{"id":130091,"date":"2023-07-15T08:48:46","date_gmt":"2023-07-15T06:48:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=130091"},"modified":"2023-07-15T08:55:06","modified_gmt":"2023-07-15T06:55:06","slug":"ete2023-05bis-la-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-05bis-la-mer\/","title":{"rendered":"\u00a0#\u00e9t\u00e92023 #05bis | la mer"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/pianosa-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-130095\" width=\"590\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/pianosa-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/pianosa-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/pianosa-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/pianosa.jpg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Caroline Diaz &#8211; La Giraglia, mai 2023<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je suis fille de montagne, la mer je ne l&rsquo;ai jamais vue que d&rsquo;en-haut, je m&rsquo;attardais \u00e0 peine sur son reflet, je suis docile, fille de montagne, la mer \u00e7a ne comptait pas, mais peut-\u00eatre parce que <em>ce jour l\u00e0<\/em> la lune \u00e9tait pleine qui gonflait la mer j&rsquo;ai senti sa pr\u00e9sence plus forte, et comme on m&rsquo;avait oubli\u00e9e j&rsquo;ai pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ombre des murs tomb\u00e9s et j&rsquo;ai regard\u00e9 la mer, j&rsquo;ai regard\u00e9 l&rsquo;horizon longtemps, guettant une pr\u00e9sence, un mouvement, et j&rsquo;ai cru voir une barque sur la mer qui avan\u00e7ait vers moi en droite ligne depuis l&rsquo;horizon, dans le grand silence \u00e9cras\u00e9 de chaleur, je ne n&rsquo;ai pas boug\u00e9, je n&rsquo;ai pas quitt\u00e9 la mer des yeux, je n&rsquo;ai pas vu le moment o\u00f9 la barque a disparu, je n&rsquo;ai pas boug\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le soleil passe de l&rsquo;autre cot\u00e9 de l&rsquo;\u00eele, <em>ce jour l\u00e0<\/em> le ciel a pris une teinte rose, r\u00e9fl\u00e9chissant le feu du couchant derri\u00e8re les montagnes, la mer aussi est devenue rose, j&rsquo;ai gard\u00e9 cette couleur pour moi<\/p>\n\n\n\n<p>je l&rsquo;ai toujours regard\u00e9e avec m\u00e9fiance, pourtant Louis qui est fier nageur a tent\u00e9 de m&rsquo;y habituer,  mais la peur a sap\u00e9 toutes mes tentatives, et quand je me suis retrouv\u00e9e sur le pont du navire j&rsquo;ai eu peur \u00e0 nouveau, la peine a commenc\u00e9 \u00e0 monter au rythme de la houle, j&rsquo;ai pleur\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 sur la mer, \u00e0 longer la c\u00f4te parce que c&rsquo;est le chemin, c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre moins douloureux de partir en suivant l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de l&rsquo;\u00eele, puis il y a eu un orage et nous avons d\u00e9pass\u00e9 La Giraglia sous des trombes d&rsquo;eau illumin\u00e9es de soleil, j&rsquo;ai pleur\u00e9 durant ce lent d\u00e9tachement, je reprochais \u00e0 la mer cette distance entre mon corps et l\u2019\u00eele d\u00e9sormais infranchissable, puis la nuit est tomb\u00e9e, la mer \u00e9tait comme un tombeau o\u00f9 je devais abandonner la peur, j&rsquo;ai pens\u00e9 que si je survivais \u00e0 cette travers\u00e9e je vivrais longtemps<\/p>\n\n\n\n<p><em>la mer j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a tellement beau au d\u00e9but<\/em>, son corps bleu, insondable, sa mani\u00e8re de fr\u00e9mir en mourant sur le sable, d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 toujours, Dieu sait si je l&rsquo;ai aim\u00e9e la mer, m\u00eame si j&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 grande nageuse, j&rsquo;aimais marcher au bord de l&rsquo;eau et sentir sa fra\u00eecheur soulager mes chevilles enfl\u00e9es, j&rsquo;aimais son parfum iod\u00e9, un jour \u00e7a m&rsquo;a saisie alors que je la d\u00e9couvrais plate et grise par la fen\u00eatre du salon, elle \u00e9tait comme un immense chagrin \u00e9tal\u00e9 \u2014 des seaux de larmes, il y avait dedans l&rsquo;\u00e9paisseur des souvenirs, les horizons perdus \u2014 celui d&rsquo;Oran surtout, les corps flottants des personnes aim\u00e9es disparues, j&rsquo;avais alors l&rsquo;id\u00e9e absurde que mon \u00e2me se d\u00e9tachait de moi pour \u00eatre ballot\u00e9e par les vagues avec mes fant\u00f4mes et \u00e7a me donnait envie de sombrer <\/p>\n\n\n\n<p>Enfant j&rsquo;aime la puissance des vagues, devenir immense quand elles me soul\u00e8vent. La mer de mon enfance est une d\u00e9esse qui me porte, un corps amoureux. Le bruit rassurant des vagues, une voix \u00e0 mon oreille. Un monde sans forme, infini. L&rsquo;arrachement. Les retrouvailles \u00e0 Erbalunga. L&rsquo;ensorceleuse. L&rsquo;appel de l&rsquo;aube, la lumi\u00e8re du phare de Pianosa, le flottement du jour, l&rsquo;attente. Les \u00eeles, Capraia, Elbe, Montecristo prises dans la brume d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Les ferries qui se croisent \u00e0 l&rsquo;horizon. Le scintillement miraculeux du soleil de dix heures. Les silhouettes alourdies de mes amies qui me rappellent Petra, sa mani\u00e8re de glisser lentement dans l&rsquo;eau. La mer est une receleuse, elle rejette des pelotes \u00e9tranges sur le sable, douces comme un animal au creux de la main, ind\u00e9m\u00ealables.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis fille de montagne, la mer je ne l&rsquo;ai jamais vue que d&rsquo;en-haut, je m&rsquo;attardais \u00e0 peine sur son reflet, je suis docile, fille de montagne, la mer \u00e7a ne comptait pas, mais peut-\u00eatre parce que ce jour l\u00e0 la lune \u00e9tait pleine qui gonflait la mer j&rsquo;ai senti sa pr\u00e9sence plus forte, et comme on m&rsquo;avait oubli\u00e9e j&rsquo;ai <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-05bis-la-mer\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">\u00a0#\u00e9t\u00e92023 #05bis | la mer<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":130095,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4738,4525,1],"tags":[298,1045,2051],"class_list":["post-130091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-05bis-sapo","category-ete-2023-du-roman","category-atelier","tag-corps","tag-exil","tag-ile-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130091\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/130095"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}