{"id":129912,"date":"2023-07-15T06:39:44","date_gmt":"2023-07-15T04:39:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129912"},"modified":"2023-07-16T06:44:49","modified_gmt":"2023-07-16T04:44:49","slug":"5-compression-faulkner-les-mains-de-marie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-compression-faulkner-les-mains-de-marie\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05 | les mains de Marie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><br>Marie se penche et je vois dans le bas de son dos l\u2019\u00e9tiquette qui d\u00e9passe comme un petit drapeau comme pour dire n&rsquo;avancez pas, je vois au bas de ses vert\u00e8bres l\u2019os aigu et la peau entre la chemise et le pantalon l\u00e2che sur les reins, la peau \u00e0 vif, parce que depuis longtemps, et tous le savent \u2014 je veux dire celles et ceux qui attendent leur tour dans le couloir derri\u00e8re la porte\u2014 Marie ne s&rsquo;alimente plus. Et les bras de Marie sont devenus maigres comme des ficelles ou des fl\u00fbtes, \u00e0 pleurer, mais ses mains ( Oh les mains de Marie sur le clavier de Bob, ses mains qui travaillent les Partitas, et Bob \u2014 il n&rsquo;entendait d\u00e9j\u00e0 plus\u2014, regarde les notes s&rsquo;envoler des longs doigts de Marie ), ses mains boursouffl\u00e9es devenues comme des battoirs parce que le sang y reflue, les mains gourdes de Marie devenue maigre, ses bras qui pourraient \u00e0 tout moment se briser sous le poids des mains ou sous le poids sans poids de l&rsquo;air. Marie comme un fant\u00f4me \u00e9tay\u00e9 d&rsquo;os ainsi pench\u00e9e sur le visage de cire de Bob qui ressemble \u00e0 peine \u00e0 son propre masque. Bob couch\u00e9 dans la boite ouverte, un cercueil \u00e0 br\u00fbler d&rsquo;un bois tr\u00e8s clair qui ira dans la terre \u2014 comme il l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 suivant la volont\u00e9 suppos\u00e9e du d\u00e9funt il n&rsquo;y aura pas de cr\u00e9mation \u2014 et la dentelle autour du visage maquill\u00e9 de Bob fait comme dans le fond des bo\u00eetes de drag\u00e9es un effet de collerette. Marie approche ses mains, la droite devance la gauche, la main \u00e9norme en comparaison du bras et de tout le reste du corps parce que comme ils disent Marie qui porte une chemise rouge un jour de deuil a cess\u00e9 de s&rsquo;alimenter .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Alain <\/strong><br>cette cravate rouge dont ils l&rsquo;ont affubl\u00e9 : tu arrives tard a dit Jean; Jean entour\u00e9 de ses deux fils; la brave Colette m&#8217;embrasse en pleurant: tu arrives tard a dit Jean, ils vont bient\u00f4t lever le corps, c&rsquo;est une question de minutes, enfin assez t\u00f4t pour la fermeture; et que Bob aimait tant le rouge ajoute Jean et il y a cette mouche qui tape contre le carreau du couloir, cette mouche ou ce papillon, il ne peut pas se trouver de mouche dans un endroit recommand\u00e9 et choisi par Jean \u2014 comme s&rsquo;il y avait eu choix\u2014; ce papillon n&rsquo;en finit pas de crever, personne ne veut finir c&rsquo;est un fait. Lui qui est mort chez lui \u00ab\u00a0de sa belle mort\u00a0\u00bb et qu&rsquo;on a train\u00e9 ici dans un sac : on ne pouvait pas le garder chez lui il a dit, Jean le garant de l&rsquo;ordre patriarcal, entour\u00e9s de ses ain\u00e9s, on ne peut pas garder les morts chez eux, hier encore oui, mais aujourd&rsquo;hui ce n&rsquo;est plus possible a dit Jean dans son costume sombre et sa cravate est noire , c&rsquo;est un probl\u00e8me sanitaire, une question d&rsquo;hygi\u00e8ne si tu pr\u00e9f\u00e8res a dit Jean, ne le prend pas pour toi, il y a des lois et puis, ici, tout le monde pouvait venir lui adresser un ultime adieu; et l&rsquo;ain\u00e9 de Jean qui lui ressemble comme un fils (et pourtant) tripote son t\u00e9l\u00e9phone; et j&rsquo;entre elle est pench\u00e9e dans sa chemise rouge assortie. Marie.     <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><br>le rideau ondule comme si un fil invisible lui impulsait un mouvement, \u2014on le fait parfois  au th\u00e9\u00e2tre pour signifier le vent ou pour signifier une pr\u00e9sence, l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un d\u00e9funt par exemple, ou pour simplement rien, pour le mouvement lui-m\u00eame \u2014, une sorte de satin synth\u00e9tique qui s\u00e9pare les tiroirs r\u00e9frig\u00e9r\u00e9s de la bo\u00eete pos\u00e9e  \u00e0 plat sur les tr\u00e9teaux de pr\u00e9sentation. Ce doit \u00eatre le syst\u00e8me de ventilation qui s&rsquo;est d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 dit Alain adoss\u00e9 au mur,\u00a0il a un tr\u00e8s l\u00e9ger tremblement dans la m\u00e2choire, sur le mur \u00e0 sa droite, et l&rsquo;angle du cadre est comme pos\u00e9 sur son \u00e9paule droite, c&rsquo;est un ciel, une photographie entoil\u00e9e, quelques nuages pommel\u00e9s sur un bleu d\u00e9grad\u00e9 : l&rsquo;au-del\u00e0 en douceur, l&rsquo;azur \u00ab\u00a0a\u00e9rograph\u00e9\u00a0\u00bb : une abomination, elle l&rsquo;aurait dit si elle n&rsquo;\u00e9tait pas morte avant lui; qui n&rsquo;aurait jamais laiss\u00e9 partir le corps dans un sac et finir dans un tiroir r\u00e9frig\u00e9r\u00e9; qui l&rsquo;aurait assis dans son auto et emport\u00e9 voir la mer une derni\u00e8re fois; qui \u00e9tait capable de tout, m\u00eame de \u00e7a, morte avant lui malgr\u00e9 tout : mais un lundi c&rsquo;est mort, personne ne r\u00e9pare, dit Jean quand Marie avance sa main \u00e9norme vers le front de cire maquill\u00e9. <br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7oisMarie se penche et je vois dans le bas de son dos l\u2019\u00e9tiquette qui d\u00e9passe comme un petit drapeau comme pour dire n&rsquo;avancez pas, je vois au bas de ses vert\u00e8bres l\u2019os aigu et la peau entre la chemise et le pantalon l\u00e2che sur les reins, la peau \u00e0 vif, parce que depuis longtemps, et tous le savent \u2014 je <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-compression-faulkner-les-mains-de-marie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #05 | les mains de Marie<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4705,4525],"tags":[428,574,3125,4747,203],"class_list":["post-129912","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05-compressions-faulkner","category-ete-2023-du-roman","tag-boite","tag-main","tag-masque","tag-rideau","tag-rouge"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129912","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129912"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129912\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129912"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129912"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129912"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}