{"id":129221,"date":"2023-07-09T16:16:12","date_gmt":"2023-07-09T14:16:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129221"},"modified":"2023-07-09T16:16:13","modified_gmt":"2023-07-09T14:16:13","slug":"ete2023-04bis-7-nuits-ca-te-dit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04bis-7-nuits-ca-te-dit\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04bis | 7 nuits, \u00e7a te dit ?"},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Le chien s\u2019est barr\u00e9 ce soir. Son fr\u00e8re est pass\u00e9 en coup de vent dans la chambre et lui a dit d\u2019arr\u00eater. C\u2019est comme \u00e7a quand le chien s\u2019est barr\u00e9, faut tout arr\u00eater. Il a pas c\u00e9d\u00e9 comme \u00e7a mais l\u2019autre a continu\u00e9, faut venir le beau-p\u00e8re va le chercher. Il lui a dit qu\u2019il sortirait plus tard mais l\u2019autre \u00e7a pas fait d\u00e9vier non plus. Fini Counter-strike. Il a bien essay\u00e9 de trouver une autre excuse mais il savait plus quoi dire, \u00e7a lui arrive, il aime pas. Alors il a balanc\u00e9 un nanani nanana pour pas avoir l\u2019air d\u2019un con qu\u2019a baiss\u00e9 la t\u00eate, qu\u2019a fait son faible. Quand le fr\u00e8re a fait genre de d\u00e9brancher la console, \u00e7a l\u2019a bien \u00e9nerv\u00e9, il a balanc\u00e9 sa manette. C\u2019est pas l\u2019envie de lui en mettre une qui lui a manqu\u00e9 mais c\u2019est son fr\u00e8re et puis il est s\u00fbr de pas avoir le dessus. Alors pas la peine de s\u2019en prendre une pour rien. Il est sorti. Maintenant il est dehors, il fait pas encore compl\u00e8tement nuit vu que c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 les jours ils sont plus longs. Il entend le moteur du quad, le rouge, d\u00e9j\u00e0 sorti qui toussote et manque parfois de s\u2019\u00e9touffer. Quand c\u2019est noy\u00e9, c\u2019est fichu et faut attendre au moins un peu avant que \u00e7a red\u00e9marre. Mais, \u00e7a repart \u00e0 chaque fois, comme son c\u0153ur au moment o\u00f9 un CT d\u00e9barque alors qu\u2019il pense la mission termin\u00e9e. Il monte \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, et il sent le vide au bas de son ventre quand l\u2019autre acc\u00e9l\u00e8re d\u2019un coup. Il n\u2019arrive pas \u00e0 savoir s\u2019il aime ou pas. Un peu des deux, \u00e7a fait un vide en bas de son ventre, et l\u2019inconnu, il sait pas comment le prendre, il a envie d\u2019y sauter mais il sait pas si y a un fond au fond. Alors il gueule un bon coup pour remplir ses silences.<\/li>\n\n\n\n<li>Il jouait encore avec se morceau de chiffon. Hier, sa m\u00e8re le lui avait repris des mains. Trop sale \u00e0 tra\u00eener partout comme \u00e7a, par terre, avec le chien qui se vautrait dans le coin. Il le m\u00e2chonnait avec sa gueule en deux couleurs, noir et blanc. Puis, attir\u00e9 ailleurs, il l\u2019avait rel\u00e2ch\u00e9 dans un coin, lui alors, il l\u2019avait bien remarqu\u00e9 et l\u2019avait repris, sa m\u00e8re ne le regardait pas. Il l\u2019avait ramen\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa chambre. C\u2019\u00e9tait encore un peu chaud et humide et \u00e7a sentait un peu le poil. \u00c7a le rassure bien maintenant de l\u2019avoir dans sa main, en boule coll\u00e9 dans le creux de sa gorge fine. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il se sent le plus fragile, il sent son c\u0153ur tout au bord qui bat, qui bat un peu trop vite. Et ses oreilles, il aimerait ne plus les avoir, en cornet, ouvertes sur le bruit et sur la p\u00e9nombre. Il entend encore le son de la t\u00e9l\u00e9 dans le salon, et parfois, ces parents parlent mais leurs paroles sont \u00e9touff\u00e9es par son coussin. Il s\u2019imagine alors deux \u00eatres, deux cr\u00e9atures inconnues qui les auraient remplac\u00e9s mais en gardant, pour le moment en tout cas, des semblances famili\u00e8res. Plus il y pense, plus l\u2019\u00e9tranget\u00e9 prend forme, il cherche, rassemble les preuves de son erreur mais chaque confirmation de la pr\u00e9sence de ses parents, l\u00e0-bas, renforce le doute, ici, au creux de son cou, l\u00e0 o\u00f9 la chair est si vuln\u00e9rable. Dans la rue, en bas, un moteur rugit et s\u2019enfuit dans la nuit laissant une tra\u00een\u00e9e de musique autotun\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li>Elle marche, tourne en rond dans cet appartement, marche, tourne en rond. Elle baisse la t\u00eate, ses cheveux forment autour de son visage une barri\u00e8re protectrice. Alors, elle s\u2019absorbe en elle-m\u00eame comme elle sait le faire, comme elle l\u2019a toujours fait, on le lui a dit, depuis son plus jeune \u00e2ge. Elle pouvait, elle ne s\u2019en souvient pas mais en retire une forme de fiert\u00e9, passer de longs moments \u00e0 caresser une \u00e9tiquette, sans se d\u00e9tourner ni se lasser. Elle a gard\u00e9 cette consistance et cette pers\u00e9v\u00e9rance m\u00eame dans le d\u00e9lassement. Elle a sa m\u00e9thode et l\u2019applique avec s\u00e9rieux. Elle en a fait un rituel, coupure profonde, elle cherche la s\u00e9cession du quotidien. On la gave partout de ces bonnes pens\u00e9es comme un cat\u00e9chisme, des paroles creuses que les adultes lui servent en mantra. A quinze ans elle en sait assez pour avoir compris tous ces faux-semblants et ces discours vains. Elle r\u00e9p\u00e8te et approfondit en elle ces gestes, elle y cherche ce retrait, elle sent son rythme cardiaque descendre, elle reprends son portable en main, elle lance l\u2019appli, elle marche, elle adopte ce rythme hypnotique qui fait brailler son p\u00e8re, elle prend son casque, en d\u00e9plie les oreillettes comme des ailes, elle est la main s\u00fbre, elle le glisse sans accrocs sur ses oreilles.<\/li>\n\n\n\n<li>D\u00e9taler, d\u00e9taler. Ouais, il courre sans arr\u00eat. \u00c7a tricote sous lui, et c\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a se passe, toujours. Il se sent \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans son studio, \u00e7a lui arrive parfois, avec dans la gorge une boule qui enfle. Une col\u00e8re sourde qu\u2019il n\u2019a pas vu venir. Il est tourn\u00e9 juste la t\u00eate et voil\u00e0, elle est l\u00e0, en lui, fich\u00e9e dans gorge, comme un pendentif de chair pulsante. Et \u00e7a ne demande qu\u2019\u00e0 sortir, il veut exploser ses murs, c\u2019est oppressant d\u2019un coup comme quand il \u00e9tait gosse et qu\u2019il se comprimait la poitrine. Apr\u00e8s il rel\u00e2chait et qu\u2019elle sensation. Le sang revenant, il \u00e9tendait les bras, pr\u00eat au d\u00e9collage.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019\u00e9cran digital affiche leur ombres couch\u00e9es sur le dos. Une station, une \u00e9mission sur L\u00e9on Blum, ce soir et une s\u00e9rie qu\u2019ils \u00e9coutent. Ils sont d\u00e9pos\u00e9s dans un demi-sommeil, plein de r\u00e9manences. Elle, ce sont aussi, toujours un peu plus tard dans la nuit, \u00e0 une heure de rediffusion des \u00e9missions de la veille, des angoisses qui montent et gonflent, une peur diffuse. Elle lui \u00e9chappe, il n\u2019y a pas moyen, elle ne se circonscrit pas car et si\u2026 Lui, une humeur grasse lui fait la respiration sifflante, il grasseye et tousse, il lui \u00e9chappe un g\u00e9missement, personne ne s\u2019en soucie. Ses membres, vers le bas, c\u2019est une compote m\u00eal\u00e9e de chair et d\u2019\u00e9lancement douloureux, \u00e7a scie et \u00e7a cogne, bordel, et \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate pas. Il cherche un appui, \u00e0 accrocher \u00e7a ailleurs, dans un bon souvenir, un de ses livres talisman qui l\u2019ont qui longtemps et s\u00fbrement prot\u00e9g\u00e9 des vicissitudes du dehors.<\/li>\n\n\n\n<li>Ses semaines s\u2019\u00e9coulaient toujours, c\u2019\u00e9tait ainsi. Elle en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 cet instant, o\u00f9 toutes ses pens\u00e9es et ses actions semblaient converger et s\u2019annihiler. C\u2019\u00e9tait l\u2019attente d\u2019un sommeil mais il ne venait pas ou jamais quand on le supposait. Il la fuyait, s\u2019\u00e9loignant d\u2019elle quand elle esquissait un pas vers lui et parfois alors qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9courag\u00e9e, il la prenait par derri\u00e8re. Par surprise. Elle se rappelait les \u00e9v\u00e8nements mineurs de la journ\u00e9e, les courses dans son supermarch\u00e9, elle se revoyait en d\u00e9ambulation dans des all\u00e9es dont les rayonnages \u00e9taient vides. Et puis, un air, un de ceux dispens\u00e9s en flot continu, lui revenait en t\u00eate. C\u2019\u00e9tait noy\u00e9 dans un \u00e9clairage blanc de n\u00e9on, des visages, oubli\u00e9s la seconde d\u2019avant, se mat\u00e9rialisaient sous ses yeux. C\u2019\u00e9tait le cas ce soir, elle s\u2019\u00e9tait, lasse d\u2019attendre, relev\u00e9e puis mise devant la baie vitr\u00e9e et silencieuse \u00e0 cette heure. Elle prenait une chaise, la blanche en formica. Elle la pla\u00e7ait au milieu de la pi\u00e8ce, avec pr\u00e9caution, comme si elle craignait d\u2019\u00e9veiller quelqu\u2019un. Elle veillait \u00e0 ne produire aucun bruit et se d\u00e9pla\u00e7ait avec pr\u00e9caution, si on lui en avait demand\u00e9 la raison, elle n\u2019aurait pas su l\u2019expliquer. Cela tenait d\u2019une \u00e9vidence, cela la d\u00e9passait. Sans ses lunettes, la surface glac\u00e9e \u00e9tendait un mur brouill\u00e9 entre elle et la nuit. Sur cet \u00e9cran, elle laissait l\u00e9zarder les lumi\u00e8res en mouvement, rares \u00e0 cette heure et ses fantasmagories en surimpression. Dehors \u00e7a gueulait au loin, des chansons, des invectives, des suppliques \u00e0 la nuit ou \u00e0 un dieu inconnu.<\/li>\n\n\n\n<li>Toute la musique, l\u2019alcool et les vapeurs de beuh, lui battent dans les tempes. Des pens\u00e9es le traversent, aucune ne se fixe, \u00e0 part cette sensation que le sol se d\u00e9robe, sous ses pieds, le sol est mou et collant. Des mains, il y a des mains, qui s\u2019acharnent \u00e0 lui choper le pied, et le suivant et \u00e7a recommence. Sa marche est entrav\u00e9e. Il ouvre son blouson, il b\u00e9e grand la bouche. Il ressemble \u00e0 un poisson qu\u2019on aurait laisser l\u00e0 crever au grand air, les ou\u00efes palpitantes. Il veut du frais, des vagues de chaud et des remugles de biles et de bi\u00e8re le submerge un instant. Il a l\u2019impression d\u2019avoir ing\u00e9r\u00e9 un volcan, \u00e7a enfle et reflue. Une voiture, sortie de nulle part, passe en klaxonnant doigt bloqu\u00e9. Il n\u2019a plus de pass\u00e9 et pas de futur. Le temps est en \u00e9quilibre sur ses jambes vacillantes, il tremble un moment d\u2019indiff\u00e9rence et de fatalisme et repart vers la source qui palpite, en binaire par capillarit\u00e9. La pesanteur, sa pesanteur, elle, n\u2019a jamais exist\u00e9, il coule.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":536,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4688,4525],"tags":[],"class_list":["post-129221","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04bis-nicole-caligaris-du-samedi-au-dimanche","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/536"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129221"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129221\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}