{"id":129356,"date":"2023-07-13T02:31:06","date_gmt":"2023-07-13T00:31:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129356"},"modified":"2023-07-13T07:43:09","modified_gmt":"2023-07-13T05:43:09","slug":"ete2023-05bis-prune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-05bis-prune\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05bis | Prune"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-129749\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/sainte-rose.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Madeleine. Sa m\u00e8re a dit \u00ab\u00a0ma fille Madeleine va venir me chercher\u00a0\u00bb. Elle avait froid. Je n&rsquo;ai pas os\u00e9 au d\u00e9but lui pr\u00eater mon blouson d&rsquo;agent d&rsquo;escale. Nous avons attendu Madeleine. Je l&rsquo;avais prise en charge d\u00e8s la sortie de l&rsquo;avion. Je l&rsquo;avais aid\u00e9 \u00e0 s&rsquo;asseoir dans la chaise roulante. Elle \u00e9tait un petit oiseau tout maigre sans manteau, juste une chemise blanche avec des manches longues et un pantalon jeans. Les chaussures baskets orange qu&rsquo;elle avait au pied contrastaient avec son \u00e2ge avanc\u00e9. Au pays on avait d\u00fb habiller ainsi pour le voyage. Dans son regard, je voyais sa reddition. Elle avait d\u00fb se laisser faire, muette, gardant son souffle pour ses derni\u00e8res volont\u00e9s s&rsquo;il lui en venait. Elle avait froid. Je l&rsquo;ai appel\u00e9 mamie sans lui demander son autorisation. Je n&rsquo;y ai pas pens\u00e9. Je voulais la r\u00e9chauffer. Je voulais qu&rsquo;elle ne se sente pas seule. Nous sommes all\u00e9s chercher les bagages. Elle \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e. Je parlais beaucoup comme si mes mots auraient pu l&rsquo;envelopper et lui tenir chaud. Nous avons attendu Madeleine. Je lui ai demand\u00e9 si elle avait un ch\u00e2le ou un foulard dans sa valise. Elle a dit non. Madeleine a tard\u00e9. Quand elle est arriv\u00e9e, enfin, je n&rsquo;ai pu m&#8217;emp\u00eacher de sourire. Sans avoir imagin\u00e9 une \u00ab\u00a0Madeleine\u00a0\u00bb dans ma t\u00eate quand Mamie a dit \u00ab\u00a0ma fille Madeleine va venir me chercher\u00a0\u00bb, la Madeleine qui a plong\u00e9 sur Mamie ne m&rsquo;a pas \u00e9tonn\u00e9. Elle avait cette allure de petit oiseau tomb\u00e9 du nid comme sa m\u00e8re, sauf qu&rsquo;elle \u00e9tait plus en nerfs et en agitation. Elle marchait vite, elle parlait vite. Elle \u00e9tait une femme press\u00e9e. Elle s&rsquo;est confondue \u00e0 sa m\u00e8re en excuses pour son retard. Elle a parl\u00e9 de son travail, d&rsquo;un h\u00f4tel sans que je comprenne bien ce qu&rsquo;elle faisait comme travail. Je n&rsquo;existais pas \u00e0 ses yeux. Non par condescendance ou m\u00e9pris, je voyais bien que rien n&rsquo;existait d&rsquo;autre que sa m\u00e8re. Elle voulait cacher dans sa volubilit\u00e9 la peur que lui inspirait le visage amaigri de sa m\u00e8re. Sans doute qu&rsquo;elle n&rsquo;imaginait pas la retrouver si malade. La m\u00e8re \u00e9tait une femme malade. Je m&rsquo;\u00e9tonnais m\u00eame que le commandant de vol l&rsquo;ai accept\u00e9 \u00e0 bord. Mamie avait autour du cou une des pochettes qu&rsquo;on donnait aux enfants non accompagn\u00e9s. Je suis certain qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas dit un mot pendant le voyage et qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas mang\u00e9. Avait elle bu? J&rsquo;ai demand\u00e9 : Mamie est ce que tu as soif? Madeleine a enfin pris conscience de ma pr\u00e9sence. Mamie a fait un geste vers son sac et j&rsquo;ai devanc\u00e9 Madeleine pour y chercher la bouteille d&rsquo;eau. Madeleine m&rsquo;a regard\u00e9 faire. Haut perch\u00e9e sur des bottes noires jusqu&rsquo;au creux des genoux, elle \u00e9tait une belle femme \u00e0 la peau sombre. Toute en perruque blonde, un manteau d&rsquo;hiver rouge, et les l\u00e8vres rouges, elle aurait pu faire selon moi la couverture d&rsquo;un magazine. Quand elle a pris conscience de ma pr\u00e9sence, elle s&rsquo;est confondue en remerciement pendant que mamie buvait deux gouttes d&rsquo;eau. Puis en cr\u00e9ole elle a parl\u00e9 d&rsquo;une Guylaine qui aurait pu donner un manteau. On ne va pas me dire que personne en Guadeloupe n&rsquo;avait un manteau pour une malheureuse, pour voyager pour se faire op\u00e9rer en France? Elle a regard\u00e9 f\u00e9brilement autour d&rsquo;elle comme pour chercher un manteau et ne voyant que des snacks, un bureau presse tabac elle a enlev\u00e9 son manteau et a dit en se baissant vers Mamie : on va prendre un taxi, de toutes les fa\u00e7ons tu es trop fatigu\u00e9e pour le m\u00e9tro. Mamie lui a caress\u00e9 la joue avec tendresse. Je ne voulais pas quitter Mamie et j&rsquo;avais aussi envie de faire la connaissance de Madeleine. J&rsquo;ai propos\u00e9 mon blouson. J&rsquo;ai devanc\u00e9 son refus par un \u00ab\u00a0le temps de monter dans le taxi\u00a0\u00bb. Madeleine a souri. L&rsquo;agitation n&rsquo;a pas cess\u00e9 pour autant. Son regard \u00e9tait fuyant, elle agitait les mains aux ongles longs et rouges devant son visage pour ponctuer chacune de ses paroles. Le scandale pour elle \u00e9tait que sa m\u00e8re soit oblig\u00e9e de voyager pour une op\u00e9ration. Je comprenais que son agitation \u00e9tait \u00e0 la mesure de son impuissance \u00e0 aider sa m\u00e8re. Madeleine \u00e9tait une femme affol\u00e9e. Mamie \u00e9tait trop fatigu\u00e9e pour sourire. Elle ne disait rien. J&rsquo;ai aid\u00e9 les deux femmes \u00e0 monter dans le taxi. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 laisser \u00e0 Madeleine mon blouson pour avoir une occasion de la revoir et le r\u00e9cup\u00e9rer, mais je n&rsquo;ai pas os\u00e9. Elle m&rsquo;a remerci\u00e9. Je vais lui acheter un manteau tout de suite, a-t-elle dit avant de claquer la porti\u00e8re du taxi. Merci, merci. Je vais lui acheter un manteau, une fois, l\u00e0, l\u00e0, l\u00e0-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai regard\u00e9 partir le taxi et je m&rsquo;en suis voulu de n&rsquo;avoir pas lu sur la pochette autour du cou de Mamie son nom de famille. Je m&rsquo;en suis voulu de ma familiarit\u00e9, de ma d\u00e9sinvolture. Cette dame qui avait dit pour seule parole \u00ab\u00a0ma fille Madeleine va venir me chercher\u00a0\u00bb m\u00e9ritait la politesse et un Madame. Et c&rsquo;\u00e9tait trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand les coll\u00e8gues ont parl\u00e9 quelques mois plus tard d&rsquo;une vielle femme qui \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e seule sur sa chaise roulante en salle d&#8217;embarquement je n&rsquo;ai pas su si c&rsquo;\u00e9tait Mamie. Si j&rsquo;avais lu le nom de Mamie sur la pochette j&rsquo;aurais su que Rose Aim\u00e9e Cinabre c&rsquo;\u00e9tait elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Madeleine. Violetta aime \u00e0 raconter que c&rsquo;est elle qui l&rsquo;a initi\u00e9 au gwoka. C&rsquo;est faux. Cette enfant dansait depuis le ventre de sa maman. Tout ce que Violetta a fait, c&rsquo;est lui donner la permission d&rsquo;\u00e9couter son c\u0153ur et ses pieds. Madeleine m&rsquo;appelle Leogane, comme tout le monde. Est ce que maintenant qu&rsquo;elle est revenue de France elle me donnera du Monsieur Leogane? Madeleine ne m&rsquo;appelle pas. Quelle raison elle aurait de m&rsquo;appeler? Est ce qu&rsquo;elle m&rsquo;a reconnu? Elle m&rsquo;a forc\u00e9ment reconnu. Elle avait un sac de voyage avec des roulettes. Je l&rsquo;ai vu descendre du taxi qui avait d\u00fb lui couter bien cher si elle venait directement de l&rsquo;a\u00e9roport. Quelle raison elle aurait de venir en taxi \u00e0 la gare routi\u00e8re de Bergevin avec un sac de voyage si elle ne venait pas de l\u2019a\u00e9roport du Raizet? La gare routi\u00e8re \u00e9tait plut\u00f4t calme dans le milieu de l&rsquo;apr\u00e8s midi quand j&rsquo;ai vu cette grande femme noire la t\u00eate propre descendre de son taxi avec son sac de voyage l&rsquo;air perdu. Les aides de car ont voltig\u00e9 vers elle. Moi j&rsquo;\u00e9tais comme les autres chauffeurs, appuy\u00e9 sur le large volant du car \u00e0 l&rsquo;ombre, dans la chaleur \u00e0 \u00e9couter radio Guadeloupe. Elle m&rsquo;a fait plaisir parce que j&rsquo;ai vu qu&rsquo;elle lisait les noms sur les cars. Elle s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e quand elle a lu L\u00e9ogane. Les porti\u00e8res \u00e9taient d\u00e9pli\u00e9es. Elle est mont\u00e9e, elle a dit bonjour Monsieur et elle a sorti son portefeuille en me demandant c&rsquo;est combien? J&rsquo;ai r\u00e9pondu un peu trop s\u00e8chement \u00e0 mon go\u00fbt. Tu vas payer apr\u00e8s. O\u00f9 tu vas? Elle a r\u00e9pondu Bergette Petit-Bourg. Je le savais. C&rsquo;\u00e9tait pour faire la conversation. Quelle conversation? J&rsquo;ai hoch\u00e9 la t\u00eate et j&rsquo;ai remis mes lunettes de soleil. Qu&rsquo;aurais-je pu dire \u00e0 la fille de Rosine \u00e0 part o\u00f9 tu vas ? Toutes mes condol\u00e9ances? J&rsquo;ai connu ta maman? Je t&rsquo;ai vu toute petite? L&rsquo;\u00e9cole et le lyc\u00e9e c&rsquo;\u00e9tait avec mon car? Pourquoi tu as coup\u00e9 tous tes cheveux? Peut-\u00eatre que d&rsquo;autres habitu\u00e9s l&rsquo;ont reconnu. Mais personne n&rsquo;a rien dit. Elle s&rsquo;est assise au fond, son sac sur le si\u00e8ge \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle et a coll\u00e9 sa t\u00eate propre sur la vitre. Elle \u00e9tait tout en noir. A ses yeux rouges, on voyait qu&rsquo;elle avait beaucoup pleur\u00e9. Qu&rsquo;aurais-je pu dire \u00e0 la fille de Rosine? Je t&rsquo;ai vu danser un jour \u00e0 la t\u00e9l\u00e9? J&rsquo;ai vu ta photo dans le journal France Antilles? Pourquoi tu as coup\u00e9 tes cheveux? J&rsquo;\u00e9tais soudain press\u00e9 de partir. J&rsquo;ai regard\u00e9 l&rsquo;heure. Rodrigue est mont\u00e9. Nous avons \u00e9chang\u00e9 un regard. Je voyais bien qu&rsquo;il h\u00e9sitait \u00e0 aller la voir o\u00f9 \u00e0 rester devant comme d&rsquo;habitude. Madeleine au fond du car ne regardait personne. Elle pleurait. De la t\u00eate j&rsquo;ai fait signe \u00e0 Rodrigue d&rsquo;aller au fond et j&rsquo;ai d\u00e9marr\u00e9 mon car. J&rsquo;avais vu ces deux-l\u00e0 grandir. Rodrigue fait la p\u00eache et il m&rsquo;aide pour se faire une monnaie les apr\u00e8s-midi avec les voyageurs. Rodrigue n&rsquo;a rien dit. Il s&rsquo;est assis devant. La musique jouait \u00e0 la radio. Nous n&rsquo;avons pas dit un seul mot et ce n&rsquo;\u00e9tait pas dans nos habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Madeleine. Moi je l&rsquo;appelle Prune caf\u00e9. Je sais qu&rsquo;elle avait peur des col\u00e8res de son oncle Odilon. Quand elle venait p\u00eacher avec moi, elle ne parlait que de lui et de ses col\u00e8res. Il ne vivait pas avec elle mais il mangeait tous les jours chez sa s\u0153ur Rosine, la m\u00e8re de Prune caf\u00e9. Il amenait des ignames, des piments, des fruits \u00e0 pain, du cochon et des lapins. Il fallait veiller \u00e0 ne rien toucher de ce qu&rsquo;il pouvait laisser dans la maison. Un sabre ou un marteau, un corossol entam\u00e9 ou des graines de papayes, il fallait tout laisser l\u00e0 o\u00f9 il l&rsquo;avait pos\u00e9, peu importe o\u00f9 il l&rsquo;avait pos\u00e9. Prune avait peur de ses col\u00e8res. Elle me disait pendant que je levais mes nasses dans le canot que les femmes \u00e9taient trop soumises. Que les hommes avaient toujours le droit de parler fort et de leur faire peur. Je me suis retourn\u00e9 vers elle et je lui ai dit: est-ce que je te fais peur? Elle m&rsquo;a regard\u00e9 gravement et elle a dit : Rodrigue si tu cries sur moi j&rsquo;aurais peur. Je l&rsquo;ai embrass\u00e9. Elle est partie quand m\u00eame. Elle est partie danser \u00e0 Paris. Elle dit \u00e0 sa m\u00e8re qu&rsquo;elle fait de la comptabilit\u00e9 et qu&rsquo;elle travaille beaucoup mais elle est partie danser \u00e0 Paris. Une femme si fr\u00eale qui avoue avoir peur de tout et de tout le monde est partie quand m\u00eame avec sa timidit\u00e9 danser pour les gens de France. Elle aimait danser avec moi, pour moi. Je dis pour moi parce que quand je la marquais on riait tous les deux de notre complicit\u00e9. J&rsquo;aimais la marquer au graj. Elle faisait expr\u00e8s de me narguer avec toute sa sensualit\u00e9. Nos yeux \u00e9taient arrim\u00e9s. Je marquais fort chacun de ses pas, chacun de ses coups de reins. Dans la joute, elle cherchait \u00e0 me surprendre. Elle s&rsquo;approchait du tambour et donnait des coups de reins dans des \u00e9clats de rire. Certaines danseuses dansent avec gravit\u00e9, pas Madeleine. Madeleine, ma prune caf\u00e9 quand le tambour l&rsquo;appelle que ce soit du graj ou du toumblak elle danse la joie, elle rit, elle s&rsquo;amuse, elle se moque, elle taquine. Elle savait que je l&rsquo;aimais. J&rsquo;aurais d\u00fb lui parler dans le car. Je l&rsquo;avais vu descendre du taxi. J&rsquo;aurais pu aller lui parler pendant la veill\u00e9e ou \u00e0 l&rsquo;enterrement. Elle avait l&rsquo;air si seule, si triste. Je ne l&rsquo;ai pas fait. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 la fois en col\u00e8re et triste moi aussi. En col\u00e8re parce qu&rsquo;elle faisait sa grande dame qui a oubli\u00e9 tout le monde et triste que notre histoire n&rsquo;ai pas tenue. Trop de temps avait pass\u00e9. Nos regards se sont crois\u00e9s. Elle ne m&rsquo;avait rien dit alors moi non plus je n&rsquo;ai rien dit. J&rsquo;aurais d\u00fb sans rien dire la prendre et la serrer dans mes bras. Je ne l&rsquo;ai pas fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Madeleine est une enfant t\u00eatue. Quand on la regarde, on pense qu&rsquo;elle peut plier, mais elle ne plie pas. Elle a sa t\u00eate. Elle a voulu faire du gwoka et rien ni personne ne l&rsquo;en a dissuad\u00e9. J&rsquo;ai d\u00fb la corriger quand elle \u00e9tait petite. Cette enfant l\u00e0 \u00e9tait all\u00e9e se percher dans un manguier \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une \u00e9chelle. Elle a rempli son ventre de mangues et quand elle a voulu descendre, ses fr\u00e8res ont enlev\u00e9 l&rsquo;\u00e9chelle. Elle a refus\u00e9 de sauter. Elle s&rsquo;est obstin\u00e9e \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter: je suis mont\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle, je vais descendre par l&rsquo;\u00e9chelle. Ses fr\u00e8res la martyrisaient et elle se d\u00e9fendait comme elle pouvait. Un jour ils ont jet\u00e9 sur elles des chatons nouveaux n\u00e9s. Elle a eu tellement peur qu&rsquo;elle ne supporte pas jusqu&rsquo;au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, de voir des chats. \u00ab\u00a0Tonton Odilon je ne peux pas venir te voir tu as trop de chats\u00a0\u00bb. Je ne crois pas aux mensonges de Madeleine. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dur avec elle. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dur avec les deux filles de ma s\u0153ur. Ma s\u0153ur a divorc\u00e9. \u00c9lever seule deux filles est un embarras. La preuve c&rsquo;est que Guylaine est fille m\u00e8re \u00e0 16 ans. Madeleine est-ce qu&rsquo;elle travaille vraiment en France? Elle dit qu&rsquo;elle danse. C&rsquo;est vrai on l&rsquo;a vu une fois \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et une fois dans le journal. Mais qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re ces m\u00e9tiers l\u00e0? Quel trafic? La respectabilit\u00e9 c&rsquo;est se marier et \u00e9lever ses enfants. Ma s\u0153ur est respectable. Violetta mon autre s\u0153ur a cravach\u00e9 pour sa respectabilit\u00e9. Elle est pharmacienne. C&rsquo;est quelque chose une pharmacie. Madeleine dit qu&rsquo;elle fait de la comptabilit\u00e9 mais travaille dans un h\u00f4tel. Depuis quand les h\u00f4tels emploient des comptables la nuit? Je l&rsquo;ai corrig\u00e9e. J&rsquo;ai d\u00fb la corriger plus d&rsquo;une fois. Je me souviens seulement de cette histoire d&rsquo;\u00e9chelle. Je lui ai dit de descendre. Elle m&rsquo;a tenu t\u00eate. Au d\u00e9but, j&rsquo;ai trouv\u00e9 amusant cette obstination. Apr\u00e8s tout, elle avait raison. Les fr\u00e8res auraient pu remettre l&rsquo;\u00e9chelle. Moi je ne voulais pas m&rsquo;en m\u00ealer. Je lui ai dit : tu te d\u00e9brouilles mais tu sors de l\u00e0. Quand je suis repass\u00e9 avec le manger \u00e0 lapin et mon sabre, l&rsquo;enfant \u00e9tait toujours dans le manguier. La nuit \u00e9tait en train de tomber. Je suis mont\u00e9 la chercher et je l&rsquo;ai battu avec la ceinture pour lui apprendre \u00e0 ob\u00e9ir. Le gouvernement dit de ne pas taper les enfants, mais nos parents nous ont donn\u00e9 une \u00e9ducation et une bonne \u00e9ducation \u00e0 la dure. Personne n&rsquo;est mort. Madeleine n&rsquo;est pas morte des coups de ceinture. Je n&rsquo;ai rien dit et elle non plus parce que si nous avions parl\u00e9 je sais que Rosine lui aurait aussi donn\u00e9 une correction pour m&rsquo;avoir tenu t\u00eate. Elle m&rsquo;a fait la bise \u00e0 la veill\u00e9e. Elle avait l&rsquo;air contente de me voir. Je suis vieux et je n&rsquo;aurais pas tap\u00e9 au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui un enfant dans un manguier. J&rsquo;aurais appuy\u00e9 l&rsquo;\u00e9chelle sur le manguier. J&rsquo;aurais tenu l&rsquo;\u00e9chelle pour que l&rsquo;enfant descende.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madeleine. Sa m\u00e8re a dit \u00ab\u00a0ma fille Madeleine va venir me chercher\u00a0\u00bb. Elle avait froid. Je n&rsquo;ai pas os\u00e9 au d\u00e9but lui pr\u00eater mon blouson d&rsquo;agent d&rsquo;escale. Nous avons attendu Madeleine. Je l&rsquo;avais prise en charge d\u00e8s la sortie de l&rsquo;avion. Je l&rsquo;avais aid\u00e9 \u00e0 s&rsquo;asseoir dans la chaise roulante. 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