{"id":129081,"date":"2023-07-08T16:31:52","date_gmt":"2023-07-08T14:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129081"},"modified":"2023-07-09T07:25:40","modified_gmt":"2023-07-09T05:25:40","slug":"ete-2023-4-bis-14-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-4-bis-14-juillet\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | 14 juillet"},"content":{"rendered":"\n<p>1\/ Dans cette premi\u00e8re nuit en France, il est difficile de trouver le sommeil. Il y a des p\u00e9tards qui r\u00e9sonnent, des gens qui chantent dans la rue, ou qui crient. Son beau-fr\u00e8re lui a dit que c\u2019est la f\u00eate nationale en France et que les gens vont danser dans des bals populaires sur des places de la ville, c\u2019est normal il ne faut pas s\u2019inqui\u00e9ter. Mafalda a plein de questions en t\u00eate et se dit surtout qu\u2019il lui faudrait bien prendre un peu de repos avant les r\u00e9veils du b\u00e9b\u00e9. On ne va pas pouvoir rester longtemps ici chez Antonio et Jos\u00e9phine. On va vite d\u00e9ranger m\u00eame s\u2019ils sont tr\u00e8s accueillants. C\u2019est tout petit et ils ont trois enfants. Ils ont l\u2019air malades aussi Est-ce que j\u2019aurai autant d\u2019enfants un jour. Est-ce que mon b\u00e9b\u00e9 va survivre \u00e0 ce grand changement. Mon petit Isidoro a v\u00e9cu si peu de jours. Et les jumeaux qui n\u2019ont pas respir\u00e9&#8230;Est-ce que Laura saura vivre&nbsp;? Et moi est-ce que je saurai me d\u00e9brouiller ici\u2026 Gildo ne se rend pas compte\u2026Pourquoi je suis l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>2\/ L\u2019oubli a commenc\u00e9 \u00e0 se cristalliser, \u00e0 habiter les corps. Cinq ans de vie ici. Et des morts, tant de morts. Il faudrait dresser la liste de tous ces absents, psalmodier leurs pr\u00e9noms pour qu\u2019ils continuent \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sents. Des morts ici et l\u00e0-bas. Une petite Bernardine encore qui dispara\u00eet \u00e0 dix-huit mois. Et puis Antonio et Jos\u00e9phine. Et leurs trois enfants qui seront plac\u00e9s dans un orphelinat. Celle que l\u2019on n\u2019aura pas revue avant, la m\u00e8re de Mafalda, partie \u00e0 peine deux ans apr\u00e8s leur d\u00e9part. Est-ce qu\u2019une naissance \u00e9quilibre tout \u00e7\u00e0&nbsp;; la venue au monde du petit Louis qui a rejoint Laura qui a cinq ans maintenant. Et tous deux mis en nourrice \u00e0 la campagne pendant que leur m\u00e8re est soign\u00e9e pour une tuberculose. Mais en cette nuit du 14 juillet 1929, elle va mieux, elle est gu\u00e9rie et pourra aller rechercher ses deux enfants dans quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<p>3\/ Et la m\u00e9moire qui travaille encore. Cet anniversaire du 14 juillet est ais\u00e9 \u00e0 ne pas oublier \u00c7a raconte en soi, m\u00eame si on ne le souhaite pas. \u00c7a raconte avec les mots en fran\u00e7ais d\u00e9sormais, les phrases en italien se sont amenuis\u00e9es. Les enfants, ils sont 5 maintenant, veulent parler fran\u00e7ais. D\u00e9j\u00e0 le nom de famille les g\u00eane, car les gens ne le prononcent pas correctement&nbsp;; ils sont habitu\u00e9s mais ils d\u00e9testent toujours se faire traiter de macaronis. Laura a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019il fallait parler encore mieux la langue fran\u00e7aise, pour faire taire ceux qui n\u2019ont pas id\u00e9e de ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu. Et en cette ann\u00e9e de 1940 ils ont enfin obtenu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>4\/ En ce 14 juillet 1950, \u00e7a y est, on commence \u00e0 vivre de fa\u00e7on plus ais\u00e9e. Les six enfants vont bien, font des \u00e9tudes, travaillent et il y a m\u00eame un b\u00e9b\u00e9 qui vient de na\u00eetre chez Laura, et un autre qui se profile chez Louis. La vie continue ses tourbillons. Gildo et Mafalda ont un petit pied \u00e0 terre \u00e0 la campagne. Ils peuvent retrouver les plaisirs de la p\u00eache dans une rivi\u00e8re et souffler un peu. Ils sont retourn\u00e9s en Italie une fois en 47, mais \u00e0 quoi bon&#8230;On n\u2019a plus grand-chose \u00e0 dire \u00e0 ceux qui sont rest\u00e9s l\u00e0-bas\u2026 Les enfants ne parlent m\u00eame pas l\u2019italien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>5\/ Bien s\u00fbr, ils ont gard\u00e9 l\u2019accent de l\u00e0-bas, avec les \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb et les&nbsp;\u00bbr&nbsp;\u00bb un peu roul\u00e9s dans la gorge, le \u00ab&nbsp;u&nbsp;\u00bb ils n\u2019y parviendront jamais et puis quelle importance\u2026 De nombreux petits-enfants sont n\u00e9s, une dizaine, qui n\u2019osent pas ou ne pensent pas \u00e0 poser des questions \u00e0 leurs grands-parents pour savoir un peu de ce que fut leur vie. Gildo ne sait pas encore qu\u2019en ce 14 juillet 1967 il ne lui reste qu\u2019\u00e0 peine un mois \u00e0 vivre, que son c\u0153ur est us\u00e9 et que l\u2019\u00e9t\u00e9 sera noir comme les v\u00eatements que Laura rev\u00eatira sous peu.<\/p>\n\n\n\n<p>6\/ Les ann\u00e9es qui suivront ne seront plus les m\u00eames, l\u2019insouciance n\u2019est plus. Des blocs de vie se d\u00e9sagr\u00e8gent. Mafalda choisit de partir \u00e0 son tour en un 23 juin et le 14 juillet 1974 ne verra que l\u2019effritement des relations entre les enfants. Tout bascule. Des mots sont prononc\u00e9s ou raval\u00e9s mais ce n\u2019est pas mieux et tout se d\u00e9saccorde. Chacun s\u2019enferme derri\u00e8re ses murs. Chacun reste dans son flou int\u00e9rieur. La vie d\u2019avant ne sera plus.<\/p>\n\n\n\n<p>7\/ \u00c0 pr\u00e8s de cent ans de ce premier 14 juillet 1924, se dire que je suis l\u00e0, post\u00e9e devant mon \u00e9cran d\u2019ordinateur \u00e0 tenter de redonner vie \u00e0 ces grands-parents, sans qui je ne serais pas. Avec plus personne \u00e0 questionner. Et \u00e0 me demander qui tente d\u2019\u00e9crire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Dans cette premi\u00e8re nuit en France, il est difficile de trouver le sommeil. Il y a des p\u00e9tards qui r\u00e9sonnent, des gens qui chantent dans la rue, ou qui crient. 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