{"id":130794,"date":"2023-07-20T10:13:32","date_gmt":"2023-07-20T08:13:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=130794"},"modified":"2023-08-20T13:16:14","modified_gmt":"2023-08-20T11:16:14","slug":"ete2023-04-disparu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04-disparu\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04 | disparu"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD-1024x681.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-130795\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD-420x279.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD-768x510.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD-1536x1021.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/04-SuperpositionFouNOD.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo \u00a9Nicolas Orillard-Demaire<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu cales ton sac au mieux au milieu des autres sacs et valises \u00e9tanches remplies de mat\u00e9riel, \u00e7a va secouer selon les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o et l\u2019\u00e9tat de mer, \u00e7a se voit d\u00e9j\u00e0 dans le port. \u00c9ric est dans le bateau, une main sur le quai pour maintenir la coque pr\u00e8s du mur de pierres sans qu\u2019elle tape, le temps que vous montiez et embarquiez tout le mat\u00e9riel, Yann et toi. Gilet de sauvetage bien serr\u00e9, capuche, serviette autour du col pour \u00e9viter que l\u2019eau ne vous coule dans le cou, bas du pantalon de cir\u00e9 scotch\u00e9 sur les bottes, Yann est pr\u00eat, il te tend le rouleau d\u2019adh\u00e9sif et tu fais la m\u00eame chose. \u00c9ric repousse le quai, on passe la porte qui prot\u00e8ge le port de l\u2019amplitude des mar\u00e9es. Dans la baie, vous \u00eates encore prot\u00e9g\u00e9s par la pointe, mais \u00e7a souffle d\u00e9j\u00e0 bien et le petit bateau est secou\u00e9 par la mer. C\u2019est le premier voyage de la journ\u00e9e pour \u00c9ric, cette fois-ci, John ne vous attend pas sur place. Yann a baiss\u00e9 la t\u00eate \u00e0 peine install\u00e9 dans le bateau. Il fixe un point tr\u00e8s loin entre ses pieds. \u00c9ric, sous le petit abri du barreur, ne se retourne pas, tu ne vois que son dos. Le vent, la mer qui cognent, se tenir, tenir le mat\u00e9riel, \u00e9viter les vagues qui attaquent en tra\u00eetresses. Pas moyen de parler, m\u00eame pas de crier. Consignes rapides par gestes, si vraiment besoin, on se penche vers l\u2019oreille de l\u2019autre et on lui hurle un mot, au plus deux. C\u2019est mieux comme \u00e7a. Ce n\u2019est pas le premier voyage que vous faites dans ces conditions de mer, mais c\u2019est le premier que vous faites avec des pens\u00e9es aussi d\u00e9mont\u00e9es. Dans vos t\u00eates \u00e0 tous les trois, John occupe toute la place, le reste se fera par r\u00e9flexe. La mer rince les larmes, le sel excuse le rouge des yeux. C\u2019est mieux comme \u00e7a. Tu regardes les \u00eeles quand la mer le permet, vous \u00eates bient\u00f4t arriv\u00e9s sur Rouzic. Un fou solitaire passe juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous. Souverain. Tout se m\u00e9lange, images et mots, souvenirs, hypoth\u00e8ses, les tombes vides des marins au cimeti\u00e8re, les exvotos aux toits des \u00e9glises et des chapelles, les titres des journaux, les oiseaux, les crabes, les vagues, les roches de granit pas si rose, son sourire, ses mains sur les plumes des oiseaux, ses mains dans tes cheveux toujours emm\u00eal\u00e9s, sa fa\u00e7on de marcher, son doux accent tranquille. Le manque. Son corps qui ne donne pas de nouvelles. Les mots qu\u2019on ne veut pas dire, qu\u2019on ne veut pas encore dire, parce qu\u2019on ne sait jamais, on peut encore attendre un peu, non. Ce mot qui d\u00e9borde des yeux de tout le monde, ce mot qui br\u00fble toutes les l\u00e8vres, mais ce mot que personne n\u2019ose m\u00eame se murmurer \u00e0 soi-m\u00eame, de peur de ne plus pouvoir esp\u00e9rer une fois le mot \u00e9nonc\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;Tu cales ton sac au mieux au milieu des autres sacs et valises \u00e9tanches remplies de mat\u00e9riel, \u00e7a va secouer selon les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o et l\u2019\u00e9tat de mer, \u00e7a se voit d\u00e9j\u00e0 dans le port. \u00c9ric est dans le bateau, une main sur le quai pour maintenir la coque pr\u00e8s du mur de pierres sans qu\u2019elle tape, le temps que vous montiez et embarquiez tout le mat\u00e9riel, Yann et toi. Gilet de sauvetage bien serr\u00e9, capuche, serviette autour du col pour \u00e9viter que l\u2019eau ne vous coule dans le cou, bas du pantalon de cir\u00e9 scotch\u00e9 sur les bottes, Yann est pr\u00eat, il te tend le rouleau d\u2019adh\u00e9sif et tu fais la m\u00eame chose. \u00c9ric repousse le quai, on passe la porte qui prot\u00e8ge le port de l\u2019amplitude des mar\u00e9es. Dans la baie, vous \u00eates encore prot\u00e9g\u00e9s par la pointe, mais \u00e7a souffle d\u00e9j\u00e0 bien et le petit bateau est secou\u00e9 par la mer. C\u2019est le deuxi\u00e8me voyage de la journ\u00e9e pour \u00c9ric, John vous attend sur place. Souvent, \u00c9ric qui barre \u00e0 l\u2019avant dans la petite cabine, se retourne pour voir si tout va bien. C\u2019est ton premier voyage, ils sont attentifs, pour toi, et pour savoir. Ils veulent voir comment tu te comportes, si John n\u2019exag\u00e8re pas un peu quand il parle de toi, de toi en mer. Alors tu rassures d\u2019un grand sourire et d\u2019un pouce lev\u00e9. Pas possible de parler, ni de crier, pas m\u00eame de hurler. La mer, le vent, le moteur qui lutte, l\u2019attention \u00e0 porter \u00e0 tout, on se dira plus tard. Parfois Yann te touche doucement l\u2019\u00e9paule pour te montrer une \u00eele, un oiseau, un nuage. Tu souris, pouce lev\u00e9. Bient\u00f4t Rouzic, la c\u00f4te sud o\u00f9 vous allez d\u00e9barquer tout le mat\u00e9riel dans la petite baie \u00e0 peine abrit\u00e9e. Ensuite, installer les antennes, les cam\u00e9ras, enterrer ce qui peut l\u2019\u00eatre pour tout prot\u00e9ger du vent et des oiseaux eux-m\u00eames. Bien s\u00fbr, il faudra revenir r\u00e9guli\u00e8rement faire un peu de maintenance, changer les batteries, nettoyer les objectifs, remettre en \u00e9tat, mais vous pourrez surveiller la colonie de loin, sans avoir \u00e0 vous d\u00e9placer et \u00e0 d\u00e9ranger les oiseaux \u00e0 chaque fois. La falaise au nord est blanche d\u2019oiseaux, au dernier comptage, environ 20 000 couples de fous de Bassan, Morus bassanus. Plumage d&rsquo;un blanc \u00e9clatant, t\u00eate et cou jaune p\u00e2le. Yeux gris clair cercl\u00e9s de bleu clair \u00e9lectrique. Bec gris-bleut\u00e9 tr\u00e8s clair, presque blanc, en forme de poignard, soulign\u00e9 de fines lignes noires, comme trac\u00e9es au crayon, se prolongeant en un masque noir autour des yeux. Le bout de ses longues ailes \u00e9troites est noir. Pattes palm\u00e9es et verd\u00e2tres. Queue cun\u00e9iforme. Ton oiseau pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Celui de John aussi<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu cales ton sac au mieux au milieu des autres sacs et valises \u00e9tanches remplies de mat\u00e9riel, \u00e7a va secouer selon les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o et l\u2019\u00e9tat de mer, \u00e7a se voit d\u00e9j\u00e0 dans le port. \u00c9ric est dans le bateau, une main sur le quai pour maintenir la coque pr\u00e8s du mur de pierres sans qu\u2019elle tape, le temps que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04-disparu\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #04 | disparu<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":123,"featured_media":130795,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4673,4525],"tags":[1218,4779,4940,197],"class_list":["post-130794","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-04-superposer-le-temps","category-ete-2023-du-roman","tag-disparition","tag-fou-de-basssan","tag-juderom2023","tag-mer"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130794","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/123"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130794"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130794\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/130795"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130794"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130794"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130794"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}