{"id":129291,"date":"2023-07-09T18:39:02","date_gmt":"2023-07-09T16:39:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129291"},"modified":"2023-07-09T21:29:16","modified_gmt":"2023-07-09T19:29:16","slug":"ete2023-05-celle-qui-sechappe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-05-celle-qui-sechappe\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05 | celle qui s&rsquo;\u00e9chappe"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Une femme ferme la porte de ce qui n\u2019est plus sa maison derri\u00e8re elle. Elle porte un sac en tissu. Les yeux au sol, elle marche un peu trop vite. Elle descend les escaliers de la ruelle sans doute pour la derni\u00e8re fois. En bas la rue, en bas la casquette de celui qui l\u2019attend. Au nuage qui encadre la t\u00eate reconnue, elle devine qu\u2019il est en train de fumer, une main dans la poche. Il l\u2019aper\u00e7oit enfin, hoche imperceptiblement la t\u00eate. Imperceptible la joie, imperceptible les battements de c\u0153ur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019en vais, \u00e7a y est. Ils seront mieux sans moi de toute fa\u00e7on. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 une bonne m\u00e8re. Des m\u00f4mes mal fringu\u00e9s, mal coiff\u00e9s, des souillons qui sentent pas bon. Ils sont sortis de mon ventre, tous, mais jamais entr\u00e9s dans mon sang, dans ma gorge. Ils survivront, du moment qu\u2019ils bouffent. Allez, j\u2019efface tout, un coup de peinture noire et je cours vers ma vie enfin. Il est l\u00e0, en bas des escaliers, immense sur ses deux pieds, inqui\u00e9tant, taiseux. Les frissons qu\u2019il me donne sont d\u2019amour et de crainte. Prends-moi, enl\u00e8ve-moi, frappe-moi, je le veux.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle arrive, elle a mis des talons, quelle id\u00e9e. On doit traverser la ville \u00e0 pieds, elle va morfler. Le tram ne passe pas par chez moi. Regarde-la, toute joyeuse d\u2019abandonner ses enfants. Elle est \u00e0 moi, elle me revient, elle est mon d\u00fb. Elle va m\u2019ob\u00e9ir, me servir. Ses remords seront ma meilleure alliance. Je refermerai la porte sur elle et elle me go\u00fbtera \u00e0 m\u00eame la peau. J\u2019aurai ses cheveux entre les mains. Pas besoin de causer, elle se pr\u00e9cipite vers moi. Regarde-la vaciller sur ses chevilles. Clac clac clac font les chaussures noires. J\u2019aime quand elle remet une m\u00e8che derri\u00e8re l\u2019oreille. Sa bouche fine sur la mienne. T\u2019es conne, on pourrait nous voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rideau entre eux et moi. Je le savais, elle s&rsquo;en va. Planqu\u00e9 dans l\u2019ombre de ma cordonnerie, je vois la femme de mon ami d\u00e9valer les escaliers en pierre, un sac en tissu pour tout passeport. On dirait qu\u2019elle vole vers le type \u00e0 casquette. Je le sentais, elle s\u2019en va et son mari va rester seul avec ses 4 moucherons. Bonjour Madame, oui, vos souliers sont pr\u00eats. J\u2019ai d\u00fb ressemel\u2026 oui, \u00e7a fera 200 francs. Elle en a rien \u00e0 foutre du comment, elle veut ses chaussures. Non c\u2019est pas cher, Madame, c\u2019est m\u00eame pas assez cher pour que je vive d\u00e9cemment. J\u2019ai une bouche \u00e0 nourrir, moi. Ma vieille m\u00e8re indigne, qui pleurniche son agonie d\u00e8s que j\u2019apparais. Mon seul horizon, c\u2019est la vue sur les escaliers qui filent vers celui qui me hante, l\u2019homme quitt\u00e9 que je vais devoir, pouvoir consoler. Je prends des minutes sur mon espoir pour conclure la transaction avec vous, Madame. Dehors, une vie bascule, Madame. Casse-toi, Madame, laisse-moi savourer un drame \u00e0 venir qui fait trembler mes mains. Je sais, je sais qu\u2019il n\u2019y aura rien entre lui et moi, je sais que mon d\u00e9sir restera au creux de mes douleurs mais il souffrira d\u2019un deuil \u00e0 adoucir. Et je serai ce pansement muet. Oui, m\u00e8re, j\u2019arrive. Je termine avec Madame. Au revoir, Madame. Merci Madame. A bient\u00f4t Madame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cordonnier sent mauvais. Je ne supporte pas l\u2019odeur des gens. On devrait s\u2019\u00e9pargner les ph\u00e9romones non consentis. Comme j\u2019aimerais \u00eatre mal \u00e9duqu\u00e9e, d\u00e9pourvue de politesse sociale. Demander aux hommes de s\u2019\u00e9loigner parce qu\u2019ils puent. Regarde-le, celui-l\u00e0, cigarillo en bouche, sur le trottoir d\u2019en face. Suis-je oblig\u00e9e de subir ses \u00e9manations fumeuses&nbsp;? Ah ah, dis donc, je suis fi\u00e8re de ce bon mot \u00ab&nbsp;\u00e9manations fumeuses&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fois tabagiques et obscures. Il est l\u00e0, \u00e0 imposer au monde son crachat de nicotine. Je n\u2019aime pas les hommes qui fument. Je n\u2019aime pas les femmes qui les embrassent. Faut-il avoir si peu d\u2019estime pour soi-m\u00eame pour m\u00ealer son haleine aux ar\u00f4mes acides du tabac. Pauvre femelle \u00e9prise sans dignit\u00e9 et aux talons us\u00e9s. Ta vie sera longue dans les bouff\u00e9es de cigarettes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une femme ferme la porte de ce qui n\u2019est plus sa maison derri\u00e8re elle. Elle porte un sac en tissu. Les yeux au sol, elle marche un peu trop vite. Elle descend les escaliers de la ruelle sans doute pour la derni\u00e8re fois. En bas la rue, en bas la casquette de celui qui l\u2019attend. 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