{"id":129973,"date":"2023-07-14T18:03:14","date_gmt":"2023-07-14T16:03:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=129973"},"modified":"2023-07-18T21:42:58","modified_gmt":"2023-07-18T19:42:58","slug":"5-linsolation-ou-la-fournaise-de-la-mer-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-linsolation-ou-la-fournaise-de-la-mer-rouge\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05 | L\u2019insolation"},"content":{"rendered":"\n<p>Une note du 17 juillet 1900, envoy\u00e9e&nbsp;au minist\u00e8re de la Guerre, rappelle express\u00e9ment que d\u00e8s leur arriv\u00e9e dans le canal de Suez, les hommes vont devoir subir des chaleurs extr\u00eames, or celles-ci se r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9j\u00e0 p\u00e9nibles dans le confinement d\u2019un navire-transport si bien am\u00e9nag\u00e9 qu\u2019il soit-il. Les temp\u00e9ratures vont devenir absolument excessives dans la Mer Rouge&nbsp;; aussi est-il jug\u00e9 n\u00e9cessaire que les hommes d\u00e8s leur embarquement, soient v\u00eatus d\u2019effets en toile de coton estim\u00e9s plus l\u00e9gers que les uniformes habituels et qu\u2019ils soient munis d\u2019un casque colonial, celui-ci- les prot\u00e9geant de mani\u00e8re efficace de toute insolation possible. En outre il parait absolument indispensable de desserrer les effectifs en limitant le nombre d\u2019hommes embarqu\u00e9s sur un m\u00eame bateau au deux tiers voire au &nbsp;trois quart de la contenance habituelle du b\u00e2timent afin de permettre \u00e0 l\u2019air de circuler avec plus de facilit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9. Ces recommandation sont envoy\u00e9es en urgence au Minist\u00e8re avant l\u2019embarquement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le g\u00e9n\u00e9ral Metzinger le 29 juillet envoie, \u00e0 son tour et en toute h\u00e2te une lettre au Minist\u00e8re de la Guerre, confirmant ces pr\u00e9conisations&nbsp;et alertant sur les dangers d\u2019une telle travers\u00e9e : <em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai l\u2019honneur d\u2019attirer votre attention sur la situation des troupes qui partent pour la Chine et qui vont devoir traverser la Mer Rouge pendant la deuxi\u00e8me quinzaine d\u2019Ao\u00fbt. La situation s\u2019annonce critique et mon r\u00f4le est de vous avertir des conditions rencontr\u00e9es. On sait avec certitude qu\u2019en cette p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e, le vent dans la mer Rouge vient du Nord &nbsp;; ce qui signifie qu&rsquo;il est en sens contraire du courant d&rsquo;air produit par le mouvement du navire et il en r\u00e9sulte qu&rsquo;il n&rsquo;y a absolument aucun souffle d&rsquo;air \u00e0 bord et que la chaleur y est des plus p\u00e9nibles. &nbsp;En cons\u00e9quence, j\u2019estime qu\u2019\u00e0 Marseille il y aurait lieu de resserrer les troupes en limitant l\u2019effectif des hommes embarqu\u00e9s &nbsp;sur un m\u00eame bateau au deux tiers ou au trois quart de la contenance normale du b\u00e2timent. Enfin, il me parait indispensable que toutes les troupes embarqu\u00e9es soient pourvues du casque colonial avant leur embarquement, autrement il y aura des insolations pendant la travers\u00e9e. Munies du casque et du b\u00e9ret elles pourraient sans inconv\u00e9nient laisser le k\u00e9pi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que nous nous \u00e9loignons du canal de Suez, l&rsquo;air devient totalement suffocant, pas la moindre brise sous le soleil ardent, la chaleur se fait de plus en plus p\u00e9nible, le harassement est total et m\u00eame la fra\u00eecheur de la nuit est perdue car l&rsquo;obscurit\u00e9 est s\u00e8che et chaude comme un four. Je me tourne et me retourne sur ma couche amollie et mouill\u00e9e de transpiration. Le repos s\u2019\u00e9loigne, pas de r\u00e9pit cette nuit. Les moustiques aussi attaquent de toute part nous avons \u00e9tendus des moustiquaires pour nous prot\u00e9ger mais le vrombissement aigu des insectes sonne dans l\u2019obscurit\u00e9 et frappe \u00e0 mes tempes lancinant. Je ne peux dormir ni m\u00eame fermer un \u0153il peut \u00eatre vaudrait-il mieux monter sur le pont.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019entrepont d\u00e9ferle l\u2019air chaud du d\u00e9sert, de l\u2019eau fra\u00eeche nous est distribu\u00e9e de l\u2019eau\u00a0; de l&rsquo;eau c\u2019est bien la moindre des choses que l&rsquo;on puisse nous accorder. On ne va pas nous achever comme les chevaux et nous laisser \u00a0crever la gueule ouverte, on a trop besoin de nous. Pas assez de casques coloniaux pour nous prot\u00e9ger, pauvre de moi me voil\u00e0 affubl\u00e9 d\u2019une sorte de canotier \u00e0 larges bords jaune p\u00e2le et je ne suis pas s\u00fbr de l\u2019efficacit\u00e9 de ce couvre-chef incongru. Allons-nous nous transformer en mis\u00e9rables cendres, consum\u00e9s sous cette fournaise \u00e0 ciel ouvert. Pas le moindre nuage dans l\u2019azur et l\u2019eau ressemble \u00e0 des flaques d\u2019huile immobiles, cela donne envie d\u2019y plonger, de faire un saut tout habill\u00e9 dans la mer mais le choc serait trop fort, les m\u00e9decins du bord  l\u2019ont fortement d\u00e9conseill\u00e9 et les palabres sans fin ; mai qu&rsquo;est-ce que \u00e7a peut nous faire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le coup de chaud est terrible et nous ne l\u2019attendions pas. Nos vareuses ne sont pas adapt\u00e9es et les militaires sont plus mal lotis car ils suent \u00e0 grosses gouttes engonc\u00e9s dans leurs vestes \u00e0 boutons. C\u2019est lancinant,&nbsp;la temp\u00e9rature grimpe au fur et \u00e0 mesure que nous avan\u00e7ons : on ne peut penser \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 ce temps immobile et \u00e0 ce voyage qui n\u2019en finit pas. La temp\u00e9rature ne baisse pas, les chevaux continuent \u00e0 en souffrir j&rsquo;ai vu leurs grands yeux humides et j&rsquo;ai compris que nous allions les perdre&nbsp;; hommes et chevaux non que je compare les hommes aux chevaux mais nous allons les perdre sur ce long chemin qui n\u2019en finit pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Roy<\/strong>, <strong>du service v\u00e9t\u00e9rinaire <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me pr\u00e9cipite aussi vite que je le peux et je me dirige vers l\u2019entrep\u00f4t, on vient me chercher et c\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis\u00e9ment que les chevaux sont au plus mal. Les b\u00eates sont sous surveillance stricte depuis ce matin. Pas la moindre am\u00e9lioration et j&rsquo;ai fait pourtant tout ce que je pouvais. Mais que faire lorsque la plus \u00e9l\u00e9mentaire des ordonnances n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e\u00a0? Comment s&rsquo;en sortir lorsque la plus essentielle des recommandations n\u2019est pas suivie \u00e0 la lettre. Pourtant, l\u2019instruction du 1<sup>er<\/sup> mai 1897 est claire \u00e0 ce sujet : tout cheval ou mulet plac\u00e9s dans les entreponts doit disposer de 6 m\u00e8tres cubes d\u2019air. De qui se moque-t-on\u00a0? On ne respecte rien\u00a0; au nom de\u00a0je ne sais quelle efficacit\u00e9 on s\u2019imagine tout pouvoir changer mais cela ne marche pas\u2026et voil\u00e0 le triste r\u00e9sultat\u2026pas assez de bateau pour tous les r\u00e9giments, j&rsquo;imagine alors ils ont embarqu\u00e9 b\u00eates et hommes, en les empilant jusqu&rsquo;aux limites de l&rsquo;inconcevable&#8230;et voil\u00e0 le triste r\u00e9sultat&#8230; il n\u2019y a que le bruit des vagues qui s\u2019\u00e9crasent sur la coque et le silence des hommes rendus \u00e0 leur impuissance de voir les chevaux se coucher sur le flanc. Le pauvre \u00e9talon que j\u2019examine transpire de mani\u00e8re excessive\u00a0; je lui applique des linges sur le museau et les aides lui apportent un seau mais il ne veut pas boire l\u2019eau devenue trop chaude. Les arabas d\u2019Alger dans les stalles \u00e0 c\u00f4t\u00e9s ne vont gu\u00e8re mieux ils semblent apathiques et baissent leur fine t\u00eate. Le cheval au sol ne se rel\u00e8ve pas il va mourir dans ce foutu bateau o\u00f9 l\u2019on a entass\u00e9 comme du b\u00e9tail cinq cents hommes et cent quatre-vingt -six chevaux. La d\u00e9raison des hommes. La panique enfle et gagne la troupe car on ne sait comment sauver toutes les b\u00eates des insolations qui les guettent et c\u2019est sans espoir je sais mon impuissance \u00e0 enrayer l\u2019h\u00e9morragie qui a commenc\u00e9. La journ\u00e9e sera longue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre Pacaud<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel on n\u2019en voit pas de pareil en ville, le ciel se fond avec la mer on ne p\u00e8se pas bien lourd dans cette saloperie de bateau il n&rsquo;y a rien \u00e0 redire il ne faut pas se tromper d&rsquo;ennemi cela me sape le moral d&rsquo;entendre leurs histoires \u00e0 faire dresser les cheveux sur la t\u00eate j&rsquo;aurais pu vivre 100 000 ans dans ma province sans conna\u00eetre la mer ici les jours se succ\u00e8dent \u00e0 grande vitesse et \u00e7a cogne tout de suite sur le cr\u00e2ne \u2026ils vous gueulent dessus des ordres et des impr\u00e9cations&#8230; je ne suis pas du genre timide mais l\u00e0 je ne peux m&rsquo;y r\u00e9soudre, les salauds ont trac\u00e9 la route il faut bien l\u00e0 suivre rien \u00e0 redire pas le temps de me reposer sur ce lit quand tu pousses toujours plus loin la chanson on se dit on va fouiller partout on va aller monter les ponts et remonter les rails pour remettre en circulation les trains et il faudra entendre la r\u00e9sonance des pierres et le clapotis de l&rsquo;eau, le murmure des arbres oui je les ai d\u00e9j\u00e0 entendus\u2026.et \u00e7a s\u2019\u00e9chauffe dans ma t\u00eate et tout devient cotonneux, soudain \u00a0je ne sens plus mes jambes je ne peux plus parler il y a des flots d\u2019images qui d\u00e9filent \u00e0 toute vitesse j\u2019ai les yeux grands ouverts et je suffoque je ne peux plus tenir debout ..je ne peux plus respirer je tombe\u2026A moi..<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le moment j\u2019ai eu du mal \u00e0 reconnaitre Pierre Pacaud. Je le connais bien mais l\u00e0 il n\u2019est pas &nbsp;du tout &nbsp;dans son \u00e9tat normal et \u00e7a je l\u2019ai vu au premier coup d\u2019\u0153il. La sueur commence \u00e0 perler sur son visage. Il transpire, son visage est devenu tout rouge d\u2019un seul coup. Je tente de lui parler et je vois qu\u2019il a du mal \u00e0 me r\u00e9pondre. Je comprends m\u00eame qu\u2019il a du mal \u00e0 se tenir debout. Et puis d\u2019un coup il est devenu tout blanc. \u00c7a l\u2019a pris d\u2019un seul coup, blanc comme un linge&nbsp;; je me suis dit qu\u2019il allait tourner de l\u2019\u0153il. Cette armoire \u00e0 glace qui tangue dangereusement et qui &nbsp;tourne de l&rsquo;\u0153il. Je me pr\u00e9cipite, j\u2019essaie de ralentir sa chute. Je le retiens \u00e0 bras le corps et je cris. Il est tremp\u00e9, ses v\u00eatements sont mouill\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame, il transpire abondamment \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate pas et moi je ne suis pas insensible de voir ce gaillard tomber comme \u00e7a\u2026 moi \u00e7a me fait quelque chose. Le Pierrot il est toujours pr\u00eat \u00e0 rire, toujours \u00e0 trouver la plaisanterie et le bon mot pour faire rigoler la galerie. Au sol, sa face s\u2019est congestionn\u00e9e et couverte de sueur. Il a comme un \u00e9blouissement, ses yeux se r\u00e9vulsaient, ses pupilles dilat\u00e9es trahissent la peur. Je crie Au secours aidez-moi le Pierre \u00e7a ne va pas bien. Et puis, ensuite, apr\u00e8s le malaise il s\u2019est mis \u00e0 crier il criait de l\u2019eau <em>je veux de l\u2019eau pas de la pisse de chat mais de l\u2019eau fra\u00eeche donnez-moi par piti\u00e9 de l\u2019eau je meurs de soif <\/em>l\u2019\u00e9cume est venue \u00e0 sa bouche. Un m\u00e9decin s\u2019est &nbsp;pench\u00e9 sur lui d\u00e9boutonnant la vareuse trop serr\u00e9e et puis ils l\u2019ont emmen\u00e9 avec des infirmiers dans la salle de soins. Il a disparu de ma vue, je ne l\u2019ai pas revu. On m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9decin Laffont<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai couru sur le pont pour r\u00e9pondre au cri d\u2019un soldat qui appelle au secours. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 aussi vite que j\u2019ai pu. J\u2019ai couru en direction de l\u2019entrepont et puis je l\u2019ai vu qui tombait. Le soldat essayait de ralentir sa chute et puis le voil\u00e0 qui tombe face violac\u00e9e peau humide et visqueuse respiration ralentie, il retombe un peu plus loin il essaie de se trainer mais tombe en syncope. On s\u2019affaire autour de lui des infirmiers sont venus me pr\u00eater main forte. On ouvre le col trop serr\u00e9 la vareuse est ouverte et il se d\u00e9gage et essaie de passer par-dessous le bastingage, on le retient, il faut le retenir. On se met \u00e0 plusieurs pour l\u2019emp\u00eacher de se jeter dans la mer. Le soleil tape sur son cr\u00e2ne et il a perdu la t\u00eate, il d\u00e9lire \u00e0 pr\u00e9sent il veut se tuer on lui prend son arme des mains pour \u00e9viter un drame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je vois les corps tomber sur le sol dans un grand fracas de bois \u00e7a sonne sec sur le plancher un corps qui tombe peu importe qu&rsquo;il soit homme ou cheval \u00e7a fait trembler le sol, c\u2019est comme un arbre que l\u2019on d\u00e9racine, on ne nous a pas habitu\u00e9s \u00e0 tout ce cirque on est mal je n\u2019ai jamais vu autant de chevaux mourir non pas que je n\u2019y sois pas habitu\u00e9&nbsp; j&rsquo;ai connu d\u00e9j\u00e0 la morsure du soleil du Midi mais l\u00e0 ce n\u2019est pas comparable \u00e7a vous cogne \u00e7a vous frappe \u00e7a vous foudroie en moins de deux. Il faut suivre encore et tenir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Roy, service v\u00e9t\u00e9rinaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019entrepont tous les v\u00e9t\u00e9rinaires du bateau sont r\u00e9quisitionn\u00e9s et s\u2019agitent en tous sens, il faut s\u2019efforcer de sauver les animaux. C\u2019est au tour de <em>R\u00eaveur d\u2019Heurtebise<\/em> d\u2019\u00eatre touch\u00e9, le bel \u00e9talon s\u2019agite et para\u00eet inquiet. Il a baiss\u00e9 son front, ses paupi\u00e8res sont \u00e0 demi closes, sa t\u00eate exprime une apathie et m\u00eame une forme de douleur ses yeux tr\u00e8s brillants sont saillants les naseaux grands ouverts montrent sa suffocation, sa respiration s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. <em>-J\u2019entends son c\u0153ur battre tr\u00e8s fort, j\u2019ai observ\u00e9 sa muqueuse est cyanos\u00e9. <\/em>Le corps de l\u2019\u00e9talon se couvre de sueur brutalement et il transpire \u00e9norm\u00e9ment. Je m\u2019enquiers\u00a0aupr\u00e8s de palefrenier : <em>Sa temp\u00e9rature est \u00e9lev\u00e9e\u00a0?Il faut lui faire des saign\u00e9es et le mettre \u00e0 la di\u00e8te\u00a0? la chaleur c\u2019est la chaleur l\u2019origine\u2026C\u2019est un coup de chaleur\u00a0? <\/em>Un aide \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s s\u2019inqui\u00e8te <em>Vous pensez que c\u2019est grave\u00a0? <\/em>Je tente d\u2019\u00eatre rassurant\u00a0: <em>J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 en sauver certains il faut essayer aussi de le doucher pour faire descendre sa temp\u00e9rature corporelle. <\/em>Je reprends ma ronde et donne mes ordres et prescriptions mais d\u00e9j\u00e0 le service de jour vient m\u2019alerter\u00a0: les nouveaux cas de coups de chaleur se multiplient. Un cheval est couvert de sueur sa respiration est bruyante et les muqueuses sont cyanos\u00e9e la temp\u00e9rature prise indique 40,3\u00b0\u00a0: le diagnostic du coup de chaleur est confirm\u00e9 et il faut le soigner d&rsquo;urgence apr\u00e8s lui avoir prodigu\u00e9 des douches apr\u00e8s il semble plus calme mais c&rsquo;est de courte dur\u00e9e et le voil\u00e0 qui plonge rapidement dans un \u00e9tat comateux. Le lendemain, j&rsquo;observe une l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration ainsi qu&rsquo;une baisse de temp\u00e9rature et puis brusquement alors que rien ne le laisse pr\u00e9sager, les sympt\u00f4mes s&rsquo;aggravent \u00e0 nouveau. Le cheval penche sa t\u00eate dans la mangeoire, il est arc-bout\u00e9 sur ses quatre membres alors que des hommes autour s&rsquo;affairent et essaient de le maintenir debout. L&rsquo;animal fournit un \u00e9norme effort musculaire pour ne pas s\u2019effondrer et il s&rsquo;\u00e9puise. Sa respiration s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, il semble suffoqu\u00e9 et tout son corps se couvre de sueur alors que sa temp\u00e9rature d\u00e9passe les 40 degr\u00e9s. L\u2019inqui\u00e9tude et l\u2019incompr\u00e9hension se lisent sur tous les visages: le cheval- sans qu&rsquo;on s&rsquo;y attende- est parvenu \u00e0 se d\u00e9gager de toute entrave;l\u2019homme qui le surveillait a eu un moment d\u2019inattention et l\u2019animal s\u2019est mis \u00e0 courir sur le pont, droit devant lui sans regarder, il a fonc\u00e9 sur moi \u00e0 une vitesse effrayante, hallucin\u00e9, puis il est tomb\u00e9 brusquement au bout de 10 m\u00e8tres. Des soldats pr\u00e9sents sur le pont accourent pour veiller \u00e0 ce qu\u2019il ne soit pas bless\u00e9 et parviennent \u00e0 le reconduire \u00e0 son box. On le frictionne pour le s\u00e9cher et il est plac\u00e9 sous surveillance stricte. <em>\u00a0C\u2019est Bandit le matricule 774 \u2026ce mulet \u00e2g\u00e9 de 12 ans d\u2019habitude si calme.\u00a0Merde qu\u2019est ce qui lui arrive\u00a0?- Il s\u2019agite dans tous les sens &#8230; Vous arrivez \u00e0 le maintenir ? oui car il a peu de force mais il a des mouvements incontr\u00f4l\u00e9s, \u00e0 coup s\u00fbr il devient fou\u2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une note du 17 juillet 1900, envoy\u00e9e&nbsp;au minist\u00e8re de la Guerre, rappelle express\u00e9ment que d\u00e8s leur arriv\u00e9e dans le canal de Suez, les hommes vont devoir subir des chaleurs extr\u00eames, or celles-ci se r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9j\u00e0 p\u00e9nibles dans le confinement d\u2019un navire-transport si bien am\u00e9nag\u00e9 qu\u2019il soit-il. Les temp\u00e9ratures vont devenir absolument excessives dans la Mer Rouge&nbsp;; aussi est-il jug\u00e9 n\u00e9cessaire <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-linsolation-ou-la-fournaise-de-la-mer-rouge\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #05 | L\u2019insolation<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":414,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4705,4525],"tags":[],"class_list":["post-129973","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05-compressions-faulkner","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129973","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/414"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129973"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129973\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129973"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129973"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}