatre perplexe devant la multiplicit\u00e9 d&rsquo;hypoth\u00e8ses envisageables<\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ce que toute narratrice ressent face au d\u00e9compte des nuits de samedi \u00e0 dimanche qu\u2019elle a v\u00e9cues depuis sa naissance. Elle ne songe gu\u00e8re \u00e0 remonter plus haut dans le temps ce soir. Elle pense que c\u2019est la m\u00eame chose pour ses personnages qui ont subi eux aussi l\u2019impact de ce syst\u00e8me, mesures du temps arbitraires. Un seul crit\u00e8re pendant longtemps&nbsp;: la sacralisation du repos dominical truff\u00e9 de bondieuseries et celle des jours f\u00e9ri\u00e9s, respirations collectives des masses laborieuses dont aucune et aucun ne gardent le souvenir pr\u00e9cis, sauf si, pour un exercice d\u2019atelier ult\u00e9rieur, l\u2019\u00e9v\u00e9nement survenu entre le samedi et dimanche a \u00e9t\u00e9 suffisamment marquant et m\u00e9moris\u00e9. C\u2019est plut\u00f4t le calendrier g\u00e9n\u00e9alogique des naissances et des morts qui aide \u00e0 retrouver les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9cit. Cela se compte en ann\u00e9es et l\u2019arbre laisse plonger ses racines ascendantes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inconnu sid\u00e9ral. On en a perdu en route. Aller chercher un calendrier des ann\u00e9es 20 ou 30, v\u00e9rifier telle ou telle date possiblement exploitable dans des calendriers plus r\u00e9cents, est-ce bien n\u00e9cessaire&nbsp;? Mathilde ne garde qu\u2019une ann\u00e9e \u00e0 la fois, dans leur cuisine, et elle glisse le calendrier mural de l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant, derri\u00e8re celle en cours. Elle les arrime \u00e0 un grand calendrier plus ancien en carton illustr\u00e9 &nbsp;&#8211; qui lui pla\u00eet encore \u2013 elle le fixe avec de gros trombones en acier. Le temps tombe facilement d\u00e8s qu\u2019on bouge les pages du mois. On \u00e9crit souvent dessus. Les notes griffonn\u00e9es n\u2019exc\u00e8dent pas quatre mots, beaucoup sont \u00e9crites en abr\u00e9g\u00e9. Le temps not\u00e9 est lui-m\u00eame \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Il lui manquera toujours des informations pour sortir des conjectures, pour des relev\u00e9s fiables et ponctuels \u00e0 partir des aventures individuelles et collectives. Le temps est &nbsp;un moissonneur aveugle, fictionnel aussi, par simple oubli de ses traces concr\u00e8tes ou trop discr\u00e8tes. On ne retient pas tout, fort heureusement. Ce n\u2019est pas \u00e0 lui qu\u2019on en veut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\">4|<strong>GAGEURE&nbsp;<em>: &nbsp;<\/em><\/strong><em>Pari (assortiment de jauges).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; LITT\u00c9RAIRE<\/em><\/strong><em>   <\/em><em>Action, projet, opinion qui semble relever d&rsquo;un d\u00e9fi, d&rsquo;un pari<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Tu penses tout de suite \u00e0 <em>Hand in cap<\/em>&nbsp;&#8230; au handicap. Le pari des turfistes qui comparent le poids des jockeys avant une course et cherchent \u00e0 \u00e9quilibrer les pertes de chance en fonction de cela. Tu es tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent et tu sais ce que \u00e7a veut dire. Du samedi au dimanche, surtout la nuit, comme celles des autres jours, ta vie ressemble \u00e0 une travers\u00e9e des r\u00e9miniscences, tu remontes sans arr\u00eat le temps&#8230;. Tu dors de moins en moins, te r\u00e9veille en sursaut, tes douleurs g\u00e9riatriques te servent d\u2019alarme int\u00e9rieure, tu es une fabrique \u00e0 cauchemars saugrenus que tu h\u00e9sites \u00e0 raconter aux gens autour. Tu sais que \u00e7a peut casser l\u2019ambiance. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">L\u2019autre jour, \u00e0 table, l\u2019amie qui dit, en souriant, \u00e0 son mari&nbsp;: <em>&#8211; Tu me tues avec ton pessimisme&nbsp;!<\/em> Lui n\u2019a pas r\u00e9pondu, ils se connaissent par c\u0153ur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Avec la m\u00e9latonine et la lecture du coucher les retours de m\u00e9moire diminuent, tu les sabotes le plus possible, mais tu ne prends aucun hypnotique, tu restes en alerte, la po\u00e9sie non plus ne sauve pas des id\u00e9es noires. Si c\u2019\u00e9tait efficace, on le saurait. Tu as 97 ans et tu ne sais pas si tu vas mourir samedi ou dimanche, peut-\u00eatre entre les deux. \u00ab&nbsp;Mourir dans son sommeil&nbsp;\u00bb est soi-disant la meilleure m\u00e9thode, la plus indolore et sereine. Avec un peu de chance, le SAMU sera satur\u00e9, et on ne viendra m\u00eame pas te r\u00e9animer. &nbsp;La gageure, c\u2019est d\u2019\u00eatre pr\u00eate, comme pour un voyage, un gala &nbsp;ou un mariage, avoir tout pr\u00e9par\u00e9, ne pas \u00eatre trop d\u00e9glingu\u00e9e et effrayante. C\u2019est pour cela que tu te remets chaque soir un peu de poudre de riz sur le nez, \u00e7a sent l\u2019enfance. Tu fais les choses \u00e0 l\u2019envers, tu t\u2019habilles pour te coucher, et tu restes en robe de chambre la journ\u00e9e. Tu ne t\u2019en vantes pas \u00e0 tes proches, ou aux infirmi\u00e8res qui passent en coup de vent, tu fais la pseudo d\u00e9pendante Gir 3, seule ton auxiliaire de vie est dans la confidence&#8230; Elle seule saura ce qu\u2019il faut faire le moment venu pour expliquer aux gens et cela te rassure \u00e9norm\u00e9ment&#8230; enfin, un tout petit peu plus&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image5-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-128899\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image5-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image5-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image5-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image5.jpg 1386w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>5|SEPULTURE&nbsp;:<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong><em>LITT\u00c9RAIRE<\/em><\/strong><em> Inhumation, consid\u00e9r\u00e9e surtout dans les formalit\u00e9s et c\u00e9r\u00e9monies qui l&rsquo;accompagnent. Lieu o\u00f9 est d\u00e9pos\u00e9 le corps d&rsquo;un d\u00e9funt. Violation de s\u00e9pulture<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Elle y pense, tu t\u2019en doutes. D\u00e9j\u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, la veille de la f\u00eate des m\u00e8res, un samedi, elle a dit qu\u2019elle avait failli y passer. La nuit qui a suivi, elle a dit \u2013 Non, ce n\u2019est pas possible. J\u2019attends des invit\u00e9.e.s, je ne peux pas leur faire ce coup \u2013 l\u00e0&#8230; <em>Encore un moment<\/em> &#8230; a-t-elle ajout\u00e9 en rousp\u00e9tant, c\u2019est le titre d\u2019un livre de centenaire c\u00e9l\u00e8bre. Il a piqu\u00e9 la phrase adress\u00e9e \u00e0 son bourreau par un condamn\u00e9 \u00e0 mort tout aussi c\u00e9l\u00e8bre &#8230; &nbsp;Alors pourquoi pas elle&nbsp;? Elle leur avait racont\u00e9 tout un tas d\u2019histoires un peu glauques sur des morts et des mortes mal accompagn\u00e9.e.s. Elle avait des id\u00e9es tr\u00e8s arr\u00eat\u00e9es \u00e0 ce sujet et m\u00eame des id\u00e9es saugrenues pour sa propre disparition. On en parlera plus tard. &nbsp;Seules les plus conventionnelles et g\u00e9rables ont \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es. Une s\u00e9pulture d\u2019\u00e9criture a \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9e&#8230; plut\u00f4t facilement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>6| VITICULTURE&nbsp;:<\/strong> <em>La viticulture est&nbsp;<\/em><em>l&rsquo;activit\u00e9 agricole consistant \u00e0 cultiver une certaine vari\u00e9t\u00e9 de vigne qui produit un fruit pour la consommation humaine : le raisin<\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">La nuit du samedi au dimanche, chaque ann\u00e9e, le premier week-end des vendanges, tout le monde est harass\u00e9 et courbatur\u00e9&#8230; On tombe comme des mouches apr\u00e8s la douche, on voudrait pourtant profiter de l\u2019ambiance, des retrouvailles ou des d\u00e9couvertes de nouvelles recrues, la plupart jeunes et enthousiastes. Les machines \u00e0 vendanger et le covid ont fait dispara\u00eetre&nbsp; ces tabl\u00e9es humaines de s\u00e9cateurs et de porteurs. Les vignes en pente sont des gageures elles aussi. L\u2019eau coup\u00e9e de vin sert de carburant aux muscles, il en faut des quantit\u00e9s industrielles au pied des ceps en bout de rang\u00e9e. Les regards s\u2019y accrochent car il n\u2019est pas question de boire seul.e et avant les autres. Les plaisanteries fusent d\u00e8s qu\u2019il y a &nbsp;d\u00e9sertion suspect\u00e9e ou m\u00eame intention imagin\u00e9e. Il y a parfois des grincheux, des trop s\u00e9rieux, des pas trop f\u00fbt\u00e9s, des chefs de meute, des bons vivants et des paum\u00e9s, filles et gars, il y a surtout le patron et la patronne &nbsp;qui veillent au grain, lui oscille entre&nbsp; commandement militaire et bonhomie de surface un peu grivoise, il faut remplir la benne et ne pas rater son tour \u00e0 la cave coop\u00e9rative, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on perd le plus de temps. Pour lui, surveiller le pesage, les chiffres de degr\u00e9 du jus de raisin et les \u00e9quipes de vendange en m\u00eame temps est impossible. Il a toujours un ou deux hommes de confiance, des fils pas trop rebelles, et les femmes sont l\u00e0 pour la nourriture et la lessive. Elles se plaignent ou se r\u00e9jouissent selon le comportement des troupes. Ce n\u2019est qu\u2019un vieux souvenir. Aujourd\u2019hui, pour les vignes en pente, les rares vendangeurs viennent en camping-car, ou sont log\u00e9s dispers\u00e9s chez l\u2019habitant, ils font leur journ\u00e9e selon des horaires non extensibles et connaissent la r\u00e9glementation sur le travail au noir r\u00e9pr\u00e9hensible. Ils vont vite et cherchent \u00e0 rentabiliser leur pr\u00e9sence sur plusieurs sites. La fermeture des fronti\u00e8res au moment du covid a&nbsp; fait prendre conscience du caract\u00e8re pr\u00e9cieux de cette main d\u2019\u0153uvre temporaire. Les viticulteurs font aujourd\u2019hui appel \u00e0 des agences d\u2019int\u00e9rim pour s\u2019assurer des effectifs suffisants et ils bataillent pour y parvenir. &nbsp;Sur les surfaces \u00e0 peu pr\u00e8s plates, ils arrachent les vieux ceps et replantent de nouveaux c\u00e9pages avec l\u2019\u00e9cartement qui permet le passage de la vendangeuse \u00e0 moteur. &nbsp; Nostalgie des vendanges d\u2019antan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/RAISIN-1-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-128901\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/RAISIN-1-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/RAISIN-1-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/RAISIN-1-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/RAISIN-1.jpg 1262w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>7.AFFILURE<\/strong>&nbsp;: <em>partie oblique du grain d\u2019orge du clou [&#8230;] qui doit \u00eatre plac\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur du pied.&nbsp;(Mar\u00e9chalerie)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">L\u2019homme est fier sur son cheval de race, il a les moustaches de l\u2019\u00e9poque, il est habill\u00e9 en militaire, il conna\u00eet le monde paysan et surtout les vergers et les jardins. Il a \u00e9t\u00e9 boulanger, le reste encore sous l\u2019uniforme. Aucun souvenir de sa voix. C\u2019\u00e9tait un taiseux disait sa fille. Il est mort deux ans apr\u00e8s sa seconde \u00e9pouse suite \u00e0 un un bref \u00a0passage en maison de retraite. Il est mort bizarrement. Il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9. Il ne voulait pas encombrer sa fille et son gendre, \u00eatre de trop dans cette maisonn\u00e9e \u00e0 marmaille nombreuse. Les petits allaient le voir \u00e0 l\u2019hospice, il leur gardait ses g\u00e2teaux secs, il avait le m\u00eame sourire que leur m\u00e8re, sans doute celui qu\u2019il lui avait l\u00e9gu\u00e9 pendant sa tendre enfance. Il avalait des tubes et des tubes de Lact\u00e9ol\u00a0, il  redonnait les emballages vides, sa fille l\u2019approvisionnait en quantit\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales. Sans doute des s\u00e9quelles de la guerre et de l\u2019angoisse trimball\u00e9e toute sa vie. \u00a0Enfance bris\u00e9e de ses deux gosses, m\u00e9chamment bouscul\u00e9e par la mort maternelle. On ne laisse pas un homme veuf se d\u00e9brouiller seul. On lui cherche une rempla\u00e7ante. En ce temps -l\u00e0, on faisait venir des Italiennes d\u00e9sireuses de se faire naturaliser&#8230; L\u2019Italie Mussolinienne \u00e9tait une lourde incitation \u00e0 l\u2019exil.\u00a0 Celle -ci fit l\u2019affaire, propuls\u00e9e par une ou deux s\u0153urs du beau cavalier aux yeux bleus, peu dispos\u00e9es \u00e0 s\u2019occuper des deux orphelins. Une intrusion qui fit beaucoup d\u2019\u00e9clats dans la vie de la plus jeune.\u00a0 -Tu comprends, j\u2019avais eu mon p\u00e8re pour nous deux pendant deux ans, il s\u2019occupait bien de nous, il nous faisait tout, il faisait \u00e0 manger, il me lavait, tout\u00a0&#8230; je te dis, et voil\u00e0 qu\u2019elle d\u00e9barque, qu\u2019elle enl\u00e8ve toutes les photos, les affaires de maman dans la chambre, moi je ne comprenais pas, j\u2019en voulais \u00e0 mon p\u00e8re&#8230; La belle-m\u00e8re comme <em>l\u2019affilure mal plant\u00e9e<\/em> au pied de \u00a0la jeunesse d\u2019une enfant inconsolable. Leur relation ne fut jamais bonne parfois orageuse et violente, mais elle lui a ferm\u00e9 les yeux.\u00a0 Entre-temps encore des vicissitudes. Les \u00a0nuits de samedi \u00e0 dimanche pas beaucoup moins int\u00e9ressantes \u00e0 raconter que leurs destins respectifs contrast\u00e9s. L\u2019affilure implacable et tordue de la malchance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-electric-grass-gradient-background has-background has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong><em>C\u2019est une chose souvent \u00e9prouv\u00e9e&nbsp;: cet ab\u00eeme entre un savoir lourd, embaum\u00e9 dans les livres ou les morales, et l\u2019humeur a\u00e9rienne de la vie qui va&nbsp;. On peut ainsi \u00eatre instruit de tout, et passer&nbsp; sa vie dans l\u2019ignorance absolue de la vie. Ce ne sont pas les livres qui en sont la cause, mais la parcimonie d\u2019un d\u00e9sir, l\u2019\u00e9troitesse d\u2019un r\u00eave. Au fond si la v\u00e9rit\u00e9 nous fait parfois d\u00e9faut, c\u2019est parce que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 lui manquer, en pr\u00e9tendant la r\u00e9genter et la conna\u00eetre.<\/em><\/strong><\/p>\n<cite><em><strong>Christian BOBIN, Le huiti\u00e8me jour de la semaine<\/strong><\/em><\/cite><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1| STRUCTURE&nbsp;:&nbsp; ce qui r\u00e9siste au changement. &nbsp;Structure narrative&nbsp;: ce qui persiste malgr\u00e9 les changements. Dans un vieux carnet rouge de ses dix- SEPT &nbsp;ans, lors d\u2019un exil volontaire, elle avait not\u00e9 quelque chose, entendue ou lue. Toujours \u00e0 court de papier \u00e0 cette \u00e9poque. C\u2019\u00e9tait dans ce m\u00eame carnet \u00e0 spirales qui avait perdu son dos de couverture qu\u2019elle <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04bis-week-ends-non-homologues\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Week-ends non homologu\u00e9s<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":498,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4688,4525],"tags":[],"class_list":["post-128892","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04bis-nicole-caligaris-du-samedi-au-dimanche","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128892","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/498"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=128892"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/128892\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=128892"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=128892"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=128892"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}