{"id":128973,"date":"2023-07-07T12:08:09","date_gmt":"2023-07-07T10:08:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=128973"},"modified":"2023-07-09T07:29:26","modified_gmt":"2023-07-09T05:29:26","slug":"ete-2023-4bis-nuits-terminales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-4bis-nuits-terminales\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | Nuits terminales"},"content":{"rendered":"\n<p>1.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, le radeau s\u2019est trouv\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de mots, au pied du lit. Le courant \u00e9tait fort et on sait qu\u2019il est impossible de lutter contre. La seule possibilit\u00e9&nbsp;: se laisser entrainer par lui et esp\u00e9rer en sortir quand il se m\u00ealera aux eaux plus calmes. A ce moment-l\u00e0, elle est dans l\u2019\u0153il du courant et se retrouve dans une b\u00e2tisse un peu en arc-de-cercle, comme une capitainerie. Il semblerait qu\u2019il y ait des visiteurs humides qui se fraient difficilement un chemin parmi cordages et paniers. Elle a tant \u00e0 dire \u00e0 son ami pas vu depuis si longtemps qu\u2019elle ne sait par o\u00f9 commencer et c\u2019est lui qui attire son attention sur la ligne d\u2019horizon. On y devine la pr\u00e9sence d\u2019une mer silencieuse dont les vagues se rapprochent en grandissant. Mais il n\u2019y a pas de danger, elles sont loin, comme ralenties et surtout offrent le spectacle d\u2019une vaste \u00e9meraude claire sertie d\u2019\u00e9cume qui cristallise \u00e0 vue d\u2019\u0153il. Le temps de s\u2019extraire de la fascination et il est trop tard&nbsp;: les d\u00e9ferlantes se fracassent de toutes parts autour de la capitainerie encercl\u00e9e, l\u2019ami a d\u00e9j\u00e0 disparu. Elle a juste le temps de s\u2019emparer du carnet au pied du lit et d\u2019y jeter le mot \u00e9meraude.<\/p>\n\n\n\n<p>2.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, une bribe du p\u00e9riple est remont\u00e9e \u00e0 la surface. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e du mistral qui renverse, des abricotiers secou\u00e9s, de la route de Saumane, de la br\u00e8che dans le mur et du grand po\u00e8te \u00e0 la lanterne. Juste avant, elles avaient rejoint en stop la c\u00f4te M\u00e9diterran\u00e9enne. La grande bleue offrait aux voyageuses ses calanques et ses villes pas encore tagu\u00e9es. Les voici au bord, on se dit qu\u2019on peut dormir \u00e0 la belle \u00e9toile, en \u00e9chappant \u00e0 la chaleur suffocante. La nuit est venue sans qu\u2019on s\u2019en aper\u00e7oive. Et l\u00e0, impossible de rester au bord. La mer est un appel. Il n\u2019y a personne, c\u2019est l\u2019heure du bain de minuit. Elles entrent dans l\u2019immense \u00e9toffe fluide et sombre qui entoure les corps d\u2019une fraicheur vivante. Elles nagent lentement. Soudain, l\u2019une appelle l\u2019autre et vice-versa&nbsp;: regarde autour de toi, tes contours brillent. Une cohorte de micro-organismes marins luminescents comme aimant\u00e9s par le mouvement des corps immerg\u00e9s les accompagne au plus pr\u00e8s. Pr\u00e9sence phosphorescente dans l\u2019infini noir dont elles brassent la chair.<\/p>\n\n\n\n<p>3.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, elle a \u00e9tal\u00e9 les agendas annot\u00e9s sur la table pour y pr\u00e9lever les traces laiss\u00e9es par les fins de semaines, avec l\u2019implicite des nuits. Se m\u00ealent dans le d\u00e9sordre les d\u00e9tails dont parfois le sens s\u2019est retir\u00e9 et les notes minuscules d\u2019o\u00f9 ressurgissent intacts les \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs&nbsp;: apprendre \u00e0 vivre apr\u00e8s le choc&nbsp;; pr\u00e9paratifs pour l\u2019hommage \u00e0 Jo\u00ebl K, cach\u00e9 pendant la guerre mais rattrap\u00e9 par le virus&nbsp;; d\u00e9part imminent pour le village d\u2019enfants&nbsp;; une certitude&nbsp;:&nbsp; aller l\u00e0 o\u00f9 il a v\u00e9cu, l\u00e0 o\u00f9 je l\u2019ai retrouv\u00e9, inscrit depuis qu\u2019il a disparu dans les paysages que notre fils ne connait pas encore&nbsp;; corps cass\u00e9 apr\u00e8s le rangement de l\u2019atelier vid\u00e9&nbsp;; galerie des grands cristaux&nbsp;; f\u00eate pour l\u2019anniversaire de l\u2019amie fid\u00e8le avec rires et cam\u00e9lia rare&nbsp;; &nbsp;relecture du conte \u00e9crit pendant le confinement, en sept \u00e9pisodes&nbsp;; le parfum du muguet cueilli le jour dans les bois te r\u00e9veille la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>4.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, sur le quai, le long du port, un plancher de bois que les danseurs mart\u00e8lent inlassablement. Tant que les musiciens lanceront les airs et soul\u00e8veront les vies, cercles et couples se reformeront. Il y a l\u00e0 quelque chose d\u2019inexorable, le battement d\u2019une transe port\u00e9e par l\u2019odeur des embruns. Les touristes sont partis. Reste le noyau dur de ceux qui d\u00e9vident leur histoire au contact des rythmes ternaires, passe-pieds ou m\u00e9moire du battage transform\u00e9 en danse d\u00e9cal\u00e9e de quelques centim\u00e8tres quand il s\u2019agissait de s\u00e9parer la balle et le grain. C\u2019est souvent le m\u00eame homme \u00e0 la barbe blanche, surnomm\u00e9 le druide du port, qui m\u00e8ne la cha\u00eene humaine en veillant \u00e0 ce que la conduite hypnotique de la danse g\u00e9n\u00e8re l\u2019autre espace, avec lequel chacun repart, une fois \u00e9teints les derniers sons.<\/p>\n\n\n\n<p>5.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche il a fallu prendre la route en catastrophe. Les enfants r\u00e9veill\u00e9s en sursaut n\u2019ont pas compris ce qui se passait. Juste le cri d\u2019une m\u00e8re dans la nuit, le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9, des oreillers jet\u00e9s pour eux \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et \u00e0 l\u2019avant des sanglots, des questions, des bribes. Il est mort pendant le transport \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, le fou jaloux l\u2019a assassin\u00e9. La voiture file dans la nuit. Ce n\u2019est plus le paysage enchanteur du jour, quand ton p\u00e8re prenait l\u2019ancienne route de Reims en commentant toujours de la m\u00eame mani\u00e8re, pour agacer ta m\u00e8re, la pr\u00e9sence des rivi\u00e8res dans la vall\u00e9e. Le grand Morin a d\u00e9bord\u00e9 et la lune \u00e9claire l\u2019eau sortie de son lit. Tu ne sais pas \u00e0 ce moment-l\u00e0 que tu ne reverras plus jamais ton grand-p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>6.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, la fen\u00eatre est rest\u00e9e ouverte. L\u2019orage n\u2019est pas loin. La pluie est si rare qu\u2019il ne faut pas manquer son cr\u00e9pitement et son parfum  quand elle p\u00e9n\u00e8tre la terre assoiff\u00e9e. Elle pense \u00e0 la phrase d\u2019une chanson \u00e9crite il y a longtemps&nbsp;: la pluie ne tombera que dans le sillon des soifs renouvel\u00e9es\u2026 La fen\u00eatre est ouverte, et donne sur l\u2019attente. Eclairs de chaleur, demi-sommeil. Il pleuvra tellement que le lac d\u2019Enghien, les ruisseaux et vieilles sources dans la for\u00eat, l\u2019Oise d\u00e9borderont \u00e0 leur tour. Elle s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e depuis longtemps. Au pied du lit, un autre radeau est amarr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1.Dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, le radeau s\u2019est trouv\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de mots, au pied du lit. Le courant \u00e9tait fort et on sait qu\u2019il est impossible de lutter contre. 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