{"id":130112,"date":"2023-07-15T11:04:22","date_gmt":"2023-07-15T09:04:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=130112"},"modified":"2023-07-16T07:58:39","modified_gmt":"2023-07-16T05:58:39","slug":"ete2023-05bis-on-me-dit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-05bis-on-me-dit\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #05bis | on me dit"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-130123\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-768x767.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/P1180677_carre-2048x2046.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">La femme de la cuisine s\u2019est invit\u00e9e dans mon livre, gliss\u00e9e dans les pages, faufil\u00e9e. Elle n\u2019a rien bouscul\u00e9 dans la maison. Elle s&rsquo;en est venue d\u2019entre les murs ou par le sentier par-dessus le coteau et elle a pris possession de la place, assise \u00e0 table dans ses v\u00eatements de tous les jours, simples et sombres. Je n\u2019entends pas sa respiration. Je ressens sa pr\u00e9sence \u00e0 mi-chemin entre les morts et les vivants. Par instants je la vois avec extr\u00eame pr\u00e9cision, distingue les imperfections de la peau, les ridules, les l\u00e9gers frissons au coin de la bouche, la mati\u00e8re du gilet qu\u2019elle a sur le dos. Et puis tout redevient flou comme une vague qui se retire et nettoie le sable, comme un vent qui repousse les indices d\u2019orage, elle \u00e9chappe au r\u00e9el, et le livre redevient muet, inhabit\u00e9, en d\u00e9pit des lieux qui y palpitent et des oiseaux et des for\u00eats. Je l&rsquo;appelle. J&rsquo;attends qu&rsquo;elle surgisse, mais \u00e0 peine je l\u2019aper\u00e7ois que d\u00e9j\u00e0 elle s\u2019enfuit. Elle est fille de la terre, fille de campagne, une campagne feuillet\u00e9e de chemins sans cesse parcourus depuis le d\u00e9but de la vie. S\u00fbrement le hasard ou le vent qui a pouss\u00e9 son histoire au creux des pages. Je tente d\u2019en d\u00e9chiffrer les signes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">On me dit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re n\u00e9e apr\u00e8s trois fr\u00e8res. Pas de traces de la m\u00e8re. Morte sans doute. Rendue \u00e0 la terre. On penserait qu\u2019elle aurait pu \u00eatre ch\u00e9rie, apr\u00e8s trois gar\u00e7ons, mais non. Rien qu\u2019un peuple d\u2019hommes tout en cris et en su\u00e9es s\u2019occupant de la terre et des b\u00eates lourdes. Un monde rude. Il a fallu qu\u2019elle grandisse comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">On me dit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e en mairie une ou deux semaines apr\u00e8s sa venue. Trop de neige, chemins impraticables.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">On me dit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Qu\u2019elle avait la mine bien faite, le corps bien dessin\u00e9, qu\u2019elle \u00e9tait courtis\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de Marsillat. Beaucoup assurent qu\u2019elle a d\u00fb c\u00e9der bien des fois, enfin qui sait vraiment. Ce sont des m\u00e9disants. C\u2019est vrai qu\u2019elle proposait des sourires et qu\u2019elle avait des gestes doux, sa fa\u00e7on \u00e0 elle, pas pour \u00e7a qu\u2019elle se pr\u00eatait \u00e0 la bagatelle. Elle a tenu ferme sa route et il y avait en elle un battement, un souffle peu ordinaire qui la faisait penser diff\u00e9remment. Elle ne se confiait pas, alors qui pourrait t\u00e9moigner de ces choses-l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">On me dit encore. Sa rencontre tardive avec Jude, un saisonnier qui avait voyag\u00e9, qui ne parlait pas bien la langue. On me dit son grand amour pour lui. On me dit sa patience, sa malchance, son chagrin, son chemin de gal\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">La femme de la cuisine est entr\u00e9e doucement dans la lumi\u00e8re de mon livre, ses pas sont discrets, ses sourires invisibles. Les branches des arbres pr\u00e8s de la maison tremblent quand elle se manifeste. La laine de son gilet est si us\u00e9e qu\u2019on voit la blouse \u00e0 travers. Ses apparitions sont fragiles et son corps fr\u00e9missant p\u00e8se \u00e0 peine, je ne peux le toucher et j&rsquo;ignore son \u00e2ge, mais sa pr\u00e9sence devient de plus en plus forte avec les jours qui passent alors que l\u2019\u00e9criture se poursuit, stigmates sur la peau du papier et dans le tendre du cou. L\u2019\u00e9criture est devenue vaste comme une histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em>Photographie, \u00a9Fran\u00e7oise Renaud &#8211; en campagne, juillet 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La femme de la cuisine s\u2019est invit\u00e9e dans mon livre, gliss\u00e9e dans les pages, faufil\u00e9e. Elle n\u2019a rien bouscul\u00e9 dans la maison. Elle s&rsquo;en est venue d\u2019entre les murs ou par le sentier par-dessus le coteau et elle a pris possession de la place, assise \u00e0 table dans ses v\u00eatements de tous les jours, simples et sombres. 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