{"id":129784,"date":"2023-07-13T12:11:46","date_gmt":"2023-07-13T10:11:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129784"},"modified":"2023-07-13T19:16:45","modified_gmt":"2023-07-13T17:16:45","slug":"ateliers-dete-05-nonbis-rideau-peut-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-05-nonbis-rideau-peut-etre\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05 #05bis | rideau peut-\u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<p>Je suis devant l\u2019h\u00f4tel enti\u00e8rement vitr\u00e9. Ce n\u2019est pas comme une gare ou un carrefour, et pourtant c\u2019est comme une gare ou un carrefour, je suis dans un h\u00f4tel enti\u00e8rement vitr\u00e9, je suis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de cet h\u00f4tel, parfois j\u2019y entre, les murs sont facilement friables, humides, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente les fondations n\u2019\u00e9taient qu\u2019un trou dans le sable entour\u00e9 de parpaings gorg\u00e9s d\u2019humidit\u00e9 et d\u2019ombre, ce qui donne l\u2019odeur de la naissance des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Un h\u00f4tel face \u00e0 la plage, face \u00e0 mer. Toutes les fen\u00eatres et les balcons regardent la plage, regardent la mer, montrent la plage industrielle, la plage piquet\u00e9e de mats froiss\u00e9s de coton lustr\u00e9, fich\u00e9e de lignes math\u00e9matiques, lignes de parasols aux couleurs semblables qui font zones, chaque zone color\u00e9e aux armes des h\u00f4tels, chaque h\u00f4tel poss\u00e9dant sa couleur \u2013 en g\u00e9n\u00e9ral, pas agressive, tonique, choisie pour sa capacit\u00e9 \u00e0 rassembler, les clients de l\u2019h\u00f4tel se rep\u00e8rent comme dans la gare on se rep\u00e8re comme au carrefour on se rep\u00e8re \u2013 et les vitres, car l\u2019h\u00f4tel est vitr\u00e9 enti\u00e8rement, montrent aux clients que les autres clients sont comme eux et se rep\u00e8rent comme eux, en se fiant \u00e0 une couleur, \u00e0 une mer plate, \u00e0 une plage ratiss\u00e9e, Angelo ratisse la plage chaque matin. Parfois un laurier-rose dans un pot face \u00e0 l\u2019ascenseur o\u00f9 ma m\u00e8re se regarde. Le miroir de l\u2019ascenseur est une vitre. Ici il n\u2019y a que des reflets. Les mouches se trompent en se cognant.<\/p>\n\n\n\n<p>La piscine du bateau n\u2019est pas une piscine mais une table o\u00f9 s\u2019installent les clients, jambes pendantes dans l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu de cartes n\u2019est pas un jeu. Le nombre de joueurs ne compte pas. Si quelqu\u2019un arrive, il peut venir s\u2019asseoir dans la ronde, prendre part \u00e0 la ronde, le lieu est extensible, le jeu est extensible, ce jeu n\u2019est pas un jeu. Avec chaque nouveau joueur s\u2019ajoute un nouvel \u00e9v\u00e9nement et c\u2019est \u00e7a qu\u2019on attend. On attend l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La main de cinq cartes va-t-elle passer d\u2019une main \u00e0 l\u2019autre ? Un joueur la propose au suivant qui dit oui qui dit non qui dit je prends ou je ne prends pas, \u00e0 l\u2019image de la vie. C\u2019est r\u00e9ellement sans importance. Quotidien. Sauf que \u00e7a ne durera pas ce quotidien. On appelle \u00e7a une parenth\u00e8se. Quand on en sortira, le normal reprendra, les joueurs passeront leur chemin si bien qu\u2019on ne saura pas qu\u2019ils sont joueurs. Il n\u2019y aura plus de jambes pendantes. Les cartes seront empaquet\u00e9es. La mer vid\u00e9e. Les vitres aussi. Ce sera l\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hiver, ils vivent dans les sous-sols.<\/p>\n\n\n\n<p>Angelo dresse son chien et lui apprend des tours, comme aboyer comme s\u2019il chantait et ramener son chapeau. Rhino ne fait pas la cuisine. Il dort longtemps le matin, sauf pour aller p\u00eacher. Alberto quitte ses chemises impeccables pour des t-shirts informes, se laisse pousser la barbe, on ne sait pas qui il est. Nina regarde la t\u00e9l\u00e9vision de Berlusconi en cousant. Ruggero vend des chaussures \u00e0 Parme. Boggetti entre dans l\u2019usine de machines \u00e0 \u00e9crire o\u00f9 il travaille, l\u2019usine Olivetti. Madame Cofini s\u2019ach\u00e8te une lampe \u00e0 abat-jour en verre de Murano et l\u2019installe dans le salon sur la console de marbre, et lorsqu\u2019elle a de la visite, elle pr\u00e9sente le salon en ouvrant les portes battantes, uniquement pour les yeux, car on n\u2019y entre pas. Tout est neuf. Au m\u00eame moment, monsieur Cofini, son mari, re\u00e7oit des souffrances dans son cabinet de m\u00e9decin. Oedipo tra\u00eene dans les caf\u00e9s pr\u00e8s du billard. Ethelvoldo lit le journal, puis il part en tourn\u00e9e. Les arguments de son spectacle sont simples&nbsp;: le roi, la fille, le pr\u00e9tendant, le jaloux, le ridicule, le tra\u00eetre, les noces, le meurtre, le combat, le mensonge, la mort. La beaut\u00e9 tient aux fils qu\u2019il actionne depuis l\u00e0-haut, m\u00eame s\u2019il commence \u00e0 fatiguer, les douleurs aux \u00e9paules \u00e0 cause des marionnettes, lourdes, lourdes du bois sculpt\u00e9 des membres articul\u00e9s, lourdes d\u2019armures de chevalier, de princesses \u00e0 hennins. Ethelvoldo est le seul qui fasse corps \u00e0 corps avec la fiction, le seul qui sache s\u2019arracher vers l\u2019ailleurs des histoires. Tous les autres vivent au premier degr\u00e9. L\u2019enterrement d\u2019Ethelvoldo a eu lieu dans la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une fiction douce, il n\u2019avait pas d\u2019enfants, donc personne n\u2019est venu, personne d\u2019autre que des clients de gares et de carrefours, issus d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9 et, si l\u2019on est tr\u00e8s optimiste, les anges des<em> Ailes du d\u00e9sir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ethelvoldo a disparu, tu peux toujours chercher, c\u2019est ce que je me dis, tu ne sais rien, c\u2019est ce que je me dis, tu n\u2019as acc\u00e8s \u00e0 rien, tu ne peux que rassembler des parasols ferm\u00e9s sur la plage et la mort d\u2019Angelo avec. En ce moment, maintenant, il y a toujours des parasols et Angelo est toujours mort. Son chien s\u2019appelait Le\u00efla, c\u2019\u00e9tait une chienne qui est toujours morte elle aussi. Des marionnettes de chiens, Ethelvoldo en avait, ainsi que des marionnettes du loup qui repr\u00e9sente le grand danger in\u00e9luctable et non pas un simple animal, tout est fictif. La marionnette du chasseur le course, et c\u2019est Ethelvoldo qui court d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du castelet en poussant des cris d\u00e9chirants. Non pas que ses cris soient d\u00e9chirants au sens premier, juste qu\u2019ils d\u00e9chirent le rideau du r\u00e9el, un rideau de velours rouge, je ne sais pas o\u00f9 ce rideau se trouve maintenant ni s\u2019il s\u2019ouvre ou se ferme encore. Sur quoi s\u2019ouvre-t-il, sur quoi se ferme-t-il sont des questions qui m\u2019indiff\u00e8rent, il y a toujours de la mati\u00e8re, quoi qu\u2019on fasse, quoi qu\u2019on pense, on est oblig\u00e9 de penser la mati\u00e8re, sinon le cerveau meurt. On est oblig\u00e9 de penser. Sauf que sans les rideaux, on a peur. <em>Descends, allons descends. Dans l&rsquo;eau saum\u00e2tre. Reviens, c&rsquo;est rien, reviens. \u00c0 la terre tremblante.<\/em> On a peur de voir que les feuilles sans armatures tremblent au soleil. Les feuilles tremblantes. Ce n\u2019est pas le titre d\u2019un livre ou d\u2019une chanson, les feuilles tremblantes. C\u2019est le titre de la vie d\u2019Ethelvoldo et d\u2019Angelo, le titre que mon cerveau donne \u00e0 leur vie, du quotidien. Et j\u2019oublie de r\u00e9aliser qu\u2019il y a quelques jours, pour des questions de place, l\u2019image de Boggetti, l\u2019homme qui fabrique des machines \u00e0 \u00e9crire, a disparu du cadre, a \u00e9t\u00e9 recouverte par une autre photo de quelqu\u2019un de vivant, ici, maintenant. Quelqu\u2019un qui court jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement. Je jugeais sans savoir. Il n\u2019y a pas de premier degr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"501\" height=\"393\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/rideau-peut-etre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-129785\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/rideau-peut-etre.jpg 501w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/rideau-peut-etre-420x329.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 501px) 100vw, 501px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=iNbELqfEw6Q&amp;ab_channel=ReSpaced\">(la terre tremblante)<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis devant l\u2019h\u00f4tel enti\u00e8rement vitr\u00e9. Ce n\u2019est pas comme une gare ou un carrefour, et pourtant c\u2019est comme une gare ou un carrefour, je suis dans un h\u00f4tel enti\u00e8rement vitr\u00e9, je suis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de cet h\u00f4tel, parfois j\u2019y entre, les murs sont facilement friables, humides, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente les fondations n\u2019\u00e9taient qu\u2019un trou dans le sable entour\u00e9 de parpaings <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-05-nonbis-rideau-peut-etre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #05 #05bis | rideau peut-\u00eatre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":129785,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4705,4738,4525],"tags":[],"class_list":["post-129784","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-05-compressions-faulkner","category-05bis-sapo","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129784"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129784\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/129785"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}